AVANT-PROPOS
Ce n'est pas sans appréhension que nous abordons ici l'étude des sciences improprementappelées occultes, puisque le mot science implique toujours l’idée de connaissance, quelque restreinte ou limitée qu’elle puisse être.
La période d’obscuration que vient de traverser l’humanité, domptée par le Césarisme,abrutie par le Christianisme, semble, il est vrai, toucher à sa fin. Les in pace , les bûchers du prêtre, les bastilles, les échafauds du prince sont rentrés dans les ténèbres; et, comme l’enfant dont le radieux soleil levant dissipe les frayeurs nocturnes, les hommes d’aujourd’hui, souriant des faiblesses d’hier, font parade de leur scepticisme et de leur incrédulité.
Qu’ils sont loin, cependant, de posséder cette indépendance d’esprit qu’on affiche partout sans la comprendre ! Ce n’est pas en quelques jours qu’on passe de la crédulité la plus enfantine, à la liberté intellectuelle. La pensée, comme les organes physiques, a besoin d’un long exercice pour fonctionner librement ; et combien peu, de nos jours, ont exercé convenablement leur esprit? La libre-pensée ne consiste pas à répudier des croyances absurdes, pour adopter, non moins aveuglément, une opinion à la mode ; elle exige, en premier lieu, l’élimination
(1). Découvrez ce qui peut détruire la vie et vous êtes un grand homme, ce qui peut la prolonger et vous êtes un imposteur! Faites une découverte mécanique qui rende le riche plus riche, et le pauvre plus pauvre, l’on vous dressera une statue! Découvrez, quelque mystère dans l’art, susceptible de niveler les inégalités physiques, et chacun démolira sa propre maison pour vous en jeter les pierres. — Bulwer Lytton (Zanôni).
LA DOCTRINE ESOTERIQUE
de tout jugement dont la démonstration n'est pas faite, puis l’examen sans parti-pris de toute idée nouvelle, si incroyable qu’elle puisse sembler au début. Or ; en dehors de quelques progrès indéniables, les préjugés n’ont guère fait que changer de forme; pour bien des gens, le journal a.remplacé la chaire,'et peu de- consciertces savent se passer de directeurs. Voilà pourquoi nous hésitons à présenter ici des idées absolument étrangères au milieu qui nous entoure, bien qu’elles reposent à la fois sur l’observation, l'expérience, la logique, la concordance avec toutes les manifestations de l’univers extérieur et du sens intime de l’homme.
Le dogmatisme, quel que soit son masque, tel est le véritable ennemi, survivant à la chute des idées qu’il incarne. C’est par lui que toutes les bastilles religieuses se sont succédées sans trêve dans l’histoire, et que l’exclusivisme universitaire fait aujourd’hui la besogne du cléricalisme, en attendant l’occasion de prendre un nouveau déguisement, le jour où la réaction fatale de la pensée humaine ramènera l’idéalisme outré des âges précédents. Mais la loi d’oscillation, qui, en dépit du jargon des écoles, régit aussi bien l’esprit humain que le pendule, diminue constamment l’amplitude de cet écart alternatif en deçà et au delà du vrai. Telle est la loi cyclique du progrès, dont nous étudierons ci-dessous le fonctionnement, avec ses phases de lente éclosion, de brillante maturité, puis de déclin et de régression apparente ; telle est la loi cosmique d’Evolution vers l’unité, qui régit la course des astres comme celle de l’atome et de l’homme.
Arrière donc tout respect humain, toute concession lâche aux préjugés mobiles de l’époque ! Il a existé, nous en donnerons les preuves, une antique synthèse si solidement étayée, que chaque découverte moderne en est venue confirmer les conséquences, tandis que les systèmes philosophiques ou religieux s’évanouissaient successivement au grand jour de la science. Transmise à travers les âges de barbarie, d’obscurantisme et de persécution, par diverses associations occultes, cette doctrine probablement altérée, a été en outre grossièrement exploitée par les charlatans et les imbéciles, à la faveur du mystère imposé aux vrais Adeptes. Voilà pourquoi les sciences dites occultes sont dédaignées par les esprits qui s’intitulent positifs et voilà pourquoi nous croyons utile de les étudier au grand jour, afin d’utiliser toutes les notions intéressantes qu’elles contiennent et d'illuminer tous les recoins de la caverne où se cachent encore aujourd’hui les exploiteurs du merveilleux. N’hésitons donc pas à remplir notre devoir de socialiste et de libre penseur, prenons pour unique critérium les lois immuables qui régissent l’univers, et sans souci des anathèmes ou du ridicule encore plus redouté, arborons hautement la noble devise des Maharajahs de Bénarès :
LA DOCTRINE ESOTERIQUE?
« There is noi^religton liiglier than true. (1) »