CHAPITRE V
Dans le stade actuel de son évolution l’homme passe entre la naissance et la mort par trois états : la veille, le sommeil, et entre les deux le rêve. Nous parlerons plus tard du dernier de ces états. Pour l’instant nous considérons l’existence comme divisée entre ces deux états essentiels : le sommeil et la veille. L’homme s’élève à la connaissance supérieure lorsqu’à côté du sommeil et de la veille il se crée un troisième état de conscience. Pendant la veille, l’âme est livrée aux impressions des sens et aux représentations qui en découlent. Pendant le sommeil, les impressions des sens font silence : mais en revanche la conscience elle-même se perd. Les expériences du jour se noient dans l’océan de l’inconscience. Supposez maintenant que l’âme puisse réaliser une conscience, même lorsque les sensations sont éliminées comme dans le sommeil profond. Admettons que même tout souvenir des événements de la
veille soit disparu. L’âme se trouverait-elle alors dans un néant ? Ne pourrait-elle avoir aucune expérience ? On ne peut répondre à cette question qu’en créant réellement cet état que nous supposons, et en constatant ainsi que l’âme peut être consciente même en l’absence de toute impression sensible et de tout souvenir. Alors l’âme se trouvera comme endormie à l’égard du monde extérieur ordinaire : et pourtant au lieu de dormir elle sera pleinement éveillée dans un monde réel. On atteindra ce mode de conscience en suivant les préceptes que donne l’occultisme. Tout ce qu’il enseigne d’un monde supérieur à celui des sens se découvre dans un pareil état. Nous avons parlé dans les pages précédentes de quelques particularités de ces mondes supérieurs : nous allons maintenant, autant qu’il est possible dans cet ouvrage, traiter des moyens propres à la production des états de conscience dans lesquels se découvrent ces vérités.
Ces états n’ont qu’un trait commun avec le sommeil : c’est que les impressions extérieures y cessent totalement : il en est de même des pensées auxquelles donnent lieu ces impressions. Mais tandis que dans le sommeil l’âme n’a pas la force d’être consciente, elle acquiert cette force dans les états dont nous parlons. Elle s’assimile la capacité d’éprouver une sensation, telle que seuls les organes des sens pourraient la lui faire éprouver durant la vie. L’éveil de l’âme à cette conscience supérieure se nomme VInitiation,
Les procédés d’initiation font évoluer l’homme depuis la forme normale de la conscience diurne jusqu’à une activité psychique où il dispose d’organes spéciaux pour ses perceptions spirituelles. Ces organes sont contenus en germes dans toute âme :
ii ne faut que les développer. Le cas peut se présenter qu’un homme, à un moment donné de son existence, découvre que ces organes se sont effectivement développés en lui : une sorte d’éveil spontané s’est manifesté chez lui. Un tel homme sentira que tout son être s’est profondément transformé. Sa vie psychique se sera infiniment enrichie. Il constatera qu’aucune expérience sensible ne lui donne la joie, la satisfaction, la chaleur intérieure qu’il ressent quand il prend conscience des réalités qu’aucun œil ne saurait voir, qu’aucune main ne saurait saisir. La force et l’assurance couleront du monde spirituel dans toutes ses activités. Il y a des cas semblables d’initiation spontanée. Mais il ne faut pas pour cela supposer qu’il soit légitime d’attendre ce phénomène, sans rien faire pour par^œnir à l’initiation par une discipline méthodique. De l’initiation spontanée, nous ne disons rien ici, puisqu’elle se produit sans observation d’aucune règle. Mais nous décrirons par quels procédés on peut éveiller et développer les germes des sens supérieurs latents dans l’âme humaine.
Les hommes qui n’éprouvent aucun penchant à travailler eux mêmes à leur évolution, ne manqueront pas de dire ; « L'homme est sous l’empire de hautes puissances spirituelles ; nous ne devons pas intervenir dans leur domaine 11 faut attendre tranquillement le moment où elles estimeront convenable d’ouvrir â l’âme un monde nouveau. » Ces hommes considéreront aisément comme une dangereuse présomption, comme une convoitise illicite, le fait de s^' substituer à la sagesse des guides spirituels. Les personnes qui pensent ainsi changeront peut-être d’avis si une ^idée tout autre est capable de faire impression sur
elles. Qu’elles songent à ceci : « Ces sages guides sont ceux qui m’ont dispensé certaines capacités. Ce n’est pas pour que je les laisse en friche, mais au contraire pour que je les cultive. La sagesse de ces Puissances directrices se manifeste en ce qu’elles ont déposé en moi les germes d’une conscience supérieure. Je ne comprends vraiment leurs intentions que si je considère comme un devoir de tout faire pour que ces germes s’épanouissent. » Si l’âme se pénètre de cette pensée, elle verra s’évanouir un des scrupules qui la hantaient à l’égard de la discipline occulte
Il y a, à la vérité, un second scrupule qui peut s’éveiller. On peut se dire : « Le développement des pouvoirs animiques intéresse le sanctuaire caché au cœur de l’être humain. Il comporte une transformation radicale de l’homme. Les procédés appropriés, on ne peut naturellement pas les inventer soi-même et celui-là seul peut savoir comment on entre dans les mondes supérieurs qui en a lui-même parcouru la route. S’adresser à une personnalité instruite de ces procédés, c’est lui abandonner une influence sans bornes sur le tréfonds de sa personnalité. » Pour celui qui pense ainsi, on ne changerait rien à ses sentiments en lui présentant les règles de l’occultisme consignées en détail dans un livre. Car il importe peu que ces règles soient communiquées oralement, ou exposées par une personne, dans un ouvrage où une autre personne peut en prendre connaissance.
Il y a certains hommes qui connaissent les règles du développement des organes spirituels, mais qui sont d avis qu’on ne saurait les exposer dans une publication. Ils considèrent la plupart du temps comme illicite la diffusion de certaines vérités rela-
LA SCÎENGË OCCULTE
tives au monde spirituel. Toutefois, au point présent de révolution humaine, cette conception est surannée. Il est exact que dans la communication des méthodes occultes, il est nécessaire de s’arrêter toujours à un point précis. Mais les communications vont assez loin pour que celui qui en fait son profit dans sa vie intérieure puisse assez avancer dans la connaissance pour trouver ensuite le chemin qu’il doit suivre. Tout scrupule contre cette méthode disparaîtra si l’on s’assimile les caractères essentiels de la discipline particulière qui convient à notre époque. C’est de cette discipline particulière que nous allons parler, tout en faisant une allusion en passant à d’autres écoles.
La discipline dont nous traitons donne à celui qui a la ferme volonté d’évoluer spirituellement, les moyens de transformer son âme. Le scrupule de laisser l’instructeur s’immiscer dans sa vie intérieure ne serait fondé que s’il s’agissait de procédés qui ne seraient point consciemmment adoptés par l'étudiant. Mais aucun véritable occultiste ne préconise ces procédés à notre époque : l’étudiant ne doit pas devenir un instrument aveugle. L’instructeur lui donne certains préceptes : c’est à lui de les exécuter. Et l’instructeur ne dissimule nullement les raisons qui dictent ces préceptes.
Pour s’assimiler et pour appliquer les règles en question, Thomme avide de progrès spirituel n’a pas besoin de se livrer à une confiance aveugle. Ce sentiment est même déplacé dans un tel domaine. Quiconque a étudié par l’examen ordinaire de sa vie intérieure, et sans le secours de l’occultisme, la vraie nature de Tâme, pourra après avoir fait connaissance avec les méthodes occultes, se demander : Com.
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ment ces règles agissent-elles dans la vie psychique ? Et à cette question la simple raison humaine donnera une réponse satisfaisante. On peut se représenter exactement le mode d’action des règles occultes avant de s’adonner à leur pratique. Pour les expérimenter, il faut l’entraînement lui-même. Mais au cours même de l’entraînement, l’expérience marche de pair avec la compréhension de l’expérience, pourvu qu’à chaque étape on applique le critérium du simple bon sens. Et la science occulte de nos jours ne doit plus donner que des règles d’entraînement susceptibles d’être passées au crible de ce bon sens.
Celui qui a la volonté de ne s’abandonner qu’à une confiance de cette sorte et de ne se laisser entraîner par aucune prévention à une croyance aveugle, celui-là verra ses scrupules se dissiper. 11 ne sera plus troublé par les objections que Ton peut élever contre une discipline méthodique qui tend à la conscience supérieure.
Même pour une personne qui possède la maturité nécessaire pour éveiller dans un temps plus ou moins long la perception spirituelle, une discipline est loin d’être superflue, au contraire, elle est tout spécialement appropriée. Il y a peu de cas, en effet, où une telle personne, avant d’atteindre à l’initiation spontanée, n’ait pas à parcourir les chemins de traverses les plus rudes. La discipline lui épargne ces errements, en la conduisant tout droit au but. Quand une âme est le théâtre d’une initiation spontanée de ce genre, elle prouve qu’elle a acquis là maturité nécessaire dans ses existences antérieures. Il se peut que cette âme ayant l’obscure conscience de sa maturité, s’autorise de ce sentiment pour repousser toute discipline méthodique. Cette conscience en-
gendre souvent un certain orgueil qui exclut la confiance dans rinstructeur. Il se peut qu’en pareil cas un certain progrès dans l’évolution psychique reste caché jusqu’à un certain âge pour se révéler alors brusquement. Mais la discipline est précisément alors le meilleur moyen de hâter cette révélation. Si un homme dans cette condition se refuse à suivre la discipline, il se peut que le progrès spirituel en question demeure caché pendant cette existence, quitte à se manifester dans une de ses prochainès incarnations.
L’ascension vers les états de conscience supérieurs a pour point de départ obligatoire la conscience normale de la veille. C’est dans cette conscience que vit l’âme avant son progrès. La discipline lui donne les moyens d’en sortir. Les premiers moyens dont nous traiterons sont empruntés à la conscience normale de la veille : et les plus efficaces sont ceux dont la pratique se passe en méditations silencieuses. Il s’agit pour l’âme de se livrer à des représentations précises, capables par leur contenu d’éveiller les facultés humaines endormies. Elles se distinguent de ces représentations de la veille qui ont pour but de refléter un objet extérieur; pour ces dernières, plus elles reflètent l’objet fidèlement et plus elles sont véridiques : et cette vérité est conforme à leur essence. Ce n’est pas là le but des représentations qui visent au progrès spirituel. Elles ne sont pas faites pour refléter un objet extérieur. Mais elles ont en elles la force d’agir sui^ l’âme elle-même. Elles sont symboliques. Toutefois, on peut utiliser bien
d'autres représentations. Car l'essentiel n'est pas de considérer leur contenu, mais uniquement d'appliquer toutes les forces de Tâme à exclure du champ de la conscience tout ee qui n'est pas la représentation. Tandis que dans la vie psychique ordinaire les forces intérieures sont divisées, et que les multiples représentations se succèdent avec rapidité, dans 1 entraînement occulte il est capital de concentrer toute la vie psychique sur une unique représentation. Cette représentation, c'est la volonté qui doit rinstaller au centre de la conscience. C’est pourquoi des images symboliques valent mieux que celles qui reflètent directement des objets ou phénomènes extérieurs : ces derniers ont leur point d'appui dans \e\ monde extérieur, et par suite l'àme n'est pas réduite à ses propres moyens comme dans les symboles qu'elle tire de son réservoir propre d'énergie. La quantité d'énergie dépensée par l'âme est également de la plus haute importance. L'essentiel, ce n’est pas la représentation, mais bien 1 effort, et la durée de l'effort dirigé sur une unique représentation. C/est des profondeurs inconscientes de l'âme que surgit la force que l'on y puise par la concentration sur une seule représentation.
