‹ La science occulteChapitre 4 sur 11 · I. — Origines de l’Esotéricisme · texte numérisé non relu

I. — Origines de l’Esotéricisme

Quand on cherche à remonter jusqu’à l’origine des grau .les décjuvertes, des hautes vérités qui ont transfiguré l’humanité barbare et marqué les étapes du progrès, on voit tous les fils conducteurs de l’investigation converger invariablement vers une civilisation mystérieuse et gigantesque qui florissait en Orient dans les temps préhistoriques.

Prenons, au hasard, parmi les découvertes de premier ordre, les vérités astronomiques qui découlent de la loi de gravitation: nul n’ignore qu’avant les parrains officiels de ces découvertes, Kopernic, Kepler, Galilée, Newton, bien des savants, bien des rêveurs, bien des martyrs, les avaient déjà plus ou moins rigoureusement formulées. Citons, au début de la Renaissance, le cardinal de Cusa, Giordano Bruno qui fut brûlé vif, Campanella qui fut torturé, et tant d’autres ! Dès le début de notre ère, ces vérités furent proclamées par l’illustre Aristarque de Samos et par les Cabalistes, auteurs du Zohar . Les simples manuels d’histoire signalent, 500 ans avant J.-C., les révélations astronomiques des grecs Ilicétas et Philolaüs qui vulgarisèrent plus ou moins bien la doctrine secrète de Pythagore. On sait d’ailleurs que pendant toute la durée des civilisations grecque et romaine, les Initiés aux mystères se transmettaient soigneusement ces vestiges d’une antique science, rapportée d’Egypte et d’Orient par Orphée en premier lieu, puis par un certain nombre de sages. Pythagore avait vu, dan§ le temple d’Ecbatane, le mécanisme ingénieux au moyen duquel des sphères d’azur imitaient les mouvements des planètes autour du soleil ; ces mêmes mouvements étaient représentés dans les sanctuaires d’Egypte par les danses symboliques des Initiés. Enfin, dans le Rama yana , poëme populaire de Yalmiki, composé 600 ans avant J.-C., et mieux encore dans les livres sacrés de l’Inde, on peut constater que les principales vérités astronomiques étaient vulgarisées en Orient bien avant la période dite historique.

Nous ne pouvons recommencer, au sujet de chaque prétendue découverte moderne, l’examen rétrospectif, fastidieux quoique incomplet, que nous venons de faire. Toutefois, pour ne parler ici que des faits connus de tout le monde, nous pouvons affirmer que les recherches sur les découvertes de la boussole, de la poudre à canon, de l’imprimerie, de la vapeur, conduiraient au même résultat.

Dans la mission des Juifs , M. Saint-Yves d’Alveydre fait, sur le même sujet, quelques citations bien faciles à contrôler et de nature à éton-

(1) 11 n’y a pas de religion plus sublime que le vrai.

LA DOCTRINE ESOTERIQUE

ner singulièrement les gens qui croient avoir étudié à fond l’antiqûité, sur les bancs du collège. Nous en reproduirons quelques-unes : (1)

« Agathias, de rebus Justin , liv. V, ch. 4, rapporte qu’Anfhène de « Tralle, architecte de Sainte-Sophie, se servait de Vélectricité avec « une puissance que nous ne connaissons pas encore; il le montre pro- « jetant les éclairs et la foudre sur la maison de Zénon et faisant usage « de la vapeur pour déplacer un toit entier. »

« Dans Vhistoire ecclésiastique de Sozomène, liv, IX, ch. 6, on « peut voir la corporation sacerdotale des Etrusques défendant à coups « de tonnerre, contre Alaric, la ville de Narnia qui ne fut pas prise. »

De plus, ces prêtres initiés offrent aux chrétiens de Rome, de venir sauver leur métropole assiégée; mais ces ignorants, qui attribuent la science au diable, refusent, et Rome est prise.

