CHAPITRE III
Il est impossible de comprendre la nature de Tétât de veille sans avoir observé Tétat de conscience où l’homme vit pendant le sommeil, et Ton ne peut s'approcher des énigmes de la vie sans considérer la mort. Pour un homme qui ne comprend pas la portée de Toccultisme, des scrupules peuvent aisément naître : il se demandera comment Toccultisme poursuit ses observations sur le sommeil et sur la mort. L'occultisme sait estimer les mobiles de pareils scrupules; il est tout naturel d'entendre dire que l'homme est fait pour l'action et que son œuvre repose sur l’action. Se plonger dans la contemplation d'états tels que le sommeil ou la mort, ne saurait, dit-on, provenir que d’un penchant aux vagues rêveries et ne peut conduire qu’à des inventions creuses. Il est bien des êtres qui voient dans le rejet déterminé de ces rêveries la marquç d'une âme saine et qui considèrent que le fait de s'y adonner a quelque chose de maladif, et ne convient qu’aux personnes ignorantes de la joie de vivre et de l'activité
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vraie. On aurait tort de considérer ces jugements comme faux à priori. Il y a en eux un germe de vérité ou si Ton veut un quart de vérité, mais il faut le compléter par les trois autres quarts. En combattant les arguments de ceux qui ne voient que ce quart de vérité sans soupçonner le complément d’étude qui s’impose, on ne fait qu’exciter leur défiance.
Il faut reconnaître qu’il est un certain genre d’études appliquées au sommeil et à la mort qui a vraiment un caractère morbide, parce qu’elles conduisent à l’affaiblissement des forces vitales et à une sorte de dégoût de l’existence, et l’on ne peut pas contester davantage que beaucoup de spéculations décorées jusqu’ici du nom d’occultisme portent la marque d’une haine de la vie vraiment maladive; mais ce caractère malsain est complètement étranger au véritable occultisme. La vérité, la voici: de même que riiomme ne peut pas toujours rester à l’état de veille, de même il lui est impossible de comprendre les conditions de l’existence dans toute son extension, s’il ne possède les enseignements de l’occultisme. Car la vie se poursuit pendant le sommeil, et les forces, grâce auxquelles nous travaillons et créons à l’état de veille, se réparent et se rafraîchissent par les éléments que leur apporte le sommeil. Il en est de même des perceptions que l’homme peut recevoir du monde manifesté. L’univers est plus vaste que le champ de ses perceptions. Et les choses visibles que l’homme connaît constituent une richesse qui doit être complétée et fécondée par ce qu’il peut apprendre à connaître des mondes invisibles. Un être humain à qui le sommeil n’apporterait pas constamment le réconfort pour ses forces épuisées marcherait
U l’anéantissement; et de même, la connaissance de l’univers manifesté qui n’est pas fructiîiée par la connaissance de l’univers occulte conduit au dessèchement. Il en est ainsi de la mort ; les êtres vivants succombent à la mort pour que de nouvelles e.vistences puissent naître et l’occultisme éclaire d’une pleine lumière la belle phrase de Gœthe : « La nature a inventé la mort pour enrichir la vie. » Comme il n’y a aucune vie, dans le sens ordinaire du mot, qui puisse exister sans la mort, de même il n’y a pas de vraie connaissance du monde visible sans la perception de l’invisible. Toute connaissance du visible doit plonger dans l’invisible pour pouvoir se développer. On voit ainsi que seul, l’occultisme rend possible l’existence de la connaissance sensible. Et quand on le comprend sous sa vraie forme, au lieu d’affaiblir la vie il la fortifie, l’assainit et la rafraîchit, lorsque laissée à elle-même elle est devenue faible et morbide.
Lorsque l’homme se plonge dans le sommeil, le rapport réciproque de ses organismes tel que nous l’avons établi plus haut se trouve modifié. Les éléments de l’être endormi qui reposent sur la couche sont le corps physique et le corps éthérique, mais le corps astral et le Moi sont absents. C’est grâce à cette union persistante du corps physique avec le corps éthérique pendant le sommeil que les fonctions vitales continuent, car un corps physique abandonné à lui-même se décomposerait instantanément. Les activités? qui sont éteintes pendant le sommeil sont la représentation, la peine et le plaisir, la joie et le chagrin, et la faculté d’extérioriser une volonté consciente, c’est-à-dire toutes les activités qui ont leur siège dans le corps astral. Il est de toute évi-
donce pour un jugement non prévenu, qu'il ne saurait être question d’un anéantissement du corps astral pendant le sommeil avec tout son monde de volition, de représentation, de plaisir et de douleur : ce corps est simplement passé dans un autre état. Mais pour que le Moi humain et le corps astral soient non seulement remplis par ces activités mais encore en aient pleine conscience, il est de toute nécessité que le corps astral soit uni au corps physique et au corps éthérique. Il Test pendant la veille, mais il ne Test pas pendant le sommeil. Il s’est retiré d’eux pour entrer dans une forme d’existence différente de celle qu’il possède pendant son union avec le physique et l’éthérique. L’occultisme a pour objet de considérer cette nouvelle forme d’existence du corps astral. Pour Tobsei^ation extérieure des sens, le corps astral disparaît pendant le sommeil. L’occultiste peut le suivre dans sa nouvelle existence jusqu’au moment où il réintègre les corps physique et éthérique. Dans ce cas comme dans tous ceux qui concernent la connaissance des phénomènes cachés de l’univers, la réalité ne peut apparaître sous son vrai jour qu’au regard de la clairvoyance; mais lorsqu’ensuite on en vient à décrire les découvertes faites par le moyen de la clairvoyance, il suffit d’un entendement normal pour les comprendre, car les phénomènes du monde occulte se manifestent par leurs effets dans le monde visible, et si Von découvre que les données de la claii^voyance permettent de comprendre les phénomènes visibles, cette confirmation par la vie est la meilleure preuve qu’on puisse alléguer à l’appui de ces vérités. Si quelqu’un se refuse à mettre en œuvre lui-même les moyens que nous indiquons plus loin pour acquérir une
clairvoyance personnelle, il est du moins une expérience qui reste à sa portée. Il peut provisoirement accepter les assertions du clairvoyant et les appliquer ensuite aux faits d’expérience qui se présentent à lui. 11 découvrira que la vie lui devient ainsi claire et compréhensible, et plus il examinera avec précision et profondeur cette vie de tous les jours, plus cette confirmation sera éclatante.
Bien que pendant le sommeil, le corps astral ne puisse avoir conscience d’aucune représentation ni d’aucun sentiment de plaisir ou de peine, il ne reste pas inactif. Au contraire, il accomplit une œuvre qui réclame une activité intense. C’est lui qui doit fortifier et réconforter les forces humaines épuisées. Tant que le corps astral est uni aux corps physique et éthérique, il est en contact, à travers ces deux organismes, avec le monde extérieur ; il reçoit par leur intermédiaire les perceptions et les représentations, et à la suite des sensations que cet organisme recueille dans l’ambiance, il éprouve du plaisir ou de la douleur. Or, le corps physique ne peut conserver la forme et la stature propres à l’homme que grâce au corps éthérique qui à son tour reçoit du corps astral les forces nécessaires. Le corps éthérique est le formateur, l’architecte du corps physique. Mais il ne saurait former dans le vrai sens, que si les inspirations nécessaires lui sont données par le corps astral. C’est dans ce dernier que résident les modèles suivant lesquels le corps éthérique forme le corps pliysique. Pendant la veille, le corps astral ne contient pas ces modèles nécessaires au corps physique, ou du moins pas avec la netteté suffisante, car pendant la veille l’âme dépose ses images propres à la place de ces modèles, et quand l’homme dirige
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ses sens sur le monde environnant, ses perceptions donnent lieu à des représentations qui sont des images reflétant les choses ambiantes. Ces images reflétées troublent les images essentielles dont le corps éthérique a besoin pour maintenir la vie physique. Pour que ce trouble cessât d’exister, il faudrait que rhomme pût, par son activité consciente, amener à son corps astral précisément les images essentielles nécessaires pour donner les directions utiles au corps éthérique. Or dans l’état normal de l’homme, ce trouble existe et joue un rôle important. Ce trouble se manifeste en ceci que pendant la veille, les modèles nécessaires à l’activité éthérique n’agissent pas avec la force voulue. Le résultat, c’est la fatigue. Mais pendant le sommeil il n’y a point d’impressions extérieures qui viennent troubler la force du corps astral et c’est pourquoi à ce moment il peut faire disparaître la fatigue. C’est dans cette suppression de la fatigue que consiste le travail du corps astral pendant le sommeil, et il ne peut accomplir ce travail qu’en abandonnant les corps physique et éthérique. Le corps astral accomplit son œuvre de veille à l’intérieur du corps phjtôique. Pendant le sommeil il travaille au bien du corps physique, mais de l’extérieur.
De même que le corps physique a besoin du monde extérieur pour se procurer les substances nutritives, un phénomène analogue se produit pour le corps astral. Supposons un corps humain soustrait au monde environnant. Il serait voué à la mort. Son existence est impossible en dehors de celle de l’univers physique tout entier, et en réalité il faut que la terre entière soit exactement telle qu’elle est pour que les corps physiques humains puissent y vivre
En vérité, ce corps physique n’est qu’une portion de la terre, et par extension de tout l’univers physique, tout comme un des doigts de la main est une portion dir corps tout entier. Supprimons le corps, le doigt cesse d’exister et se pourrit. Il en serait ainsi du corps humain si on l’éloignait de ce vaste corps dont il n’est qu’un membre, et par suite on le priverait des conditions d’existence qu’il doit à la terre. Soulevez-le quelques kilomètres au-dessus de la surface de la terre et il mourra comme meurt le doigt coupé de la main.
De même que le corps physique est ainsi encadré par le monde physique auquel il appartient, de même le corps astral fait partie de son propre univers ; mais par l’état de veille il est arraché à son monde.
