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Ô5G LIV. IV. — DE LA M.VRCUE DES NATIONS

et démocratique. Vautorité de domaine conserva quelques traces de sa forme passée, en se transformant en autorité de tutelle; de môme qu’à la mort pères de famille, V autorité pater-

nelle se modifie en passant à un tuteur, hti peuples libres et souverains mais au jugement faible furent considérés comme des pupilles, régnant sous la direction d'un sénat ou d’une assemblée de tuteurs. On vit alors des républiques démocratiques gouvernées aristocratiquement. Plus tard, les nobles et le peuple commencèrent à préférer leur intérêt privé à Viniérét public, et r ambition donnant naissance k l’esprit de parti, aux séditions et aux guerres civiles, \a forme monarchique se présenta comme une nécessité.

Loi natarelle et royale d’après laqnelle les nations vont ctierclier le repos dans la monarchie.

Cette loi est généralement sentie par toutes les nations. Elle a été méconnue par les interprètes du droit romain, préoccupés qu’ils étaient de la fable de la loi royale dont Tribonien prétend être l’au/c«r dans les Institutes; ce qui n’empêche pas qu’elle ne soit attribuée à Ulpien dans les Pandectes. Mais les jurisconsultes romains, versés dans la connaissance du droit naturel des gens, ont rendu hommage k cette loi générale, comme l’indique Pomponius, dans son Histoire du droit romain, quand il dit : REBUS ipsis dictantibus REGNA coNDiTA. Lintérét de la civilisation sert de base k celte loi royale et naturelle; car s’il est vrai que dans les républiques démocratiques chacun considère son propre intérêt, et fait servir en sa faveur tous les moyens dont il dispose, sans se soucier de la ruine de sa nation, il faut, pour le salut des nations mêmes, qu’un homme surgisse, comme Auguste parmi les ilomaiTis, cl qu’employant \a force armée, il prenne pour sa part le soin des choses de l’état et qu’il laisse m\ particuliers le soin de leurs affaires. 11 faut que ces

particuliers ne se mêlent des intérêts publics qu'autant qu’ils en obtiennent la permission dti souverain. Les peuples échapperont ainsi a leur ruine. Les docteurs vulgaires reconnaissent cette vérité, lorsqu’ils disent : Unwersitates sub rege habentur loco privatorum, parce que la majorité des citoyens ne prend

RÉFUTATION DE LA DOCTRINE POLITIQUE DE JEAN BODIN. 5ü7

plus aucun souci des biens de l’État. Tacite, si profond connaisseur du droit naturel des gens, retrace, dans ses Annales, les progrès constans de l’indifTérence du peuple pour les affaires, tout en se bornant à en faire l’application k l’époque de l’élévation de la famille des Césars. 11 dit, par exemple, que vers la fin du règne d' Auguste, pauci bona libertatis incassum disserere; qu’aiissitût après l’avénement de Tibère, omnes principis jussa adspectare; et que , sous les trois Césars suivons , on remarqua d’abord chez les citoyens l’incarta, puis Vignorantia reipublicx tanguant alienæ; de sorte que les citoyens étant devenus presque étrangers aux affaires de leur propre nation, 1e monarque était forcé de les représenter en les remplaçant. Pour qu’un homme parvienne k se faire accepter comme souverain par une république populaire, il faut que le peuple \e chérisse et le soutienne; et c’est ce que le peuple se gardera bien de faire, si le candidat k la monarchie ne proclame pas pour tous ses sujets l’égalité devant la loi, s’il ne protège le peuple contre l’oppression des nobles, en humiliant ces derniers ; s’il ne lui assure la satisfaction des besoins de la vie et \a jouissance de la liberté naturelle; et enfin, s’il n’accorde des privilèges, soitk classes entières, soit à des individus dont le mérite extraordinaire justifie le bonheur. Les monarchies sont donc nécessairement soumises k un régime populaire; et comme les lois que nous venons d’indiquer, et qui les gouvernent, sont les plus conformes k ŸéqvUé naturelle, il s’ensuit que, de toutes les formes de gouvernement, la vnionarchie est la plus conforme à la nature humaine et au droit raisonnable.

Kétatation de la doctrine politique (Ondée sur le système de Jean Bodin.

Jean Bodin suppose que la première forme de gouvernement a été monarchique, et que la tyrannie a donné lieu aux républiques démocratiques, auxquelles ont succédé en dernier lieu les républiques aristocratiques. Quoique tout ce que nous avons dit jusqu’ici suffise k renverser ce système, cependant nous voulons le combattre ad exuberantiam , en démontrant qu’il est absurde et inadmisHble.

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Jean Ilodin reconnaît que les cités se formèrent daprès les familles; mais il est tombé dans Verreur commune îilous ceux qui SC sont occupés de ces matières, en se figurant que les formules n'étaient composées que des enfans A\i père. Or, nous demanderons : Comment la monarcAie pouvait-elle s’établir sur ces familles? Était-ce par la force ou par la ruse? Si c’est par la force, comment un de ces pères de famille pouvail-il soumettre égaux ? Jean Bodin prétend que la tyrannie amena plus tard la révolte et la liberté; mais si les pères de famille, quoique subjugués et accoutumés à l’obéissance , ont trouvé dans le sentiment de leurs droits assez de vigueur pour renverser la tyrannie, combien, b plus forte raison, auront-ils opposé une invincible résistance aux premières tentatives d'oppression exercées contre eux ! Quant îi la ruse, qui consiste h acheter des partisans en promettant la liberté, la puissance ou la richesse, que pouvait-on promettre aux Polyphèmes souverains qui, enfermés dans leurs grottes, commandaient k leurs familles et n’avaient aucun souci de celles de leurs voisins , ignorant qu’il y eût au monde des richesses dont ils ne jouissaient pas? Il ne faut pas perdre de vue que àas\.9>\es premiers temps barbares il n’y avait pas de forteresses, et que, si nous en croyons Thucydide, les villes héroïques demeurèrent longtemps ouvertes et sans muraUles. Les anciens peuples étaient même si soupçonneux à ce sujet, que Valerius Publicola fut accusé de viser à la tyrannie, seulement jwur avoir bâti sa maison sur une hautetir; et qu’il ne parvint k se justifier qu’en la faisant démolir pendant la nuit et en jetant les faisceaux consulaires aux pieds du peuple. L’usage d'entourer les villes de murailles s’introduisit d’autant plus tard chez les nations, qu’elles sortaient d’un état plus complet de barbarie; et nous lisons, dans l’histoire d? Allemagne, qUi Henri l’Oiseleur fut le premier k enfermer dans des villes murées les peuples jusque-là dispersés dans les villages. En Espagne, la férocité des mœurs et la manière dont les demeures des rois étaient ouvertes k tout venant, furent cause que dans l’espace de soixante ans, plus de quatre-vingts membres de familles royales moururent assassinés; si bien que les Pères du concile d’Elvire, l’un des plus anciens de l’église latine, lancèrent ['excommunication contre les auteurs de ces assassinats.

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