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grandes impressions dans la vie. Non, tout homme, quelle que soit sa position, fût-il confiné entre quatre murs misérables, peut avoir des sensations, s il se maintient en état de réceptivité. Les expériences sont partout présentes : il n’est pas besoin d’aller les chercher.
L’important est que l’âme apprenne à les élaborer. Par exemple on fera l’expérience que telle personnalité respectée, possède un trait de caractère que l’on peut appeler un défaut. Par cette constatation l’homme peut être stimulé à des réflexions de deux sortes. Il peut se dire : « Maintenant que j’ai fait cette découverte, je ne pourrai plus respecter cette personne comme par le passé. » Ou bien il peut se demander : (( Comment se fait-il qu’une personne digne de respect soit affligée d’un tel défaut ? Ce défaut est-il seulement un défaut, ou bien une conséquence de la vie de cette personne, un résultat peut-être de ses grandes qualités elles-mêmes ? » Un homme qui se posera ces questions conclura peut-être que son respect n’est en rien entamé par la constatation du défaut en question. A chaque expérience de cette nature, on apprendra quelque chose, on ajoutera quelque chose à sa compréhension de l’existence. Mais il serait fâcheux de se laisser entraîner, par le bénéfice de cette conception, à excuser tous les défauts chez les personnes et les choses qui ont notre sympathie, ou de prendre l’habitude de laisser de côté les choses blâmables, afin de progresser nous-mêmes. Nous ne progressons pas si c’est pour nous satisfaire nous-mêmes que nous essayons de comprendre les fautes plutôt que de les blâmer ; il faut que nous agissions ainsi, poussés par l’intelligence objective du fait en question, sans avoir égard au profit que ce jugement peut nous
valoir. Il est parfaitement vrai que Pon s’instruit en comprenant une faute et non en la condamnant. Mais celui chez qui la compréhension ferait taire tout sen timent de réprobation à Tégard du mal, ne ferait pas de grands progrès. Ici encore il faut établir un équililire raisonnable entre les tendances diverses de Tâme, et soigneusement éviter de développer à l’excès Tune d’entre elles.
Il en est tout particulièrement ainsi pour une tendance de l’ànie très importante dans l’évolution humaine : c’est celle qu’on appelle le sentiment de la vénération ou de la dévotion. Si l’on possède ce sentiment à l’état inné, ou qu’on le cultive en soi-méme, 011 y trouve un excellent terrain pour la production des forces qui mènent à la connaissance supra-sensible. Celui qui, dès son enfance, a eu la faculté de regarder certaines personnes avec une admiration pleine de dévouement, et de s’attacher à un idéal élevé, celui-là possède une disposition naturelle favorable à l’épanouissement de la culture supra-sensible. Celui qui, plus tard, le jugement mûri, sait élever ses regards vers le ciel étoilé, en éprouvant avec un abandon de soi-même, sans restriction, l’admirable manifestation des hautes Puissances, celuilà se rend, par là-même, digne de recevoir la connaissance des mondes spirituels. La même chose se passe pour celui qui admire les forces agissant dans l’organisme humain ; et il n’est pas moins important pour l’homme parvenu à sa maturité de savoir vénérer au plus haut degTé les hommes dont il soupçonne ou constate la valeur personnelle. Il faut être capable de ce sentiment de vénération pour pénétrer dans les mondes supérieurs. Être incapable de respect, c’est s’interdire à soi-même des progrès no-
tables dans le domaine spirituel. Si Ton ne veut reconnaître aucune supériorité dans le monde, on se cache l’essence des choses. Mais si par l’excès des sentiments de respect et de dévotion, l’homme se laisse entraîner à tuer en lui la conscience de soi, et la confiance en soi, ces deux sentiments naturels, il pèche contre la loi de l’équilibre et de la compensation. Le disciple spirituel travaillera sans cesse à son perfectionnement pour acquérir une maturité sans cesse plus grande : dans ces conditions, il peut avoir confiance dans sa propre personnalité, dont les forces, il le sent, s’accroissent sans cesse. Celui qui a le sentiment juste des choses, se dira : « J’ai en moi un trésor de forces cachées, et je puis les extraire de mon être intérieur. Aussi, lorsque je vois quelque être qui m’inspire le respect par sa supériorité, je ne me contente pas de le respecter, j’ai en outre confiance en moi, pour évoluer toutes les forces qui pourront m’élever au même niveau que l’être qui m’inspire le respect. »
Plus grande est chez un homme la faculté de diriger son attention sur certains phénomènes de la vie, jusqu’alors soustraits à son jugement personnel, et plus grande aussi est pour lui la possibilité d’une évolution rapide dans les mondes supérieurs. Éclairons-nous d’un exemple. Un homme se trouve dans une situation ou il peut faire ou ne pas faire un acte déterminé. Bien que son jugement lui conseille d’agir, une force inexplicable le détourne de l’action. Peut-être cet homme ne prêtera-t-il aucune attention à ce mobile inexplicable, et agira-t-il comme son jugement l’y invite. Peut-être au contraire obéira-t-il à l’impulsion de ce sentiment mystérieux, et s’abstiendra-t-il d’agir. S’il fait une
enquête sur cette action, il s’apercevra qu’en obéissant à son jugement il se fût exposé à un malheur, au lieu qu’en se refusant à s'y conformer, il a évité ce malheur. Une expérience de ce genre arrêtera la pensée de l’homme en un sens déterminé. Il se dira : (c II y a en moi une force qui me dirige avec plus de sûreté que le degré de jugement auquel je suis parvenu. Il faut que je prête attention à cette « force en moi » que mon jugement n’a pas encore atteint dans son développement progressif. » Il est particulièrement profitable pour l’âme de porter son examen sur des rencontres de ce genre. Elle découvre, dans une sorte de pressentiment salutaire, qu’il y a dans l’homme plus de choses qu’il n’en peut embrasser actuellement par son jugement conscient. Cette attention agrandit le champ de la vie de l’àme. Mais ici aussi il n’est pas sans danger de développer avec excès une activité au détriment des autres. Si l’on s’accoutumait à exclure de ses décisions tout jugement motivé pour obéir uniquement à la pression de pressentiments, on deviendrait le jouet d’obscurs instincts. De cette habitude il n’y a pas loin jusqu’à la superstition et à la déraison. Toute espèce de superstition est pour le disciple une vraie fatalité, et pour pénétrer réellement et consciemment dans le domaine des vérités spirituelles, il faut se garder de toute superstition, de toute rêverie et de tout vagabondage de l’imagination. Ce n’est pas un bon moyen de pénétrer dans la spiritualité que de se réjouir quand on réalise une expérience « incompréhensible à l’esprit humain ». La passion de l’inexplicable ne crée pas d’occultiste sérieux. Le disciple doit abandonner l’idée préconçue que le mystique est un homme qui, partout, dans l’univers, suppose,
quand il lui en prend fantaisie, la présence de l’inexplicable OQ de rinsondable. Le vrai sentiment du dis ciple est de savoir reconnaître partout la présence des forces et des entités cachées : mais d’admettre en revanche que l’insondable peut être sondé en évoluant les forces appropriées.