« DansTite Live, liv. I, ch. 33, dans Pline, hist. nat ., liv. II, chap. « 53 et liv. XXVIII, chap. 4, on peut suivre bien plus haut, à travers « d’anciens annalistes, la trace de la science étrusque, en ce qui re- « garde l’électricité seule. »

Or, Tite Live et Pline sont des auteurs classiques et figurent dans les programmes universitaires ! On trouve aussi dans Ovide des détails analogues.

« Josèphe, Guerre des Juifs , liv. V, ch. 14, rapporte que le temple « de Jérusalem, bâti par des architectes sacerdotaux de Tyr et de Mem- « phis, avait, comme les temples de Junon en Italie, de Hêrê en Grèce « et en Ionie, une armature métallique à pointes d’or : vingt-quatre « paratonnerres communiquant à des puits. »

(1) Dans une série d’articles récemment parus, M. Victor Meunier, du Rappel, accuse M. Saint-Yves d’Alveydre d’avoir démarqué Vhistoire philosophique du genre humain, par Fabre d’Olivet. Bien que nous protestions cidessous contre les conclusions de M. S int-Yves et que nous n’ayons pas à défendre sa personne, nous utiliserons les documents positifs et faciles à contrôler que contient son ouvrage, sans nous inquiéter de leur provenance. Nous ferons observer, néanmoins, que l’an dernier, M. Victor Meunier n’hésita pas à nous prêter des opinions c mtraires à celles que nous avions exprimées, afin de mieux réfuter un de nos articles qui lui déplaisait. Quand on a, dans sa carrière de critique scientifique, commis autant de bévues que M. Victor Meunier, on devrait se montrer un peu plus indulgent, même à l’égard d’erreurs, en tous cas moins grotjsques que son fameux décapité parlant et ses récentes études sur les revenauts. Toutefois, s’il ne peut mettre une sourdine à l’expression de son scepticisme intermittent, nous lui conseillons d’analyser les œuvres de son rédacteur en chef sur les tables tournantes et l’évocation des trépassés.

LA DOCTRINE ESOTERIQUE

« Le manuscrit d’un moine de l’Athos, Panselenus, révèle, d’après « d’anciens auteurs ioniens, l’application de la chimie à la photographie. « Ce fait a été mis en lumière à propos du procès de Niepce et de Da- « guerre. La chambre noire, les appareils d’optique, la sensibilisation « des plaques métalliques, y sont décrits tout au long. »

La pyrotechnie, connue depuis les temps les plus reculés existait encore à Byzance.

« Porphyre, dans son livre sur Vadministration de VEmpire, dé- « crit l’artillerie de Constantin Porphyrogénète. »

« Celle de Léon le philosophe se laisse aisément entrevoir, ainsi que « sa mousqueterie dans les Institutions militaires de ce prince. »

« Ammien Marcellin, liv. XXIII, ch. 6, Pline, liv. II, ch. 104, in- <r diqueut assez clairement que les Perses se servaient d’armes à feu. » « Valerianus, dans sa vie d'Alexandre, nous montre les canons de « bronze des Indiens. »

« Dans Ctesias, on retrouve le fameux feu grégeois, mélange de « salpêtre, de soufre et d’un hydrocarbure, employé bien avant Ninus « en Chaldée, dans l’Iran, dans les Indes, sous le nom de feu de Bha- « rawa. Ce nom qui fait allusion au sacerdoce de la race rouge, premier « législateur des noirs de l’Inde, dénote à lui seul une immense anti- « quité. »

« Hérodote, Justin, Pausanias, parlent des mines qui engloutissent « sous une pluie de pierres et de projectiles sillonnés de flammes, les « Perses et les Gaulois envahisseurs de Delphes, »

« Servius, Valerius Flaccus, Jules l’africain, Marcus Grœcus, décri- « vent la poudre d’après les anciennes traditions ; le dernier donne « même nos proportions d’aujourd’hui. »

