CONCLUSION DE CET OUVRAGE
Ou nëllextoiis snr nne répabll^ne éternelle et natarelle^ là BMilleore poasibie dans cbacnne de ses espèces, et ordonnée iMur In Providence divine.
Platon imagine une quatrième espèce de république dans laquelle les hommes honnêtes et bons seraient les montres, et c’est Ih, selon nous, la véritable aristocratie naturelle. La Providence a travaillé depuis le commencement des nations à la formation de cette république, en ordonnant que les Géans dispersés et errans sur les montagnes, comme des bêtes féroces, seraient subitement frappés par le bruit du tonnerre et par Véclat de la foudre, et que, convaincus par là de rexistence d’une /orce supérieure et d’une divinité qu’ils appelèrent /«jiiter, ils s’humilieraient et se retireraient effrayés dans les grottes pour se conformer aux desseins de la Providence divine ordonnatrice des choses humaines et civiles.
Dès lors se formèrent des l'épublîqUes pour ainsi dire rganastiques, ou commandées par des souverains solitaires, Soumis au gourernement d’un être supérieur et excellent dont ils croyaient reconn.iîtro la voix dans l’éclat du tonnerre; de telle sorte qu’au milieu de leurs extraragantes superstitions, ilsre-
CONCLUSION
rurcnl un rayon de vérité, qui leur montra l’intervention divine dans les cAoses humaines. Ils nommèrent i>ar conséquent dieux, et ils adorèrent comme tels, toute chose utile et tout secmcrs apporté à leurs besoins. La crainte de Dieu les poursuivait dans leurs amours déréglées, et bientôt ils n’oisèrcnt plus satisfaire leurs instincts à la face du ciel; mais s'emparant des femmes naturellement timides et craintives, ils les entraînèrent dans leurs grottes où ils les tinrent enfermées, x.omvi\e les compagnes à perpétuité de leurs vies. C’est ainsi que les pi’emières unions humaines, réglées par la pudeur et par la religion, constituèrent les premiers mariages au moj"en desquels les hommes unis à de certaines femmes mettaient au monde Ae certains enfans, dont ils étaient avec certitude les pères, fondant ainsi les familles, qu’ils tenaient sous l'empire familier et cyclopéen exercé sur ces enfans et ces femmes ; de sorte qu’à la formation des cités, les hommes se trouvèrent tout disposés à reconnaître l'empire civil et à s’y soumettre.
Voilà comment la Providence ordonna d’abord des républiques économiques de formes monarchiques, sous le gouvxmiement des Pères, princes de leurs propres familles, éminens par leur sexe, par leur âge et leurs vertus, et qui dans l’état de nature ou de familles (ce qui n’est qu’une seule et même chose) composèrent les p-emiers ordres naturels. Pieux, chastes ei forts, établis dans leurs demeures, ayant renoncé à lartc eiVante, attachés à leurs femmes et à leurs enfans, ils sentirent la nécessité de se défendre contre les bétes féroces en les tuant, et d’arracher à la terre en la cultivant plus de fruits qu’elle ne leur en donnait. D’autre part s’agitaient encore des hommes sans respect pour la Divinité, vivant et s’accouplant au grand jour, ne connaissant aucun droit ni aucune propriété, pratiquant l’inceste et la rapine, /a/Wes, errans, isolés et malheureux: ces hommes vinrent implorer l'appui despèj’es de familles dont l’aspect inspirait la confiance et commandait le respect ; ils cherchèrent un abri dans les asiles des pères, formant ainsi les clientèles qui agrandirent l'empire des familles, et qui concoururent au développement lies républiques, dont certaines classes d'iiommcs, naturellement sons le rapport des vei'tus héroïques, forment la
hase. Les pères étaient meilleurs en elTcl que les hommes auxquels
CONCLUSION
iis accordaient un asile. Ils pratiquaient la piété, puisqu’ils adoraient la Divinité, tout en la méconnais^t et enla multipliant. Ils pratiquaient aussi la prudence, puisqu’ils subordonnaient leurs actions k la volonté des dieux dont ils croyaient voir les signes dans les auspices; la tempérance, puisqu’ils ne connaissaient qu’une seule femme dont ils faisaient la compagne de leur vie ; la magnanimité, puisqu’ils protégeaient faibles et prêtaient leur appui aux hommes en danger; iis faisaient usage enfin de la. force en détruisant les bêtes féroces et en cultivant la terre. Telles furent naturellement les républiques herculéennes dans lesquelles les hommes chastes, forts e,\, généreux,