11 y a pour le disciple un état d’âme précis qui intervient à tous les degrés de son développement. Il consiste à ne pas voir sous un seul aspect son besoin de connaître. Au lieu de se dire toujours : <( Comment répondre à telle ou telle question ? » il se demandera : « Comment développer en moi telle ou telle faculté. » Car, lorsque grâce à un long et patient travail intérieur les facultés sont épanouies dans l’homme, les réponses aux questions posées se présentent d’elles-mêmes à son esprit. Tel est la disposition intérieure que le disciple doit cultiver sans trêve. C’est ainsi qu’en travaillant sans cesse, il progressera sans cesse. Et sans vouloir exiger les réponses à certaines questions, il attendra que ces réponses s’offrent d’elles-mêmes. Mais s’il se développe dans un sens unique, il n’ira pas loin. Le disciple doit avoir le sentiment qu’à un moment déterminé il pourra, dans la mesure de ses forces, résoudre lui-même de plus hautes énigmes. Ici encore l’égalité et l’équilibre entre les forces jouent un rôle prépondérant.
Nous pourrions énumérer beaucoup d’autres qualités dont le développement et la culture favorisent l’acquisition de la connaissance inspirée. Et pour chacune d’entre elles nous affirmerions de nouveau que Fequilibre est la chose essentielle : car c’est lui qui prépare à la compréhension et à la pratique des exercices ({ui ont pour but l’inspiration.
LA CONNAISSANCE DES MONDES SUPÉRIEURS Bî3
Les exercices qui visent à Tintuition exigent que le disciple élimine de sa conscience, non seulement les images qui ont servi d^objets à ses méditations, mais même la concentration sur sa propre activité qu’il a pratiquée en vue de la connaissance inspirée.
Il faut qu’à la lettre il n y ait plus dans son âme aucune trace des activités externes ou internes qu’il a connues auparavant. Si après la disparition de ces expériences externes et internes il restait un néant dans sa conscience, c’est-à-dire si cette conscience même disparaissait pour faire place à une totale inconscience, cela prouverait qu’il n’est pas encore mûr pour les exercices appropriés à l’intuition : il faudrait qu’il continuât ses exercices pour l’imagination et l’inspiration. Mais un moment vient où après ces éliminations radicales, la conscience ne demeure pas vide. Il y reste quelque chose, qui est la suite de cette élimination, et qui peut être l’objet d’une concentration, tout comme l’activité antérieure issue des expériences externes ou internes. Ce a quelque chose » est vraiment une chose nouvelle, totalement différente de tout ce qui l’a précédée. Quand on en éprouve la réalité, on sent qu’on ne l’avait jamais connue auparavant. Et l’on se dit : « C’est une perception, comme le son î'éel est une perception que mon oreille entend ; mais cette perception ne peut pénétrer dans ma conscience que par l’intuition, tout comme le son physique ne peut pénétrer dans ma conscience que par mon oreille. » Par l’intuition rhoinme dépouille les derniers restes de la sensibilité physique qui demeuraient en lui : le monde spirituel s’étend comme un champ ouvert devant sa connaissance, sous une forme qui n’a plus aucun rapport avec les propriétés de l’univers sensible.
La connaissance imaginative correspond à Tépanouissement des fleurs de lotus dans le corps astral. Quant aux exercices qui visent à Tinspiration et à rintuition, ils génèrent dans le corps vital certains mouvements, certaines formations et certains courants qui n’y existaient pas auparavant. Ce sont les organes qui permettent à l’homme la lecture de l’écriture cachée, et la perception même de réalités plus hautes, dans la mesure de ses facultés. Voici sous quel aspect se présentent au regard du clairvoyant ces transformations du corps éthérique, chez un homme parvenu à la connaissance inspirée et intuitive. Il se forme, dans la région du cœur physique, un nouveau centre, un nouvel organe éthérique. De cet organe jaillissent des courants aux formes et aux aspects multiples qui circulent dans toutes les parties de l’organisme. Les plus importants aboutissent aux fleurs de lotus, les traversent, en passant par tous leurs pétales, et fusent ensuite au dehors, dans l’espace ambiant, comme des rayons lumineux. Plus un homme est évolué, et plus est grand l’espace où ces émanations sont perceptibles. Dans une discipline judicieuse et méthodique, le centre dont nous parlons ne se forme pas d’emblée dans la région du cœur. Il faut qu’il passe par une étape préparatoire. Provisoirement il se développe dans la tête, puis il émigre dans le voisinage du larjmx, pour se transporter enfin dans la région du cœur physique. Si l’évolution était irrégulière, il pourrait se constituer dès l’abord dans la région cardiaque. Mais l’homme courrait le danger
de tomber dans des aberrations et des imaginations déréglées, au lieu d’accéder à une clairvoyance objective et paisible.
Dans la suite de l’évolution, ces courants et organes éthériques deviennent autonomes par rapport au corps physique, et le disciple peut en faire un usage indépendant. Les fleurs de lotus lui servent alors d’instruments destinés à mouvoir le corps , éthérique. Mais avant qu’il en soit ainsi, il faut que toute la surface du corps éthérique soit sillonnée d’un réseau de courants et d’effluves qui l’enveloppent comme d’un filet et le délimitent par rapportai! monde extérieur. Lorsqu’il en est ainsi, les mouvements et les courants éthériques peuvent s’accorder avec les phénomènes de Tambiance psycho-spirituelle, et entrer en communion avec eux, de sorte qu’il y a action et réaction entre les événements du dehors et les faits organiques du corps éthérique. C’est le moment où rhomme devient conscient du monde de l’inspiration. Cette connaissance intervient tout autrement que la connaissance des choses physico-sensibles. Dans le monde sensible on reçoit par les organes sensoriels des perceptions, et l’on tire de ces perceptions des représentations et des concepts. La connaissance inspirée se présente différemment : ce que l’on connaît est donné immédiatement, en un bloc : il n’y a pas de réflexion consécutive à la perception. Les éléments que l’intelligence dégage après coup de la connaissance sensible, sont donnés dans l’inspiration par la perception meme. Aussi nous déverserionsnous dans le monde psycho-spirituel ambiant, au point de ne plus pouvoir nous distinguer de lui, si le corps éthérique n’avait été enveloppé dans le réseau dont nous avons parlé plus haut.
