LES LOIS OBJECTIVES DE LA CONNAISSANCE
sens la science contrôle la critique. A la fin de l'analyse, on doit les confronter l'une avec l'autre. Si elles coïncident rigoureusement, l'exactitude de l'analyse sera démontrée.
La voie que nous venons d'indiquer et que nous allons suivre est une conséquence de la thèse essentielle de la critique kantienne. Kant cependant nes'y est pas engagé. 11 a préféré partir d'une division des facultés étrangère à sa doctrine, et d'une distribution des jugements qu'il accepte, sans la soumettre à l'épreuve. Cette méthode est arbitraire. 11 aurait fallu prouver d'abord qu'au regard de la science, la sensibilité, ou faculté de représentation, est distincte de l'entendement, ou faculté de jugement ; il aurait fallu prouver ensuite que tous les éléments de la pensée sont impliqués dans la quantité, la qualité, la relation et la modalité des jugements, et qu'aucun de ceux qu'on y découvre ne lait double emploi. Mais la position, hbrement choisie par la critique, rend cette preuve impossible. Il est plus naturel, et aussi plus logique, de partir de l'expérience. En effet, puisque les lois objectives, enveloppent toute l'expérience possible, elles sont certainement manifestées dans Texpérience actuelle, et comme nous avons un critérium infaillible qui permet de les isoler de l'élément particulier et contingent auquel elles sont unies, nous n'avons pas à craindre l'erreur, si notre esprit est assez ferme pour poursuivre l'analyse jusqu'au bout, sans défaillance (1).
(1) Voyez, sur la méthode de détermination des catégories et sur la critique des catégories kantiennes, Renouvier, Essais de critique générale, premier essaijS'édit., t. I, p. 184, sqq.
Toutes ces lois objectives sont soumises à une loi régulatrice commune, la loi de non- contradiction, — Une pensée qui se contredit elle-même est une pensée détruite. Par conséquent, une notion donnée doit rester la w,ême sous toutes ses métamorphoses, à travers toutes les transformations analytiques qu'elle subit. Mais cette loi gouverne aussi les synthèses primitives que forment entre elles les diverses notions fondamentales de la connaissance objective. L'esprit se refuse à comprendre que les contradictoires soient accouplés. Si donc, dans une proposition dont le sujet et l'attribut sont empruntés à différentes lois objectives de la connaissance, l'attribut était la négation du sujet, ou réciproquement, la proposition devrait être rejetée comme fausse.
L'accord de la pensée avec elle-même est la loi subjective de toute pensée. Il est impossible à une pensée normale de reconnaître l'égale vérité de propositions contradictoires.