On peut éclairer ce qui se passe par une comparaison. Imaginez un tonneau rempli d’eau. Dans cette masse d’eau une goutte ne saurait représenter une chose séparée. Mais prenez une petite éponge et pompez une goutte delà masse liquide. C’est à peu près ce qui se passe avec le corps astral au moment du réveil. Pendant le sommeil il fait partie d’un monde de même essence que lui. Il en est solidaire. Mais au moment du réveil, il est absorbé de non veau par le corps physique et éthérique. Il les remplit pour ainsi dire. Ces corps renferment les organes par lesquels il perçoit le monde extérieur. Mais pour accéder à cette perception il faut qu’il divorce d’avec son monde propre. Il ne peut conserver de son séjour dans ce monde que les modèles qui lui sont nécessaires pour diriger l’activité du corps éthérique. De même que le corps physique reçoit les matières qui le nourrissent, du monde environnant, de même le corps astral recueille pendant l’état de
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sommeil les images du monde qui l’environne. Il vit en réalité de la vie de l’univers en dehors du corps physique et du corps éthérique. Il vit dans ce meme univers qui a donné naissance à l’homme intégral, et qui contient la source des modèles d’après lesquels l’homme conserve sa cohésion. L’homme est organisé en harmonie avec cet univers. Et pendant la veille il sort de cette harmonie universelle pour accéder à la perception extérieure. Pendant le sommeil son corps astral fait retour aux harmonies cosmiques. Au réveil, il apporte aux autres corps assez de forces pour pouvoir se passer de cet unisson pendant quelque temps. Le corps astral pendant le sommeil retourne dans sa patrie, et il en fait descendre dans la vie des forces nouvelles. Les richesses dont le corps astral dispose au réveil s’expiiment extérieurement par le repos qui succède à un sommeil normal. Les enseignements de Foccultisme prouvent que cette patrie du corps astral est plus vaste que l’ambiance du corps physique au sens étroit du mot. Pendant que l’homme physique est en quelque sorte un membre de la terre, le corps astral appartient à des mondes qui contiennent d’autres planètes (jue notre terre. C’est pour consacrer cette vérité d’après laquelle riiomme vit pendant le sommeil dans le monde des astres que l’occultisme appelle ic astral, » l’élément humain qui séjourne dans ce milieu pendant le sommeil pour y puiser des forces neuves.
11 d^ivrait être superflu d’attirer ici l’attention sur un malentendu possible, mais cette remarque ne sera pas inutile à notre époque de représentations grossièrement matérialistes. On prétendra dans les cercles scientifiques qu’un phénomène comme celui de la fatigue s’explique suffisamment par les causes phy-
siques, et, assurément, bien que les savants ne soient pas d’accord sur les causes physiques de la fatigue, il n’est pas douteux qu’elle s’accompagne de certains phénomènes physiologiques. Mais pourquoi ne pas reconnaître que l’occultisme ne contredit en rien ces affirmations ? L’occultisme accorde aisément que pour construire une maison il faut placer les pierres les unes sur les autres, que lorsque la maison est construite, les lois mécaniques suffisent à e.xpliquer sa cohésion et sa structure ; mais pour que la maison se bâtisse, il y faut la pensée de l’architecte et cette pensée on ne la trouve pas quand on borne ses recherches au domaine physique. De même que derrière les lois physiques qui expliquent la construction d’une maison il y a une pensée créatrice, de même derrière les observations absolument exactes et judicieuses de la science physique existent les données de l’occultisme. Il est vrai que cette comparaison est souvent employée quand on veut prouver l’existence d’un substratum spirituel de l’univers et on peut la trouver triviale. Dans ces matières il ne s’agit pas seulement d’être familiarisé avec certaines idées, mais de reconnaître le poids que ces idées peuvent avoir pour établir péremptoirement des vérités, et l’on ne saurait reconnaître cette force probante d’idées très simples lorsqu’une conception contraire des choses trouble le ju-, gement.
L’état intermédiaire entre le sommeil et la veille est le rêve. Pour l’observation des sens, les expériences du rêve constituent un kaléidoscope d’images où l’on peut toutefois découvrir un certain ordre. Au premier abord ce monde paraît présenter un va-et vient purement fortuit. Pendant sa vie de rêve,
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rhomme a Tair d’être affranchi des lois de la veille qui le soumettent aux règles de la perception sensible et de son entendement. Et pourtant il y a dans le rêve quelque chose des lois mystérieuses qui sont si séduisantes pour la divination humaine, et qui ont permis de comparer au rêve les jeux admirables de l’imagination qui sont le fond de la création artistique. Certains rêves typiques confirment cette affirmation. Par exemple, un homme rêvera qu’il chasse un chien qui se précipitait sur lui. Il se réveille et s’aperçoit qu’il a inconsciemment repoussé une partie de sa couverture qui avait pris une position anormale et par suite pénible pour son corps. Comment dans un cas pareil le rêve a-t-il transformé le phénomène perceptible aux sens ? Ce que les sens percevraient à l’état de veille demeure complètement dans le domaine de l’inconscient, mais le rêve retient un élément essentiel : le fait que l’homme veut écarter de lui quelque chose, et sur cet élément il tisse une aventure symbolique. Les images de ce genre sont des échos de la vie à l’état de veille et le procédé d’après lequel ils sont extraits de cet état de veille a quelque chose d’arbitraire. Tout le monde a l’impression que la même excitation extérieure pourrait également donner naissance à un tout autre rêve. Mais cet autre rêve exprimerait également d’une manière symbolique la sensation que l’homme veut détourner quelque chose de soi. Le rêve est un symboliste. Des expériences intérieures de la conscience peuvent également se transformer en des rêves semblables. Un homme rêve par exemple qu’un incendie éclate à côté de lui et voit les flammes. Il se réveille et s’aperçoit qu’il est trop couvert et qu’il a trop chaud. Le sentiment d’une chaleur excessive
6 exprime ainsi p^jr Fimage. Des épisodes très dramatiques peuvent ainsi surgir dans un rêve ! Quelqu’un songe par exemple qu’il est au bord d’un précipice ; il voit un enfant s’approcher en courant, il éprouve en rêve toutes les tortures que lui cause la pensée d’une imprudence possible de l’enfant qui amènerait sa chute dans le précipice. Finalement il le voit tomber et entend le bruit sourd que fait la chute du corps au fond de l’abime. Il se réveille et s’aperçoit qu’un objet pendu au mur s’est détaché et que sa chute a produit un bruit sourd. De ce simple événement le reve a fait un drame, une succession d’images émouvantes. On n’a pas besoin pour l’instant de se demander comment il se fait qu’un événement instantané se soit ainsi transformé en une suite de tableaux qui^ en apparence du moins> s etendent sur un certain espace de temps : le point essentiel à considérer pour nous, c’est que le rêve transforme en images les données de la perception sensible.
Ainsi 1 on voit qu’aussitôt que les sens suspendent leur activité, une force créatrice apparaît dans 1 homme. G est cette meme force créatrice qui. dans un sommeil complètement dépourvu de rêves, existe également et reconstitue les forces épuisées. Pour que ce sommeil sans rêves survienne, il faut que le corps astral soit complètement sorti du corps physique et éthérique. Pendant le rêve il n’est séparé du corps physique que partiellement, en ce sens qu’il n’a aucun contact avec les organes des sens ; mais il conserve une certaine union avec le corps éthérique. Êit la transformation en images des phénomènes du corps astral provient de cette union entre lui et le corps éthéfiqiie. Au moment où cette jonction cesse,
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les images tombent dans les ténèbres de l’inconscience et le sommeil sans rêves commencé. Le caractère arbitraire et souvent absurde des rêves vient de ce que le corps astral n’étant plus uni aux organes des sens du corps physique, ne peut plus rapporter exactement aux objets et phénomènes du monde extérieur les images qui en découlent. Il y a une certaine catégorie de rêves particulièrement édifiants à cet égard, ce sont ceux dans lesquels le Moi se dissocie pour ainsi dire. Par exemple, il arrive que quelqu’un rêve qu’il est écolier et qu’il ne peut pas répondre à une question qui lui est posée par son maître tandis que le maître trouve aussitôt la réponse. C’est parce que le rêveur ne peut pas se servir de ses organes physiques des sens, qu’il n’est pas en mesure de rapporter ces deux événements à lui-même comme à une personnalité unique. Ainsi donc, même pour reconnaître eu soimême le Moi permanent, la possession des organes des sens est nécessaire à l’homme au début de son évolution. Et c’est seulement quand il a acquis la faculté de prendre conscience de son Moi par d’autres moyens que l’homme pourrait percevoir en dehors de son corps physique ce Moi permanent. Or cette faculté qui est celle de clairvoyance s’acquiert par des procédés que nous exposerons dans le cours de cet ouvrage.
Le phénomène de la mort n’est également pas autre chose que le résultat d’une dissociation des principes de l’homme. Dans ce cas aussi les données de Vo(icultisme peuvent être vérifiées par leurs effets mani* festés dans le monde visible, et il suffit d’un jugement non prévenu pour confirmer les enseignements des clairvoyants. Mais ce reflet de l’invisible
dans le visible est ici moins évident que pour le phénomène du sommeil. Il est plus difficile d’apprécier à leur juste valeur les faits dans le monde visible, qui parlent en faveur des enseignements occultes, et rien n’est plus aisé que de considérer ces révélations comme pure fantaisie si l’on veut fermer son entendement aux preuves qu’on en peut trouver dans la réalité physique.
Alors que pendant le sommeil le corps astral brise uniquement le lien qui l’unit aux corps éthérique et physique et que ces deux derniers principes restent solidaires, la mort signifie le divorce du corps physique et du corps éthérique. Le corps physique reste "réduit à ses propres forces et par suite se transforme en cadavre voué à la décomposition. Et quant au corps éthérique, il passe dans un nouvel état qu’il n’avait jamais connu pendant le temps qui sépare la naissance de la mort, à part certains cas exceptionnels dont nous parlerons. Il est en effet uni maintenant au corps astral en l’absence du corps physique. En ■effet, l’astral et l’éthérique ne se séparent pas aussitôt api'ès la mort. Ils sont unis par une force dont la nécessité est aisément compréhensible, car si elle n’existait pas, le corps éthérique ne pourrait pas s’arracher du corps physique. Car, comme le montre le sommeil où le coi'ps astral est impuissant à les séparer, ces deux organismes sont étroitement unis. La force qui relie l’astral à l’éthérique produit son effet au moment de la mort et détache l’éthérique du physique pour le laisser en communion avec l’astral. La clairvoyance nous apprend que la durée de cette nouvelle union varie suivant les hommes ; c’est une question de jours. Contentons-nous pour le moment d’y faire allusion.