Les exercices destinés à l’intuition ont leur effet non seulement dans le corps physique, mais aussi dans le domaine des forces supra-sensibles qui servent de base au corps physique. Toutefois, il ne faudrait pas supposer que leur action amène dans le corps physique des changements perceptibles aux sens. Ces changements ne sont appréciables que pour la conscience clairvoyante : ils n’ont rien à faire avec la connaissance extérieure. Ils sont la conséquence de la maturité où parvient la conscience, quand elle enregistre des expériences dues à l’intuition, après avoir expulsé hors de ses frontières toutes les expériences internes ou externes qu’elle a auparavant connues. Ces expériences intuitives sont intimes, délicates et fragiles, et en comparaison d’elles le corps physique humain dans son stade présent est massif et grossier. Aussi dresse-t-il devant le succès de cet entraînement des obstacles redoutables.. Mais si la persévérance et l’énergie ne se laissent pas décourager, elles finissent pas surmonter la barrière de la matière physique. Le disciple constate cette victoire en remarquant qu’un certain nombre de manifestations organiques, autrefois soustraites à son action consciente, deviennent voloritaire.s. Il remarque en outre qu’il ressent pour quelque temps le besoin de régler sa respiration, ou bien d’autres fonctions de manière à établir une harmonie entre le rythme de ces fonctions et l’ordre nouveau institué par l’àme au moyen des exercices et de la concentration. L’évolution idéale devrait alors suivre son cours sans faire intervenir aucun exercice du corps physique, et en laissant se produire les changements nécessaires dans ce corps par le seul effet des exercices d’intuition. Mais comme le corps physique est un puissant obsta-
de, la discipline autorise des tempéraments à la règle que nous venons d’énoncer. Ils consistent à exécuter des exercices qui ont un rapport avec les activités physiques elles-mêmes. Dans ce domaine il faut fuir comme dangereux tous les enseignements qui ne sont pas donnés immédiatement par un occultiste éprouvé. Par. exemple, parmi ces exercices on trouve un çertain mode respiratoire, réglé d’une manière toute spéciale pendant quelques instants. Ce contrôle de la fonction respiratoire répond à certaines lois psycho-spirituelles. La respiration est une fonction physique ; lorsqu’on la pratique de telle sorte que les lois psycho-spirituelles s’expriment par elle, elle imprègne immédiatement la matière du corps physique d’une essence spirituelle, qui transforme les tissus sensibles. Aussi l’occultisme appelle-t-il ces phénomènes la transmutation du physique par une force spirituelle. Et l’instructeur expérimenté donne à ce processus le nom de travail a avec la pierre philosophale Il faut bannir de l’esprit, quand on prononce ces mots, ce que lus siècles y ont amassé de charlatanerie et de superstition. L’importance du phénomène n’en sera qu’agrandie si on le débarrasse de tout cet appareil de sorcellerie. Quand on a acquis la représentation exacte d’une vérité occulte d’importance, ou a le droit de lui donner son vrai nom, alors même que l’erreur et l’obscurité s’en sont emparés par des malentendus ou pour de pires raisons.
Toute intuition véritable est un « travail avec la pierre philosophale », puisqu’elle puise immédiatement dans le réservoir des forces qui du monde spirituel agissent sur le monde sensible.
Lorsque Tétudiant est monté jusqu’à une certaine hauteur dans le sentier de la connaissance supérieure, il constate que les relations des forces qui constituent sa personnalité prennent une forme autre que dans le monde physico-sensible. Dans ce dernier, le .Moi maintient une étroite cohésion entre les forces psychiques : pensée, volonté, sensibilité. Ces trois forces de l’âme, dans la vie normale, sont unies par un accord défini. Par exemple, supposons que Ton voie un certain objet dans le monde extérieur. Il éveille dans l’âme un sentiment de plaisir ou de déplaisir : c’est-à-dire que ce sentiment est relié avec une certaine nécessité à la représentation de l'objet en question. L’homme le convoite, ou éprouve le l3esoin de le modifier dans tel ou tel sens : c’est-à-dire que la représentation de cet objet et le sentiment qu’elle éveille, déclanchent notre vouloir et notre puissance de désirer. Et si tout cet ensemble de forces s’organise pour ainsi dire, c’est que le Moi combine dans une unité la représentation (ou pensée), la sensation et la volition, et de la sorte maintient dans l’ordre les forces constituantes de la personnalité. Cet ordre salutaire et normal serait troublé si la convoitise, par suite de l’impuissance du Moi, voulait suivre une autre route que le sentiment ou la représentation. L’homme souffrirait d’une maladie profonde de l’âme, s’il pensait qu’une chose est raisonnable, et qu’il en voulût une autre, sans que son jugement l’eût estimée raisonnable. Il serait aussi anormal que quelqu’un désirât, non ce qui lui plaît, mais ce qui lui déplaît. Or sur le chemin de la connaissance supé-
Heure, riiomme remarque à un moment donné que la pensée, la volonté et la sensibilité s’arrogent en lui une certaine autonomie, et que par exemple une pensée déterminée ne provoque pas comme auparavant le déclanchement automatique d’un certain sentiment et d’une certaine volition. Par suite de ces conditions nouvelles l’homme peut penser correctement un objet, mais pour en faire sortir un sentiment ou une impulsion de la volonté, il faut qu’il puise au fond de luimême une incitation autonome. Pensée, sensibilité et volonté ne sont plus trois forces émanées d’une source unique, le Moi, centre de la personnalité ; ce sont trois entités, pour ainsi dire trois personnalités. Il faut fortifier assez le Moi pour qu’au lieu de mettre simplement de l’ordre dans trois forces animiques, il puisse conduire et gouverner trois êtres distincts. Cet état est ce que l’occultisme appelle la « dissociation de la personnalité ». Et de nouveau dans ce cas le disciple constate combien il est indispensable, à côté des exercices spécifiques du progrès occulte, de cultiver l’entraînement parallèle qui vise à fortifier et à maîtriser nos jugements, nos sentiments et nos voûtions. Si l’on n’emporte pas ces facultés précieuses dans le monde supérieur, on verra bientôt combien le Moi est faible et impuissant à gouverner la pensée, la volonté et la sensibilité. L’âme serait, par suite de cette débilité du Moi, comme écartelée entre les trois forces, et sommité disparaîtrait. Mais quand le développement du disciple a suivi la bonne voie, c’est pour lui un progrès réel que d’être ainsi multiplié dans sa vie intérieure, tout en restant par le Moi maître souverain des entités diverses qui déploient leur activité en lui. Dans le cours de Tentraînement occulte, la dissociation se poursuit et s’affirme. La
pensée, devenue autonome, génère une quatrième force, une quatrième entité psycho-spirituelle, que Ton peut définir comme un perpétuel déversement dans rtiomme de courants analogues à des pensées. Le monde entier apparaît comme un gigantesque édifice de pensées, qui se dresse devant nous, comme le règne végétal, ou le règne animal dans le royaume des sens. De même la sensibilité et la volonté, devenues indépendantes, éveillent dans Tâme deux forces distinctes, qui se manifestent comme deux entités autonomes. Enfin une septième entité vient se joindre aux autres, et cette dernière ressemble au Moi humain lui même. Ainsi à un certain degré de son évolution riiomme se trouve en présence de sept êtres intérieurs, quhl lui faut gouverner et diriger.
