DO D^LUGO UNIVERSEL ET DES GÉANS
ils s’cngendrèrciil pour ainsi dire eux-mêmes; avec leur cosmographie, ils se figurèrent un univers habité seulement par des dieux; avec leur astronomie, ils transportèrent de la terre dans les deux les planètes et les constellations ; avec leur chronologie, ils déterminèrent le commencement des temps; et avec leur géographie, les Grecs, par exemple, décrivirent et renfermèrent le monde dans la Grèce. C’est ainsi que la science dont nous traitons, est à la fois l’/iis^oire des idées, celle des mœurs et celle des actions humaines. Nous verrons sortir de cette triple histoire les prmcipes de l’histoire de la nature humaine, qui nous semblent être en même temps les principes de l’histoire universelle, principes dont nous croyons que le monde savant a été dépourvu jusqu’ici.
Do Déloge universel et des Céans.
Les fondateurs des nations des Gentils furent d’abord , sans doute,lesdescendansde C/iam qui renoncèrent bientûtà la vraie religion de leur père N’oé. Ceux de Japhet et ceux de Sem enfin suivirentles unsaprès les autres l’exemple des premiers. La religion de Noé pouvait seule, au moyen des mariages, maintenir les hommes ensociété dans l’état de famille; et c’est pourquoi les hommes, en abandonnant cette religion, brisèrent les liens des mariages et détruisirent les familles par les accouplemens passagers et arbitraires. Ils se perdirent alors, entraînés par leur brutalité, dans la grande forêt de la terre. Les descendons de Cham se ri'qiandirent dans VAsie méridionale, YÉgijpte et Y Afrique ; ceux de /aoccupèrent VAsie septentrionale , c’est-à-dire la Scythie et V Europe ; ceux de Sem se réservèrent toute la partie centrale de Poussés parle 6eso/7t de fuir les bêtes féroces àool la grande forêt de la terre devait être remplie , et par le désir de se rapprocher des femmes, trop sauvages pour ne point être farouches et craintives; dispersés à la recherche de leur nourriture , souvent abandonnés par leurs mères, les enfans durent quelquefois croître et sc développer sans entendre aucune voix humaine, et sans apprendre aucun usage humain. Dans cet état bridai et sauvage , les mères nourrissaient leurs enfans comme le font
98 tiv. II. — DE LA SAGESSE POÉTIQFE.
tous les animaux; mais elles ne veillaient pas sur eux et les laissaient se rouler dans leurs propres immondices ; puis, lorsque ces enfans n’étaient plusd’dÿe àprendre le sein , les mères les abandonnaient , et ceux-ci continuaient a croupir dans les ordures et dans les sels nitriques qui engraissaient merveilleusement les cliamps. Us faisaient de grands efforts pour se faire jour dans la grande forêt de la terre excessivement épaisse k cette époque. Ces efforts devaient nécessairement dilater certains muscles et en tendre certains autres , de sorte que les sels nitriques pénétraient toujours plus avant dans les corps des hommes. C’est ainsi que sans crainte ni de Dieii, ni des pères, ni d’aucun maître , leurs chairs et leurs os s’accrurent démesurément; leur rigueur augmenta toujours, jusqu’à ce qu’enlin ils devinrent des géans. C’est cette même éducation , quoique mitigée , que César et Tacite regardent comme la cause de la taille gigantesque des anciens Germains. Procope dit la môme chose des Goths; et de nos jours encore, nous avons un exemple du résultat de cette éducation d{ins les Patagons qui habitent, dit-on, près du détroit de Magellan, et qui ont fourni aux philosophes et mx physiciens l’occasion d’affirmer toutes les absurdités que Chassanion a rassemblées dans son ouvrage de Gigantibus. On trouve encore (et nous en ferons ici la remarque comme d’un fait fort important pour les choses que nous aurons k dire plus tard) ; on trouve encore, princiiKilcment sur les hautes montagnes, des crânes et des os d'une grandeur démesurée qui ont dû appartenir a cesÿémw. Les traditions vulgaires ont altéré considérablement ce fait, et nous le démontrerons dans la suite. Les Géans furent donc répandus sur toute la terre après le déluge; car de môme que nous en avons été instruits par \es philosophes grecs, \cs philosophes latins, sans s’eu apercevoir, nous montrent les plus anciens habitans de l’Italie sous les traits des géans. On sait que les philosophes latins nous disent, en nous traçant l’Ats/o/re rfc l’ancienne Italie, que les premiers habitans de ce pays furent appelés ahonÿèwes ou aÙTo'xflsvt;, ce qui signifie fils de la terre, signification que les Grecs et les Latins rendent par le nom de nobiles. Les Grecs ont donc eu raison d’appeler fils de la terre les géans, et irar conséquent d’appeler la terre la mère des géans, ainsi que le disent leurs