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Un peu plus tard, le corps astral se sépare également du corps éthérique et poursuit sa route sans lui. Pendant la période où les deux corps sont unis, l'homme est dans un état qui lui permet de percevoir les expériences propres de son corps astral. Tant que le corps physique existe, le corps astral libéré a pour fonction de reconstituer les forces épuisées. Après le départ du corps physique, cette fonction n’existe plus. Mais la force qu’elle employait pendant le sommeil persiste après la mort et peut servir à d’autres buts. Elle est utilisée pour la perception des expériences propres de l’astral. Pendant la période d’association des principes, le monde extérieur s’imprime en images dans la conscience, mais après la dissociation l’homme perçoit tout ce que ressent le corps astral quand il n’est plus uni au monde extérieur par les organes des sens. Ce ne sontpas dans les débuts des expériences, à proprement parler, nouvelles : l’union avec le corps éthérique empêche l’homme de percevoir les nouveaux objets, mais ce qu’il possède, c’est le souvenir de la vie passée, et ce souvenir grâce à la présence du corps éthérique se présente comme un défilé de tableaux colorés et vivants. Telle est la première expérience de l’homme après la mort. Son existence entre la naissance et la mort passe tout entière devant lui en une série d’images. Pendant cette existence, le souvenir conscient n’existe qu’à l’état de veille, quand le Moi séjourne dans le corps physique, et il est subordonné au développement des facultés physiques. Mais l’âme ne perd rien de ce qui pendant la vie a fait impression sur elle. Si le corps physique était un instrument parfait à cet égard, il lui serait possible d’évoquer à tout moment devant l’âme la totalité de l’existence passée. La mort supprime ces
obstacles et tant que le corps éthérique n’est pas mort, la mémoire reste pour ainsi dire parfaite ; elle disparait progressivement, à mesure que le corps éthérique perd la forme qu’il a gardée pendant son séjour dans le corps physique et qui ressemble à celle du corps physique, et c’est ici la raison pour laquelle le corps astral se sépare forcément du corps éthérique après quelque temps: il ne saurait rester uni à lui qu’autant que la forme éthérique demeure semblable à la forme physique.
Pendant la vie terrestre le corps éthérique ne st dissocie des autres que pour de courts instants et dans des cas particuliers. Par exemple quand un homme reçoit une blessure à l’un de ses membres, il arrive qu’une portion du corps éthérique sort du corps physique. Ün dit dans ce cas que ce membre est endormi. La sensation très particulière que provoque ce phénomène provient de l’absence momentanée du corps éthérique. La perception clairvoyante constate aisément la dissociation delà portion correspondante du corps éthérique. De même quand l’homme éprouve une frayeur ou un émoi profond, il est possible que cette dissociation survienne et affecte pendant un moment une grande partie de son corps : c’est ce qui arrive aux personnes qui se voient subitement menacées de mort, par exemple : lorsqu’elles sont près de se noyer ou de tomber dans un précipice. Les récits que font les gens qui se sont trouvés dans ces situations confirment les données de l’occultisme ; ils racontent que toute leur existence a surgi comme un panorama devant leurs yeux. Citons un exemple qui a d’autant plus de valeur qu’il nous vient d’un homme à qui tous nos enseignements apparaissent comme pure invention. Le criminaliste bien connu, Moriz
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Bénédict, raconte lui-méme qu'une fois, étant tout près de se noyer dans un bain, il revit son existence entière passer devant sa mémoire. Si d'autres personnes dans les mêmes circonstances décrivent autrement les images qu elles ont vues et que par exemple ces images ne représentent pas exactement leur passé, cela ne contredit pas notre enseignement, car dans ce cas de dissociation tout à fait exceptionnelle, les images qui surgissent dans la conscience ont souvent avec l'existence passée des rapports qui n'apparaissent pas sans une étude suffisante, mais un examen approfondi les découvre sans faute. Ce n'est pas non plus une objection d'alléguer que certaines personnes au moment de se noyer n’ont pas connu cette évocation ; il ne faut pas oublier que le phénomène ne se produit que si le corps éthérique, tout en étant séparé du corps physique, est vraiment uni à l'astral. Si par l'effet de la terreur, des fissures se produisent également entre l’astral et l'éthérique, le phénomène ne saurait se produire, car l'homme tombe dans une inconscience complète.
Après ces premières expériences, le corps astral se sépare de l'éthérique et continue seul son pèlerinage. Il est aisé de comprendre que le corps astral conserve à ce moment tout ce qu'il a su s'assimiler alors qu'il séjournait dans le monde physique. Par son travail, le Moi a élaboré dans une certaine mesure le Moi-Spirituel, 1 Esprit de Vie, r Homme-Esprit. Dans la mesure où ces principes sont développés, leur existence ne dépend pas des organes des corps, mais seulement du Moi. Et le Moi est précisément un être qui n'a pas besoin d'organes extérieurs pour sa perception. On demandera peut-être : comment se fait-il que pendant le sommeil nous ne percevions en rien ces trois prin-
cipessupérieurs, s’ils ont commencé à se développer ? C’est parce que, entre la naissance et la mort, le Moi est enchaîné au corps physique et même pendant le, sommeil, où il s’en trouve séparé et partage le sort de l’astral, il est pourtant relié à lui par un lien étroit. Car l’activité de son corps astral est tout entière appliquée au physique. Ainsi le Moi et ses perceptions sont réduites au monde physique, ce qui les empêche de saisir les révélations du monde spirituel dans leur forme immédiate. La mort seule ouvre à ces révélations une porte d’accès vers le Moi, en le libérant de toute attache avec les corps physique et éthérique. Laconscience d’un univers nouveau s’éclaire pour le Moi dans l’instant qu’il abandonne le monde pliysique qui emprisonnait durant la vie son activité tout entière.
D’autre part, même durant cette période, il est des raisons qui empêchent l’homme de se séparer radicalement du monde sensible : certaines passions persistent chez lui qui maintiennent une sorte de pont entre les deux mondes. 11 est en effet des passions qui naissent chez l’homme du fait même qu’il prend conscience du Moi comme du quatrième échelon de son être. Pour les passions qui sont dues à la nature' même des trois corps inférieurs, il est évident qu’elles ne peuvent vivre que dans l’enceinte du monde sensible et qu’elles cessent quand l’homme a dépouillé ces corps inférieurs. Par exemple la faim, issue du corps physique, s’éteint quand le corps physique abandonne le Moi. Si, d’autre part, le Moi n’avait, à part ces désirs inférieurs, que des désirs nés de son essence spirituelle, il pourrait après la mort les satisfaire pleinement grâce aux ressources du monde spirituel où il se trouve transplanté. Mais la vie a
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créé en lui des désirs d’une autre nature encore. Elle a allumé en lui une convoitise à l’égard de jouissances que seuls les organes physiques peuvent satisfaire et qui pourtant n’ont rien à faire avec la nature même de ces organes. Ce ne sont pas seulement les trois corps qui demandent au monde physique leur satisfaction : le Moi lui-même trouve dans ce monde des jouissances pour lesquelles le monde spirituel n’offre aucun objet. Le Moi connaît durant la vie deux catégories de désirs. Les uns, liés aux corps inférieurs, qu’il peut satisfaire durant la vie et qui s’éteignent avec la mort des corps. Les autres qui dérivent de sa nature spirituelle. Ceux-ci également, aussi longtemps que le Moi habite les corps, sont satisfaits grâce aux organes corporels. Car l’essence spirituelle cachée aux sens est cependant active dans les sensations, et dans toute perception il y a des éléments spirituels. Or ces éléments, tout en se transformant, persistent après la mort. Tout bien spirituel que le Moi peut rechercher dans le monde sensible, il peut également le posséder quand les sens ont disparu. Si à ces deux sortes de désirs ne venait s’en ajouter une troisième, la mort signifierait simplement le passage de désirs qui se satisfont par les sens, à des désirs que la révélation du monde spirituel suffit à combler. Cette troisième sorte de désirs, ce sont ceux que le Moi engendre pendant sa vie terrestre, parce qu’il trouve du plaisir à cette vie même, indépendamment des éléments spirituels qui s’y reflètent.
Les jouissances les plus basses peuvent renfermer quelque part de spiritualité : on en rencontre même dans le plaisir que goûte l’homme affamé, à se nourrir. Car l’absorption de nourriture maintient en vie un organisme sans lequel l’être spirituel se trou-
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verait en quelque mesure entravé dans son évolution normale. Mais le Moi peut aller au delà de la jouissance qui résulte nécessairement de ce fait.' Il peut convoiter les mets savoureux, abstraction faite des services rendus à l’être spirituel par la nutrition. Et il en est de même pour d’autres fonctions du inonde sensible. Et ainsi surgissent dans l’être humain des désirs qui n’y seraient jamais apparus si le Moi n’en était l’habitant. Le Moi est contraint d’avoir des désirs sensuels, tant qu’il vit dans le corps, malgré son essence spirituelle : car l’e.sprit se révèle dans le sensible : et c’est l’e.sprit que le Moi goûte quand il s’adonne à ces objets sensibles où transparaît la lumière spirituelle. Cette lumière spirituelle, il continuera à en jouir, même lorsque le monde sensible ne lui servira plus de véhicule. Mais comment des désirs étrangers à l'essence spirituelle présente dans le physique pourraient-ils trouver leur satisfaction dans l’autre monde ? La mort retranche à ces désirs toute possibilité de jouissance. La jouissance d’un mets savoureux ne peut exister que si les organes physiques sont là pour assurer l’absorption de la nourriture ; le palais, la langue, etc. Or après s’être dévêtu de son corps physique, l’homme ne possède plus ces organes. Et si le Moi éprouve le besoin de telles jouissances, ce besoin demeure par la force des choses insatisfait. Si ce besoin correspond à un besoin spirituel, il n’existe qu’autant quelles organes physiques existent. Mais si le Moi lui à donné naissance sans tenir compte de l’esprit, il demeure après la mort comme un désir vainement assoiffé de satisfaction. Ce qui se passe alors dans l’homme est semblable à la soif ardente qui posséderait un vojmgeur dans une contrée où il n’y aurait
d^eau nullo part sur une vaste étendue. Il en va de meme pour le Moi lorscpie, après la mort, il conserve des convoitises inassouvies de jouissances sensuelles, alors qu’il n’a plus les organes nécessaires à les satisfaire. Il faut naturellement se représenter la soif ardente dont nous parlons comme exaspérée sans mesure, et songer qu’elle s’étend à toutes les passions encore actives dont l’assouvissement n’est plus possible.