Cette vaste expérience se complète par une deuxième. Avant de pénétrer dans le monde suprasensible, rhomme ne connaissait la pensée, la sensibilité et la volonté que sous la forme d’expériences intérieures. Dès qu’il foule du pied le monde supérieur, il perçoit des objets qui expriment non plus la substance physico-sensible, mais l’essence psychospirituelle. Derrière les propriétés du nouveau monde qu’il perçoit il y a maintenant des êtres psycho-spirituels et ces êtres constituent pour lui un monde extérieur, tout comme les pierres, les plantes et les animaux du monde sensible. Mais le disciple constate aussitôt une différence capitale entre ce nouveau monde et celui que connaissaient ses sens physiques. Une plante demeure ce qu’elle est, quels que soient les sentiments et les pensées qu’elle éveille en nous. Il n’en est pas ainsi des images du monde psychospirituel. Elles se modifient, suivant les sentiments et les pensées de l’homme. L’homme les marque de
son empreinte propre. Supposons une image qui surgit devant ITiomme dans le monde imaginatif. S’il demeure indifférent à sa vue, l’image se montre à lui sous un certain aspect. Mais, du moment où elle suscite en lui un plaisir ou un déplaisir, sa forme se modifie. Ainsi ces images représentent bien une chose indépendante de l’homme et extérieure à lui, mais elles reflètent en outre l’homme lui-même. Elles sont profondément imprégnées d’essence humaine. La nature humaine s’étend comme un voile sur les entités spirituelles. Et l’homme, lors même qu’il se trouve en présence d’une entité réelle, au lieu de la percevoir, ne voit que son propre produit. Ainsi, tout en ayant la vérité devant lui, c'est l’erreur qu’il regarde.
Et ce qui pénètre ainsi ces images, ce n’est pas seulement la personnalité dont l’homme lui-même est conscient : toutes les forces qui existent en lui agissent sur ce monde essentiellement plastique. L’homme peut avoir des tendances cachées, que l’éducation a empêchées de se montrer au grand jour : elles n’en exercent pas moins leur influence sur le monde psycho-spirituel, qui se colore ainsi de toutes les nuances de la personnalité humaine, que Thomme en ait ou non conscience. Pour progresser davantage à partir de cette étape, il faut que l’homme apprenne à distinguer entre lui et les choses extérieures. Il faut qu’il élimine de l’ambiance psycho-spirituelle tous les effluves de son Moi personnel. Ün ne saurait parvenir à faire ce départ, sans acquérir une connaissance approfondie de cette personnalité complexe que l’on emporte avec soi dans le monde supérieur. Il faut se connaître soi-même pour percevoir dans sa pureté le milieu psycho-spirituel. Mais les lois mêmes
de révolution humaine veulent que cette connaissance de soi intervienne pour ainsi dire naturellement à rentrée des mondes supérieurs. L’homme développe dans le monde physique son Moi, sa soi-conscience. Ce Moi est un centre d’attraction pour tout ce qui dépend de l’homme. Les tendances, les sympathies et antipathies, les passions, les opinions, etc., se groupent autour de ce Moi. Et ce Moi agglomère en quelque sorte autour de lui ce qui constitue le karma humain. Si l’on voyait ce Moi dépouillé de tous ses voiles, on saurait les destinées qui l’attendent dans cette incarnation ou dans les suivantes, suivant ce qu’il a fait et ce qu’il s’est assimilé dans ses existences précédentes. Le Moi avec tout ce qui s’attache à lui, est la première image qui se présente au disciple à l’entrée du monde ps3"cho-spirituel.
Ce double de l’homme doit être, conformément aux lois supérieures, la première de ses impressions au seuil d’un monde nouveau. On peut comprendre facilement la loi qui sert de fondement à ce phénomène si l’on songe que, dans le monde physique, l’homme ne se perçoit lui-même que dans la mesure où il fait l’expérience intérieure de ses pensées, sentiments et voûtions. Cette perception de lui-même est purement interne : elle n’apparaît pas à l’homme comme située au dehors ainsi que les plantes, les minéraux ou les animaux. Et, même par l’expérience interne, l’homme ne se connaît que partiellement. Il y a en lui une force qui l’empêche d’approfondir trop cette soi-connaissance. C’est un instinct qui, quand il reconnaît en lui une certaine disposition, et qu’il ne veut se faire aucune illusion sur lui-même, le pousse à transformer cette disposition. S’il refuse d’obéir à cet instinct, s’il détourne purement et
simplement son attention de sa vie intérieure, en un mot s’il reste tel qu’il est, il se prive de la possibilité de se connaître lui-même sur le point en question. Mais si l’homme pénètre dans sa vie intérieure, et qu’il regarde en face sans illusion tel ou tel trait de son caractère, alors il se passera de deux choses l’une : ou bien l’homme sera en mesure de corriger ce trait, ou bien les circonstances présentes de la vie l’en empêcheront. Dans le dernier cas, il sentira se glisser dans son âme un sentiment que l’on peut appeler un sentiment de honte : telle est la nature normale de l’homme, qu’elle éprouve au cours de son étude de soi-même toutes les formes de la honte. Ce sentiment a dans l’existence courante des effets bien déterminés. L’homme qui pense sainement veillera à ce que les dispositions qui ont provoqué ce sentiment ne se manifestent pas au dehors, ne se dévoilent pas par des actes extérieurs. Ainsi la honte est une force qui pousse l’homme à enfermer une chose dans le secret de sa vie intérieure, afin d’empêcher qu’elle ne soit perçue au dehors.
