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DES DIVERSES ESPÈCES DE CONSTRUCTIONS

Des constructions maritimes. (Livre Y, chap. XII).

DansleLivreV uniquement consacré aux diverses espèces de constructions, le dernier chapitre est relatif aux constructions maritimes, qui doivent se faire sous l’eau. Si l’on ne trouve pas de ports naturels, on en forme en construisant des jetées ou des môles, qui ferment le port. Pour les fondations et la construction, Yitruve indique divers procédés, suivant les conditions dans lesquelles on se trouve.

1° Si l’on a à sa disposition de la pouzzolane, c’est-à-dire laponsssière que l’on trouve depuis C urnes jusqu’au promontoire de Minerve, on fait du mortier pour lequel elle entre pour la moitié. Puis ayant fait avec des madriers reliés et consolidés par des chaînes une enceinte, on unit le fond de l’eau avec des poutres, on y verse du mortier mélangé de moellons (le Béton actuel), de manière à remplir l’espace compris entre les madriers.

2° Si l’agitation de la mer empêche de construire un batardeau solide, on fait, en partant du rivage un terreplein, qui se termine par un talus. Au niveau de l’eau, on élève tout autour un mur qui va jusqu’au niveau supérieur , on verse du sable de manière à prolonger la surface plane jusqu’au mur de soutiennement. Au-dessus on construit un bloc de maçonnerie ; on le laisse sécher et on démolit ensuite les murs de soutiennement ; le sable est enlevé peu à peu par les flots, et le bloc est précipité dans la mer. Ce procédé est évidemment équivalent à celui que l’on emploie aujourd’hui, qui consiste à faire des blocs de béton, et à les faire tomber au fond delà mer ; seulement le procédé de Yitruve devait être fort long et peu sur, si, par dessous les murs provisoirs, le sable du terre-plein était enlevé par des infiltrations.

3° Le troisième procédé consiste à faire une enceinte fermée à l’aide d’un batardeau formé de deux rangées de madriers, entre lesquels on comprime de la terre, comme on le lait aujourd'hui encore. On enlève l’eau à l’intérieur à 1 aide de vis d’Archimède, de norias ou de tympans ; on creuse pour trouver un fond solide ; on y fait des fondations plus larges que les murs qu’elles doivent supporter. Ce procédé doit être employé là où l’on n’a pas de pouzzolane à sa disposition.

4 Le quatrième procédé indiqué consiste à enfoncer des pilotis d’aulne, d’olivier ou de chêne durci au feu; de remplir les intervalles de charbon ; au-dessus on construira

le mur avec des pierres cle taille extérieurement et des moellons à l’intérieur. En diverses autres localités, Yitruve conseille également l’emploi des pilotis pour les constructions à l’intérieur des terres, dans les endroits marécageux; ce qui indiquerait que l’usage des pilotis est très ancien, si on n’en avait la preuve directe par les palatites venant des villages lacustres de l’époque de l’âge de pierre.

Sur La confection des carrelages , des enduits et des plafonds.

(Livre VII, chap. I, II, III, IV).

Yitruve donne dans le livre VII des détails intéressants sur la manière dont on faisait les carrelages ou les mosaïques. Sur le sol primitif, bien battu, ou sur des planches bien dressées, on étendait une première couche de pierres cassées assez grosses ; au-dessus on mettait une couche de mortier bien battu et comprimé, puis enfin une couche de ciment fait de tuiles cassées et de chaux. Au-dessus on plaçait les carreaux ou les mosaïques que l’on polissait et frottait avec de la poudre de marbre. Pour les carrelages qui devaient être exposés à l’air, Yitruve conseille de faire d’abord un double plancher , avec des planches placées dans les deux sens, en les réunissant l’un à l’autre par des clous ; au-dessus on met des couches de mortier et de ciment fort épaisses, et enfin on recouvre le tout de carreaux, de manière à donner au carrelage une pente convenale ; on introduit des résidus d’huile dans les joints. Pour plus de sûreté, Yitruve conseille de faire deux carrelages superposés ; dans le premier, entre les carreaux sont ménagés de canaux remplis d’un mastic fait avec de l’huile et de la chaux. On polit le tout, et pardessus on pose le second carrelage. Pour les plafonds et les enduits, indiqués dans la tète du chapitre sous le nom de albaria opéra , il n’est nulle part explicitement question du plâtre , quoique l’expression de gypsum soit employée une fois, mais plutôt pour combattre

remploi de cette substance. Comme on mêlait aux enduits de la poudre de marbre, la prise rapide du plâtre aurait pu en empêcher le mélange intime. De plus, comme les murs étaient recouverts de peintures, on aimait à avoir des enduits qui fussent plus durs que le plâtre et moins sujets aux détériorations. Même pour les plafonds, en forme de voûtes, Vitruve conseille l’emploi du mortier plus ou moins fin, avec un mélange de poussière de marbre pour les couches superficielles.