L’état suivant du Moi consiste à se libérer de cette attache avec le monde extérieur. Purification et libération, telle est la double tâche qu’il doit accomplir à cet égard. Il lui faut expulser par voie d’extinction tous les désirs qu’il a engendrés dans le corps et qui n’ont plus droit de cité dans le monde spirituel. Comme un objet est envahi et consumé par le feu, ainsi ce monde de passion doit après la mort être dissout et détruit de fond en comble. Nous entrons ainsi dans cet univers que l’occultisme appelle « le feu dévorant de l’esprit ». C’est ce feu qui s’attaque à toute passion, si elle recherche les objets sensibles sans y voir l’esprit qui les anime. On trouvera peut-être ces descriptions que nous donne l’occultisme décourageantes et terrifiantes. On peut s’effrayer à la pensée qu’une espérance qui ne peut se réaliser que par les organes physiques, se transforme après la mort en désespérance, qu’un désir, que seul le monde physique peut accomplir, devient une torturante privation. On pensera différemment si l’on songe que les désirs et passions qui sont après la mort la proie du feu dévorant, représentent dans la vie, pour une compréhension supérieure, non des énergies bienfaisantes, mais bien des forces destructives. C’est grâce à ces forces que le Moi s’unit au monde
des sens par un lien plus étroit qu’il ne lui serait utile, pour recueillir dans ce monde des sens tout ce qui lui convient. Ce monde des sens n’est qu’une manifestation du spirituel qui se cache derrière lui. Le Moi ne pourrait jamais participer à l’esprit dans la forme où il s’exprime aux sens physiques, s’il se refusait à utiliser ces sens pour jouir du spirituel à travers le sensible. Mais d’autre part le Moi se retranche la possibilité de connaître la vraie vérité spirituelle dans la mesure même où il convoite le sensible sans y percevoir la parole de l’esprit. La jouissance sensuelle, en tant que l’esprit s’y exprime, signifie l’exaltation, l’évolution du Moi. En tant que l’esprit ne s’y exprime pas, elle signifie l’appauvrissement, le dessèchement du Moi. Lorsque de telles passions rencontrent leur satisfaction dans le monde sensible, leur influence desséchante sur le Moi n’en existe pas moins. Or avant la mort, le Moi n’est pas conscient de cette action destructive. Aussi la jouissance que procurent ces passions donne-t-elle naissance dans la vie à des désirs renaissants et l’homme ne s’aperçoit nullement qu’il s’environne ainsi du « feu dévorant ». Mais après la mort, ce qui l’entourait durant la vie se révèle à ses yeux et cette révélation fait apparaître en même temps les effets bienfaisants et salubres de l’évolution. Si nous aimons un être humain, ce qui nous attire en lui n’est pas seulement ce que perçoivent nos-sens physiques. Or ce sont ces éléments seuls que la mort dérobe à la vue, tandis qu’elle fait apparaître tout ce qui existait auparavant et dont les organes physiques n’étaient que le moyen d’expression. Bien plus, le seul obstacle qui empêche dès lors la vue claire de tout cet être intérieur, est précisément l’exis-
LE SOMMEIL ET LA MORT
tence des passions que seuls les organes physiques peuvent satisfaire. Si ces passions ne s’épuisaient pas, la perception de l’être aimé ne deviendrait jamais une réalité après la mort. De ce point de vue, l’aspect terrifiant ou désespérant que peuvent révéler les événements de l’au-delà tels que l’occultisme les décrit, se métamorphose en un aspect profondément satisfaisant et consolant.
Les événements qui suivent immédiatement la mort diffèrent encore par un autre côté de ceux qui se déroulent pendant l’existence. Durant le temps de la purification, l’homme vit pour ainsi dire à rebours. Il repasse par toutes les expériences qu’il a faites dans l’existence entre la naissance et la mort. 11 commence par les événements qui ont immédiatement précédé la mort pour remonter en sens inverse jusqu’au temps de son enfance. Et là, devant son œil spirituel, repasse tout ce qui dans la vie n’est pas issu de la nature spirituelle du Moi. Tout cela est ressenti à l’inverse de la réalité. Un homme, par exemple, qui est mort a soixante ans et qui, âgé de quarante ans, a causé dans un mouvement de colère une douleur physique ou morale à l’un de ses semblables, revivra cet événement quand, dans son pèlerinage à rebours après la mort, il sera arrivé à sa quarantième année. Mais au lieu de revivre la satisfaction que cette agression lui a causée pendant l’existence, il ressentira au contraire la souffrance qu’il a provoquée chez son adversaire. On peut conclure des observations précédentes, que dans un événement semblable, les éléments qui seront perçus douloureusement après la mort sont ceux qui étaient issus d’une passion violente du Moi en rapport avec le seul monde extérieur. En vérité, en satisfaisant une passion pareille, ce n’est
pas l’autre individu seul à qui le Moi cause un tort, mais bien à lui-même. Seulement ce préjudice personnel demeure imperceptible pendant la vie, tandis qu’après la mort, tout cet univers de passions malfaisantes ressuscite devant le Moi. Le Moi se trouve ainsi entraîné vers tout être, vers tout objet qui aura allumé en lui une passion de cette nature, afin que dans le « feu dévorant » elle soit consumée comme elle est née.
C’est seulement lorsque l’homme dans son pèlerinage à rebours en est arrivé au point de sa naissance que toutes les passions de cette espèce ont passé par le brasier de purification. Rien ne l’empêche dès lors de se donner tout entier au monde spirituel. II pénètre dans un nouveau plan de l’existence. De même que par la mort il a dépouillé son corps physique et peu après son corps éthérique, de même alors se décompose la partie de son corps astral qui ne peut vivre -que supportée par la conscience du monde extérieur • physique. Pour l’occultisme, il y a ainsi trois cadavres successifs, le physique, l’éthérique et l’astral. Ou peut apprécier approximativement le moment où l’homme rejette ce dernier cadavre en estimant que le temps de la purification est environ le tiers de celui qui s’écoule entre la naissance et la mort. Plus tard, en examinant l’existence humaine à ia lumière de l’occultisme, nous verrons clairement pourquoi il en est ainsi. Le claii’voyant aperçoit constamment dans le monde environnant des cadavres astrals, abandonnés par des êtres qui, leur purification achevée, ont pénétré dans le monde supérieur. Ce phénomène est identique à la présence de cadavres physiques visibles aux sens dans les lieux où habitent des hommes. (La littérature théosophique courante
LE SOMMEIL ET LA MORT
appelle Kama Loca Tétât du Moi depuis la mort jusqu’au terme de la purification.)
Après la purification, le Moi vit dans un état de conscience entièrement nouveau pour lui. Tandis qu’avant la mort le îlot des perceptions extérieures devait couler jusqu’à lui, pour que la lumière de la conscience pût y tomber, maintenant au contraire, tout un monde jaillit de son être intérieur et pénètre comme un torrent dans les limites de la conscience. Mais cet univers nouveau, Thomme y a déjà vécu entre la naissance et la mort. Seulement, pendant ce stade, il se revêtait des manifestations sensibles : au lieu que maintenant, négligeant toute perception extérieure pour ne prêter attention qu’au sanctuaire cache dans son for intérieur, le Moi prend conscience sous leur forme immédiate, des essences qui se voilaient auparavant sous les dehors des objets sensibles. La perception du Moi intérieur avant la mort rappelle la façon dont se révèle le monde spirituel dans toute sa plénitude après la mort et la purification.
A vrai dire, cette révélation se produit dès après l’abandon du corps éthérique. Mais le monde passionnel la trouble comme un sombre nuage. C’est comme si, dans un monde bienheureux de perceptions spirituelles, venaient se mêler les ombres noires et démoniaques qui naissent des passions eu voie de consomption dans le c< feu dévorant ». En vérité ces passions sont alors non seulement des ombres, mais bien des êtres réels, ainsi qu’il apparaît clairement, quand le Moi, débarrassé des organes physiques, peut percevoir les essences spirituelles. Et ces êtres apparaissent comme des caricatures, comme des contrefaçons des objets que la
perception sensible nous a fait connaître. Cette ambiance du « feu dévorant », le clairvoyant la voit peuplée d’êtres dont l’aspect paraît à l’œil spirituel effrayant et douloureux, dont le plaisir est de détruire, et dont la passion monte jusqu’à un degré de malice auprès duquel la malice qui peut exister dans le monde sensible est insignifiante. Ce que l’homme apporte de passions égoïstes dans ce monde sert à ces êtres de nourriture qui leur procure sans cesse à nouveau force et vigueur. L’image de ce monde inaccessible aux sens paraîtra moins invraisemblable à l’homme qui contemplera sans prévention certaines espèces animales. Qu’est-ce pour la vision spirituelle, qu’un loup cruel en chasse ? Qu’estce qui se révèle dans cette perception sensible ? Précisément une âme qui vit dans les passions violentes et ne s’occupe qu’à les satisfaire. On peut voir dans la forme extérieure du loup une incarnation de ces passions. Et si l’homme ne possédait pas les organes nécessaires à la perception de cette forme extérieure, il lui faudrait pourtant admettre l’existence de l’être en question, si ces instincts cruels se manifestaient par leurs effets, c’est-à-dire si une puissance invisible aux yeux venait rôder autour de nous, produisant tous les mêmes effets que le loup visible. Or, les êtres du « feu dévorant » sont visibles pour la clairvoyance et non pour la perception sensible ; mais leurs effets se révèlent à tous : ils consistent dans la destruction du Moi, si celui-ci leur donne un aliment. Ces effets deviennent clairement visibles lorsque la jouissance motivée s’exaspère jusqu’à l’excès et au dévergondage. Ce que les sens perçoivent ne devrait exciter le Moi que dans la mesure où une jouissance est légitimée par la
nature même du ^loi. L’animal n’est attiré dans le monde extérieur que par les objets que désirent ses trois corps. L’homme est capable de jouissances plus hautes, parce qu’à ces trois organismes, un quatrième, le Moi, vient s’adjoindre chez lui. Or quand ’ le Moi réclame une satisfaction qui, loin de favoriser un état prospère de son être, aboutit à le détruire, cette convoitise ne peut venir ni de lui- ^ même, ni de ses trois corps. Elle est l’œuvre de ces entités, dont la vraie forme demeure cachée aux sens, mais qui peuvent s’attaquer à l’essence supérieure du Moi pour l’entraîner à des désirs que la sensualité n’inspire pas, mais qu’elle peut seule satisfaire. Ce sont là en effet des êtres dont les passions et les désirs constituent l’élément. Ils sont bien pires que les animaux, parce qu’au lieu de vivre des objets sensibles, ils s’en prennent à l’essence spirituelle et la font, de force, descendre dans le domaine des sens* C’est pourquoi leurs figures sont plus hideuses et plus terribles que celles des animaux les plus sauvages, qui, eux, n’incarnent que des appétits purement sensuels : et les forces de destruction dont disposent ces entités dépassent à l’infini la rage meurtrière du règne animal perceptible aux sens. C’est ainsi que l’occultisme se trouve contraint de diriger les regards de T homme vers un règne d’entités, à bien des égards plus bas que le règne visible des animaux carnassiers. ^
Lorsque l’homme après la mort a passé à travers la région que nous venons de décrire, il se trouve en face d’un univers rempli de spiritualité et qui ne fait naître en lui que des aspirations qui trouvent à se satisfaire dans le spirituel. Mais maintenant encore, l’homme distingue entre ce qui appartient à
son propre Moi et ce qui forme son entourage, en quelque sorte le monde extérieur spirituel. Seulement, les expériences qui lui viennent de l’entourage parviennent à sa conscience de la même manière qu^il percevait jadis son propre Moi pendant qu il séjournait dans son corps. Ainsi, tandis que pendant l’existence terrestre l’ambiance de l’homme s’exprime à lui par les organes de ses corps, après 1 abandon de ses corps, la nouvelle ambiance se révèle par un langage qui résonne dans le « sanctuaire secret » du Moi. Tout l’univers environnant est maintenant peuplé d’êtres dont la nature est identique à celle du Moi, car seul un Moi peut être en relations immédiates avec un autre Moi. Tout comme les minéraux, végétaux et animaux entourent l’homme dans le monde physique sensible, et sont eux-mêmes les éléments constituants de ce monde, ainsi les êtres spirituels entourent l’homme après la mort et constituent Tunivers même où il se trouve transplanté.