désarmèrent les orgueilleux et protégèrent les faibles ; ce qui est le résultat excellent des gouvememens civils : mais liabitués à recueillir le fruit du travail de leurs cliens, les pères de famille ne considéraient dans ces cliens que des instrumens, et en abusaient. Les cliens se révoltèrent, et la Providence sachant que les sociétés humaines ne peuvent subsister un seul instant «ans ordre, ce qui est la même chose que sans Dieu, persuada aux pères de famille de former une ligue entre eux et leurs attenans, pour résister aux rebelles, et d’essayer de les/îacifier en leur accordant, au moyen de la première loi Agraire, le domaine bonitaire des champs, dont eux-mêmes se réservaient le domaine éminent, ou souverain. Les premières cités s’élevèrent alors sur les ordres régnans de la noblesse. A défaut de l'ordre naturel qui dans l’état de nature s’appuyait sur l'espèce, le sexe, \âge et la vertu, la Providence créa l'ordre civil en même temps que les villes. Le premier de ces ordres, celui qui était le plus rapproché de la nature, avait eu pour principe la noblesse de la naissance, c’est-k-dire que, pour y être admis, et pour commander aux plébéiens qui ne contractaient pas de mariages, il fallait avoir reçu le jour de parens unis sous la garantie des auspices. Mais lorsque les gouvernemens divins soumis directement aux auspices eurent été détruits, et lorsque les héros se virent destinés k hériter du pouvoir, ils comprirent qu’ils ne pouvaient l’exercer sans se faire les interprètes privilégiés des a«s/«ce«, et sans se réserver tous les droits civils accordés par les auspices mêmes. Dans cet état de choses, tî’était le hasard de la naissance qui conférait la noblesse, et
CONCLUSION
parlant le pouvoir; ce n’élail pas la sagesse. Aussi les nobles furent-ils forcés de remettre le pouvoir entre les mains des plus sages d’entre eux, qui se trouvèrent naturellement les pères de famille ou les vieillards.
Les plus robustes et les plus braves, parmi ces derniers, étaient souvent élevés à la dignité de roi, et chargés de préserver l’orrfre de la noblesse des usurpations plébéiennes. Mais ces efforts ne pouvaient être que superflus. Les plébéiens se fatiguèrent de travailler et d’obéir, et s’avisèrent enfin qu’ils étaient de même nature que les nobles. Dès lors plus de tranquillité possible. La Providence qui avait destiné les peuples k la soMrerai7^eie', permit qu’ils eussent à lutter longtemps contre les nobles , afin de s’enrichir des qualités qui leur manquaient, et que leurs maîtres possédaient. Ce fut au nom de la piété qu’ils demandèrent et qu'ils obtinrent la communiôation des auspices, et de tous les droits privés et publics qui y étaient attachés. Le peuple romain , qui surpassa tous les autres en piété , les surpassa aussi en grandeur et en puissance. V ordre naturel se mêlant à l’ordre civil, donna naissance aux républiques populaires. Mais ne voulant pas livrer les choses humaines k la conduite du hasard, la Providence fit du cens la règle des honneurs, de façon que ce furent les travailleurs plutôt que les fainéans , les hommes économes plutôt que les prodigues, les prévoyons plutôt que les étourdis, les cœurs généreuse plutôt que les cœurs étroits , enfin les riches doués de quelque vertu, ou du moins de quelque apparence de vertu, plutôt que les pauvres dont les vices sont évidens, qui furent considérés comme propres au gouvernement. De ces sortes de républiques dans lesquelles les peuples entiers tendent en commun à obtenir la justice; et travaillent k fonder Ae^lois jwtes ou universellement bonnes, telles qvL Aristote les définit: volontés sans passion ou des volontés héroïques
commandant aux passions; de ces sortes de républiques, disonsnous, dont le but est de /orner des héros, et qui sont par cela même, intéressées k la découverte de la vérité, naquit la philosophie. La religion n’étant plus assez puissante pour commander les actions vertueuses , la Providence suscita la philosophie et la chargea d’expliquer aux hommes Vidée de la vertu, afin que s’ils ne possédaient pas les vertus mêmes, au moins pussent-ils
CONCLUSIOK.