Pour les plafonds en forme de voûtes, après que la charpente avait été préparée par des arceaux placés à une faible distance, on y fixait avec des cordes un revêtement de joncs, sur lequel on posait les couches successives du mortier.

De même pour les murs, on y place des couches nombreuses faites avec du sable de plus en plus fin, et prenant de la chaux éteinte depuis longtemps, afin d’éviter qu’il ne s’y trouve aucun morceau dur ou non cuit qui ferait saillie sur le mur. Les peintures, afin qu’elles fussent bien adhérentes, étaient posées sur l’enduit, encore humide.

Le long des cloisons de bois, on plaçait plusieurs couches de cannes fixées par des clous, avec un enduit d’argile, et pardessus on posait les enduits successifs de mortier.

Pour les murs humides, Vitruve donne plusieurs moyens de les recouvrir d’enduits sans que ceux-ci soient atteints par l’humidité. Il dit d’abord que dans les salles du rez-dechaussée, les murs doivent être revêtus de ciment jusqu’à une certaine hauteur. Si on le peut, il conseille de construire un second mur séparé du premier par un petit espace dans lequel on ménagera un canal d’écoulement situé à un niveau inferieur à celui de la salle. Enfin, il indique une sorte de revêtement de tuiles à rebord, enduites de poix en dedans, formant un second mur très mince, séparé également du premier par un canal ménagé pour l’écoulement de l’eau condensée. Cette couche de tuiles est peinte à la chaux afin que le ciment y adhère, etonysuper-

pose ensuite les diverses couches de mortier qui formaient les enduits des murs intérieurs.

De la manière de conduire les eaux , de creuser les puits et les Citernes. (Livre VIII, chap. VII).

Pour terminer le livre VIII relatif à l’eau et aux sources. Vitruve indique le procédé employé pour établir les conduites d’eau, et à défaut de sources, pour creuser les puits et construire les citernes.

Pour les eaux de source, il parle d’abord de la construction des aqueducs en maçonnerie, avec une pente minimum d'un demi pied pour cent pieds ou de 0,05 ; si l’on rencontre une montagne à traverser, on y creuse un canal dans le cas où le sol est formé de tuf ou de roches ; s’il est sableux ou terreux, on construit des parois et une voûte avec des regards à cent vingt pieds de distance l’un de l’autre.

A l’arrivée de l’aqueduc dans la ville, on construit un réservoir général ou chateau d’eau, d’où l’eau se déverse en égale quantité dans trois réservoirs, disposés de telle sorte que le trop plein' des deux latéraux se réunisse dans celui du milieu. Ce dernier alimente les bassins et les fontaines ; un des latéraux les bains, et le troisième les maisons particulières. Vitruve ajoute que les bains procuraient un revenu à l’état ; les particuliers payaient aussi pour les concessions d’eau, une redevance qui était employée à l’entretien de la canalisation. Cette disposition de ces trois bassins assurait le service des fontaines publiques.

On sait combien tout ce qui était relatif aux conduites d’eau était parfaitement réglementé à Rome, qui était admirablement pourvue d’eau grâce aux nombreux aqueducs dont on voit encore les ruines de tous côtés dans la campagne Romaine.

Le second mode de conduction d’eau était pratiqué à J’aide de tuyaux de plomb. On confectionnait ces tuyaux en pre-

nant des lames de plomb d’une longueur de dix pieds, d’une largeur variable, exprimée en doigts suivant les diamètres du tuyau qu'on voulait faire, diamètre qui était par suiteplus petit que le tiers de la largeur, à cause du recouvrements des deux bords, que l’on repliait probablement l’un pardessus l’autre, de manière à empêcher toute sortie de l’eau ; on employait un grand cylindre de bois comme mandrin pour donnera la lame la forme cylindrique. Vitruve donne le poids total des lames de diverses largeurs, qui leur est proportionnel, ce qui indiquerait que l’épaisseur des parois était la même dans tous les tuyaux gros et petits, cette largeur variant de lOOdoigts à 5 doigts. Vitruve n’indique pas comment on faisait les raccords et les soudures entre les divers tuyaux d'une même canalisation.

L’avantage des tuyaux de plomb, c’est de pouvoir suivre la pente des montagnes et de les contourner, de descendre dans les vallées assez larges pour remonter de l’autre côté, en formant à la partie inférieure une partie horizontale nommée ventre, mais en évitant les coudes brusques, qui peuvent amener la rupture des tuyaux. Dans la partie inférieure, il faut établir sur le tuyau ce que Vitruve nomme des columnaria, c’est-à-dire de petites colonnes, pour diminuer la force de l’air. Ce sont probablement des sortes de cavités fermées où devait se ramasser l’air qui sans cela pouvait rester à la partie supérieure du coude et obstruer une partie de la conduite; Vitruve ne dit pas, si en ouvrant ces sortes de regards , on procédait à l’extraction de l’air ; cela paraît probable. Il conseille de placer des réservoirs à des distances de 4,000 pieds les uns des autres, probablement ouverts afin de faciliter les réparations ; il dit de ne placer ces réservoirs, ni à la descente, ni au fond des vallées, ni dans la partie ascendante, mais dans les parties où les tuyaux sont de niveau, c’est-à-dire avec leur pente habituelle ; dans les premières positions en effet, l’eau ne pourrait remonter.

