‹ La science nouvelleChapitre 33 sur 106 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Nous avons dit , dans les sentences, que toutes les histoires des nations des Gentils ont eu des commencemens fabuleux; nous avons vu aussi que les premiers savans chez les Grecs, peuple auquel nous sommes redevables de tout ce que nous savons des antiquités païennes, furent les poètes théologiens. Les choses étant, par leur nature, rudes et grossières dans leurs onÿiraes, l’origine de la science poétique doit aussi être rude et grossière et ne saurait être autrement. La réputation de grandeur osée laquelle celte science est parvenue jusqu’à nous, est due sans doute aux deux sortes d’orgueil dont nous avons parlé, dans les aphorismes , comme étant propres l’un aux nor lions et l’autre aux érudits. Ce dernier doit y avoir contribué principalement : c’est cet orgueil qui conduisit Manethon, grandpontife égyptien, à rapporter toute Yhistoire fabuleuse égyptienne à une sublime théologie nalurelle; et c’est encore cet orgueil qui amena les philosophes grecs à ne voir dans l’iiisloire fabuleuse de leur pays que des \ériiés philosophiques. Ces derniers, et Manethon lui-même, ne se décidèrent pas à nier la réalité de ces histoires seulement parce qu’elles leur parvinrent, ainsi que nous l’avons dit dans les aphorismes, toutes remplies de turpitudes et de faits honteux , mais encore par les cinq raisons suivantes ;

1° Le respect de la religion; car les nations des Gentils furent fondées sur la religion au moyen des fables ;

2° Le grand effet qui en est dérivé; c’est-à-dire, l’établissement de ce monde civil, si savamment ordonné; ce qui ne pouvait être que le produit d’une sagesse surhumaine;

Page 1