L'occultisme préconise beaucoup de ces représentations dont il a été prouvé qu'elles possèdent bien la vertu en question. Il est important de savoir les manier : cet art s'acquiert par la contemplation intérieure ou concentration. Les représentations symboliques doivent être accompagnées de cette concentration. Pour en bien saisir le caractère, évoquons un instant le concept du souvenir. Si nous avons dirigé nos regards sur un arbre par exemple, et qu'ensuite nous les en détournons, il nous est pos-
sible de conserver dans notre âme la représentation de cet arbre. Cette représentation de Tarbre, qui persiste après que nous avons cessé de le regarder, n’est autre que le souvenir. Supposons maintenant que nous conservons ce souvenir dans Famé, que nous laissons notre âme se reposer sur ce souvenir, tout en nous efforçant d’en éliminer toute autre représentation. L’âme est alors concentrée sur la représentation de l’arbre. Cette représentation n’est que la reproduction d’une perception sensible. Elle n’est : donc pas appropriée à l’éveil des pouvoirs ps v'chiques. Mais si l’on se livre au même exercice avec une représentation éprouvée par roccultisrne, ou atteindra graduellement l’effet voulu.
Donnons un seul exemple d’une concentration sur une représentation symbolique. Il faut d’abord édifier dans Famé la représentation en question : on procède comme il suit. Représentez-vous une plante qui pousse dans le sol et qui, feuille après feuille, se développe jusqu’à la floraison. Imaginez un homme placé auprès de cette plante. Représentez-vous sous une forme vivante que cet homme possède en lui des capacités et des pouvoirs infiniment plus parfaits que ceux de la plante. Songez qu’il peut au gré de ses désirs et de ses volontés se rendre ici ou là, tandis que la plante est attachée au sol. Et maintenant ditesvous ceci : Sans doute l’homme est plus parfait que la plante. Mais je découvre en lui des dispositions »dont l’absence chez la plante me la fait paraître plus jiarfaite que l’homme en un certain sens. L’homme est plein de convoitises et de passions : il y conforme sa conduite. Je peux dire que ses penchants et ses appétits le livrent à de véritables aberrations. Chez la plante, au contraire, je vois un organisme qui, de
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feuille en feuille, se conforme aux lois pures de la croissance, qui épanouit ses fleurs, sans passion, aux chastes rayons du soleil. Je puis me dire que l’homme a une certaine perfection qui l’emporte sur la plante : mais il a payé cette perfection en laissant son être s’imprégner non seulement des forces si pures que je vois chez la plante, mais en outre de passions, de convoitises et d’appétits. Je me représente maintenant que cètle sève verte qui circule dans les canaux de la plante est l’expression des lois placides et pures de la croissance. Je me représente ensuite le sang rouge qui circule dans les artères humaines et j’y vois le siège des passions et des désirs. Toutes ces considérations doivent devenir vivantes dans ma pensée. Ensuite je songe que l’homme est capable de progrès ; qu’il peut purifier ses désirs et ses appétits par les hautes facultés de son âme ; que de la î sorte l’élément bas de ces désirs et de ces appétits I est annihilé, et qu’ils sont pour ainsi dire revivifiés I à un niveau plus élevé. Alors le sang devient le symj bole des passions purifiées. A ce moment j’évoque f devant mon regard intérieur une rose, et je pense :
^ Dans le rouge suc de la rose je vois le vert de la plante transmué en rouge, et la rose rouge suit comme la feuille verte les lois pures et sans passion de la croissance. Le rouge de la rose sera pour moi le t symbole d’un sang où s’expriment des passions puri j fiées, débarrassées des éléments grossiers et sem- I blables dans leur pureté aux forces qui vivent dans I la rose rouge. J'essaie ensuite de faire passer ces I représentations de ma pensée dans mes sentiments,
? et de les y rendre vivantes. Il faut que la pureté,
]• |l absence de passion de la plante m’inspire un senti- ’\ment de béatitude. Il faut qu ensuite je crée en moi
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le sentiment que certaines hautes perfections sont achetées aux prix des passions et des convoitises. Cette réflexion transformera en gravité mon bonheur de tout à l’heure ; et j’éprouverai enfin un sentiment de libération en songeant au sang rouge qui devient , le siège de pures expériences intérieures, tout comme le suc rouge de la rose. L’essentiel est de ne pas j rester impassible devant les pensées qui servent à édifier la représentation .symbolique.
Après avoir passé par cette série de méditations et de sentiments, on peut créer à leur place le sym bole suivant. Imaginez une croix noire. Voyez-y l’image dej’élément grossier des passions et des appétits ; et sur les deux bras placez en pensée sept roses rouges éblouissantes. Ces roses seront le symbole du sang qui exprime les passions purifiées K Tel est l’ensemble de représentations (ju’il faut évoquer devant Fâme. Elles ont un pouvoir d'éveil, si l’on s’y plonge avec la concentration nécessaire. Il faut pendant la concentration exclure toute autre pensée. Seul le symbole doit demeurer dans l’âme, aussi vibrant, aussi vivant qu’il est possible. Il faut remarquer que ce symbole n’est pas seulement ici un instrument de réveil pour l’âme, mais qu’il a été édifié sur certaines données relatives à la plante et à l’homme. La vertu
1- Il importe peu que ces pensées soient ou non fondées scientiflquement. Il s’agit de pensées auxquelles donne naissance la pure contemplation sans le secours d’aucune théorie. Ces pensées ont leur signification, au même titre que d’autres pensées qui à d’autres points de vue ont aussi leur importance, en raison de considérations scientifiques. Les pensées que nous énonçons ont pour but non d’exprimer des vérités scientifi<iues, mais de construire un symbole, dont l’action ne dépend en rien des objections logiques que telle ou telle personne peut produire contre son édification. ;N. d. l’A )
d’un pareil symbole dépend justement de la manière i dont il a été constitué, avant d’en taire Tobjet de la I concentration. Si on l’évoque sans l’avoir construit I ainsi, il demeure froid et inerte, comme si la chaleur
1 psychique qui l anime recevait sa force pendant l’édification. Mais quand on en arrive à la concentration, il faut imposer silence à toutes les pensées prépara- I toires, et laisser le symbole tout seul flotter devant le regard spirituel.
Et il faut laisser vibrer à l’unisson l’impression Il évoquée par les pensées préparatoires. Ainsi le sym- || bole devient un signe à côté de l’expérience senti- Il mentale. Et c’est dans le passage derâme au travers Ide cette expérience que réside la vertu occulte.
Plus longtemps on peut s’y livrer, sans laisser pénétrer aucune autre pensée dans l’âme, et plus l’exercice tout entier est efficace. Toutefois il est bon, en dehors du temps que l’on consacre à la concentration proprement dite, de rafraîchir l’image en récapitulant les pensées et sentiments qui ont servi à l’édifier. Plus on met de patience à renouveler cette récapitulation, et plus l’image devient forte et vivante devant l’âme ^.
Une rose-croix, comme celle que nous venons de décrire, n’est pas un objet naturel : c’est précisément pour cela qu’elle possède ce pouvoir d’éveil sur certaines facultés intérieures. 11 est vrai que quelqu’un pourrait faire l’objection suivante : « Il est exact que
1. On trouvera d’autres exemples de concentration dans mon livre VIniiialion (Paris. Publications tliéosophiques). 11 y a dans ce livre des sujets de méditations particulièrement efficaces, par exemple la croissance et la flétrissure des plantes, les forces latentes dans la graine, les formes du cristal, etc. Ici je n’ai extrait des multiples sujets que le symbole tout particulièrement actif de la rose-croix. (N. d. TA.)
la rose-croix ne se trouve pas dans la nature. Mais cependant tous les détails qui la composent sont empruntés à la nature : les roses, la couleur noire, etc. Tout cela est bien perçu par les sens. » Loin de se laisser troubler par cette objection, il faut penser que ce çe^sont pas les représentations découlées des perceptions sensibles qui éveillent les facultés de î’càme, jjjai4,bien l^manièr^. dont, elles sont a^gejiçée^ pour former un tant. Et cet agencement, ce n’est pas le monde extérieur qui le fournit.
Nous avons donné un symbole en guise d’exemple de concentration efficace. Or dans la discipline occulte, on connaît de nombreux symboles de cette espèce : et ils sont construits par les procédés les plus divers. On donne également des phrases, des formules, et même des mots isolés, qui servent de thème à lu méditation. Tous ces moyens ont pour but de libérer l’àme de la perception sensible, et de l’élever à une activité où les impressions extérieures sont réduites au minimum, tandis que l’éveil des facultés latentes dans l’âme devient l’essentiel. Il peut s’agir aussi Be concentrations sur des sentiments, des sensations, etc. Voici par exemple un exercice très efficace : on choisit le sentiment de la Joie. Dans la vie courante, la joie est provoquée par une cause externe. Quand une âme saine perçoit une action, qu’un homme accomplit par bonté de cœur, elle trouve à cette vue de la joie et du plaisir. Elle peut se dire : une action inspirée par la bonté d’âme, est une action dont l’auteur oublie sou propre intérêt pour ne songer qu’à l’intérêt de son semblable. Cette action peut être, qualifiée de « moralement bonne ». Or l’âme de l’observateur peut se libérer entièrement du cas particulier qui a provoqué chez elle un sentiment de satisfaction : elle peut
donner une vaste extension à son idée de la bonté d’âme. Elle peut y voir l’assimilation par une âme de l’intérêt d’autrui, qu’elle confond ensuite avec le sien propre. L’ame de Tobsei'vateur peut ressentir de la joie à l’idée de cette vertu. Cette joie est alors liée non plus à tel ou tel événement du monde extérieur, mais à une idée. Si l’on laisse à cette joie le temps de devenir une force vivante dans l’âme, on a alors la concentration sur un sentiment. Ce n’est pas l’idée qurést l’élément actif pour l’éveil des facultés, mais l’activité durable dans l’âme d’un sentiment provoqué par une autre cause qu’un phénomène extérieur. Comme l'occultisme pénètre dans l’être des choses plus profondément que la représentation ordinaire, rinstructeur sera en mesure d’indiquer à l’étudiant des impressions et des sentiments qui sont beaucoup plus efficaces pour l’épanouissement intérieur, quand ils deviennent l’objet de la concentration. Si nécessaires que soient ces enseignements pour parvenir aux degrés supérieurs de l’évolution interne, il ne faut pas oublier qu’une concentration énergique, sur des sentiments tels que la bonté d’âme par exemple, peut déjà mener très loin dans la voie du progrès spirituel. Comme l essence de l’être diffère notablement selon les individus humains, les méthodes diffèrent aussi suivant les étudiants. Quant à la durée de la concentration, il faut songer que plus elle se prolonge, pius l’exercice est efficace, mais toute exagération dans ce domaine peut devenir nuisible. Il y a une certaine intuition, que les exercices mêmes développent, et qui avertit l’étudiant de la mesure qu’il doit observer. Celui qui travaille sous la direction immédiate d’un instructeur reçoit de lui des conseils parfaitement précis à cet égard, mais pour
les donner, il faut être occultiste, et d’expérience.