Cependant l’homine introduit avec lui dans ce nouveau monde un élément qui est autre que son entourage spirituel; et cet élément, c’est la somme de ses expériences dans le monde sensible. Ce résumé, on s en souvient, commence par ressusciter devant lui, après la mort, comme un vaste panorama, dans le moment où le corps éthérique est encore uni au Moi. Après quoi l’homme dépouille son corps éthérique, mais de ce panorama il reste quelque chose en possession du Moi, quelque chose qui demeure sa propriété permanente. On peut comparer cet élé ment permanent au produit que l’on obtiendrait en transformant en un extrait concentré toutes les expériences par lesquelles nous avons passé entre la
LE SOMMEIL ET LA MORT
naissance et la mort. C’est le fruit spirituel de l’existence ; ce fruit est d’essence spirituelle : il contient tout ce qui s’exprime de spirituel par le moyen des sens. Mais sans la vie dans le monde sensible, il n’eût jamais été produit. Le fruit spirituel de l’existence est confié au Moi après la mort et le Moi en fait la base de sa vie extérieure, son bien propre avec lequel il franchit le seuil de cet univers dont les essences constituantes se manifestent à lui, comme il se manifeste à soi-même au plus profond de son for intérieur. De même qu’une graine de plante, c’est-à-dire un extrait de la plante entière, ne se développe que si elle est plantée dans une terre appropriée, de même l’extrait que le Moi a emporté du monde sensible se développe maintenant comme une graine sous l’action de la substance spirituelle environnante.
. L’occultisme est obligé de recourir à des images approximatives pour décrire ce qui se passe dans ce « pays des Esprits » Mais ces images mêmes apparaîtront au regard du clairvoyant comme de pures réalités, s’il étudie les phénomènes, invisibles à l’œil sensible, dont il est question. Ce que nous voulons dépeindre peut être éclairci par des comparaisons avec les objets sensibles : car malgré la différence essentielle, les ressemblances ne manquent pas entre les deux mondes. Par exemple, l’œil physique voit apparaître une couleur lorsqu’un objet fait impression sur lui ; de même dans le monde des esprits, c’est une couleur qui se présente au Moi pour lui annoncer la présence d’un être. Mais cette couleur surgit en quelque sorte à l’intérieur du Moi, comme dans l’existence terrestre la perception interne du Moi lui même. II ne semble pas qu’une lumière exté-
rieure tombe sur Thomme : c’est plutôt comme si un autre être agissait immédiatement sur le Moi, et que ce dernier se représentât cette action sous l’aspect d’une couleur. Ainsi tous les êtres qui constituent l’ambiance spirituelle du Moi trouvent leur expression dans une gamme des couleurs. Ces couleurs du monde spirituel qui ont une tout autre origine que les couleurs sensibles, ont également, comme il est naturel, un tout autre aspect. Il faut faire la même remarque pour les autres impressions que les sens de l’hommè peuvent recevoir. Ce qui ressemble le plus aux phénomènes sensibles, dans le monde spirituel, c’est le son. Plus l’homme s’acclimate dans cet univers et plus il lui apparaît comme un torrent de vie animée dont l’impression rappelle les sons sensibles et leurs combinaisons harmoniques. Seulement il ne perçoit pas ces sons comme une vibration extérieure qui vient agir sur un organe, mais bien comme une force qui se répand dans le monde environnant par le canal de son Moi. Les sons agissent sur lui comme agissaient pendant la vie son propre chant ou sa propre parole, avec cette différence que dans le monde spirituel, il sait que les sons dont il paraît être la source expriment en même temps d’autres êtres qui, par lui, se répandent dans l’univers.
Il est dans le monde des Esprits une expérience encore plus haute : elle se réalise quand le son se transforme en « parole spirituelle ». A ce moment ce n’est plus seulement le torrent de vie animée qui jaillit d’un autre être pour ruisseler au travers du Moi, c’est une communion qui s’établit entre le Moi et la vie intérieure de cet être. Plus de ces barrières qui interceptent toute communion dans le
LE SOMMEIL ET LA MORT
monde des sens. Quand le « verbe intérieur » a pénétré le Moi, ce sont vraiment deux êtres qui vivent Vun dans Vautre, Et c’est là vraiment ce qui constitue la réunion du Moi avec un autre être spirituel, après la mort.
Il y a trois régions dans le monde des Esprits, comparables aux trois divisions du plan physique. La première région représente en quelque sorte la <( terre ferme du monde spirituel », la seconde « l’élément liquide ou mer », et la troisième « l’atmosphère ». Tout ce qui sur la terre revêt une forme physique, perceptible aux organes physiques, tous ces objets ont leur essence spirituelle, perceptible dans la première région du monde des Esprits. C’est ainsi que la force qui donne sa forme au cristal est perçue dans cette partie de l’univers. Mais l’essence qui s’y manifeste forme en quelque sorte une contre-partie de l’objet physique. L’espace qui dans le monde phy sique est occupé par une masse rocheuse apparaît au regard spirituel comme une sorte de creux vide de substance : tandis que l’on voit tout autour la force qui donne à la pierre sa forme physique. La couleur qui est l’attribut de l’objet physique est remplacée dans le monde spirituel par sa couleur complémentaire. Ainsi une pierre verte apparaît rouge, tandis qu’une rouge est verte, etc. Les autres attributs sont également remplacés par leur contre-partie. Gomme les pierres, masses terreuses et autres minéraux constituent la terre ferme — les continents — dans le monde sensible, ainsi les formations que nous venons de décrire constituent la terre ferme du monde des Esprits.
Tout ce qui est vie dans le monde sensible forme l’élément liquide dans le monde spirituel. Les
mÈÊÈiÈÊ^ÊÊm
sens physiques perçoivent la vie dans ses diverses manifestations ; chez les plantes, les animaux et les hommes. Pour le regard spirituel, la vie est comme une essence vivante dont la flamme parcourt tout le monde des esprits. On pourrait comparer plus justemènt ce phénomène à la circulation du sang dans le corps humain. Car, tandis que les océans et les fleuves se répartissent inégalement sur la surface de la terre, la répartition des fleuves de la vie dans le monde des Esprits dénote une certaine régularité, comme le courant circulatoire. Ce torrent de vie est en même temps pour la perception un torrent d’harmonie spirituelle.
La troisième région du monde des Esprits est celle que nous avons appelée atmosphère. Tout ce qui dans notre monde physique est sensation, se comporte dans le monde des esprits comme Pair sur notre terre, présent partout, pénétrant toutes choses. Représentez-vous un océan dont chaque vague serait faite de sensations. Peine et douleur, joie et extase circulent dans cet élément comme le vent et la tempête dans l’atmosphère terrestre. Imaginez une bataille se livrant sur le plan physique. Ce n’est pas seulement un choc entre des formes humaines perceptibles aux sens, mais une mêlée violente de sentiments et de passions. Autant que les formes humaines, les souffrances grouillent sur le champ de bataille. Ce chaos de passions, de douleurs et de triomphes ne se manifeste pas seulement par ses effets sensibles. Il est en plus immédiatement perceptible dans l’élément aérien du monde des Esprits comme un phénomène spécifique de cet élément. Cette bataille est dans le spirituel l’équivalent d’un orage dans le monde physique. Et la perception de
LE SOMMEIL ET LA MORT
ces phénomènes peut se comparer à Taudition des paroles dans le monde physique. Aussi a-t-on dit : comme Tair enveloppe et pénètre les corps terrestres, ainsi « le vent des parcjles de l'Esprit » environne les êtres et les choses du monde des Esprits.
Mais il est encore d’autres perceptions possibles dans le monde des Esprits. Nous y assistons à des manifestations qui ressemblent à la chaleur et k la lumière terrestre. L’élément qui, comme la chaleur sur le plan physique, pénètre les choses et les êtres spirituels, c’est la pensée elle-même. Ce que l’homme comprend comme pensée dans le monde sensible n’est que l’ombre des pensées qui dans le monde spirituel sont des êtres vivants et indépendants. Représentez-vous la pensée enlevée de l’être humain, et douée d’une vie intérieure, comme un être actif et agissant, et vous aurez une faible idée de ce qui remplit le quatrième élément du monde des Esprits. Entre la naissance et la mort, l’homme prend, à vrai dire, conscience de nombreuses pensées qui ne sont que les manifestations intellectuelles qui peuvent s’exprimer par Tintermédiaire des corps. Mais toute pensée qui signifie un apport enrichissant ce monde physique, a sa source dans la région que nous venons de dépeindre. Il n’y a pas besoin, pour se représenter cette catégorie de pensées, de recourir aux idées des grands inventeurs et des grands génies. Que l’on songe seulement à « ces inspirations » qui se produisent chez tout homme, inspirations qu’il ne doit pas au seul monde physique, mais grâce auxquelles il transforme ce monde physique même. Tant que nous considérons des sentiments et des passions dont le mobile réside dans le
monde extérieur, ces manifestations sont perceptibles dans le troisième élément du monde des Esprits. Mais s’il s’agit d’inspirations qui, en pénétrant dans l’àme humaine, font de l’homme une créature qui modifie et féconde son ambiance, alors c’est dans la quatrième région du monde des Esprits que nous trouvons ces inspirations dans la pureté de leur essence propre.
Quant au cinquième élément du monde des Esprits, on peut le comparer à la lumière sur le plan physique. Il n’est autre que la Sagesse dans son essence pure et originelle. Les habitants de cette région sont des êtres qui rayonnent la Sagesse autour d’eux comme le soleil physique rayonne la lumière. Les réalités sur lesquelles tombent les raj’ons de cette sagesse se montrent alors pour le monde spirituel avec leur vraie signification et sous leur vrai jour, de même qu’un objet physique se colore de ses couleurs propres quand la lumière tombe sur lui.
Il y a dans le monde des Esprits des états de substance encore plus hauts : nous les décrirons plus tard dans le cours de cet ouvrage.
C’est dans cet univers qu’après la mort le Moi humain se trouve incorporé avec le fruit qu’il a apporté de son existence sensible. Et ce fruit est encore uni à cette portion du corps astral qui est demeurée avec le Moi à la fin de la période de purification, puisque seuls se détruisent les éléments astrals qui nourrissaient des appétits et des désirs tournés vers la vie physique. L’incorporation du ]Moi, avec ce qu’il a recueilli de l’existence dans le monde spirituel, est comparable à la plantation d’une graine dans une terre fertile. De même que la graine tire
LE SOMMEIL ET LA MORT
du milieu environnant les substances et les forces nécessaires au développement d'une nouvelle plante, ainsi croît et se ramifie l’organisme du Moi transplanté dans un milieu spirituel.