Si l’on réfléchit suffisamment sur ces particularités psychologiques, on comprendra que l’occultisme attribue des effets encore plus profonds à des états de conscience voisins de celui que nous venons de décrire. Il découvre dans l’âme une sorte de honte cachée, dont l’homme n’a pas conscience dans la vie physique. Ce sentiment caché agit comme le sentiment conscient qui lui ressemble : en ce sens qu’il empêche l’être intérieur d’apparaître à l’homme sous la forme d’une image perceptible. Sans ce sentiment, l’homme se percevrait tel qu’il est en réalité, ses représentations, sentiments et volontés cesseraient d’être pour lui de pures expériences internes.
pour devenir des perceptions, comme les pierres, les animaux et les plantes. Ce sentiment voile Thomme à ses propres regards : et par là il lui voile le monde psycho-spirituel tout entier. Du moment que l’être intérieur est caché à l’homme, il ne saurait percevoir les éléments qui constituent les organes qu’il lui faut évoluer pour connaître le monde psycho-spirituel. Il ne peut dès lors transformer son être pour y faire s’épanouir les sens spirituels. Mais lorsque par un entraînement régulier l’homme acquiert l’usage de ces organes, la première impression dont il est conscient, c’est sa propre individualité. Il perçoit son double. Cette perception n’est pas essentiellement différente de celle qui s’applique au reste du monde psycho-spirituel. Dans la vie courante, le sentiment de pudeur que nous avons analysé ferme sans cesse à l’homme la porte des mondes supérieurs. Si l’homme voulait faire un seul pas pour pénétrer dans ces mondes, ce sentiment surgit aussitôt, tout en demeurant inconscient, et cache la portion du monde psycho-spirituel qui veut se manifester. Or, les exercices indiqués plus haut ouvrent les régions supérieures. Le sentiment de la pudeur morale est un grand bienfaiteur de l’humanité ; car tout ce qu’on peut acquérir de jugement, de sentiment et de force de caractère ne suffirait pas à nous permettre de supporter la vue de notre individu dans sa vraie forme, si l’entraînement occulte ne venait à notre • secours. Ce spectacle ferait perdre à l’homme toute confiance en lui, tout sentiment, toute conscience de soi-même. Pour empêcher ce désastre, on doit veiller à cultiver son jugement, ses sentiments et son caractère, sans négliger les exercices qui visent à la connaissance supérieure. L’entraînement méthodique et
régulier donne à Thomme assez de notions occultes, assez de moyens pour se connaître et se contrôler soi-même, ainsi que la force nécessaire pour supporter avec fermeté la vue de son double.
Pour le disciple averti, c’est simplement alors la condensation sous la forme d’un être astral, des éléments avec lesquels il s est déjà familiarisé dans la vie physique. Si l’on a compris d'abord la loi de Karma, on ne sera pas particulièrement ému de reconnaître sa propre destinée sous les traits de son double. Si Ton s’est logiquement rendu compte de révolution humaine et cosmique, si l’on sait qu’à un moment précis, les forces de Lucifer ont fait irruption dans l’àme humaine, on ne chancellera pas en contemplant dans l’image de son être propre l’action multiple de ces entités lucifériennes. On voit ici combien l’homme aura raison d’attendre, avant de réclamer l’entrée des mondes supérieurs, que son entendement normalement développé dans le monde physique ait clairement conçu certaines vérités spirituelles. Les enseignements contenus dans ce livre et relatifs à la connaissance des mondes supérieurs devraient être pleinement assimilés par le disciple, au cours d’une évolution normale et par les forces normales du jugement, avant qu’il ait le désir de pénétrer personnellement dans le monde supra-sensible.
Par une méthode qui ne veillerait pas à fortifier le jugement, les sentiments et le caractère, il peut arriver que le disciple pénètre dans le monde psychospirituel avant d’avoir développé les capacités nécessaires. Alors la rencontre avec le double aurait une action néfaste. Mais si, ce qui est possible, il évitoit cette rencontre et pénétrait néanmoins dans le monde spirituel, il ne parviendrait jamais à percevoir c^
ÎA SCIENCE OCCULTE
monde sous sa forme réelle. Il ne pourrait jamais distinguer entre les choses, telles qu’elles lui apparaissent à travers son être propre, et les choses dans leur réalité essentielle. Cette distinction ne peut être faite que si le disciple perçoit sa propre image comme un objet défini en soi, et sait isoler de l’ambiance les forces sorties de sa vie intérieure. Le double existe pour l’homme qui vit de son existence phj-sique : mais il est ainsi fait que grâce au sentiment de honte dont nous avons parlé il disparaît, dès que l’homme fait mine de s’approcher du monde psycho-spirituel. De la sorte il cache à l’homme ce monde tout entier. Il se tient à l’entrée du monde supérieur, pour en défendre l’entrée à tout homme qui s’en approcherait sans être suffisamment préparé. Aussi l’occultisme l’appelle-t-il : le Gardien du seuil qui se tient devant l’entrée du monde psycho-spirituel. On l’appelle en outre le « gardien inférieur » parce qu’il en existe un second, dont nous parlerons plus tard. A part cette pénétration dans le monde spirituel, la mort physique, elle aussi, met l’homme en présence de ce gardien du seuil. Et il se découvre graduellement durant la vie qui sépare la mort d’une nouvelle naissance. Mais sa rencontre ne saurait terrasser l’homme dans ces conditions, puisqu’à ce moment il évolue normalement dans des mondes qu’il ignorait entre la naissance et la mort physique.
Si l’homme pénétrait dans les mondes supérieurs sans avoir passé par la rencontre avec le gardien du seuil, il serait, nous l’avons dit, victime de nombreuses illusions. Il ne distinguerait pas ce qui appartient réellement à cette région de ce qu’il y apporte luimême. Une saine discipline doit conduire à la vérité et non à l’illusion : la rencontre avec le gardien paraît
nécessaire à ses prévisions. Elle est un des moyens indispensables pour écarter le mirage et Tillusion dans Tétude de ces milieux. Undes points les plus importants dans la discipline occulte est de travailler à son développement, pour éviter d’être jamais un rêveur, un homme capable d’obéir à une suggestion ou une autosuggestion, et de se laisser duper par une illusion quelconcpie. Lorsque l’on suit avec application les enseignements de l’occultisme normal, on anéantit les sources de l’illusion. Nous n’entrerons pas dans tous les détails de cet entraînement spécial. Contentonsnous d’y faire allusion. Les causes dont découlent les illusions que nous vivons, sont au nombre de deux. Les unes viennent de ce que notre personnalité vient colorer la réalité extérieure : cette cause d’illusion est peu dangereuse dans la vie courante. Quel que soit le désir qu'éprouve l’observateur de teinter de ses propres sentiments la réalité sensible, le monde physique s’impose rudement de lui-même sous sa vraie forme. Mais dès qu’on entre dans le monde imaginatif, les formations perçues sont réellement modifiées par les vœux et les intérêts du voyant : et il a véritablement devant soi ce qu’il a formé' lui-même, ou tout au moins contribué à former. Lorsque le disciple, par sa rencontre avec le gardien du seuil a appris à connaître tout ce qui est en lui, tout ce qu’il introduit dans le monde psycho-spirituel, cette source d’illusion se trouve tarie. La préparation que le disciple s’impose avant cette rencontre lui apprend à éliminer sa personnalité de ses perceptions sensibles, dès la vie physique, et à laisser les choses et les phénomènes parler seuls, dans la pureté de leur propre nature. Après un entraînement satisfaisant dans ce domaine, le disciple peut envisager sans
trembler la rencontre avec le Gardien du seuil. 11 vérifiera alors d’une manière définitive s’il est aussi habile à exclure sa personnalité de ses perceptions, lorsqu’il s’agit d’observer le monde psycho-spirituel.
