‹ La science nouvelleChapitre 85 sur 106 · RÉFUTATION RE LA DOCTRINE POLITIOIE DE JEAN RODIN · texte numérisé non relu

RÉFUTATION RE LA DOCTRINE POLITIOIE DE JEAN RODIN

Voilà comment les systèmes des étymolofjisies latins qui nous montrent Xca/ondateurs des villes traçant \es, murailles nyeeXa. charrue, méritent conliance. El si l’on prétend que les anciennes familles n’étaient composées que des enfans du père ou du chef, il faudra conclure que les enfans d’une famille ont consenti à servir l’ambition du chef d’une autre famille, et qu’ils ont trahi, peut-être même assassiné leur propre père; acte qui aurait donné naissance, non pas k une monarchie, mais k une tyrannie inique et cruelle. C’est ce que voulaient faire \es jeunes nobles romains, lorsqu’ils conspirèrent en faveur du tyran Tarquin contre leurs pères et leur pays, ce dont Brutus les punit sévèrement. Ces jeunes gens étaient fatigués de la rigueur des lois, rigueur qui est le caractère propre des états aristocratiques, comme la douceur l’est des étais démocratiques, la clémence des monarchies et la dépravation des tyrannies; tant il est vrai que Vétat romain ne fut pas d’abord monarchique , et que la liberté conquise par Brutus ne fut pas une liberté populaire. Il est donc impossible que Bodin et tous les politiques de son école se refusent plus longtemps k reconnaître que les familles ont été autant de petites monarchies domestiques, et qu’elles n’étaient pas seulement composées iï'enfans, mais aussi de serviteurs ou ùefamuli, qui donnèrent leur nom m\ familles, et qui furent comme les modèles des esclaves faits plus tard dans les guerres. Les esclaves et les hommes libres sont donc comme les matériaux des réfmbliques; et c’est une vérité avouée par Bodin lui-même, quoiqu’elle ne s’accorde pas avec son système. Il s’étonne, en effet, que les hommes de sa nation aient d’abord été nommés Francs, tandis qu’ils étaient traités comme les derniers des esclaves; et il ne réfléchit pas que les premières nations ont été composées à'esclaves émancipés par la loi Petelia. Les Francs dont Bodin s’étonne, sont les homines dont s’est aussi étonné Hotmann, parce que ce nom était donné aux vassaux rustiques; ce sont enfin les plébéiens des premiers peuples héroïques. La multitude a transformé les républiques aristocratiques en républiques populaires , et celles-ci en monarchies, k l’aide des langages vulgaires qui servent k la rédaction des lois. Les Latins ont appelé cette langue vemacula , parce qu’elle leur vint des serrileursnés dans la maison; telle était la signification du mot

>.IV. IV. — DE LA UARCnP. DES NATIONS.

vemx. C’csl ainsi que les Grecs quittèrent leur nom pour recevoir A'HeUen, fondateur de la langue grecque vulgaire, celui A'Hellenes. Les Juifs aussi cessèrent de s’appeler Fila Israël, pour s’appeler Hébreux, de//eôcr, \% propagateur de la langue sacrée. 11 reste donc démontré que les plébéiens de toutes les nations ont remplacé le gouvernement aristocratique par le démocratique, et le démocratique par le monarchique ; qu’ils ont fondé les langues vulgaires et donné leurs noms aux nations, comme les Francs l’ont donné aux habitans de la France. 11 n’y a aujourd’hui d’autres états aristocratiques que Venise, Gênes, Lacques, Raguse et Nuremberg; tous les autres sontdcs états démocratiques gouvernés aristocratiquement; et c’est là ce qui a suggéré à Jean Bodin, comme moyen de lever les difûcultés que son système rencontrait à chaque pas dans V histoire romaine, de dire que Rome était aussi un état populaire gouverné aristocratiquement. Bientôt pourtant, lui-méme est forcé d’avouer que Rome a été un état aristocratique. Toutes ces erreurs sont venues de ce que l’on a »ia/ compris la signification de ces trois mots -.peuple, règne et liberté; de ce que l’on a cru que les premiers peuples étaient composés de plébéiens et de nobles, tandis que les nobles sévis étaient comptés parmi les citoyens, et de ce que l’on a supposé que la liberté de l’ancienne Rome était une liberté populaire , tandis que celte liberté était à l’usage seulement de la noblesse, qui avait secoué le joug des Tarquins. Cela explique la coutume établie à Rome d’élever des statues aux meurtriers des rois aristocratiques, meurtriers dont les sénats régnons dirigeaient les coups. Les deux rois de Sparte, les deux consuls de Rome, que Cicéron appelle REGEs ANNUos, et qui, si nous en croyons Tite-Live, remplacèrent complètement les rois chassés par Brutus , étaient des rois aristocratiques. 11 était permis d’en appeler au peuple des décisions des consuls, lorsque, arrivés au terme de leur administration, ils étaient obligés d’en rendre compte au peuple; et (le même les rois des temps héroïques se renversaient et se remplaçaient sans cesse les uns les autres ; ce qui recommence à l'époque du retour de la barbarie. Tacite, qui donne souvent dans un mot\&mesure des choses, commence ainsi ses Annales : Crbem Romum principio reges habi'ere, se servant du mot

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