rougir (le se livrer au vice. Elle permit aussi philosophie produisit Véloquence, qui recommande avec passion ^ dans les républiques populaires , le respect de la justice; qui réveille chez les peuples Vidée de la vertu , et leur dicte de bonnes lois. Nous déclarons hardiment que celte éloquence n’eut jamais à Rome plus d’éclat que du temps Ae S cipionl' Africain, alors que la sagesse civile et la valeur militaire faisaient passer \e sceptre du monde de Carthage k Rome. Les états popuUiires e\xx-m^~ mes sont cependant aussi sujets k la corruption; philosophie n’échappe pas à la contagion, eiV éloquence suit les destinées de la philosophie. Celle-ci tombe dans \escepticistne, et se prend knfer et à calomnier la vérité, tandis que la/aMsseéfojMcnce soutient indifféremment les causes opposées. Aussi vit-on les tribuns de Rome détourner l’éloqtience de son but, et les citoyens faire servir les richesses, non plus k l’orrfre public, mais k leur propre puissance. Les uns et les autres soulevèrent de furieuses tempêtes dans l’État, et remplacèrent la liberté par la plus odieuse de toutes les tyrannies, par V anarchie, qui est la liberté effrénée des peuples indépendans. Mais la Providence n’abandonna pas le monde et ugfOTta. plusieurs remèdes à ses maux. Quelquefois elle fit naître un homme tel qu' Auguste , qui s’élève et s’établit en monarque, mettant sa propre volonté k la place des lois que la liberté populaire a rendues vaines , s’aidant de la force des armes et s’appliquant k satisfaire les peuples au sujet de lelîr religion et de leur liberté naturelle; satisfaction sans laquelle les monarchies ne sauraient être ni fortes ni durables. Quelquefois, ne trouvant pas dans un peuple déchu un homme capable d’exécuter de si grandes choses, la Providence permet qu’après être devenu l’esclave volontaire des passions du luxe , de la recherche, de l’avarice, de l’envie, de l’orgueil et du faste ; après avoir adopté tous les vices propres aux esclaves, tels que le mensonge, la fourbe , la rapine et la lâcheté, la Providence permet, disons-nous, qu’il devienne esclave par le droit naturel des gens et qu’il soit soumis k d’autres nations meilleures, qui l’ayant conquis par le droit des armes , le réduisent h ne plus être qu’une province. Deux grandes vérités de l’ordre naturel résultent de ceci : la première, c’est que celui qui ne peut se gouverner lui-même doit se laisser gouverner par aut^gai ; la seconde.
CONCLUSION
c’esl que le monde est toujours gouverné par les plus capables et les meilleurs. Quelquefois aussi, il arrive que le peuple déchu ne possède pas un homme assez fort pour le relever, et qu’en même temps les nations voisines ne sont pas en position de le conquérir. Que devient-il alors? la Providence lui applique un remède extrême. Elle abandonne ces hommes entièrement préoccupés par le soin de leurs propres intérêts, plongés dans la mollesse pétris d'orgueil i ces hommes, qui vivent dans leur corps et détruisent leur esprit, s’enfonçant de plus en plus dans la solitude de P âme et de la volonté, jusqu’à ce qu’il ne soit plus possible à deux d’entro eux de se mettre d’accord ; elles les laisse se partager en factions, s’entre-tuer dans les guerres civiles, réduire les villes en çendres, les champs en forêts, et les forêts en repaires où ils se cachent, en sorte qu’après plusieurs siècles de barbarie ils perdent cette subtilité malicieuse de l’esprit qui les avait livrés à la barbarie réfléchie, plus détesta-: ble cent fois que la barbarie des sens, car celle-ci comporte une certaine franchise et permet la défense , tandis que celledà est accompagnée de lâcheté, et dissimule les coups qu’elle veut por-r.> ter. Les peuples soumis à ce traitement rigoureux de la Providence tombent dans l’abattement et la ja’apprécient
plus ni les agrémens, ni les plaisirs, ni la délicatesse de la vie, et se contentent de se procurer les choses strictement nécessaires. Leur nombre diminué leur fait trouver les fruits de la terre assez abondans pour leur nourriture. Us reprennent la simplicité, et avec elle la piété, \a véracité et la fidélité, fondemens naturels de la justice; grâces et beautés io Vordre éternel âeDleu.