Il existe également une seconde source d’erreurs. Elle se fait connaître lorsqu’on se trompe en interprétant une impression reçue. Il y a dans la vie un exemple classique de ce genre d'erreurs : c’est lorsque un observateur assis dans un chemin de fer, croit voir les arbres se mouvoir dans un sens opposé k celui du train, alors que c’est lui-même avec le train qui se déplace. Il y a des cas où l’illusion est moins aisée à rectifier que dans le cas que nous venons de citer : pourtant dans le monde physique l’homme trouve toujours le moyen de bannir les illusions de ce genre, pour peu qu’il applique son jugement à s’éclairer luimême. Il en va tout autrement dans les régions suprasensibles. Dans l’univers sensible, l’illusion humaine ne saurait modifier la réalité : aussi l’observation sincère de la réalité est-elle toujours en mesure de corriger l’erreur. Dans le monde supra-sensible, le jugement erroné que l’on porte sur une perception s’incorpore à cette perception même : sa cohésion avec le phénomène est si intime qu’on ne saurait les distinguer d’emblée. On ne peut plus dire alors que l’erreur soit dans l’homme et la vraie réalité au dehors : l’erreur est devenue partie constituante de la réalité. L’observation sincère des choses ne suffit plus à la rectifier. Telle est la source abondante d’erreurs multipîas pour celui qui pénètre dans le monde spirituel sans préparation suffisante. Le disciple ne doit pas se contenter d’exclure les illusions qui viennent de ce que sa personnalité déteint sur l’ambiance : il lui faut s’attaquer également à la deuxièiùe cause d’er-
reurs. Il peut éliminer les éléments qui sont apportés par lui quand il les a reconnus dans la figure du Gardien du seuil : pour tarir la deuxième source d’erreurs, il lui faut devenir capable de reconnaître d après la complexion même d’un phénomène supra-sensible s’il est réalité ou illusion. Si les illusions avaient exactement le même aspect que les réalités, cette distinction ne serait pas possible. Mais il n’en est pas ainsi. Les illusions ont des caractères propres que n’ont pas les réalités. Le disciple doit arriver à découvrir les caractères qui signalent les réalités. Rien de plus naturel pour le profane que de demander : « Gomment serait-il possible de se défendre contre toute illusion, si les causes d’illusion sont à ce point nombreuses ? Existe-t-il un seul occultiste qui puisse affirmer avec assurance que toutes ces prétendues connaissances supérieures ne reposent pas sur la suggestion ou l’auto-suggestion ? » En parlant ainsi on oublie que toute la direction d’un entraînement occulte sérieux vise à exclure les illusions. Le disciple aura d’abord soin d’acquérir des notions assez précises sur tout ce qui peut amener l’erreur ou l’illusion, pour se mettre en mesure de s’en préserver. Il a, plus que tout autre homme, l’occasion de devenir raisonnable et sensé dans le cours de la vie ordinaire. Tout ce qu’on lui enseigne a pour effet de lui faire fuir les pressentiments indistincts, les inspirations confuses, et toutes les impulsions de ce genre. L’entraînement occulte lui confère le maximum possible de prudence. En outre, tout enseignement sérieux débute par l’étude des faits cosmiques, c’està-dire de sujets qui réclament l’extension du jugement, qui rendent ce jugement plus subtil et plus pénétrant. L’étudiant qui se refuserait à porter son étude
sur des domaines aussi vastes, et se contenterait de révélations plus immédiatement rapprochées de lui, se priverait de cette école précieuse qui affine le discernement, et en fait un instrument capable de distinguer l’illusion de la réalité. Toute cette préparation n’est pas encore la chose essentielle : l’essentiel réside dans les exercices mêmes qui font partie d’un entraînement occulte correct. Ces exercices sont combinés de telle sorte que la conscience du disciple, pendant la concentration, passe en revue minutieusement tout ce qui se déroule dans la vie de l’âme. Tout d’abord un symbole est construit, destiné à stimuler l’activité imaginative. Ce symbole contient des éléments empruntés aux représentations extérieures. Ce symbole, l’homme n’est pas seul à en établir le contenu : il n’en est pas l’unique auteur. Il peut donc se tromper sur son origine, et interpréter inexactement sa génération. Mais il éloigne ensuite le contenu de ce symbole de l’orbe de sa conscience, lorsqu’il passe aux exercices spécialement institués pour l’acquisition de la connaissance inspirée. Il ne se concentre plus alors que sur l’activité psychique qui a façonné le symbole. Là encore on peut admettre la possibilité d’une erreur. Cette activité psychique a été assimilée en partie par l’étude, par l’éducation, etc. L’homme ne peut pas affirmer qu’il connaît intégralement son origine. Mais voici qu’il éloigne même cette activité de sa conscience. Dans ce qui demeure conscient, après ces éliminations, on ne saurait découvrir aucun élément qui puisse échapper à l’investigation. Il ne saurait s’y mêler rien dont le jugement ne puisse saisir pleinjernent le contenu. L’intuition met donc le disciple en présence de quelque chose qui lui montre comment est faite la réalité toute pure du
LA CONNAISSANCE DES MONDES SUPÉRIEURS iSl
monde psycho-spirituel. Une fois découverts ces caractères propres de la réalité psycho-spirituelle, il n’a qu’à s’en servir comme de pierre de touche pour tout ce qu’il observe, afin d’y discerner l’apparence de la vérité. Il pourra être sur, en appliquant ces méthodes, d’être préservé de l’erreur dans le monde spirituel aussi sûrement que dans le monde physique il est préservé de confondre un fer chaud imaginaire et un fer chaud qui brûle réellement. Naturellement toutes ces considérations s’appliquent uniquement aux expériences que l’on peut faire soi-même dans le monde supra-sensible, et nullement aux communications que l’on peut recevoir sur ces sujets et qui relèvent seulement de la raison physique et du sentiment naturel de la vérité. Le disciple tracera une frontière précise entre les deux sources de ses connaissances. Il sera plein de bonne volonté pour accueillir les enseignements qui visent les mondes supérieurs, et tâchera de les comprendre par son jugement. Mais lorsqu’il s’agira d’observations personnelles, d’investigations faites par lui-même, il vérifiera soigneusement si elles concordent avec les caractères qu’il a appris à connaître par l’intuition, ce mode de con-^ naissance qui ne saurait tromper.