Dans les données sensibles que perçoit un organe réside également la force qui façonne cet organe luimême. L’œil perçoit la lumière. Mais sans la lumière il n’y aurait pas d’œil. Les êtres qui vivent dans les ténèbres ne développent en eux aucun organe visuel. Ainsi l’homme corporel dans toutes ses pensées se constitue grâce aux forces latentes dans l’ambiance que perçoivent les organes de ses corps. Les forces du monde physique bâtissent le corps physique, celles du monde éthérique le corps dynamique et celles du monde astral le corps astral. Lorsque le Moi est incorporé au monde spirituel, il se trouve en présence des forces qui demeurent cachées à la perception physique, Ce qu’il découvre dans la première région du monde des Esprits, ce sont les entités qui entourent l’homme en tout temps et qui ont bâti son corps physique. Il n’en a auparavant perçu que les effets extérieurs. Après la mort il se trouve en face de ces forces créatrices, qui se montrent à lui dans leur forme propre, et jusquerlà secrète. De même la deuxième région lui fait connaître les forces qui ont façonné son corps éthérique et la troisième l’admet à contempler les auteurs de son corps astral. Et même des régions les plus hautes du monde spirituel il voit jaillir les essences qui ont coopéré à la construction de ses organismes corporels dans l’existence qui s’étend de la naissance à la mort.
Ces entités du monde spirituel agissent maintenant sur ce fruit que l’homme a retiré de sa vie pas^ sée, et qui est devenu une semence dans l’univers
Spirituel. Cette action a pour premier résultat de reconstruire en quel({ue sorte l’homme en tant qu’esprit. Pendant le sommeil, les corps physique et éthérique sont encore là. Le Moi et l’astral, bien que situés au dehors, sont encore unis aux deux corps inférieurs. Les effluves et les influences qu’ils recueillent dans le monde spirituel ne peuvent servir qu’à réparer les forces épuisées pendant la veille. Mais lorsque, après la mort, les corps physique et éthérique sont dépouillés, lorsqu’après la purification, la partie du corps astral qui restait unie ]>ar ses appétits avec le monde extérieur est à son tour détruite, alors, la force dont le Moi s’abreuve aux sources spirituelles, au lieu de réparer les forces usées, s’emploie à des formations nouvelles. Et après un délai, que plus tard nous étudierons, il s’organise autour du Moi un nouveau corps astral, capable d’habiter un corps éthérique et un corps physique tels que 1 homme les possède entre la naissance et la mort. L’homme peut passer une fois de plus par la porte des naissances et recommencer une existence terrestre enrichie du fruit des précédentes. Jusqu’à la nouvelle formation du corps astral l’homme est pour ain.si dire témoin de sa reconstruction. Comme les puissances spirituelles s’expriment à lui non par des organes extérieurs, mais parla parole intérieure, il ne peut percevoir leurs manifestations qu’autant que son attention n’est pas sollicitée vers le dehors, ce quia lieu dès l’instant que le nouveau corps astral est formé. Ce corps astral réclame un corps éthérique et un corps physique. Il se détourne donc des communications qui viennent de l’intérieur. C’est pour quoi il y a un stade intermédiaire, pendant lequel l’homme tombe dans rinconscience. La conscience
LE SOMMEIL ET LA MORT
ne peut renaître dans le monde physique que quand les organes nécessaires à la perception physique sont formés. Au moment où s^éteint la conscience, auparavant éclairée par la perception intérieure, le nouveau corps éthérique commence à s’incorporer à Tastral, et Thomme est en mesure d’habiter de nouveau dans un corps physique. Pour participer eu pleine conscience à ces deux incorporations successives, il faut un Moi qui ait fait fructifier par luiméme et de lui-méme, ces deux hautes essences latentes dans les corps physique et éthérique, que nous avons appelées l’Esprit de Vie et l’Homme-Êsprit. Mais tant que le Moi n’est pas arrivé à ce degré d’évolution, il faut que des entités plus hautes que lui dirigent ces incorporations. Ce sont ces êtres qui aiguillent, pour ainsi dire, le corps astral, vers un couple de parents, pour qu’il soit doté des corps éthérique et physique appropriés.
Avant que l’incorporation du corps éthérique soit accomplie, il se passe quelque chose de capital pour l’homme qui rentre dans le monde physique. Il a, pendant sa précédente existence, donné naissance à des forces de destruction qui se sont manifestées à lui après la mort, au cours de son pèlerinage à rebours. Prenons un exemple. Il a, dans un mouvement de colère, causé une souffrance à quelqu’un dans sa quarantième année. Cette douleur s’est révélée à lui après la mort comme un obstacle à la libre évolution du Moi. Il en est de même pour tous les événements de sa précédente existence. A sa rentrée dans la vie physique ces obstacles se dressent de nouveau devant le Moi. Et de même qu’en pénétrant dans le royaume de la mort un panorama du passé s’est évoqué devant le Moi humain, de même
surgit maintenant une vue d’ensemble de Fexistence future. Il découvre dans un vaste tableau tous les obstacles qu’il aura à écarter de son chemin pour poursuivre son évolution. Et ce qu’il voit ainsi est la source de forces qu’il lui faut introduire avec lui dans sa nouvelle existence. L’image de la douleur causée a autrui, engendre une force qui incite le Moi réincarné à réparer ce tort passé. Ainsi la vie précédente exerce sur la nouvelle une influence déterminante. En un certain sens les actions de cette nouvelle vie ont pour cause celles de la vie passée. Cette loi qui unit par un lien logique le passé à l’avenir est la loi de la destinée. On s’est accoutumé à lui donner le nom de Karma^ emprunté à la sagesse orientale.
La construction d’un nouvel ensemble de corps n’est pourtant pas la seule tâche qui incombe â l’homme entre la mort et la nouvelle naissance. Pendant que ce travail s’opère, l’homme vit en dehors du monde physique, et pendant ce temps ce monde poursuit son évolution. Daus l’espace d’un nombre d’années relativement restreint, l’aspect de la terre se modifie. Songez a ce qu’étaient il y a quelques millénaires les territoires aujourd’hui occupés par l’Allemagne. En règle générale, quand l’homme reparaît sur la terre, celle-ci est devenue tout autre qu’elle était au temps de sa précédente existence, et pendant son absence, toutes choses ont revêtu une apparence nouvelle. Des forces occultes président à ces changements. Leur action provient du monde même où l’homme se trouve après la mort, et il collabore lui-même à ces modifications de la terre. Il ne peut s’acquitter de ce travail que sous la conduite d’entités supérieures, aussi longtemps que la naissance de l’Esprit de Vie et de l’Homme-Esprit ne l’a
LE SOMMEIL ET LA MORT
pas mis en mesure de prendre nettement conscience du lien qui unit le spirituel à sa manifestation physique. Mais en tout cas, il coopère pour sa part a ces transformations. On peut dire qu^entrela mort et une nouvelle naissance, les hommes s’emploient à transformer les choses terrestres de façon qu’elles s’accordent ensuite avec le degré de leur propre évolution. Si nous considérons un coin de terre à un moment précis et que nous lui trouvions après un long' espace de temps un aspect tout autre, nous savons que les forces qui ont amené cette transformation résident chez les hommes décédés. Et c’est ainsi qu’ils demeurent eu contact avec la terre entre la mort et une nouvelle naissance. La clairvoyance perçoit dans tout être physique la manifestation de l’esprit caché. Pour la perception sensorielle, les facteurs qui modifient la planète sont la lumière du soleil, les changements climatériques, etc. Pour la clairvoyance, la force spirituelle des morts est présente dans le rayon de soleil qui tombe sur la plante. Elle voit les âmes des trépassés voler autour des végétaux et raser le sol de la terre. De la sorte, l’homme après la mort ne se contente pas de s’occuper de lui-même en préparant son existence future. Non, il est en outre appelé à travailler à la marche de l’univers, comme il l’a déjà fait dans sa vie terrestre.
Non seulement la vie humaine qui s’écoule dans le monde spirituel exerce une action sur les choses physiques, mais, réciproquement, les activités du monde physique ont leur répercussion dans le monde spirituel. Un exemple éclairera ce qui se passe à cet égard. Il existe un lien d’amour qui unit la mère à l’enfant. Cet amour découle naturellement de l’attraction que créent entre eux les forces de la nature
LA SCIENCK OCCULTE
physique. Or il se transforme avec le temps, et le lien sensible devient d’essence spirituelle. Ce lien spirituel est tissé üon seulement pour le monde physique mais aussi pour le monde spirituel. Il en est de même pour d’autres genres de relations. Les trames ourdies dans le monde physique par des êtres spirituels demeurent intactes dans le monde des Esprits. Des amis, étroitement unis dans l’existence, se retrouvent dans le monde des Esprits, dans une comm’'nion bien plus étroite que pendant la vie terrestre. Car, devenus Esprits, ils sont l’un pour l’autre dans les rapports que nous avons décrits quand nous avons expliqué comment les Esprits se comprennent I les uns les autres par le verbe intérieur. Et un lien solide qui unit deux individus les ramènera côte à côte dans une existence nouvelle. C’e.st donc dans le vrai sens du mot qu’on peut parler d’une réunion des êtres après la mort.
Les péripéties qui se déroulent pour l’homme de la naissance à la mort et de la mort à une nouvelle naissance se renouvellent périodiquement. L’homme revient régulièrement sur la terre, quand le fruit qu’il a récolté de son existence, terrestre arrive à maturité dans le monde des Esprits. Pourtant ce retour des mêmes pérégrinations n’est pas sans fin. Il y a eu un moment où l’homme a passé de conditions d’existence toutes différentes dans celles où il vit actuellement, et de même il arrivera un temps dans l’avenir où ces conditions actuelles se transformeront à leur tour. Nous acquerrons une vue d’ensemble de ces étapes lorsque plus loin nous étu dierons l’évolution du Cosmos en corrélation avec la destinée humaine.