« Homère indique clairement la boussole dans VOdyssée, liv. VII, «c liv. VIII et liv. XIII. Jamblique également dans sa vie de Pythagore « ch. 27 ; ainsi qu’Hérodote; Diodore de Sicile, liv. III, ch. 2 ; Sui- « das, etc. »

« Claudien décrit les feux d'artifice, les soleils tournants, antiques « amusements de l’Egypte, de la Chine et du reste de l’Asie. »

« Dans Plutarque, vie d'Alexandre, ch. 29 ; dans Hérodote, dans « Sénèque, questions naturelles, liv. III, ch. 25: dans Quinte Curce,

« liv. X, ch. dernier; dans Pline, hist . nat., liv. XXX, ch. 16; dans « Pausanias, Arcade ch. 25; on peut retrouver nos acides, nos bases,

« nos sels, l’alcool, l’éther, en un mot les traces certaines d’une chimie « organique et inorganique, dont ces auteurs n’avaient plus ou ne vou- « laient pas livrer la clef. »

Enfin, dans le poème de Lucrèce, que tous les lycéens doivent avoir lu, on trouve des données générales su? la biologie et l’anthropologie,

dO

LA DOCTRINE ESOTERIQUE

hors de proportion avec les connaissances de l’époque et qui sont des échos affaiblis d’une ancienne science poussée fort loin. Le professeur Hœckel n’hésiterait pas à signer aujourd’hui, le passage de Lucrèce relatif à l’évolution du langage.

Il est temps de clore cette fastidieuse série de citations qu’il nous serait facile de continuer indéfiniment, au sujet du télégraphe, par exemple, ou des chemins de fer chez les anciens. Nous pourrions prouver aussi clairement l’antiquité de l’optique, de l’acoustique, de la musique la plus savante et de tout le groupe, qui semble aujourd’hui perdu, des sciences psychurgiques, depuis l’ontologie jusqu’à la cosmogonie. Nous avons tenu, néanmoins, en dépit de la monotonie du sujet, à accumuler, dès le début de notre étude, des preuves indéniables, matérielles, palpables, delà réalité du fait sur laquelle elle repose : l’existence, dans les temps préhistoriques, d’une synthèse scientifique plus complète que la nôtre.

Tout esprit libre n’aurait besoin, sans doute, pour reconnaître cette vérité, que de considérer les monuments qui ont survécu aux civilisations éteintes et dont le caractère indestructible, presque surhumain, s’accroît en proportion de leur enfouissement dans la nuit du passé. Supposons l’Europe dépeuplée : les traces de sa civilisation ne seraientelles pas depuis longtemps effacées, alors que l’antique Egypte parlerait encore, aussi haut qu’aujourd’hui, au souvenir des hommes? Indépendemment des monuments de pierre, n’a-t-on pas retrouvé ces langues admirables, dont tous les idiomes, historiques et modernes, ne sont que d’impurs dérivés, et dont la construction savante dénote la plus haute intellectualité ? Enfin toutes les religions, toutes les doctrines philosophiques, passées et présentes, ne sont-elles pas des fragments isolés, plus ou moins altérés, d’une puissante synthèse antérieure ? De telles preuves l’emportent de beaucoup sur mille pages de citations ; mais la logique pure a peu de prise sur les préjugés, et comme nous ne pouvons, dans une étude succincte, citer les autorités au fur et à mesure que nous avancerons un fait nouveau, nous avons voulu, dès le début, en finir avec les railleries banales d’un scepticisme routinier, et fournir en abondance, aux esprits dits positifs parce qu’ils ne voient qu’une face des choses, les seuls arguments qui soient à leur portée, les faits brutaux. Désormais, nous exposerons purement et simplement la doctrine ésotérique, nous bornant à faire ressortir la confirmation de ses données principales, par les dernières découvertes de la science contemporaine.

Page 1