Lorsque la rencontre avec le Gardien du seuil est passée, de nouvelles épreuves attendent le disciple. Tout d’abord il remarquera qu’une intime parenté existe entre ce Gardien du seuil et la septième des forces psychiques, cette force qui, lors de la dissociation de la personnalité, est devenue comme un
être autonome. On peut même dire que dans un certain sens cette septième force n’est autre que le double, que le gardien du seuil lui-même. Cette force impose au disciple une tâche spéciale. Il faut que par le pouvoir de son Moi nouveau-né, il gouverne et commande les activités de son Moi ancien qui lui sont apparues concentrées dans une image. Une sorte de combat s’engagera contre le double qui tâchera sans cesse de devenir le maître. Avoir avec lui les relations qu’il faut et ne lui rien laisser faire qui ne soit voulu par le Moi nouveau-né, voilà ce qui consolide et fortifie les énergies de l’homme. La connaissance de soi est autre chose dans le monde supérieur que dans le monde physique. Dans ce dernier la connaissance de soi se présente comme une expérience intérieure, au lieu que le nouveau Moi se manifeste de prime abord comme un phénomène psychique externe. On voit évoluer devant soi ce Moi nouveau, mais on ne peut le percevoir en entier. Car, si haut que l’on ait gravi le sentier qui mène aux régions supra-sensibles, il existe encore des sommets plus élevés sur lesquels on percevra toujours davantage de ce Moi supérieur. Ce Moi ne peut se dévoiler qu’en partie au disciple quel que soit le niveau où il se trouve. Il y a une tentation presque irrésistible pour l’homme . c’est lorsqu’il commence à percevoir son Moi supérieur, de le considérer en quelque sorte du même point de vue qu’un objet du monde physique. A la vérité, cette tentation est bonne, et elle est inévitable au cours d’une évolution normale. Il faut que l’on considère l’être qui nous apparaît comme le double, comme le gardien du seuil, et qu’on le compare au Moi supérieur pour constater Tabîme qui sépare ce que l’on est de
ce que Ton doit devenir. Devant cet examen, le gardien du seuil prend un nouvel aspect. Il résume dans une image tous les obstacles qui s’opposent au progrès du Moi supérieur. Il fait comprendre de quel fardeau est chargé le Moi inférieur. Si par un en* traînement préparatoire, on ne s’est pas assez fortifié pour pouvoir se dire : « Je ne m’arrêterai pas là, mais sans trêve, je travaillerai à m’unir à ce Moi supérieur », on sera paralysé et terrifié devant l’avenir. On aura plongé ses regards dans le monde psycho-spirituel et l’on renoncera à s’y développer davantage. On devient alors un prisonnier de la forme qui se manifeste à l’âme par le gardien du seuil. Le point capital, c’est que cette expérience ne donne pas au disciple le sentiment d’être un prisonnier. Il s'imaginera au contraire tout autre chose. La forme évoquée par le gardien du seuil sera d’une nature telle qu’elle donnera à l’observateur l’impression d’embrasser dans les images qu’il est apte à percevoir, toute l’étendue de l’univers connaissable, d’avoir atteint le plus haut sommet de la connaissance. Il croira n’avoir plus besoin de faire le moindre effort. Bien loin de se sentir prisonnier, il se prendra pour le possesseur opulent de tous les secrets de l’univers. On ne s’étonnera pas outre mesure que l’étudiant puisse ainsi avoir une impression exactement contraire à la vérité, si l’on songe qu’il fait cette expérience dans le monde psychospirituel, et que par la nature spéciale de ce milieu, tous les phénomènes s’y présentent à rebours. Nous avons signalé cette particularité dans nos considérations sur la vie après la mort.
La forme qu’à ce degré d’évolution le disciple perçoit à ses côtés lui présente des élément nouveaux
qui s'ajoutent à ceux qu’il a d’abord contemplés dans le gardien du seuil. Dans ce double, il pouvait voir toutes les propriétés que le Moi commun de l’homme tient de l’action des forces lucifériennes. Or, dans le cours de l’évolution humaine, l’influence de Lucifer a permis à une autre force de s’introduire dans l’âme humaine : c’est celle que nous avons appelée la force d’Ahriman et qui empêche l’homme durant sa vie physique d’être conscient des réalités psycho-spirituelles cachées derrière la surface du monde sensible. Ce que l’homme est devenu sous l’influence de cette force se manifeste dans la forme qui se présente devant le disciple. Il faut être convenablement préparé à cette expérience pour lui attribuer sa vraie signification, et, peu après, s’il en est ainsi, se montrera une autre forme, celle que l’on appelle le « grand Gardien du seuil ». Cet être avertit le disciple qu’il ne doit pas rester en chemin, mais au contraire progresser avec énergie. Il éveille chez l’observateur la claire conscience que le monde qu’il a conquis ne sera un j monde réel exempt de toute illusion que si le progrès spirituel continue sa marche normale. Mais quiconque, par une discipline erronée, aborde cette expérience sans préparation suffisante sentira se répandre dans son âme, à la vue du grand Gardien du seuil, un sentiment qu’on peut qualifier de terreur incommensurable ou d’indicible effroi.
La rencontre avec le premier Gardien du seuil permet au disciple de vérifier s’il est à l’abri des illusions provenant de l’immixtion de sa personnalité dans ses perceptions supra-sensibles. D’autre part, les premières expériences que lui procurent le grand Gardien du seuil, le mettent en mesure d’éprouver
s’il est à la hauteur des illusions dues à la deuxième des causes dont nous avons parlé plus haut. Qu’il résiste à ce puissant mirage qui lui fait apparaître, comme un royaume dont il serait le maître, la petite portion du monde imaginatif que sa connaissance embrasse et dont il est en réalité le prisonnier, alors il sera dans toute la suite de son évolution préservé de confondre Fillusion et la réalité.
Pour chaque homme le Gardien du seuil revêtira une forme, dans une certaine mesure, individuelle. Sa rencontre correspond à l’expérience qui marque la fin du caractère personnel pour les observations suprasensibles et l’entrée dans la région où les perceptions, enfin libérées de toute coloration personnelle, deviennent valables pour tout être humain.
