LES LOIS OBJECTIVES DE LA CONNAISSANCE
Les choses que les sciences se proposent d'étudier sont les objets de la connaissance. Ce mot est pris ici dans le sens étymologique, objectum, ob-jacere, ce qui est étendu devant moi (1). Si par sujet on entend, avec tous les philosophes, l'être conscient qui se rapporte àluimême la connaissance, l'objet est tout ce qui est extérieur à lui, ce qu'en un sens il s'attribue, ce qu'en un autre sens il distingue de lui-même. L'objet est comme une circonférence dont le sujet est le centre. Nous appelons lois objectives de la connaissance, les lois premières et irréductibles qui enveloppent également tous les objets possibles et leurs relations particulières.
Ainsi définis, les objets ne sont pas foute la réalité Le sujet est réel; l'acte môme de la connaissance en implique l'existence. C'est une question de savoir si le
(1) Cette (léfinitlon de l'objel no comprend que les objets d'expérience II ne saurait en être autrement sans ,,étilion de principe. Il s'a "l'aérer; de savoir SI la métaphysique a un objet, et si cet objet est aecess h e w d nnition de l'obj,. et des lois cl. ectives qui e„m ren a T: Me Ta „ é™" physique ce serait, dès l'en Iréo, trancher par une afnrraaUon .rbitrZ 1. proweine à r soudre. La possibilité de la science positive ecinecei: de la métaphysique est contestée. Nous sommes par suite .autorisé a nnser «nedennition de l'oêM qui s'étende à tous les objets de ci ne ^olmn dite; mais nous n'avons pas le droit de dépasser ces limites. •''"P''"'™'
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sujet est constitué uniquement par les lois objectives de la connaissance, ou s'il ne contient pas quelque chose d'étranger à l'objet. C'en est une autre que de savoir si le sujet, dont chacune de mes pensées est une affirmation, est le seul dont je puisse affirmer l'existence, ou s'il n'en existe pas d'autres, semblables ou analogues à lui. Mais ce sont là questions réservées. Nous devons déterminer et analyser les [irincipes de la science positive, pour voir s'ils ne recèlent pas l'absolu. Or la science n'a affaire qu'à des objets ; s'il est dans le sujet autre chose que les lois objectives de la connaissance, peu lui importe. Si certaines combinaisons de phénomènes objectifs recouvrent des sujets, peu lui importe encore; ces sujets, en admettant qu'il en existe, sont pour elle des objets. Pour la science positive, un homme est une somme variable de phénomènes géométriques, mécaniques, physiques et chimiques. — - Sous le bénéfice de ces réserves, abordons l'étude des lois objectives de la connaissance.
Quelles sont ces lois ? — La méthode pour les déterminer est impliquée dans la conception même que nous en avons. Les lois objectives sont par définition les lois premières et irréductibles, qui enveloppent également tous les objets possibles de l'expérience. — Il résulte de là qu'elles ne sauraient être déduites de lois plus générales, qu'elles ne peuvent être analytiquement ramenées les unes aux autres; que, données dans une connaissance actuelle, elles tombent sous Texpérience, et que cependant elles doivent apparaître comme universelles et supérieures à l'expérience; enfin, qu'elles doivent être constarn-
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ment vérifiées par le développement illimité de l'expérience. L'observation empirique les constate dans le fait, mais sans les reconnaître, et sans pouvoir les dégager du particulier avec lequel elles sont mêlées. La réflexion ne peut davantage les découvrir au fond du sujet, car, ou le sujet contient déjà quelque chose de l'expérience, et alors l'analyse doit s'ajouter à la réflexion pour discerner, dans la pensée actuelle, ce qui est particulier et à posteriori, de ce qui est universel et à priori ; ou le sujet est absolument pur de toute expérience, et alors les lois qui, pardéfinition, se manifestent en objectivant les sensations, y sont invisibles et latentes. Il faut donc analyser l'expérience, recueillir tout ce qui, en elle, nous en apparaît comme la condition univeiselle et nécessaire, soumettre à une nouvelle analyse le premier résidu, et ne conserver que les éléments qui résistent à la fusion analytique. On obtient ces lois de la même façon qu'en chimie on dresse la liste des corps simples, ïl va de soi qu'une telle analyse n'impose pas ses résultats comme s'imposent les conclusions de prémisses données. On ne démontre pas les principes, car principe veut dire commencement, et il n'y a pas de premier anneau dans une chaîne illimitée. Cependant l'analyse critique peut recevoir une vérification synthétique. Les lois objectives, qu'elle isole de l'expérience, oii elles sont engagées, sont les principes des sciences, et de celles dont la constitution est déjà ancienne, et de celles qui se forment. On doit donc les trouver toutes à Forigine ou au terme des sciences, et Ton ne doit trouver qu'elles. Si, en un sens, la critique contrôle la science, en un autre