En règle générale, on aura à faire longtemps des exercices de concentration avant de constater un résultat appréciable. L’essentiel en occultisme, c’est la patience et la persévérance. Il faut éveiller en soimême ces deux qualités ; et qu’elles deviennent le trait dominant de l’àme, tandis que l’on poursuit sans cesse et en toute tranquillité les exercices : sinon l’on n’arrivera pas à grand’chose.
On voit par ce qui précède que si la méditation ou concentration est un moyen pour parvenir à la connaissance des mondes supérieurs, il ne faut cependant pas employer n’importe quelle représentation à .-et usage, mais seulement celles qui sont construites, comme nous l’avons dit, d’après une méthode éprouvée par l’occultisme.
Le chemin que nous décrivons ici mène tout d’abord à la connaissance imaginative. C’est la première étape de la connaissance supérieure. La connaissance normale, fondée sur la sensation et l'élaboration de cette sensation par l’entendement peut s’appeler « connaissance objective ». Au-dessus d’elle s’étagent des modalités de connaissance plus hautes, dont la pien»ière est la connaissance imaginative. Le mot « imaginative » pourrait donner à penser qu’il s’agit d’une représentation « imaginaire » ne correspondant à aucune réalité. Mais au sens occulte du mot, imaginatif signifie un mode de connaître pro duit par un état de conscience supérieur dans l’âme. Ce que l’homme perçoit dans cet état, ce sont les réalités et les êtres du monde spirituel, auxquels les sens ne sauraient avoir accès. Comme cet état de l’àme n’est atteint que par la concentration sur des symboles ou « images », le monde qui correspond à cet
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état est appelé imaginatif, et la connaissance qui s y applique « connaissance imaginative ». Le mot « imaginatif » s'applique donc en fait à des êtres et des objets d’un degré plus réel que ceux qu’atteint la perception physique.
Un des reproches que l’on peut faire contre remploi des images mentales, c’est que leur formation peut être due à une activité semblable à celle du rêve, à une fantaisie tout arbitraire, et que par suite leur effet devient douteux. Cette objection tombe devant les images construites par une méthode d’occultisme régulière.
Car ces symboles sont choisis de telle manière .que l’on peut faire abstraction de leurs liens avec Ua réalité sensible. Leur valeur réside dans la force qu’ils développent dans l’âme, quand elle détourne totalement son attention du monde extérieur, qu’elle étoufle les impressions des sens et exclut toute pensée alimentée par une excitation externe. Le processus de la méditation s’éclaire par la comparaison avec le sommeil : elle y ressemble d’un côté et s’en écarte de l’autre. Elle est un sommeil qui représente un degré de veille plus intense que la conscience diurne. Par la concentration sur une image ou une idée, il faut que l’âme tire de son propre fond des forces beaucoup plus puissantes que dans la vie ordinaire ou la connaissance normale. Son activité intérieure s’accroît de la sorte. D’autre part elle se libère de l’enveloppe corporelle tout comme dans le som meil ; mais loin de tomber dans l’inconscience elle accède à la vie d’un monde auparavant ignoré. Ainsi eet état est assimilable au sommeil par l’abandon momentané de l’enveloppe corporelle et pourtant il représente un progrès d’éveil conscient par rapport à
la conscience diurne. L'âme se connaît elle-même dans son essence vraie et profonde, tandis que dans la conscience diurne normale elle ne prend conscience d’ellemême qu’avec le secours du corps et par un déploiement beaucoup moins intense de ses forces ; de sorte qu’en somme, elle ne se perçoit pas en elle-même, mais sous une forme imagée, au travers des phénomènes que la vie corporelle déroule.
Les symboles que nous avons décrits plus haut ne correspondent naturellement pas encore à des réalités précises du monde spirituel. Ils ne servent qu à détacher l’âme de la perception extérieure et du cerveau physique auquel l’exercice de l’entendement est lié au début. Ce détachement n’est chose faite que quand l’homme se dit : « Maintenant, je puis me ^ représenter quelque chose grâce â des forces où ni :mes sens ni mon cerveau n’entrent en jeu. » Cette ^ libération de l’organisme physique est la première i expérience de l’étudiant. Ib peut se dire ensuite : '«Je suis en mesure de faire abstraction de mes sensations et de ma pensée logique, sans toutefois que ma conscience s’éteigne ; je puis m’élever audessus de ces activités coutumières et j’ai alors 1 impression d’exister â côté de ce que j’étais auparavant. » Telle est la première expérience de l’ordre supérieur ; l’observation de l’etre individuel sous son aspect psycho-spirituel. Le Moi s’est dégagé, comme un individu nouveau, de la personnalité qui était liée aux sens et à l’entendement phvsique. Si Ton s’était ainsi é^rndé du monde des sens et do l’entendement, sans la concentration, on serait tombé dans le néant de rinconscience. Cette individualité psycho-spirituelle, ou la possédait avant la concentration. Mais elle ne disposait d’aucun organe
la reliant à son ambiance propre. Elle était comme un corps qui n'aurait ni œil pour voir, ni oreille s pour entendre. C'est la force dégagée par la con- ; centration qui a fait s'épanouir les organes psycho- ; spirituels dans le terrain auparavant inorganique de I Tessence psycho-spiritiielle. Ce que Ton a ainsi créé,
I c'est la première chose que Ton perçoit ; de sorte qu’en un certain sens la première expérience est une auto-perception.
Par une nécessité de rcntraînernent occulte, naturelle à ce point de son évolution^ Tâme acquiert I alors une pleine conscience que la pi^emière chose I qu’elle perçoit dans le inonde de l’imagination n’est f autre que sa propre essence. Les images surgissent I devant elle comme des éléments d’un monde tout nouveau, mais elle doit reconnaître qu’elles ne font que refléter l’être psychique épanoui par la discipline occulte. Il ne suffit pas que le jugement consl^tate cette identité ; la volonté doit devenir assez I forte pour éteindre à tout moment ces images et 0)Our les exclure du champ de la conscience. L’ârne fdoit se mouvoir en toute liberté parmi ces images : c’est l’indice d’une évolution correcte et régulière. Sans cette liberté de mouvements, l’ame se tr(mverait dans le domaine spirituel aussi embarrassée qu’une âme qui, dans le monde physi({ue, demeurerait encliaînéeà l’objet sur lequel elle aurait une fois porté son attention. Il y a un seul groupe d’images que l’on peut se dispenser d’éteindre ainsi : ce sont les perceptions imaginatives qui représentent le noyau central de Tâme, ce dans quoi l’étudiant reconnaît l’élément qui demeure indestructible au travers des existences terrestres multiples, A ce degré d évolution, la connaissance des réincarnations suc-
cessives devient une expérience réelle et concrète. Mais pour toutes les perceptions imaginatives autres que celles-là, il faut conserver la liberté de mouvements indiquée plus haut. Et c'est seulement après avoir acquis cette faculté d'extinction à volonté à l’égard des perceptions supérieures que Ton accède aux réalités spirituelles. Les perceptions éteintes reparaissent sous une forme nouvelle et elles répondent alors à une réalité spirituelle extérieure. On se sent, psychiquement, devenir un être déterminé au lieu de l'être indécis que l'on était auparavant. De cette auto-perception, il faut ensuite passer à robservation d’un monde extérieur psycho-spirituel. Cette observation intervient lorsque l’on cultive ses expériences internes de la manière suivante.
Au début, l’ame de l'étudiant se sent débile en face de tout ce qu’elle a à percevoir dans le monde psycho-spirituel. Il lui faut déjà une grande énergie pour maintenir par la concentration les symboles et autres représentations construits avec les éléments donnés par la perception extérieure. Mais s’il veut, en outre, s'élever à une véritable observation des réalités supérieures, il faut qu'il dépasse même ces représentations. Il doit pouvoir se maintenir dans un état de conscience où toute impression des sens physiques lui fait défaut et où, de plus, même les représentations artificielles décrites plus haut sont rayées de la conscience. Il ne peut atteindre à ce résultat que grâce au mode de conscience acquis par la concentration. Il s'agit de développer une force animique assez puissante pour que les produits de la concentration soient réellement perçus en esprit, et n’échappent pas à l’attention ; comme c'est le cas tant que l'énergie interne est encore faible. Les or-
ganes psycho-spirituels qui commencent à poindre, et que découvre l’auto-perception, sont encore délicats et fugaces. Le trouble que provoque la perception extérieure est, par contre, violent, si attentif qu’on soit à l’écarter. Il n’y a pas seulement à redouter les troubles que l’on remarque, mais bien plus encore ceux que l’on ne remarque pas dans la vie courante. La nature de l’homme lui offre heureusement une transition. Ce que l’ame ne saurait réaliser à l’état de veille à cause des desordres provoqués par le monde extérieur, elle en est capable pendant le sommeil. L’étudiant qui pratique la concentration prendra conscience graduellement d’une certaine activité durant son sommeil. Il sentira qu’il ne dort pas totalement pendant son sommeil, mais que son âme connaît des intervalles où elle déploie une certaine activité. Dans cet état la nature même écarte les influences extérieures que l’âme n’a pas encore la force d’écarter pendant la veille. Lorsque les exercices de concentration commencent à produire leur effet, l’âme s’échappe pendant le sommeil de l’état d’inconscience et se sent en contact avec le monde psycho-spirituel. Ce contact peut s’établir de deux manières. Ou bien l’homme peut, pendant son sommeil, se dire nettement : Je suis dans un autre monde, ou bien U peut à son réveil se souvenir et penser : J'étais dans un autre monde. Le premier contact exige une dépense d’énergie plus considérable que le second. Aussi c’est le second qui se présente dans la plupart des cas chez l’étudiant. Peu à peu, la conscience progresse et l’étudiant en arrive à se dire au réveil . J’ai passé tout le temps de mon sommeil dans un autre monde et je n’en suis sorti qu’au réveil. Le souvenir qu’il garde
des êtres et des choses de ce monde se précisera sans cesse davantage. Dans les deux cas le phénomène qui s’est produit chez l’étudiant est celui qu’on nomme en occultisme la continuité de la conscience. Ce phénomène n’implique nullement que l’homme soit conscient pendant tout le temps de son sommeil, mais c est déjà une précieuse conquête pour lui que de connaître, durant son sommeil, certains intervalles où il est conscient d’un monde psycho-spirituel, ou de se souvenir de ces états de conscience au réveil. N oublions pas qu’il ne s’agit là que d’une ti’ansition : il est bon de traverser ce stade transitoire avec 1 aide de la discipline ; mais il ne faut pas s’imaginer qu’on puisse y puiser une vue définitive du monde psycho-spirituel. L’âme manque d’assurance et ne saui’ait se fier entièrement à ce fju’elle perçoit. Mais grâce a ses expériences elle s’assimile assez de forces pour écarter pendant la veille les influences perturbatrices du monde extérieur, et parvenir à la perception psycho-spirituelle. Il faut pour cela que les sensations aient disparu, que la pensée logique liée au cerveau physique fasse silence, et que les images même cjui ont servi d’objets aux concentrations préparatoires soient éloignées de la conscience. Les enseignements publiés par un occultiste ne devraient jamais avoir une autre source que les observations psycho-spirituelles réalisées dans la pleine conscience de l’état de veille.