Les événements qui se passent entre la mort et
une nouvelle naissance, sont, naturellement, encore plus cachés à la perception extérieure que les réalités spirituelles qui servent de support à l’existence terrestre. Pour cette partie du monde invisible, la perception extérieure ne peut en voir les effets que lorsqu’ils se manifestent dans la vie physique. Elle doit donc se poser la question de savoir si l’homme qui naît à la vie apporte avec lui quelque chose qui puisse impliquer les événements décrits par l’occultisme entre la mort et la naissance. Si quelqu’un découvre une coquille d’escargot, sans y trouver trace d’un animal, il reconnaîtra pourtant que l’existence de cette coquille suppose l’activité préalable d’un animal, et ne pourra croire que les forces de la nature physique ont suffi à la construire. De même quiconque examine l’existence humaine et y découvre des éléments qui ne peuvent être issus de cette existence, doit raisonnablement admettre qu’il faut en chercher l’origine dans les faits que l’occultisme nous présente, si ses explications jettent un jour nouveau sur des phénomènes inexplicables. Ainsi, là aussi, l’observation sensorielle et rationnelle pourrait, par l’examen des effets setisibles, arriver à saisir les causes invisibles. Et ces causes apparaîtront de plus en plus comme la vérité même à tous ceux qui étudient les manifestations de la vie avec une absence complète de parti pris. Il ne s’agit plus que de découvrir le vrai point de vue pour l’examen des effets visibles. Où sont, par exemple, les résultats de ce qui se passe, au dire de l’occultiste, pendant la purification ? Où voit-on apparaître au grand jour les effets des expériences que l’homme traverse dans le monde purement spirituel après le temps de la purification ?
On peut dire que dans ce domaine abondent les énigmes angoissantes pour tout esprit sérieux et réfléchi. On voit un homme naître dans la détresse et la misère, peu doué par la nature, de sorte que les conditions mêmes de sa naissance le prédestinent à une existence misérable. Un autre, dès le premier instant, sera réchauffé et choyé par des mains et des cœurs tout pleins de sollicitude : des facultés brillantes se développent chez lui ; il est voué à une destinée heureuse et à une vie utile. Devant ces problèmes, deux conceptions contraires se font jour. L’une s’en tiendra à ce que perçoivent les sens, et à ce que conçoit l’entendement fondé sur les données des sens. Dans le fait qu’un homme est destiné à 1 infortune et l’autre au bonheur, cette conception ne découvre aucun problème. Bien qu’elle ne se satisfasse pas en parlant de « hasard », elle ne pensera pas qu’il y ait pour expliquer ces faits une causalité logique. Et en ce qui concerne les dispositions et les dons innés, elle s’en tiendra aux lois de l’hérédité. Elle refusera de chercher des causes dans des phénomènes spirituels — situés en marge de la ligne d’hérédité — phénomènes par lesquels l’homme a passé et qui expliquent ses dispositions et ses talents. L’autre conception considérera cette thèse comme insuffisante. Son raisonnement est le suivant . rien n arrive en aucun lieu, ni dans aucun milieu du monde manifesté, sans que des causes l’expliquent rigoureusement. Il se peut que dans bien des cas 1 homme n’ait pas encore découvert ces causes. Elles n’en sont pas moins réelles. Une fleur alpestre ne pousse pas dans la plaine. De même il doit y avoir chez 1 homme des conditions qui le font naître obligatoirement dans tel ou tel milieu. Les
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causes qui résident dans le monde physique sont impuissantes ici à tout expliquer. Pour l’homme qui réfléchit avec quelque profondeur, ces causes physiques sont aussi insuffisantes que si l’on voulait se contenter d’examiner le mécanisme musculaire de la main sans avoir recours aux sentiments pour expliquer qu’un homme a donné un coup à un autre.
Pour la conception dont nous parlons, la thèse de l’hérédité est ainsi une explication trop faible pour les dispositions innées. On a beau dire : « Voyez comme les talents s’héritent dans une famille. Pendant deux siècles et demi, les facultés musicales se sont transmises dans la famille Bach. De la famille Bernoulli sont issus huit mathématiciens, dont plusieurs dans leur enfance avaient été destinés à des occupations tout autres ; et malgré cela la force de l’hérédité les a poussés irrésistiblement vers la vocation familiale. » On peut, en outre, invoquer qu’en examinant avec soin la lignée d’ancêtres d’une personnalité quelconque, on découvre que ses talents sont déjà apparus chez l’im ou l’autre de ses aïeux et que finalement ils sont une addition, un résumé des dispositions héréditaires. Celui qui se rattache à la deuxième conception se gardera de négliger des faits de cette nature : mais pour lui ils n’auront pas la même importance que pour l’homme qui ne veut s’appuyer dans ses explications que sur les phénomènes du monde sensible. Le premier fera remarquer que les dispositions héréditaires sont aussi impuissantes à former par leur combinaison une personnalité, que les parcelles métalliques sont incapables de former une montre en s’associant. Si on lui objecte que la coopération des parents détermine cette combinaison, et joue par süite le même
rôle que l’horloger, il répondra : remarquez, sans parti pris, ce qu’il y a d’essentiellement nouveau dans une personnalité d’enfant j cet élément ne peut pas venir des parents, pour la simple raison qu’ils ne le possèdent pas.
Il peut aisément se produire dans ce domaine des confusions singulières, si la pensée n’est pas parfaitement claire. Ce qu’il y a de pire, c’est que les adeptes de la première thèse reprochent à leurs adversaires d’être opposés par nature à tout ce qui s’appuie sur des faits indiscutables. Or, ces derniers n’ont nul besoin de dénier à ces faits précis leur vérité ou leur signification. Ils voient à merveille qu’une orientation, une disposition d’esprit s’héritent dans une môme famille, et que certaines facultés combinées et additionnées chez un de ses descendants, peuvent orner une personnalité remarquable. Ils sont fort capables d’accorder qu’un nom illustre marque plus souvent la fin. que l’origine d’une race. Mais pourquoi ne pas admettre qu’ils puissent tirer de là des hypothèses tout autres que ceux qui en restent aux phénomènes sensibles ? On pourrait dire ceci ; sans doute tout homme porte les caractères de ses ascendants, puisque l’élément psycho-spirituel, qui entre dans la vie physique par la naissance, emprunte son enveloppe corporelle aux éléments que l’hérédité transmet. Cela signifie tout simplement qu’un être participe à la nature du milieu dans lequel il est plongé. Voici une comparaison peut-être triviale et singulière, mais on lui rendra cette justice qu’elle est exacte. Un être humain manifeste les mêmes signes extérieurs que ses ascendants : voilà qui nous édifie aussi peu sur l’origine de sa personnalité que le fait de le voir mouillé s’il tombe dans
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Teau nous éclaire sur sa vraie nature. En outre, s'il est vrai que nous voyons à la fin d’une lignée un nom illustre, cela prouve tout simplement que le porteur de ce nom avait besoin de toute cette lignée pour se former le corps nécessaire à l’épanouissemerit de sa personnalité. Mais ce fait ne démontre en rien que l'élément personnel soit héréditaire : bien^ph^cette observation pour une saine logique prouve tout le contraire. Si les dons personnels étaient héréditaires, ils devraient se rencontrer au début d’une race, pour se répandre de là sur toute la lignée des descendants. Puisqu'on les rencontre à la fin d une race, c'est la preuve qu'ils ne sont pas héréditaires.
Il faut avouer que, dans le camp de ceux qui parlent des origines spirituelles, on est parfois responsable d'une certaine confusion. Ces gens parlent trop souvent d'une manière générale et vague. Sans doute quand on dit : les caractères héréditaires constituent en s'assemblant une personnalité, c'est vraiment comme si l'on prétendait que des morceaux de métal peuvent s'agglomérer pour constituer une montre. Mais il faut reconnaître que beaucoup d'affirmations touchant le monde spirituel en reviennent à dire : du moment que l'assemblage des pièces de la montre ne suffit pas à faire avancer l'aiguille, il nous faut admettre un être spirituel qui les fasse avancer par son intervention. En face de telles affirmations, il est beaucoup plus sûr et plus raisonnable de dire : je n’ai nul souci de ces êtres « mystiques » qui font avancer les aiguilles. .le cherche à comprendre le mécanisme de la montre, grâce auquel les aiguilles peuvent avancer. Il importe peu, en effet, de savoir que derrière une mécanique, la mon-
tre par exemple, il y a un esprit, celui de Thorloger; ce qui est essentiel, c’est de retrouver les pensées qui, dans l’esprit de l’horloger, ont précédé la confection de la montre; les pensées, on peut les retrouver par l’examen du mécanisme.
Ce qui n’est que rêverie ou imagination touchant le monde spirituel amène fatalement l’erreur, et ne saurait satisfaire des adversaires. Ceux-ci ont raison quand ils disent que cette allusion générale à l’existence de mondes supra-sensibles ne suppose en rien la compréhension des faits. Il est vrai que ces adversaires adresseront le même reproche aux affirmations précises de l’occultisme. Mais alors on peut leur taire toucher du doigt dans la vie manifestée les conséquences des causes spirituelles. On peut leur dire : supposons que les prétendues observations de l’occultisme soient exactes et que l’homme passe après sa mort par la purification, et que pendant cette étape il reconnaisse par l’expérience quel obstacle apportera à son progrès futur telle action commise dans une précédente existence. Pendant cette expérience il a engendré en lui le désir de réparer cette action, et il l’emporte avec lui dans sa nouvelle existence. L’existence de ce désir constitue une caractéristique de son être qui va l’entraîner vers le milieu où la réparation qu’il projette est possible. Si nous observons un ensemble de désirs semblables, nous aurons l’explication de la destinée humaine.
Nous pouvons employer également un autre argument : supposons qu’en vérité, comme l’occultisme le prétend, les fruits d’une existence passée s’incorporent au noyau spirituel de l’homme, et que le monde des Esprits soit le milieu où entre la mort et une nouvelle naissance, ces fruits mûrissent pour se
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transformer dans la vie suivante en dispositions naturelles, éléments d'une personnalité qui apparaîtra ainsi comme la conséquence de l’existence précédente. Si l’on admet cette hypothèse et qu’on l’applique sans parti pris à l’examen de la vie, on verra qu’elle explique dans leur pleine signification les phénomènes sensibles, tout en permettant de comprendre des problèmes qui demeurent indéchiffrables pour 1 homme doué de spiritualité, et qui ne s’appuie que sur les faits sensibles. Et avant tout on évitera de tomber dans des illogismes comme celui que nous avons cité plus haut, et qui prétend que, puisque l’homme supérieur se rencontre à la fin d’une race, il a nécessairement hérité ses talents. L’existence devient logique et claire grâce aux réalités spirituelles découvertes par l’occultisme.