En considérant ces choses d’après le simple exposé que nous venons d’en présenter, et lors même que les philosophes, les historiens, les grammairiens et lesjui'isconsultesm nous prêteraient pas le secours de leurs lumières, on serait tenté de s’écrier que c’est là l’image de la grande cité des nations, fondée ci gouvernée par Dieu même. Car on accorde des louanges éternelles aux sages législateurs, tels que Lycurgue, .Solon et les Décemvirs, pour avoir, par leurs lois salutaires, fondé les trois villes les plus éclatantes du monde : Sparte, Athènes et Rome; et pourtant ces villes n’ont brillé que d’«w éclat passager et bien rapide, si on le compare ii la lumineuse et invariable clarté qui
CONCLUSION
environne Yunivefs des peuples, distribués en ordres et soumis U de telles lois, que leur corruption même sert à donner aux États la forme uniquement propre à les conserver partout et à les faire durer toqjours. Peut-on méconnaître, à ces signes, le conseil d’une sagesse surhumaine, qui règle divinement et conduit la nature, opérant sans le secours des lois, que Dion compare aux tyrans, et n’employant que les weeurs humaines, aussi indépendantes que la nature elle-même, et que Dion compare à unVoi auquel on obéit avec plaisir ? Car ce sont les hommes eux-mêmes, comme nous l’avons dit en posant les principes de cette science, qui ont fait ce monde des nations. Mais ils l’ont fait d’après la volonté de l'esprit it^ni souvent différent, quelquefois opposé et toujours supérieur dans ses conceptions aux intentions partU culières et étroites des hommes; intentions dont il s’est servi pour parvenir à un élevé et bienfaisant ; à la conservation du genre humain. Ainsi , par exemple , l’instinct des hommes les portait k •user brutalement des femmes et k laisser périr leurs enfans ; et ils contractent de chastes mariages et prennent soin de leur famille; les pères voulaient exercer sans mesure, sur leurs cliens, t’empire paternel, ei ils élèvent, au contraire, des cités; les ordres régnons de la noblesse prétendent abuser de leurs pouvoir sur les plébéiens, et ils sont invinciblement engagés dans la servitude des lois qui assurent la liberté populaire ; les peuples libres s’efforcent de s’affranchir des lois qui les avaient sauvés, et ils tombent sous la /nitssamee d’un monarque ;les monarques, k leur tour, conçoivent l’indigne pensée de se soustraire k la surveillance des peuples , en plongeant ceux-ci dans les vices et l abrutissement, et ils ne font que les disposer k recevoir le joug des nations plus fortes ; les nations éperdues croient se disperser d! elles-mêmes , et elles vont enfouir leurs restes dans les solitudes, afin de renaître un jour, comme le phénix renaît de ses cendres. L’auteur de toutes ces choses a été esprit, puisque les hommes qui les ont exécutées sont doués èLintelligence; ce n’a pas été l’ouvrage du destin, puisque lechoixy a présidé ; ni celui du hasard, puisque le retour des mêmes causesa toujours produit les mêmes résultats. Épicure, Hobbes et Machiavel se sont donc trompés en attribuant au hasard la direction du monde, de même que Zenon et Spinosa en assignant le
CONCLtSlON.
même rôle au destin. Platon., le prince des philosophes politiques, a dil, avec plus de sagesse, que les choses humaines étaient réglées par la Providence. Cicéron refusait à bon droit de discuter sur les lois avec Atticus, si celui-ci ne renonçait pas d’abord à Èpicure., et ne consentait ii reconnaître, dans les affaires de ce monde, t intervention de la Providence ; Puffendorf n’a pas tenu compte de cette cause suprême ; Selden l’a admise comme une hypothèse, et Grotius l’omet.
Les jurisconsultes romains ont établi la Providence comme premier principe du droit naturel des gens. Nous avons essayé de démontrer que la Providence a donné aux premiers gouvernemens du monde la. religion, sur laquelle les jÉiais/ami/iers se sont exclusivement appuyés; que, d’après le dessein de la Providence, la religion a été la racine des gouvernemens cjvils et héroïques ou aristocratiques; qu’elle a servi de mdyen aux peuples pour conquérir la liberté populaire, et de bouclier aux monarques pour défendre leur pouvoir. Par conséquent, si les peuples perdent la religion, il ne leur reste plus, pour vivre en société, ni bouclier, derrière lequel se mettre k l’abri , ni moyen de s'entendre, ni racine qui les maintienne , ni forme qui les réunisse. Comment Bayle a-t-il osé dire que les nations pouvaient subsister sans la connaissance rfe Dieu ? Et comment Polybea-t-il affirmé que la philosophie pouvait remplacer la religion, tandis que les rei/ÿiores seules savent parler aux sens des hommes et leur inspirer des actions vertueuses, et que les philosophies ne sont bonnes qu’à exciter l'éloquence, qui, k son tour, encourage les hommes k pratiquer la vertu. Notre religion est vraie; toutes les autres sont fausses; celle-là opère [>ar la grâce divine, de manière à nous faire obtenir un bonheur étemel et infini, qui ne peut tomber sous les sens, mais que les sens, poussés par l’espri/, atteignent en accomplissant des acWons vertueuses; celles-ci, au contraire, ne promettent aux hommes qu’un bonheur fini el fragile, aussi bien dans cette vie que dans l’autre, où les attendent seulement àes jouissances corporelles, de sorte que ce sont ici les sens qui entraînent l'esprit vers le bien.
Nous reconnaissons aussi l’admirable intervention de la Providence dans les trois sentimens que la science prétendue incomparable des anciens a, jusqu'à ce jour, inspirés aux érudits:
Digitieed by GoogU:
CUNCLUülÜN.
ÜIIS
\' étonnement, la vénération et Y émulation. La lumière divine est la cause de ces trois sentimens qui, malgré l’alliage apporté par Yorgueil des érudits et par Yorgueü des nations, se réduisent cependant à ceci : que tous les savons admirent et vénèrent la sagesse infinie de Dieu, et qu’ils désirent s’unir à elle. Tout ce que nous avons dit dans cet ouvrage démontre que cette science porte avec elle la piété dont elle exige l'étude, et que sans être pieux on ne saurait être sage.