Deux expériences de l’âme sont capitales dans cette évolution spirituelle. La première est celle que fait l’homme lorsqu’il se dit : « Si je fais abstraction de toutes les impressions que peut m’apporter le monde extérieur, ce que je vois en regardant dans ma vie intérieure, c’est un être, dont les acti-
vités ne sont pas éteintes, mais cjiii est conscient de lui-meme dans un monde dont je ne sais rien aussi longtemps que je me laisse dominer par les sensations extérieures. » L’àme éprouve à cet instant le sentiment qu’elle a donné naissance à un nouvel être. Et cet être possède des qualités tout autres que celles qui appartenaient jusqu’alors à Tâme. La seconde expérience consiste pour l’étudiant à considérer son être intérieur comme un second être qui vivrait à ses côtés. L’organisme dans lequel auparavant il lui semblait être enfermé devient en quelque mesure un objet extérieur en face duquel on se trouve. Il se sent par intervalles hors de ce qu’il considérait auparavant comme sa personne, comme son Moi. Il lui semble vivre divisé entre deux Moi. L’un est celui qu’il a connu jusqu’alors. Le second le domine, semblable à un être nouveau-né. Il éprouve que le premier jouit à l’égard du second d’une certaine autonomie, tout comme l’organisme humain jouit d’une certaine autonomie vis-à-vis du Moi normal. Cette expérience est d’une haute importance. Elle montre à l’homme ce que c’est que vivre dans le monde qu’il s’efforce d’atteindre par la discipline occulte.
Le second Moi, le nouveau-né, peut maintenant passer à l’étude du monde spirituel. Il peut faire éclore en lui les organes qui remplissent la même fonction à l’égard de ce monde que les organes sensoriels à l’égard du monde physique. Lorsque ce développement a atteint un certain niveau, l’homme, non content d’avoir pris conscience de son nouveau Moi, percevra dans son ambiance des objets et des êtres spirituels, tout comme il perçoit le monde physique à l’aide de ses sens. Et c’est là la troisième grande expérience. Pour progresser convenablement
dans cette phase de son développement occulte, Tétudiant doit tenir compte qu’avec le renforcement de ses forces psychiques Tamour de soi et Fégoisnie prennent une extension inconnue dans la vie intérieure normale. Ce serait s’abuser que de s’imaginer que dans cette phase on n’a affaire qu’à l’égoïsme banal. L’égoïsme s’y transforme en vraie force de la nature et il faut une volonté d’une énergie exceptionnelle pour en triompher. Cette éducation de la volonté doit en tout temps marcher de pair avec l’entraînement occulte. L’homme se sent fortement poussé a jouir de son bonheur dans le monde (ju’il s’est créé à lui-méme. 11 faut pouvoir, en quelque sorte, anéantir ce qui fut l’objet de tant d’efforts. 11 faut pouvoir s’éteindre soi-même dans le monde imaginatif que Ton vient d’atteindre; les impulsions les plus fortes de l’égoïsme s’opposent à cette extinction.
Il est aisé de croire que les exercices occultes sont entièrement indépendants du progrès moral. Contre I cette assertion, nous affirmons que la force morale [ nécessaire pour l’écrasement de l’égoïsme ne saurait % être acquise si l’homme ne s’est pas élevé à un cer- <1 tain niveau moral. Le progrès occulte est impossible ^ sans que s’impose la nécessité d’un progrès moral correspondant; et sans la force morale Tégoïsme demeure le maître. Tout ce que l’on peut dire pour prétendre que l’occultisme n’a rien è voir avec la morale est donc contraire à la réalité objective.
Pour celui qui a passé par cette expérience, il n’y a plus aucun fondement à l’objection si fréquente : Comment, quand on croit avoir des perceptions spirituelles, peut-on être sûr qu’il s’agit bien de réalités, et non de pures imaginations, telles que vi-
LA CONNAISSANCE DES MONDES SUPéRIEÜRS 277
sions, hallucinations, etc. ? Celui qui, par une discipline méthodique, a atteint le degré de clairvoyance nécessaire, distinguera la réalité spirituelle de sa représentation personnelle, tout aussi évidemment qu’un homme sain d’esprit distinguera la représentation d’un fer chaud de la présence réelle de cet objet, quand il le touche de la main. C’est l’expérience normale qui permet de distinguer entre le vrai et le faux : il n’y a pas d’autre critérium. Dans le monde spirituel, également la vie est la pierre de touche. De même que l’on sait dans le monde sensible qu’un morceau de fer imaginaire, si chaud que vous le supposiez, ne brûlera pas vos doigts, de même l’étudiant occultiste sait s’il se représente une réalité spirituelle par l’imagination, ou si des choses et des êtres réels font effectivement impression sur ses organes de perception spirituelle éveillés par la concentration. Nous allons étudier les précautions qu’il faut prendre pour éviter d’être la victime d’illusions dans ce domaine.
Il est d’une grande importance que l’étudiant ait introduit un certain ordre dans sa vie intérieure avant que la conscience du nouveau Moi s’éveille en lui. L’homme est par son Moi le maître de ses sensations, sentiments et représentations, de ses penchants. désirs et passions. Les perceptions comme les représentations ne doivent pas être abandonnées à elles-mêmes. Elles doivent être contrôlées par les lois de la pensée. Le Moi qui tient en mains ces lois de la pensée doit s’en servir pour mettre de l’ordre dans les représentations et les pensées. Il en est de ' même des appétits, des convoitises et des inclinations. Ces forces de l’âme doivent être soumises aux principes moraux. Et le Moi doit régir Tâme dans
ce domaine par son discernement moral. Lorsque rhomme extrait de son Moi normal un Moi supérieur, le premier devient en quelque sorte autonome. La force vitale appliquée au Moi supérieur est détournée du Moi normal. Supposons que l’homme n’ait pas affermi et consolidé son jugement et sa pensée avant de donner naissance au Moi supérieur. Il ne demeurera au Moi normal que juste la capacité de pensée qu’il aura auparavant développée. Si la quantité de pensée disciplinée est trop faible, le Moi commun, devenu autonome, sera en proie à une pensée, à des jugements désordonnés, insensés, délirants. Et comme le Moi supérieur nouveau-né est encore débile, c’est le Moi inférieur désordonné qui s’arrogera la suprématie, et l’homme perdra son équilibre rationnel. S’il eût développé à un degré suffisant la fermeté de la pensée logique, il aurait pu sans danger laisser son Moi commun jouir de son autonomie. Il en est de meme dans le domaine moral. Si l’homme n’a pas acquis une parfaite solidité dans son discernement moral, s’il n’a pas conquis une maîtrise suffisante sur ses penchants, ses instincts et ses passions, il plongera son Moi normal dans une situation d’infériorité où il sera à la merci de toutes ces forces psychiques. Il peut arriver alors que par la naissance du Moi supérieur l’homme devienne pire qu’il n’était auparavant. Il eût dû attendre avant d’engendrer ce Moi supérieur, d’avoir façonné le Moi commun, en y développant la solidité du discernement moral, la fermeté du caractère, le sérieux de la conscience : il eût alors laissé son premier Moi muni de ces vertus protectrices, en engendrant le second. Faute d’observer cette conduite, il s’expose au danger de perdre tout équilibre moral.
Mais une discipline conforme aux règles écarte ces dangers.
Il importe ici de prendre garde à deux écueils : d’une part, il faut considérer avec le plus profond sérieux le péril que nous avons indiqué, et d’autre part il ne faut pas qu’il devienne un épouvantail. Si l’on est fermement résolu à tout faire pour que le premier Moi soit maître des forces dont il dispose, on ne doit pas s’effrayer de la naissance du second Moi. Mais n’oublions pas que l’auto-suggestion joue un grand rôle quand il s’agit pour l’homme de décider s’il a atteint, ou non, la maturité voulue.
Par la méthode occulte que nous décrivons ici, l’homme se trouve amené à une culture de sa pensée qui lui permet d’éviter les dangers que l’on redoute si souvent. Cette culture de la pensée permet à Tâme de traverser toutes les expériences nécessaires sans avoir à craindre d’ébranlements périlleux. Sans la culture de la pensée, les expériences occultes sont de nature à plonger l’âme dans une violente agitation ; par la méthode de culture que nous préconisons pour la pensée, l’homme demeure en quelque sorte l’observateur des événements qui se déroulent dans sa vie intérieure : tandis qu’autrement, il est pour ainsi dire noyé dans ces événements, et en ressent tous les ébranlements.
Toute discipline objective énumère certaines qualités que doit acquérir par l’exercice le candidat à la perception supérieure. Ces qualités sont avant tout la maîtrise de l’âme sur la suite de ses pensées, sur ses voûtions et sur ses sentiments. Ces exercices ont un double but : ils doivent conférer à l’âme un équilibre et une fermeté qu’elle conservera lorsqu’elle aura donné naissance à un second Moi, et d’autre part ils
doivent donner à ce Moi supérieur lui-même la force et la consistance intérieures dont il aura besoin dans son pèlerinage.
La qualité maîtresse de la pensée humaine dans tous les domaines, c’est l’objectivité. Dans le monde physico-sensible, c’est la vie qui se charge d’enseigner cette qualité au Moi humain. Si l’âme laissait vagabonder ses pensées, la vie se chargerait vite de la corriger, ou sinon toutes deux entreraient en conflit. L’âme est contrainte de penser en conformité avec les réalités de l’existence. Mais lorsque Thomme détourne son attention du monde physico-sensible, le correctif obligatoire lui fait défaut. Si sa j>ensée n’est pas en mesure de se contrôler elle-même, elle tombe dans le vagabondage. Ainsi la pensée de l’étudiant doit-elle être entraînée à se fixer elle-même sa direction et son but. Fermeté intensive et faculté de s’appliquer exclusivement à un objet, telles sont les qualités que doit acquérir la pensée. Aussi les exercices de pensée appropriés doivent-ils être tirés non de sujets compliqués et étranges, mais bien des choses les plus simples et les plus familières. Celui qui prend sur soi de fixer sa pensée pendant des mois, cinq minutes par jour sur un objet quelconque, une épingle, un crayon, etc., et qui peut, pendant ces cinq minutes, exclure toutes les pensées étrangères à l’objet choisi : celui-là a beaucoup fait. On peut choisir chaque jour un nouvel objet, ou bien garder le même plusieurs jours. Même l’homme qui se considère comme un « penseur » ne rougira pas d^acquérir de la sorte la maturité nécessaire à l’occultisme. Appliquer sa pensée pendant un temps donné à un objet parfaitement familier, c’est acquérir la certitude que l’on pense objectivement. Si l’on se
demande : comment est constitué un crayon ? comment sont préparés ces matériaux ? quand les crayons ont-ils été inventés ?, on accorde ses représentations avec la réalité, beaucoup mieux que si Ton médite sur la descendance de Thomme, ou sur Tessence de la vie. On apprend à se reconnaître dans les évolutions saturnienne, solaire et lunaire, beaucoup plus par des exercices de pensées élémentaires que par des idées savantes et compliquées. Car la première chose qu’il faut apprendre n’est pas de réfléchir sur tel ou tel sujet, mais bien d’accommoder sa pensée à la réalité par sa vertu interne. En s’assimilant l’objectivité par l’étude d’un phénomène physique aisé à embrasser, on habitue la pensée à conserver cette objectivité lorsqu’elle n’est plus régie par le monde physique et par ses lois. Et l’on se déshal:)itue de laisser errer sa pensée au gré d’une fantaisie subjective.