Cette description si nette de Vitruve montre bien que les

Romains connaissaient parfaitement le principe des vases communiquants et l’appliquaient dans la construction des conduites d’eaux, ce dont on doutait à cause des nombreux aqueducs qu’ils construisaient là où aujourd’hui nous mettons, il est vrai, des tuyaux de fonte. Gela pouvait tenir à ce que au point de vue de l’hygiène, ils préféraient, comme je l’ai déjà signalé, l’emploi des canaux cimentés à celui des tuyaux de plomb. Ensuite, ceux-ci, faits de lames repliés, devaient être assez défectueux et permettre à de nombreuses fuites d’exister.

Enfin, il conseille, comme étant moins coûteux, l’emploi de tuyaux de terre, ayant une épaisseur de deux doigts au moins. On retrouve de ces tuyaux dans les ruines des thermes romains, servant à conduire les eaux froides et chaudes dans les bains. Une partie était eftilée, de manière à entrer dans le tuyaux précédent ; les joints étaient faits avec de la chaux mélangé d’huile. Pour joindre les parties ascendantes et descendantes avec le conduit qui suivait l'e fond d’une vallée, on se servait d’un bloc de pierre rouge (peut être du grès vosgien) placé à l’endroit du coude; il était percé d’un canal intérieur avec des ouvertures pour recevoir les deux tuyaux.

Vitruve parle du vent violent qui se produit dans les tuyaux, quand on y introduit l’eau trop brusquement; évidemment ce sont plutôt les coups de bélier qui peuvent se produire surtout lorsque l’eau a parcouru un tuyau avec une pente assez forte, qui vient à cesser pour arriver à une contrepente. Il conseille d’introduire de la cendre dans les tuyaux avant d’y mettre de l’eau pour mieux boucher les joints. L’avantage des tuyaux de terre, outre qu’ils coûtent moins cher que ceux de plomb, consiste en ce que les réparations sont plus faciles, et en outre, comme je l’ai dit plus haut, l’eau est de meilleure qualité.

Pour les citernes, Vitruve n’indique rien de bien particulier, sauf la précaution de construire plusieurs citernes communiquant l’une avec l’autre, afin que l’eau puisse

s’éclaircir en passant de l’une à l’autre, et qu’en laissant déposer le limon, elle reste plus sapide et salubre ; l’eau en sera plus limpide et conservera sa saveur sans odeur; sinon on lui ajoutera du sel pour la purifier.

J’ai réuni dans les pages précédentes tous les extraits que j’ai cru devoir faire de l’œuvre si variée de Yitruve sur tous les points étrangers à l’architecture et propres à nous donner une idée de l’éducation scientifique à l’époque d’Auguste. Autant qu’il m’a été possible, j’ai cherché à classer méthodiquement ces extraits, ce que je n’ai cependant pas pu toujours faire rigoureusement.

Quant à la traduction exacte des textes que j’ai reproduits, elle a été très difficile à faire, d’abord à cause du peu de netteté des idées de l’auteur sur plus d’un point, de la difficulté d’approprier à des développements scientifiques les expressions de la langue latine , employées primitivement dans d’autres sens, ce qui donne au style souvent une grande prolixité sans en augmenter la clarté. Il y a en outre des expressions employées par Yitruve seul, dont par suite le sens est à fixer d’après la signification générale de la phrase, sans qu’aucun dictionnaire puisse être utilement consulté. Aussi la difficulté de la traduction exacte m’a déterminé dans un certain nombre de passages douteux , au point de vue de leur sens, à ajouter les mots latins.

Il ressort en général de l’examen de tous ces extraits, que Vitruve, comme il le dit lui-même, possédait une érudition très variée, peut-être moins vaste que celle de

Pline, qui vécut peu après lui ; mais on y trouve relativement moins d’erreurs mélangées à des faits exacts, quoique sa confiance dans les récits des anciens auteurs soit encore très grande, comme le prouve tout ce qu’il dit des diverses espèces d’eaux minérales, par exemple. Il paraît, quoiqu’un peu sceptique au point de vue religieux, l’être moins également que Pline, qui reconnaît ouvertement comme des fables tous les mythes de la religion officielle; peut-être un tel aveu n’eûl-il pas été possible sous la règne d’Auguste et de la part d’un de ses courtisans, qui en recevait une pension.

Lille Imp.L.Dairal,

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