Le chercheur consciencieux qui veut comprendre la nature et qui ne possède pas par lui-même l’expérience des mondes supra-sensibles, sera exposé à une objection très spécieuse. On fera valoir qu’il {est illogique d’admettre Texistence de certaines réalités pour la seule raison qu’elles expliquent desjphénomènes qui resteraient sans cela inexplicables. Cette objection est assurément sans force pour quiconque a acquis la connaissance spirituelle de ces réalités. Dans la suite de cet ouvrage nous indiquons le chemin qu’on peut suivre pour connaître par l’expérience personnelle, non seulement certains faits du monde spirituel que nous décrivons dans cet ouvrage, mais encore et surtout la loi même de la causalité spirituelle. Mais pour l’homme qui refuse d’entrer dans cette voie, l’objection rapportée plus haut ne manque pas de poids. La réponse qu’on peut y faire est précieuse à connaître, même pour celui qui
veut entrer dans le sentier de la discipline occulte, et le foit d'en comprendre la portée constitue le premier pas sur ce sentier. Il est l'ort exact qu'on ne saurait admettre l’existence d'une chose pour la raison unique qu'elle explique l'inexplicable. Mais il en est autrement des réalités dont nous parlons. Celui qui les admet n'a pas seulement la satisfaction intellectuelle de trouver l’explication des problèmes de l’existence, il réalise dans sa pensée une expérience nouvelle. Prenons le cas suivant : un homme se trouve eu présence d’un événement qui provoque en lui des sensations pénibles. Il peut observer à son égard deux attitudes : ou bien il considérera l’événement comme un accident fâcheux, il se livrera â ses impressions désagréables, et s’abîmera même peut-être dans la douleur. C)u bien il se dira : j’ai créé moi-même en vérité dans une vie passée la force qui m'a fait ren* contrer ce malheur ; je me le suis attiré moi-même. De cette pensée découlera tout un monde d’impressions, à condition qu’elle soit réellement vécue avec un profond sérieux et toute la force possible. Celui qui crée en lui cette mentalité fera bientôt une expérience qu’une comparaison illustrera. Supposons que deux hommes aient dans la main un bâton de cire à cacheter. L’un des deux se livre à des considérations intellectuelles sur la nature interne du bâton. Ces considérations pourront être très sages : mais si rien ne vient dévoiler la nâture interne de cette substance, on peut lui objecter sans hésiter qu’elles ne sont que rêverie. L'autre frotte le bâton avec un chiffon et constate qu'ensuite il attire les corpuscules. Il y a une énorme différence entre les pensées qui ont inspiré les considérations du premier observateur et celles du second. Les pensées du premier
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n^ont eu aucune conséquence eifective ; mais celles du second ont fait sortir de son état latent une force, c’est-à-dire une réalité. Il en est de meme d’un homme qui pense avoir engendré lui-meme dans une existence antérieure la force qui le met en présence de tel ou tel événement. Cette simple représentation lui donne l’énergie de se comporter vis-à-vis de l’événement tout autrement que s’il ne l’avait pas conçue. Elle 1 éclaire sur l’existence nécessaire de cet événement, qui lui serait apparu comme un hasard. Et il y gagnera l’intuition immédiate qu’il a pensé juste, puisque sa pensée a eu la force de lui faire découvrir la réalité. Si ces expériences intérieures se renouvellent souvent, elles servent de canal pour déverser des forces dans la vie intérieure, et de la sorte elles démontrent leur justesse par leur action bienfaisante. Cette démonstration devient chaque jour plus éclatante. L’esprit, l’ame et le corps sont assainis par ces expériences qui favorisent l’épanouissement de toute vie. Et l’homme prend conscience que par elles il s’harmonise avec la vie universelle, au lieu qu’à considérer isolément une seule existence humaine, il est entraîné dans l’erreur.
Cette preuve purement interne ne peut s’acquérir pour chacun que dans la vie intérieure; mais tout homme peut y parvenir. Celui qui ne l’a pas expérimentée ne peut juger de sa force. Mais quiconque en a éprouvé les effets n’aura plus aucun doute à son égard. Et il n’y a pas lieu de s’en étonner. Les forces qui sont en rapport aussi -étroit avec ce qui constitue l’être intérieur de l’homme lui-même, son individu, ne peuvent être dévoilées que par l’expérience interne, et c’est bien naturel. On ne saurait objecter a l’encontre de cette preuve que ces expé-
riences, confinées dans la vie intérieure, sont l’affaire personnelle de chacun et que l’occultisme ne saurait s’en occuper. Assurément, chacun doit se procurer cette preuve par lui-même, comme il doit apercevoir en personne la preuve d’un théorème mathématique. Mais le chemin qui permet de réaliser l’expérience interne, est valable pour tous les hommes au même titre que la méthode qui conduit à la démonstration d’un théorème mathématique.
Nous ne contesterons pas — abstraction faite de la clairvoyance — que cette preuve par les forces internes des pensées soit la seule qui résiste à tout examen logique dépourvu de parti pris. Tous les autres arguments ont beau être pleins de force : ils auront toujours un point faible par où l’adversaire peut les attaquer. Cependant, l’observateur qui aura fait table rase de toute prévention trouvera, dans la possibilité et la réalité de l’éducation chez l’homme, un argument logique pour démontrer que dans l’enveloppe corporelle existe un être spirituel qui lutte pour l’existence. Il comparera l’homme à l’animal et il se dira : chez l’animal, les facultés et les dispositions apparaissent dès la naissance comme définies et pour ainsi dire parfaites, manifestant clairement dans le monde extérieur les éléments héréditaires. Observez le jeune poussin qui, dès sa naissance, prend soin de son existence par des actes précis. Chez l’homme l’éducation développe des éléments qui modifient sa vie intérieure par une action qui peut n’avoir aucun rapport avec l’hérédité, et il est capable de s’incorporer véritablement des influences extérieures. Tout éducateur sait que pour cela il faut que des forces internes répondent aux sollicitations du dehors, sinon toute éducation est
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stérile. Et même pour Téducateur impartial, il existe une délimitation bien définie entre les dispositions héréditaires et les forces internes de Thomme qui brillent au travers de ces dispositions, et qui ont leur source dans des existences précédentes. Assurément, on ne peut pas peser ces choses à la balance comme c’est le cas pour certains phénomènes physiques. Elles sont du domaine intime de la vie. Pour celui dont le sens interne est éveillé, ces preuves impalpables sont plus démonstratives que les preuves palpables. On dira que Ton peut dresser des animaux, et leur inculquer par l’éducation des facultés et des talents : cet argument ne prouve rien pour ceux qui considèrent l’essence même des choses. En effet, abstraction faite des états de transition que l’on rencontre dans tous les domaines de l’univers, les résultats de l’éducation ne s’amalgament pas avec l’être personnel chez l’animal comme chez l’homme. Bien plus, on fait remarquer que les facultés acquises par les animaux domestiques, grâce à leur cohabitation avec l’homme, deviennent aussitôt héréditaires, c’est-à-dire s’incorporent à l’espèce et non à l’individu. Darwin a observé des chiens qui apportent des objets spontanément sans l’avoir appris ni vu faire devant eux. Qui prétendrait qu’il en est de même avec l’éducation humaine ?
Il y a des penseurs qui s’élèvent au-dessus de l’opinion vulgaire d’après laquelle l’homme n’est qu’un composé de forces héréditaires. Ils conçoivent qu’il existe une entité spirituelle, une individualité, et qu’elle ait précédé et façonné l’être corporel. Mais beaucoup d’entre eux ne trouvent pas la possibilité d’admettre des existences multiples et entre ces exis-
teuces des intervalles pendant lesquels les fruits des vies précédentes deviennent des forces qui coopèrent à la formation de Tétre. Parmi ces penseurs, citonsen un, Emmanuel-Hermann Fichte, le fils du grand Fichte. Nous trouvons dans son Anthropologie (p. 523) le passage suivant qui résume ses considérations :
« Les parents ne sont pas les générateurs de Tenfant, dans toute Textension de ce mot. Ils fournissent la substance organique, et, plus encore, cet élément intermédiaire, à la fois émotionnel et sensuel, qui se manifeste dans le tempérament, le caractère, et la personnification des instincts, lorsque l’imagination, au sens large où nous l’entendon^, fait son ap* parition. Dans ces divers composants de la personnalité, on ne saurait méconnaître la fusion et lunion toute particulière des âmes des parents : nous sommes donc tout à fait fondés à y voir un pur produit de J a procréation, surtout si nous considérons,ce que nous aurons à examiner plus tard, la procréation comme un véritable phénomène psychique. Mais le centre propre, l’aboutissement de la personnalité fait ici défaut : en effet, par un examen plus attentif nous constatons que ces caractères sentimentaux ne sont qu’une enveloppe, une sorte d’instrument, qui peut bien donner une forme à l’essence spirituelle, à l’élément idéal de l’homme en soi, qui sera de nature à favoriser ou à entraver son progrès, mais qui demeure impuissant à lui donner naissance. » Et plus loin nous lisons encore : « Chaque homme préexiste si l’on considère le fonds spirituel originel ; D car dans son aspect spirituel chaque individu différé w autant de Fautre qu’une espèce animale des autres espèces » (p. 532). Ces spéculations philosophiques
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aboutissent à découvrir sous Tenveloppe corporelle de •'homme un être spirituel. Or, si les forces formatrices de cet être ne sont pas issues de causes . générées dans des existences antérieures, il faut admettre que cet être spirituel sort du sein de Dieu, à chaque fois qu'une personnalité nouvelle vient au jour. Mais dans cette hypothèse, il n'y aurait aucun moyen d'expliquer la parenté qui existe entre les éléments venus de l'être interne de l'homme et les éléments introduits dans l'être interne par les influences du monde extérieur terrestre. L'être intérieur, issu du tréfonds divin des choses, se sentirait étranger eu face des événements de la vie. Le seul moyen qu'il n'en soit pas ainsi — et les faits le démontrent — c'est que l'homme soit uni au monde extérieur par des liens antérieurs, c'est-à-dire qu’il ait déjà vécu sur terre. Le véritable éducateur fait la constatation suivante : grâce à moi, les résultats de la vie terrestre font germer chez mon élève des dispositions étrangères à ses facultés héréditaires : et pourtant il lui apparaît qu'il a déjà accompli jadis le travail qui donne lieu à ces résultats. La réincarnation jointe aux expériences du monde spirituel entre les différentes existences, c'est la seule explication satisfaisante des problèmes variés que soulève l'existence de 1 humanité présente. C’est avec intention que nous disons « l'humanité présente ». Car l'investigation occulte fait connaître que la série des existences terrestres a eu un commencement, et qu’il y a eu un moment où l’être spirituel qui pénétrait dans l'enve- ^ loppe corporelle de l'homme a connu des conditions v. toutes différentes. Dans les pages qui suivent nous remonterons ainsi jusqu'à l'état originel de l’homme. Nous démontrerons comment, d'après l'occultisme,
Têtre humain a acquis sa forme actuelle en se développant en harmonie avec l’évolution cosmique ; nous décrirons en même temps comment le noyau spirituel de l’homme descend des mondes supérieurs pour animer les enveloppes corporelles, et comment s’est formée la loi de causalité 'spirituelle, ce que l’homme appelle la (c destinée ».