Mais l'âme doit devenir maîtresse non seulement dans le domaine de la pensée, mais encore dans le domaine de la volonté. Dans le monde physique, c’est encore la vie qui est la grande dominatrice. Elle crée en l’homme différents besoins, et la volonté se sent sollicitée de les satisfaire. Pour la discipline occulte, l’homme doit s’habituer à obéir strictement \ à ses propres ordres. En prenant cette habitude, il ’ trouvera de moins en moins de plaisir à désirer des choses sans consistance. Ce qu’il y a d’instable et
I d’inassouvi dans nos voûtions vient du désir qui nous entraîne vers des objets dont la possession n’éveille en nous aucun concept défini. Cet état met le désordre dans nos sentiments, lorsque le Moi supérieur naît de l’âme. Un bon exercice consiste à se donner à soi-même, durant des mois, un ordre précis
à un moment précis de la journée : un ordre d'exécuter à cet instant déterminé telle ou telle action. On arrive à fixer le moment de l’exécution et la manière d’exécuter l’action, de telle sorte que l’exécution soit rendue strictement possible. Ainsi on s’élève au dessus de la néfaste habitude qui consiste à dire sans cesse : je 'voudrais faire ceci ou cela, sans songer aucunement à la réalisation possible de ce souhait. Un grand homme a fait dire à une prophétesse : « Celui qui veut l’impossible, je l’aime. » (Gœthe, Faust^ II.) Et le même homme a dit luimême : « Vivre dans l’idéal, c’est traiter l’impossible comme s’il était possible. (Gœthe, Maximes en prose.) Ges pensées ne doivent pas être considérées comme des objections à ce que nous disons. Ce que demandent Gœthe et sa prophétesse Manto, celui-là seul peut y satisfaire qui, en sachant désirer ce qui est possible, s’est développé au point de pouvoir, par sa volonté forte, transformer l’impossible en possible.
En ce qui concerne les sentiments, il faut que l’ânie de l’étudiant conquière un certain calme. Elle doit maîtriser l’expression du plaisir et de la peine, de la joie et de la douleur. C’est justement contre cet effort que s’élève mainte objection. On pense que l’on deviendra sourd et insensible au monde extérieur, si l’on s’interdit de se réjouir du bonheur et de s’affliger de la douleur. Or il ne s’agit pas de cela. Il faut que l’âme se réjouisse des choses heureuses : il faut qu’elle s’attriste des choses pénibles. Mais il faut aussi qu’elle apprenne à dominer Vexpression de ses sentiments. Si l’on poursuit cette maîtrise, on s’apercevra qu’au lieu de devenir insensible, on vibrera tout au contraire plus profondément par
l’effet des peines ou des joies environnantes. A vrai dire, l’acquisition de cette qualité exige un long effort. On doit arriver à sympathiser pleinement à la joie et à la douleur, sans s’oublier soi-même au point de les manifester involontairement. Ce n’est pas la douleur légitime qu’il faut dominer, ce sont les larmes involontaires ; ce n’est pas l’horreur d’une action mauvaise, mais l’aveugle irruption de la colère; ce n’est pas l’attention au danger qu’il faut extirper, mais la frayeur stérile. C’est par ces exercices que l’étudiant parvient à acquérir le calme des sentiments qui est indispensable pour éviter qu’après la naissance du Moi supérieur î’âme, devenue une sorte de double de ce Moi, ne mène à ses côtés une existence déréglée. Dans ce domaine, il faut se garder des illusions personnelles. D’aucuns pourront estimer qu’ils possèdent déjà dans la vie une dose d’équilibre qui rend superflus ces exercices. Ce sont justement les gens qui en ont le plus besoin. Ils peuvent rester calmes en face des choses de la vie ordinaire : mais en présence du monde supérieur, leur agitation, qui n’était que refoulée, se donnera libre carrière. Il faut savoir qu’en occultisme l’essentiel n’est pas ce qu’on croit déjà posséder, mais bien ce que l’on acquiert par un exercice méthodique. Si contradictoire que cela puisse paraître, il y a un principe qui est exact : quelles que soient les qualités que la vie vous a fait acquérir, les qualités qui servent en occultisme sont celles que l’on s’est par soi-même assimilées. Si la vie vous a rendu irritable, il faut que la discipline détruise cette humeur irritable : la vie vous a-t-elle donné un caractère égal, la discipline doit vous apprendre à donner une réponse appropriée aux excitations du dehors. Celui qui ne peut rire de rien
n’est pas plus maître de son rire que celui qui rit de tout sans mesure ni contrôle.
Pour façonner la pensée et la sensibilité, il y a un autre moyen : c’est la conquête de la qualité que l’on peut appeler positivité.
11 existe une belle légende qui nous raconte que Jésus-Christ passait un jour avec quelques disciples auprès du cadavre d’un chien. Tandis que les autres se détournent du hideux spectacle, Jésus parle avec admiration des belles dents de l’animal On peut développer en soi à l’égard du monde extérieur un état
d’âmecommeceluidontparlecettelégende. C’est-à-dire
que les choses erronées, laides, mauvaises ne doivent jamais empêcher de voir le vrai, le beau et le bien partout où ils se rencontrent. 11 ne faut pas confondi'e cet esprit positif avec l’absence de critique, avec la volonté de fermer les yeux à tout ce qui paraît mauvais, faux ou médiocre. Pour admirer les belles dents de 1 animal en décomposition, on n’en voit pas moins le cadavre pourrissant. Mais la vue du cadavre n’empêche pas de voir les belles dents. Il est impossible de faire que le mal paraisse bien, ou Terreur, vérité : mais on peut parvenir à ce que le mal n’empêche pas de voir le bien ou Terreur la vérité.
La pensée unie à la volonté mûrit singulièrement lorsque Ton essaie de ne jamais laisser influencer les perceptions nouvelles par les expériences passées. L’étudiant ne doit plus attacher aucun prix à la formule : (( Je n ai encore jamais vu cela, jamais entendu parler de cela. x\u contraire, pendant un certain temps il s appliquera à apprendre du nouveau sur chaque chose et sur chaque être. Il y a dans chaque souffle d air, aans chaque feuille, dans chaque balbutiement d enfant des éléments qui justifient, si l’on
veut, des aperçus nouveaux. Assurément il serait facile de dépasser la mesure. Il ne s’agit pas d’oublier à un certain âge les expériences que l’on a déjà faites. Il faut se servir de ces expériences passées pour juger des expériences présentes. Mais il faut mettre en balance avec ces connaissances la tendance à apprendre sans cesse du nouveau : et par-dessus tout la croyance que les expériences nouvelles peuvent parfaitement contredire les anciennes.
Voilà donc cinq qualités de l’ame qu’une discipline régulière doit développer chez l’étudiant occultiste : la maîtrise des pensées, le pouvoir sur les voûtions, l’égalité devant le plaisir et la douleur, la positivité dans les jugements, l’absence de préventions dans la conception de l’existence. Après avoir consacré certaines périodes consécutives à l’acquisition de ces qualités, il faudra les accorder harmonieusement. Pour cela il sera nécessaire de les pratiquer simul tanément soit par groupe de deux, soit de toute autre manière.
Les exercices que nous avons définis sont enseignés par roccultisme, parce qu’en les exécutant consciencieusement non seulement on obtient un résultat immédiat, mais on créé des forces utiles qui nous accompagnent sur le chemin de la connaissance supérieure. L’étudiant qui s’en acquitte avec persévérance se heurtera souvent a des défauts, ou à des lacunes dans sa vie intérieure : et il trouvera luimême les moyens les mieux appropriés pour fortifier et affermir son intelligence, ses sentiments et son caractère. Il lui faudra beaucoup d’autres exercices adaptés à son tempérament personnel : ils se présenteront d’eux-mêmes si les premiers sont suffisamment pratiqués. On constatera que ces exer-
cices produisent indirectement des résultats qu’on n’avait pas prévus tout d’abord. Quelqu’un par exemple qui manque de confiance en soi verra au bout de quelque temps cette qualité grandir. Et il en est de même pour d’autres vertus K
Il importe que les qualités une fois acquises soient sans cesse améliorées et fortifiées. La maîtrise des pensées et des sentiments doit aller assez loin pour que l’âme ait le pouvoir de créer des instants de repos intérieur absolu, dans lesquels l’homme écarte de son cœur et de son esprit tout ce que la vie journalière lui apporte de bonheur et de peine, de satisfactions et de soucis, voire même de devoirs et de nécessités, Pendant ces moments, l’âme ne doit rien admettre dans son empire, qu’elle n’y ait expressément consenti. Il faut faire ici justice d’un préjugé facile. Ün peut prétendre que cette méthode rend l’homme étranger aux devoirs de l’existence. Il n’en est nullement ainsi. De ces instants de silence et de paix intérieure jaillissent des forces si vivifiantes que l’étudiant en les employant dans l’existence, remplit ses devoirs mieux qu’auparavant, bien loin de les négliger. Il est précieux pour l’homme dans ces instants d’oublier ce qui le concerne personnellement pour ne songer qu’à des questions qui intéressent l’homme en général. S’il peut remplir son âme des enseignements relatifs aux mondes supérieurs, et que ces enseignements le captivent au même degré qu’un souci ou une affaire personnelle, son âme en recueillera des fruits particulièrement profitables.
Celui qui met ainsi de l’ordre dans sa vie intérieure s’élèvera jusqu’à un niveau où il considérera ses propres affaires avec le même calme que si elles 1. C. F., l'Initiation.
étaient celles d’un étranger. Voir du même œil ses joies et ses chagrins, ou ceux d’autrui, est une préparation excellente au développement spirituel. Il est bon, pour arriver à ce degré, de faire défiler devant son esprit à la fin du jour les expériences de l’existence quotidienne ; de se contempler soi-même dans l’accomplissement de ses devoirs journaliers, comme de l’extérieur. Pour arriver à pratiquer aisément cet exercice, on commencera par des fractions minimes de la vie journalière. Peu à peu on deviendra assez habile pour pouvoir accomplir en peu de temps ce travail de rétrospection dans son intégrité. L’idéal pour l’étudiant, c’est de conserver une assurance et un calme parfaits à l’approche des événements, et de juger ces événements non pas d’après ses dispositions propres, mais d’après leur réelle importance et leur valeur objective. C’est en regardant vers cet idéal qu'il bâtira dans son âme un fondement solide et pourra s’adonner aux concentrations et aux méditations dont nous venons de parler.
