‹ La science nouvelleChapitre 34 sur 106 · DU SAVOIR EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DU SAVOIR EN GÉNÉRAL

5° Les occasions que ces fables entourées d’un respect religieux procurèrent, ainsi que nous le verrons plus loin , aux philosophes de faire des rcclierclies et de découvrir des choses magnifiques en philosophie ;

■4“ Les, facilités que nous dirons avoir été offertes aux philosophes pour expliquer leurs réflexions sublimes et philosophiques, au moyen des formes de langage qu’ils avaient héritées des poètes ;

5° Le désir naturel aux philosophes de confirmer leurs découvertes par l’autorité de la religion, et par la sagesse des poètes. Cette dernière raison est la plus puissante de toutes. Les deux premières nous expliquent les éloges donnés par les philosophes , même au milieu de leurs erreurs , à la sagesse divine qui ordonna ce monde des nations ; la dernière nous explique les témoignages favorables qu’ils ont rendus k cette même sagesse. La troisième cl \a.quatriéme sont des erreurs permises par \a. divine providence pour favoriser l’apparition des p/iiiosqp/ies qui devaient plus lard la comprendre et la connaître telle qu’elle est en réalité, c’est-k-dirc comme un attribut du vrai Dieu. Nous montrerons dans cet ouvrage que tout ce qui d’abord avait été senti par les poètes au sujet de la sagesse vulgaire, fut plus tard compris par les philosophes au sujet de la sagesse acquise; de sorte que l’on peut dire avec raison que les premiers représentent les sens , et les seconds ^intelligence du genre humain. Ceci nous rappelle le mol suivant d’Aristote : Nihil est in intellectu quin priùs fuerit in sensu ; c’esl-'a-dirc, que l’esprit humain ne saurait rien comprendre siuisen avoireu d’abord parles sens raverlissemcnt, ou ce que les métaphysiciens appellent aujourd’hui l’occasion. L’esprit humain est appelé par les sens k considérer quelque chose qui ne tombe pourtant pas sous les sens; il fait alors usage de V intelligence. C’est ce que les Latins appellent proprement intelligere.

Dn Savoir en général.

Avant de passer k discourir sur la science poétique , il nous faut voir d’une manière générale ce que c’est que le savoir.

!I4 LIV. U. — DE l.A SAGESSE l'OÉriQEE.

I,e savoir est donc la faculté qui dirige toutes les méthodes au moyen desquelles on apprend à connaître toutes les sciences et tons les arts qui servent au perfectionnement de l'humanité. Platon définit le savoir: le perfectionnement de l'homme, h'homme, pris en lui-mémc, n’est pas autre chose qu’un composé d'esprit et d'âme, c’est-'a-dirc d'intelligence et de l’o/owfé; or le savoir doit compléter l’homme dans ces deux parties , dans la première d’abord , et dans la seconde ensuite , comme dérivant de lu p7'€7nière. Car l'esprit étant éclairé par la connaissance des choses t7'ès-élevées , l’ànic doit se décider au choix des choses excellentes. Dans cel univers, les choses très-élevées sont les choses de Dieu , que nous pouvons comprendre et examiner; les choses excelle7ites sont celles qui contribuent au bien-être de tout le gc7ire humain, f.es premières sont les choses divines; les scco7ides sont les choses hu77iames. Or le véritable savoir doit enseigner la co7maissa7ice des choses divines et conduire par cette connaissance les choses humaines à leur plus gra7ide perfection. Nous croyons que MarcTis Terentius farro7i, le plus érudit des Ro7nams, construisit sur cette base son grand ouvrage lieru77i divi/iaru77i et huma/iarum, dont le temps nous a privés. Quant à nous , le seul but que nous nous proposons, malgré la faiblesse de notre doctrine et la pauvreté de notre condition, c’est de iiarvenir à cette double connaissjince.

Le savoir commença chez les Ge7üils par la Muse, telle qu’//o- 7nère nous la définit admirablement dans l'Odyssée, lorsqu’il la nomme la science du bien et du 77ial, science qui fut appelée plus tard la divination. C’est sur la défe/ise naturelle de s'adonner à cette science, c’est-à-dire sur l’impossibilité naturelle aux hommes de la comprendre , que Dieu fonda d’abord la rellgio7i jidve , de laquelle, ainsi que nous l’avons dit dans les sentences, notre propre religion est descendue. La Muse doit avoir été au commencement la scie7ice de deviner les auspices; ce qui , ainsi que nous l’avons vu dans les apho7'is77ies , et nous le démontrerons plus loin, a été la science vulgaire de toutes les nations, et consistait à ad77iirer Dieu dans t'attribut de sa providence. Le mot de divination vient de deviner l’essence de Dieu , et nous verrons que les poètes théologiens furent les

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