Après les expériences que nous venons de décrire, le disciple est capable de distinguer dans le monde psycho-spirituel ce qu’il est lui-même de ce qui l’entoure. Il verra alors combien la compréhension de l’évolution cosmique étudiée dans cet ouvrage est indispensable pour comprendre l’homme et ses manifestations vitales. On ne pénètre l’économie du corps physique qu’en suivant sa formation depuis l’époque saturnienne, et pour concevoir les fonctions du corps éthérique, il faut en avoir constaté le développement depuis la période solaire. Tous les phénomènes qui sont reliés à l’évolution terrestre actuelle ne sont compréhensibles que si l’on connaît leur évolution graduelle. L’entraînement occulte permet de découvrir les correspondances qui existent entre tout ce qui est en l’homme, et certains faits ou êtres cosmiques. Car il en est ainsi : le moindre de nos organes a des rapports avec l’univers entier. Dans ce livre nous n’avons pu indiquer ces correspondances que grosso
modo^ mais songez que pendant l'évolution saturnienne, le corps physique n'était qu'un germe. Ses divers organes, le cœur, le poumon et le cerveau, se sont développés plus tard au cours des évolutions solaire, lunaire et terrestre. Chacun d'entre eux dépend de l’une de ces périodes. Il en est de même pour le corps éthérique, de même pour le corps émotionnel, l'ame*sensibilité, etc. L'homme est le produit de tout le milieu où il naît : et chaque détail de sa constitution répond à un phénomène, à un être de l'ambiance cosmique. A une certaine étape de son développement le disciple comprend ce rapport de son être avec le Cosmos. L'occultisme nomme cette étape : pei'ception des correspondances entre le microcosme, ou homme, et le macrocosme ou univers. Parvenu à ce niveau, le disciple connaît une expérience nouvelle. Il se sent partie intégrante de l'univers, tout en gardant sa parfaite autonomie. C'est comme une ascension dans le Cosmos, une fusion avec lui, mais sans rien perdre de son individualité. Cette étape est pour rocciiltisme s l'union avec le macrocosme ». L'imporîant est de bien considérer que dans cette fusion la conscience individuelle demeure intacte et que l'être humain ne se disperse pas dans l'iiixivers. Le penser serait le fruit d'un jugement erroné.
Après cette étape le disciple connaît un état que l'occultisme appelle la (( Béatitude en Dieu ». Il n'est ni possible, ni utile de décrire cet état : il implique des expériences qu’aucune parole humaine ne saurait exprimer. On peut dire que pour le concevoir la pensée doit se servir d'un autre instrument que le cerveau physique. On peut donc résumer la méthode initiatique que nous venons d'étudier en la divisant en sept étapes qui sont les suivantes :
I ■« «iitifiii
1® Etude de l’occultisme, au moyen des forces logiques évoluées dans le monde physique ;
2®L acquisition de la connaissance imaginatwe;
3® La lecture de Vécriture cachée qui correspond à l’inspiration ;
4® Le travail par la pierre philosophale^ qui correspond à l’intuition;
5® La connaissance des Correspondances entre le macrocosme et le microcosme ;
6® U Union avec le macrocosme ;
7® La béatitude en Dieu.
Ces étapes ne sont pas nécessairement successives. Au contraire, chez nombre de disciples le vrai progrès consiste à commencer les exercices préparatoires à une certaine étape, dès que la précédente a été parcourue jusqu à un certain point. Par exemple, il se peut fort bien qu’après avoir assimilé quelques connaissances sûres dans le monde imaginatif, on aborde 1 entrainement qui fait pénétrer dans Pexpérience personnelle l’inspiration, l’intuition, ou la connaissance des correspondances entre le macrocosme et le microcosme.
Lorsque le disciple a fait l’expérience de la connaissance intuitive, alors, non content de connaître les images du monde psycho-spirituel et leurs rapports, grâce à la lecture de l’écriture cachée, il s élève jusqu’à la connaissance des êtres eux-mêmes dont la coopération a créé le Cosmos auquel l’homme appartient. Il apprend à se connaître lui-même, sous la forme spirituelle qui lui est propre. Il s’est frayé la route jusqu’à la perception de son Moi supérieur.
et il a appris ce qu'il a à faire pour maîtriser le gardien du seuil, son double. Il a rencontré le grand Gardien, cette vivante et constante exhortation à progresser encore. Ce grand gardien devient le modèle vers lequel il s’efforce. Lorsque le disciple a vécu ces choses, il est alors monté assez haut pour reconnaître l’Etre qui en réalité lui apparaît sous l’aspect du grand Gardien du seuil. Ce gardien se transfoi’me devant ses regards spirituels et revêt l’aspect du Christ, cet Esprit dont nous avons décrit plus haut l’intervention dans l’évolution terrestre. Ainsi le disciple par la force de son intuition se trouve initié au mystère auguste qui est uni au nom du Christ. Le Christ se montre à lui comme le grand idéal terrestre. Lorsque l’intuition a ainsi reconnu le Christ dans le monde spirituel, le disciple comprend le fait historique qui s’est passé sur la terre au cours de la période gréco-latine, et comment le grand Etre solaire que nous appelons le Christ est alors intervenu dans l’évolution. C’est pour le disciple une expérience personnelle que la connaissance de ce fait, et des conséquences qu’il aura dans l’évolution future de la terre. L’intuition donne donc au disciple la clef de l’évolution terrestre.
La méthode d’instruction occulte que nous venons de décrire est à la portée de tout homme quelles que soient sa situation et ses conditions d’existence. Quand nous parlons ainsi d’une méthode spéciale, n’oublions jamais que le but de la connaissance, la vérité supérieure, est identique à tous les moments de l’évolution terrestre, mais que les points de départ diffèrent suivant le temps. L’homme ne peut pas partir aujourd’hui du même point que l’Égyptien de l’antiquité pour rechercher la connaissance supérieure. Les
exercices imposés au néophyte égyptien ne sont plus appropriés pour Thomme présent. Les âmes humaines ont passé par plusieurs incarnations : il faut bien que cette évolution ait un sens et une importance. D'une incarnation à l’autre, les capacités et les propriétés des âmes se modifient. Un examen, même superficiel, de l’histoire de l’humanité permet de constater que les douzième et treizième siècles marquent un grand changement dans la vie humaine, une transformation profonde dans les opinions, les sentiments et les aptitudes de l’homme. La méthode initiatique que nous enseignons est appropriée aux âmes qui s’incarnent actuellement. C’est une évolution spirituelle qui part du point où l’homme se trouve normalement dans le cadre de la civilisation présente. Ainsi le progrès de toute chose conduit l’homme à modifier ses méthodes de développement occulte tout comme la vie elle-même modifie ses conditions. Il faut qu’en tous temps il existe une harmonie entre l’initiation et la vie extérieure. Dans le chapitre suivant nous ferons allusion aux modifications que l’initiation des mystères antiques devait subir pour devenir l’initiation « moderne », l’accès à la connaissance supérieure sous sa forme actuelle.