Ces conditions sont indispensables, car les expériences supra-sensibles s’édifient sur le même terrain que la vie psychique normale, antérieure à l’entrée dans les mondes supérieurs. A deux points de vue la vie supra-sensible dépend des qualités développées dans la vie normale. Si l’on ne prend garde à l’avance à faire d’un jugement sain et solide le fondement de toute discipline spirituelle, les perceptions supérieures seront inexactes et imprécises. Les organes spirituels se développeront pour ainsi dire de travers. Et de même qu’avec un œil malade et défectueux on ne saurait voir correctement le monde physique, de même on ne saurait attendre des perceptions justes d’organes développés sur la base d’un jugement faux.
D autre part, si 1 on part d’une moralité douteuse, la vue spirituelle à l’entrée des mondes supérieurs est comme embrumée et stupéfiée. C’est comme si l’on observait le monde sensible dans un état de prostration. Mais dans le monde physique on ne parviendrait à aucun résultat, tandis que l’observateur spirituel, même dans un état de stupeur, est toujours beaucoup plus éveillé que l’homme normal. Aussi aboutit-il à des résultats positifs qui sont des tissus d’erreurs.
Pour consolider la connaissance imaginative, il faut compléter ses méditations en s’accoutumant à la « pensée libérée des sens ». Lorsqu’une pensée est sortie d’une observation dans le monde physique, on ne saurait dire qu’elle est pure de tout élément sensoriel. Mais il n’est pas dit que l’homme ne puisse avoir d’autres pensées. Pour l’étudiant le moyen le plus sûr et le plus pratique de s’élever jusqu’à la pensée libérée des sens, c’est de s’assimiler les enseignements de 1 occultisme et d’en faire la sub.stance de sa propre pensée. Les réalités spirituelles ne sont pas perçues par les sens physiques. Avec un peu d(^ persévérance, l’homme arrive cependant à les comprendre. Sans une instruction spéciale on n’arrive pas à étudier par soi-même les mondes supérieurs , mais on peut se passer de cette instruction pour comprendre tout ce que les investigateurs racontent. Si quelqu’un objecte qu’il ne saurait accepter avec confiance des descriptions qu’il ne peut vérifier personnellement, il erre complètement. Car il est parfaitement possible, par la seule réflexion, d’acquérir la
conviction qu’un enseignement est véridique. Et si la réflexion chez quelqu’un est impuissante à procurer cette conviction, cela ne vient nullement de ce qu’on ne peut croire à une chose que l’on ne voit pas, mais uniquement de ce que la réflexion a manqué de sincérité, d’ampleur et de profondeur.
Pour éclairer ce point, il faut se représenter que la pensée humaine quand elle se stimule énergiquement elle-même, peut saisir bien davantage que le domaine qui lui est d’ordinaire attribué. La pensée recèle un être intérieur en correspondance avec le monde hyperphysique. L’âme ne perçoit pas habituellement cette correspondance parce qu’elle est accoutumée à n’appliquer sa faculté de penser qu'au monde physique. Aussi tient-elle pour inintelligibles les communications tirées des mondes supérieurs. Or ces mondes sont parfaitement compréhensibles non seulement pour une pensée disciplinée à l’école de l’occultisme, mais encore pour toute pensée humaine qui sait éveiller la totalité de ses forces et les utiliser consciemment.
En s’appropriant ainsi sans cesse ce que l’occultiste enseigne, on s’accoutume à des pensées qui ne sont pas fondées sur la perception des sens. On apprend à connaître comment se tissent dans l’âme les séquences de pensées, comment les pensées se cherchent pour s’associer, et cela sans que la puissance des sensations y soit pour rien. L’essentiel est de bien ressentir que le monde de la pensée est animé d’une vie propre, que, quand on pense, on dispose d’une puissance vivante venue des mondes supra-sensibles. On se dira : « Il y a en moi comme un organisme fait de pensée : or je suis un avec cet organisme. » En sc plongeant ainsi dans la pensée libérée des sens, on
prend conscience d’une essence qui coule dans notre vie intérieure, de même que par les organes des sens se déversent en nous les propriétés des objets extérieurs que nous percevons. « Là, en dehors de moi, dans l’espace, se dira l’observateur du monde sensible, il y a une rose : je ne saurais dire qu’elle me soit étrangère, puisqu’elle se révèle à moi par son parfum et sa couleur. » Il suffit d’être sincère, et de cultiver la pensée libérée des sens, pour en arriver à se dire également : « Une essence se manifeste à moi qui associe les pensées entre elles et qui en compose un véritable organisme. » Il n’y a entre les deux activités qu’une différence : l’observateur a conscience que la rose est en dehors de lui, le penseur libéré des sens éprouve que l’essence mentale est en lui, une avec lui. Celui qui plus ou moins consciemment n’accorde la réalité essentielle qu’aux choses extérieures, ne pourra avoir le sentiment qu’une chose peut être réelle et se révéler à lui en formant une unité avec sa propre conscience. Pour discerner la vérité dans cette question, il faut réaliser l’expérience suivante. Il faut distinguer entre les associations d’idées que Ton crée arbitrairement et celles dont on est cçnscient quand on a imposé silence à toute volonté personnelle. Dans le dernier cas on peut se dire : « Je fais régner en moi un parfait silence et je ne provoque aucune association d’idées, je m’abandonne à ce qui pense en moi. » Il devient logique alors de conclure : « Il y a un être en soi qui agit en moi », comme il est logique de conclure: « Je suis impressionné par une rose», lorsque l’on perçoit une couleur et un parfum déterminés. Il n’y a nulle contradiction à tirer des enseignements occultes la substance de ses pensées. Les pensées sont déjà présentes, lorsqu’on s’y abandonne, mais
on ne saurait les penser, sans les susciter de nouveau dansTâme à chaque fois. Aussi est-ce le propre de l’occultiste d’éveiller chez ses lecteurs ou auditeurs des pensées que ceux-ci puisent d’abord en euxmêmes, tandis que celui qui décrit une réalité sensible, parle d’objets que le lecteur et Tauditeur peuvent observer dans le monde extérieur.
La méthode que l’occultisme indique pour libérer la pensée des éléments sensibles est une méthode très sûre. Il y en a pourtant encore une autre, plus sûre encore, avant tout plus précise et par suite plus difficile pour beaucoup de gens. C’est celle que j’ai étudiée dans mes ouvrages. Philosophie de la liberté^ et Théorie de la connaissance dans la phi. losophiede Gœthe. Ces écrits énumèrent les résultats que peut atteindre l’esprit humain quand la pensée, au lieu de se livrer aux impressions des sens, se concentre en soi-même. La pensée pure déploie alors son activité dans l’homme comme une entité vivante en soi. Ces ouvrages n’empruntent aucune de leurs données à l’occultisme. Et pourtant ils démontrent que la pensée pure, travaillant dans sa propre essence, est capable de découvrir les secrets du monde, de la vie et de l’homme.
Ces écrits représentent une étape intermédiaire de grande importance entre la connaissance du monde sensible et celle du monde spirituel. Ils représentent ce que l’homme peut acquérir, quand sa pensée s’élève au-dessus de la perception extérieure, sans cependant rechercher l’accès des mondes supérieurs. Celui qui laisse son âme entière s’imprégner de ces idées est déjà dans le monde spirituel, qui se révèle à lui sous l’aspect d’un monde de la pensée. Si l’on se sent capable de passer par cette étape inter-
médiaire, on suit une route de certitude et de pureté et l’on y gagne à l’égard des mondes supérieurs des sentiments qui dans toute la suite des temps produiront les fruits les plus beaux.
Lebut des méditations que nous avons décrites est, à proprement parler, la formation des organes de la clairvoyance supérieure dans le corps astral. Ces organes sont d’abord un produit de la substance de ce corps astral. Ils manifestent un monde, et dans ce nouveau monde l’homme prend conscience de soi comme d’un nouveau Moi. Ce qui distingue ces organes des organes sensoriels physiques, c’est qu’ils sont des organes actifs. Tandis que l’oeil et l’oreille sont passifs et subissent les ondes lumineuses ou sonores, on peut dire des organes animiques qu’ils sont incessamment actifs, quand ils perçoivent et que dans une certaine mesure ils comprennent les objets et événements qu’ils enregistrent. De là le sentiment que la connaissance psycho-spirituelle est une sorte d’union avec les objets auxquels elle s’applique ; on croit vivre en eux. Par similitude on peut donner a ces organes le nom de « fleurs de lotus », tiré de la forme astrale qu’ils revêtent pour la conscience clairvoyante. (Bien entendu, ce nom n’exprime pas plus la réalité foncière de ces organes que le mot « ailes » appliqué aux poumons.) Des méditations précises ont pour effet de développer en particulier l’une ou l’autre de ces « fleurs ». Chacune des concentrations qui visent au progrès de la connaissance imaginative a
son effet sur un de ces organes^. Une discipline judicieuse règle ces exercices de manière à développer les organes en temps voulu. Ce développement exige chez Tétudiant beaucoup de patience et de persévérance. Si Ton n’a pas plus de patience qu’on n’en acquiert dans les circonstances ordinaires de la vie, on n’en viendra pas facilement à bout. Il se passe souvent beaucoup de temps avant que les organes soient assez mûrs pour que l'étudiant puisse les employer à percevoir les réalités supérieures. A ce moment se produit dans sa vie intérieure le phénomène que l’on nomme illumination^ phénomène tout différent de la préparation ou purification qui consiste dans les exercices favorables à la formation des organes. Le mot purification exprime que l’étudiant durant ce stade se purifie dans un certain domaine de la vie intérieure de toute donnée issue de la perception sensible. Il arrive fréquemment que la conscience, avant l’illumination proprement dite, soit parcourue d’éclairs venus des mondes supérieurs. L’étudiant doit les accueillir avec reconnaissance. Ils font de lui déjà un témoin des réalités spirituelles. Mais il ne doit pas chanceler, même si ces éclairs ne viennent pas le réconforter au cours du travail de la préparation qui peut-être lui paraîtra bien long. Quiconque est capable de perdre patience, parce qu’il ne voit rien encore, n’a pas compris la vraie nature des choses spirituelles. Celui-là seul en est bien pénétré qui considère les exercices qu’il accomplit comme un but en soi. Ces exercices sont déjà un travail sur la substance psycho-spirituelle puisqu’ils élaborent le corps astral. Même lorsqu’on ne voit rien, on peut avoir le senti-
1. V. dans VInitiation du môme auteur des détails sur ces méditations (N. d. T.).
ment suivant : je suis un ouvrier du monde psychospirituel. Mais on n’éprouvera pas ce sentiment si l’on s’est fait une idée préconçue de ce qu’on appelle « voir ». On ne prendra pas en considération ce qui en vérité a une importance incommensurable. Il faudrait porter une attention minutieuse sur toutes les expériences qui se manifestent au cours des exercices, et qui diffèrent radicalement de celles de la vie ordinaire. On remarquera que le corps astral où l’on travaille n’est pas une substance neutre, mais qu’en lui se révèle tout un univers dont on n’avait nulle connaissance par la perception extérieure. De hautes entités agissent sur le corps astral tout comme les phénomènes physico-sensibles agissent sur le corps physique. Et dans son propre corps astral l’homme se trouve face à face avec la vie supérieure, pour peu qu’il ouvre les yeux. S’il se répète sans cesse « je ne perçois rien », c’est la plupart du temps parce qu’il s’est d'avance imaginé l’aspect que devait avoir telle ou telle perception et comme il ne voit pas ce que d’avance il s’est imaginé voir, il en conclut qu’il ne voit rien.
Celui qui sait pratiquer la discipline dans l’esprit voulu, ti’ouvera dans cette discipline même une habitude qu’il chérira pour les joies qu’elle lui donne, et toute une organisation de l’existence qui lui deviendra indispensable. Il saura que par ces exercices mêmes il agit dans le monde psycho-spirituel, et il attendra le résultat de ses efforts avec patience et abnégation. Cet état d’âme de l’étudiant est interprété par la conscience à peu près dans les termes suivants : « Je veux faire tous les exercices qui me sont prescrits, et je sais qu’en temps voulu j’obtiendrai ce qui importe pour moi. Je ne réclamé pas impatiem-
ment ces avantages, mais je veux toujours être prêt à les recevoir. » On objectera : « mais Tétudiant doit donc marcher à tâtons dans les ténèbres, pendant un temps indéfini. Car comment saurait-il quhl est dans le bon chemin, avant d’avoir obtenu un résultat. » Il n’est pas exact que seul le résultat fasse connaître la valeur de la discipline. Lorsque l’étudiant a bien compris ces exercices, la satisfaction qu’il y trouve lui vient de la claire conscience qu’il est sur le droit chemin, et non d’un résultat obtenu. Travailler utilement dans le domaine spirituel, c’est éprouver une satisfaction, qui n’est pas seulement une joie, mais un moyen de connaissance. Elle nous fait connaître ceci : « Je fais quelque chose qui, j’en suis sûr, me fait progresser dans la bonne voie. » Cette certitude, l'étudiant peut la réaliser à tout instant, s’il prête une attention subtile à ses expériences intérieures. S’il ne cultive pas cette attention, il passera à côté des expériences en question, comme un promeneur plongé dans ses pensées cesse de voir des deux côtés de la route les arbres, qu’il verrait certainement s’il les regardait seulement. Il n’est nullement désirable de hâter la venue d’autres résultats que ceux qui se produisent normalement au cours des exercices. Car il se pourrait que ces résultats ne fussent qu’une partie infime de ceux que l’on est en droit d’attendre. Dans le domaine du progrès spirituel, un succès partiel est souvent la cause d’un long retard. Le contact avec les formes spirituelles que l’on atteint par ces conquêtes partielles a pour effet de rendre l’homme insensible aux forces plus puissantes qui devraient le faire arriver à un niveau plus élevé. Le gain que l’on réalise en hâtant la vision dans les mondes spirituels n’est qu’appa-
rent, car cette vision anticipée livre à la conscience des mensonges à la place des réalités.
Les organes de la perception psycho-spirituelle ou fleurs de lotus apparaissent au clairvoyant comme situés dans le voisinage de certains organes physiques, chez l’homme qui observe la discipline. Citons parmi eux la fleur de lotus à deux pétales, située à peu près entre les sourcils; la fleur à seize pétales, dans le voisinage du larynx; la fleur à douze pétales, près du cœur, et en outre, un quatrième organe au Creux de l’e-stomac. D’autres organes analogues sont voisins d’autres parties du corps physique.
Les fleurs de lotus sont des produits du corps astral. Dès que l’une d’entre elles est suffisamment évoluée, on sent qu’on la possède, et qu’on peut s’en servir pour pénétrer réellement dans un monde supérieur. Les impressions reçues de ce monde ressemblent encore beaucoup à celles du monde physique. La connaissance imaginative fait apparaître le monde supérieur, sous forme de sensations de froid et de chaud, de sons et de paroles, de lumières et de couleurs. Mais l’étudiant se rend compte que ces sensations expriment dans le monde imaginatif tout autre chose que dans le monde physique. Il reconnaît que leurs causes ne sont pas des causes physiques matérielles, mais bien d’ordre psycho-spirituel. Lorsqu’il ressent une sensation de chaleur, au lieu de l’attribuer par exemple à un feu brûlant, il y verra l’émanation d’un phénomène animique, tel qu’il n’en
a connus auparavant que dans le for intérieur de son àme. Il sait que derrière les perceptions imaginatives se trouvent des réalités spirituelles, comme derrière les sensations physiques des êtres et des choses matérielles. Mais une différence essentielle s’adjoint à ces ressemblances superficielles entre les deux mondes. Il y a un ordre de phénomènes qui existe dans le monde physique et qui se présente tout autrement dans le monde imaginatif. Dans le premier, on observe une perpétuelle succession de croissance et de décroissance, une alternance de naissance et de mort. Dans le monde imaginatif ce phénomène est remplacé par une transformation des objets les uns des autres. On voit dans le monde physique une plante mourir. Dans le monde imaginatif, à mesure que dépérit la plante, une autre formation prend de la consistance, imperceptible aux sens physiques, et dans laquelle se transforme graduellement la plante. Quand la plante a disparu, cette formation est parachevée en son lieu et place. Naissance et mort sont des concepts qui perdent tout sens dans le monde imaginatif, où règne un transformisme perpétuel. C’est à cause de cet état de choses que sont accessibles à la connaissance imaginative les vérités relatives à la constitution de rhomme, exposées dans le chapitre de cet ouvrage intitulé « rÊtre humain ». La perception physicosensible n’atteint que les phénomènes du corps physique, qui se déroulent dans le royaume de la naissance et de la mort. Les autres organismes humains, corps vital, corps émotionnel et Moi sont soumis à la loi du transformisme, et leur perception s’ouvre à la connaissance imaginative. Celui qui s’élève au niveau de cette connaissance voit se détacher du corps phy-
sique les éléments qui, après la mort, vont évoluer dans une autre forme d’être.
Mais l’évolution spirituelle ne s’arrête pas au niveau de la connaissance imaginative. L’homme qui en resterait là percevrait à la vérité les êtres soumis au transformisme, mais il ne saurait pas interpréter les phénomènes de transformation : il ne saurait s’orienter dans ce nouveau monde. Le monde imaginatif n’est qu’agitation. Partout le mouvement et le changement ; il n’y a point de refuge stable. L’homme ne parvient à la stabilité qu’en dépassant le stade de la connaissance imaginative pour s’élever à ce qu’on appelle la « connaissance par inspiration ». Il n’est pas nécessaire pour celui qui veut connaître les mondes supérieurs de réaliser d’abord intégralement la connaissance imaginative avant d’accéder à l’inspiration. Les exercices peuvent être ordonnés de manière à faire marcher de front la préparation à l’imagination et la préparation à l’inspiration. De la sorte, après un temps donné, l’étudiant entrera dans un monde supérieur où, non content de percevoir, il saura s’arrêter et interpréter. En règle générale, il commence par percevoir quelques phénomènes du monde imaginatif ; puis un beau jour il sent qu’il commence également à s’orienter dans ce monde. Toutefois, le monde de l’inspiration est totalement différent du monde imaginatif. Dans ce dernier on perçoit la transformation des phénomènes l’un dans l’autre. Dans le premier, on pénètre les propriétés internes des êtres soumis à ce transformisme. L’imagination perçoit la manifestation animique de l’être : l’inspiration plonge au cœur de son essence spirituelle. On connaît d’abord une multiplicité d’êtres et une multiplicité de rapports
entre ces êtres. Cette multiplicité est à vrai dire également un caractère du monde physico-sensible : mais dans le monde inspiré, la variété porte un tout autre caractère. Chaque être y est lié aux autres par des rapports définis, qui tiennent, non pas comme dans le monde physique à une action externe réciproque, mais bien à la constitution intime des êtres. Lorsqu'on perçoit un être dans le monde inspiré on ne le voit pas en influencer un autre du dehors : c'est leur complexion respective qui crée un lien entre eux. On ne peut comparer à ce genre de relation dans le monde physique que l'association des différentes lettres ou sons qui forment un mot. Prenons le mot « âme » par exemple. Il est constitué par les lettres a-m-e. Il n'y a pas d'action extérieure de l'A sur l'Mou de l’M surl’E, mais ces trois lettres coopèrent dans Fintérieur d'un même tout, et leur coopération vient de leur nature même, Aussi la perception du monde inspiré se rapproche-t-elle d’une lecture : les êtres dans ce monde impressionnent l'observateur comme des signes d'une écriture suprasensible dont il doit déchiffrer toutes les particularités. L'occultisme appelle la connaissance du monde inspiré « lecture de l'écriture cachée ».
Gomment lire l'écriture cachée et la faire comprendre aux autres ? C'est ce que les chapitres qui précèdent ont dû rendre clair. Nous y avons décrit l'être humain et sa construction, par l’incorporation d'organismes successifs. Nous avons exposé comment l'astre sur lequel il évolue a passé par les différents états que nous avons nommés Saturne, Soleil, Lune et Terre. Les perceptions qui permettent d'observer les parties ' constituantes de l'homme, d'une part, et les états successifs de la terre, d'autre part,
sont du ressort de la connaissance imaginatn'e. Il faut comprendre en outre les relations qui existent entre la période saturnienne et le corps physique, entre l’âge solaire et le corps vital, etc. Il faut noter dès Saturne la naissance du germe physique humain et suivre l’évolution de ce germe jusqu’à sa forme actuelle au travers des états solaire, lunaire et terrestre. Il faut entre autres choses indiquer la transformation qui s’est opérée dans l’homme, du fait que le Soleil s’est dégagé de la Terre, et par suite de la reproduction de ces phénomènes lors de l’élimination lunaire. Il faut en outre expliquer sous l’influence de quelles causes se sont accomplis dans l’humanité les changements qui se sont déroulés au cours de la période atlantéenne, et plus tard dans l’Inde ancienne, dans la Perse, en Égypte, etc. La description de ces événements sort du domaine de la connaissance imaginative ; elle exige la connaissance inspirée, ou lecture de l’écriture cachée. Dans cette lecture, les perceptions purement imaginatives jouent le rôle des sons ou des lettres de l’alphabet. Mais cette lecture n’est pas seulement nécessaire pour l’exposé des faits cosmiques que nous venons d’énumérer. L’existence humaine elle-même n’est pas intelligible, si l’on ne va pas au delà de la connaissance imaginative. Cette connaissance perçoit bien comment à la mort les organes psycho-spirituels s’évadent de l’organisme qui demeure dans le monde physique. Mais on ne saurait comprendre les relations unissant l’état de l’homme après la mort aux états qui l’ont précédé et qui le suivent, si l’on ne peut s’orienter dans le monde perçu par l’imagination. Sans l’inspiration, le monde de l’imagination demeure semblable à un écrit que nous regarderions sans pouvoir le déchiffrer.
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Lorsque le disciple progresse de rimagination à rinspiration, il se rend compte très vite qu’il aurait grand tort de vouloir négliger les grands problèmes cosmiques pour se borner aux questions qui intéressent rhomme directement. Celui qui n’est pas initié dans ces matières pourrait se dire : « Ce qui importe, c’est la destinée de Tâme humaine après la mort ; si l’on m’en instruit, cela me suffit. Pourquoi l’occultisme m’entretient-il de choses aussi lointaines que Saturne, le Soleil ou la Lune ? » Mais celui qui possède une notion juste de ces questions, s’aperçoit qu’il n’est pas possible de connaître vraiment ce qui l’intéresse, sans étudier les choses qui paraissent inutiles. La description des états où y l’homme vit après la mort est inintelligible et sans valeur, si l’homme ne peut les rattacher aux concepts qu’il a tirés de ces études lointaines, La plus simple observation exige chez le clairvoyant ces connaissances étendues. Lorsque dans une plante, par exemple, la fleur se change en fruit, le clairvoyant observe une transformation chez l’entité astrale qui pendant la floraison avait recouvert et enveloppé la plante. Sans la fécondation, cette entité astrale aurait pris une forme toute différente de celle que lui a donnée la fécondation. Pour comprendre l’essence même de ce changement, il faut se reporter au grand événement cosmique auquel participèrent la terre et ses habitants, lors de l’élimination solaire. Avant la fécondation, la plante se trouve dans le même état que la terre avant la séparation solaire. Après la fécondation, la plante ressemble à la terre encore munie des éléments lunaires, mais privée des forces solaires. Il faut s’être assimilé les notions que suggère l’étude de l’élimination solaire, pour comprendre le
sens de la fécondation végétale ; alors on se dira : la plante est dans l’état solaire avant la fécondation, dans l’état lunaire, après la fécondation. C’est ainsi que le plus humble des phénomènes, pour être compris, réclame la connaissance des problèmes cosmiques les plus vastes. Sinon, ce phénomène, dans sa vraie nature, demeure aussi incompréhensible qu’une madone de Raphaël dont on ne laisserait voir qu’un petit coin bleu, en recouvrant d’un voile le reste du tableau. Tout ce qui se passe chez l’homme reflète les grands événements cosmiques dont dépend son existence. Veut-on comprendre les observations des clairvoyants sur les phénomènes qui se déroulent entre la naissance et la mort, aussi bien qu’entre la mort et une nouvelle naissance, il faut pouvoir interpréter les perceptions imaginatives grâce aux notions puisées dans l’étude de l’évolution cosmique. Cette étude donne la clef des énigmes de la vie humaine. L’examen des périodes saturnienne, solaire et lunaire équivaut à l’étude de l’homme même.
C’est par l’inspiration que l’on arrive à connaître les rapports que les entités du monde supérieur ont entre elles. Un degré supérieur de la connaissance permet de connaître l’essence interne de ces entités mêmes. Ce degré s’appelle en occultisme Vintuition. Intuition est un mot dont on a abusé dans la vie courante pour désigner une vue confuse, imprécise d’un sujet, parfois d’accord, comme par miracle, avec la vérité, mais en général impossible à justifier logiquement. Le mode de connaissance dont nous traitons n’a naturellement rien à faire avec ce genre d’intuition. L’intuition est ici la plus claire, la plus lumineuse des connaissances ; celui qui la possède a
pleine conscience du fondement solide sur lequel elle est assise. Connaître un objet sensible, c'est être situé en dehors de lui, et le juger d’après les sensations externes qu’il nous procure. Connaître un être spirituel par l’intuition, c’est devenir un avec lui, pénétrer intégralement dans sa conscience. C’est par degrés que le disciple s’élève à cette connaissance. L’imagination le conduit à regarder les perceptions comme représentant non plus des propriétés extérieures des êtres, mais des imaginations de l’essence psycho-spirituelle ; l’inspiration le fait pénétrer plus avant dans leur nature intime. Il apprend à connaître les liens qui unissent ces entités les unes aux autres; par l’intuition il pénètre au cœur même des êtres. Nous prendrons encore pour exemple les enseignements contenus dans cet ouvrage pour bien dégager la signification réelle de la connaissance intuitive. Nous ne nous sommes pas contenté d’étudier les évolutions solaire, saturnienne ou lunaire, nous avons montré comment participent à cette évolution des Esprits des diverses hiérarchies : nous avons cité les Trônes ou Esprits du Vouloir, les Esprits de la Sagesse, du Mouvement, etc. Pour l’évolution terrestre, nous avons parlé des esprits de Lucifer et d’Ahriman. L’édification du Cosmos a été rapportée aux Esprits qui y ont coopéré. Ce que l’on peut connaître de ces entités est du domaine de l’intuition. L’intuition est déjà nécessaire quand il s’agit d’expliquer l’existence humaine. L’élément qui à la mort se dégage de l’enveloppe physique passe dans la suite des temps par des étapes successives. L’imagination peut atteindre et saisir les états qui suivent immédiatement la mort. Mais ce qui se passe ensuite, ce qui précède la nouvelle naissance serait
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tout à fait inintelligible à l’imagination, si l’inspiration ne venait la seconder. Seule l’inspiration perçoit la vie de l’homme dans le monde des Esprits après la purification. Mais après il y a quelque chose, un certain stade devant lequel l’inspiration s’arrête impuissante, privée de son fil conducteur. Il y a dans l’évolution humaine un état situé entre la mort et la nouvelle naissance, auquel parvient seule la connaissance intuitive. La partie de l’être humain à laquelle correspond cet état est toujours présente dans l’homme et si l’on veut en comprendre la vraie nature, il faut aller la rechercher par l’intuition dans l’existence prénatale. Si l’on se contentait pour étudier l’homme de l’imagination et de l’inspiration, on négligerait l’élément le plus profond, celui qui persiste d’une incarnation à l'autre. L’intuition seule permet d’étudier le karma et la réincarnation. Toute vérité relative à ces grandes lois dérive de l’investigation intuitive. Si l’homme veut se connaître lui-même dans son essence intime, il faut qu’il recoure à l’intuition. Par elle il perçoit l’individu qui passe au travers des existences successives. Si quelqu’un a la possibilité de connaître quelque chose dans ses existences antérieures, ce ne peut être que par la connaissance intuitive.
Il faut à l’homme des exercices psycho-spirituels pour accéder à l’inspiration et à l’intuition. Ils sont analogues à ceux que nous avons appelés « concentration » et qui servent à la culture de la connaissance imaginative. Mais tandis que dans ces exer-
la connaissance des mondes SUPl^RIEURS 306
cices il y a un point de contact avec les sensations du monde extérieur, dans ceux qui visent à la connaissance inspirée, ce point de contact disparaît. Pour bien saisir cette modification pensez encore une fois au sjTnboie de la Rose-Croix. Lorsqu’on se concentre sur ce symbole on évoque une image dont les éléments sont physiques ; la couleur noire de la croix, les roses, etc. Mais leur assemblage en un tout n est pas tiré du monde extérieur. Si le disciple s’efforce de bannir de sa conscience la croix noire et les roses, ces perceptions du monde physique, et de n y retenir que l’activité qui a présidé à l’association de ces éléments, il y trouve le sujet d’une méditation de nature à éveiller en lui progressivement la connaissance inspirée. Demandez-vous dans votre ame : « Qu’ai-je fait quand j’ai combiné en une image la croix et les roses? Ce que j’ai fait là, mon expérience intérieure, voilà ce que je veux fixer tout en effaçant de ma conscience l’image qui est résultée de ce travail de composition. Je veux supprimer la représentation de l’image et ressentir à nouveau l’activité de mon âme qui a généré l’image. Je veux vivre enfermé dans l’activité qui a créé l’image. Je veux me concentrer, non plus sur une image, mais sur ma force psychique créatrice d images. » II faut appliquer successivement à plusieurs symboles ce procédé de concentration abstraite , et à la longue celte discipline conduit à l’inspiration. Voici un autre exemple. Plongez-vous dans la pensée d une plante qui croît et dépérit. Laissez d abord s épanouir en vous l’image d’une plante qui pousse peu à peu, qui surgit de la giaine, se développe feuille après feuille, jusqu’à la floraison et enfin jusqu’au fruit. Ensuite, évoquez son dépérisse-
ment, sa flétrissure progressive jusqu’à la décomposition finale. Par cette concentration ou arrive à un sentiment de la croissance et du dépérissement où la plante ne joue plus qu’un rôle symbolique. Ce sentiment, si l’exercice est poursuivi avec persévérance, élève l’imagination à la connaissance des transformations qui servent de fondement au devenir et au disparaître dans le monde physique. Veuton montera la connaissance inspirée correspondante, il faut ajouter quelque chose à cet exercice. Il laut se rendre attentif à cette activité de l’ame qui a trouvé dans l’image de la plante la représentation abstraite du devenir et du dépérir. Il faut oublier complètement la plante et méditer exclusivement sur son propre travail d’élaboration intérieure. C’est en vivifiant ainsi l’abstraction que l’on s’élèvera à la connaissance inspirée. D’abord il ne sei'a pas facile à l’étudiant de comprendre pleinement comment il doit s’accommoder à un pareil exercice. La raison de cette difficulté est que l’homme est habitué à édifier sa vie intérieure sur des impressions du dehors : par suite, il chancelle et divague, lorsque ce fondement lui est soustrait, et qu’il doit tout de même déployer une activité psychique. Pour ces exercices, plus encore que pour ceux qui visent à la connaissance imaginative, le disciple ne devrait s’en acquitter que, si d’autre part, il fait tout ce qu’il doit afin de consolider son jugement, d’ordonner ses sentiments et de fortifier son caractère. S’il prend cette précaution, il atteindra un double but. D’abord il ne risquera pas de perdre son équilibre ; en second lieu il acquerra par là-même la faculté d’exécuter correctement les exercices eux-mêmes. On n’estimera que ces exercices sont difficiles que si l’on a négligé de
s'assimiler certaine mentalité, certains sentiments. Mais si, avec patience et persévérance, on cultive clans son âme les cjualités favorables à la germination de la connaissance supérieure, on acquerra vite la compréhension et l’énergie nécessaires pour les exercices. En s’habituant à passer souvent l’inspection de sa vie intérieure, non pas pour ratiociner sur soi-même, mais pour élaborer et ordonner en silence les expériences faites durant l’existence, on progressera avec un succès remarquable. On constatera combien les sentiments et les représentations s’enrichissent lorsque l’on compare deux souvenirs pour les rapprocher. Car on apprend du nouveau tout aussi bien en élaborant les expériences passées, qu’en recherchant des expériences nouvelles. Laissez non seulement vos expériences mais encore vos opinions se mesurer les unes les autres comme dans un libre jeu. Vous-même, avec vos intérêts et vos sentiments personnels, tâchez de ne pas intervenir dans ces joutes, et vous préparerez un excellent termin pour la connaissance supra-sensible ; vous épanouirez en vous ce que l’on peut appeler une vie intérieure débordante de richesse. Mais ce qui importe c’est l’équilibre entre les diverses facultés de l’âme. L homme n’est que trop porté, lorsqu’il cultive une faculté, à négliger les autres. Ainsi, lorsqu’il découvre l’avantage de la méditation et de la concentration dans le cercle de ses propres représentations, il est tenté de se fermer aux sensations du dehors. Mais s’il le fait, il dessèche et appauvrit sa vie intérieure. Le progrès le plus rapide est pour celui qui, tout en se retirant en lui-même, conserve toute sa sensibilité à l’égard du monde extérieur. Et ne pensez pas qu’il s’agisse de ce qu’on appelle les