‹ La science sociale au point de vue des faitsChapitre 101 sur 151 · LIVRE Jlly GHAPITAE VJii. 3oi · texte numérisé non relu

LIVRE Jlly GHAPITAE VJii. 3oi

colooies passèrent-elles, rougies du sang français, à la nation qui descendit sur le rivage américain, non avec des ordonnances royales j des idées et des instructions ministérielles appuyées d'une escadre et de quelques régiments^ mais avec des bras armés de haches , de pelles, de pioches, avec des troupeaux de bétail, etc., et avec tout ce qui attache puissamment une population au sol : un régime municipal riche en liberté , et un gouvernement local doté de grandes franchises sous la suzeraineté du gouvernement de la mère patrie (i).

Au reste, dès avant cette époque, le gouvernementalisme royal avait altéré et fourvoyé le génie de la nation. Cette France, où l'aptitude à fonder des institutions d'un intérêt général semblait innée dans tous les rangs, qu'était-elle devenue depuis que ses légistes, étendant la main du roi sur tous les établissements nationaux avaient dit : Toutes les fondations sont à l'État, et l'État,

(i) On trouvera sur ce sujet des détails intéressants et de judicieuses réflexions dans l'ouvrage du major G. Tell Poussin , où il raconte fort bien comment , par leur imprévoyance et leur inqualifiable confiance dans leur gouvernement pour tout ce qui regardait leurs intérêts généraux, les Français, après un siècle d*occupation , se trouvèrent aussi mal établis sur le sol américain qu'au premier Jour de leur arrivée, ^^De la Puissance américaine y t. I,ch. xx.

3o2 Lk SOIËUGÉ dOGlALli:.

c'est le roi {te qui arriva lôngteitipS àvàtit Louis XIV)? La France, qui âé réjouissait de '^bir tomber le regimfe fëodal^ hé s'apercevait pik qu'elle devenait plus que jamais utië prôpHété royale; un grand fief dont les vassaux dé toiit . grade n'avaient plus que la faculté de batailler Sbus l'impulsiori du bon plaisir du maître.

Où éliez-vous, que faisiez-vous, fils aînés du inonde chrétien, et jusque-là son porte-drâpëau , fea pretaière, souvent son unique épée, quand, èd iSyt, l'étendard chrétien remportait datis les eaux de Lépante la plus nécessaire , la pltis glorieuse, la phis décisive des victoires? Hélas, fautil vous le rappeler? Vous étiez les sujets, pour ne pas dire les jouets d'une cour qui, par une itiiéérabie rivalité contre l'Autriche, donnait la hïàlti a Soliman II^ le massacreur de vos immortels chevaliers de Rhodes, le conquérant de la Hongrie, et à ce Barberousse, le dévastateur des côtés de ritalie et là terreur de Rome; et cette cour, compromettant votre religion et votre nationalité par d'horribles dissensions religieuses que fomentaient ses vices , s'était divisée en deux cours, dont l'une provoquait, etraiitré préparait, en 1571, les boucheries du mois d'août 1572.

J'ai touché une des fautes capitales de la monarchie tlès-chrétièrine, la manie de vouloir rdya-

LIVRB III^ CÉÀPItRE VIII. 3o3

Itàer, fletii^delisér la religion de Jésus-Christ et du genre humain.

Ce n'était pas là seulement tlne eiitt*é|ii*i^é contre les drbitd de Dieu et le& droits de Thumanité ; ce n'était pas seulettietit Une ingratiliide envers ces é^éques qui , selon les mots si vf*âis de Gibbon et de Orotius, aidaient fait le h^yahmè âe Fmntè , et en àvaieht fait le plus beau royaume après celui du ciel (i). C'était une prétention souverainement antifrançaise. La nation né s'était si profondément imprégnée du catholicisme , que parce qu'elle y voyait l'œuvre du cîel et la rëligion universelle , c'est-à-dire la seule appropriée au génie national. Elle né l'avait point reçue de ses rois; mais b'était elle qui avait dit: à Clovis, J)ar Forgâne de l'archevêque picard Rémi : Courbe ton fVont, fier Sicambre, et comme tu es brave, et que tu as pour femme un ange de sainteté, tu teras digne de nous métier ali combat!

Or, ce caractère divin du catholicisme alla s'affàiblissant aut yeux des Français, jusqu'au jour où Fénelon écrivait sans ombre d'exagération : « Lé roi, daiis la pratique, est plus chef de TÉ-

l*MI

(i) Gibbon 9 Hist, de la décad.y t. VII, ch. xxxviit. — GrotiiiSy Dédicace h Louis Xlîlf de son grand traité de Jure belli et p€icis.

3o4 LA SCIKirCË SOCIALE.

glise que le pape en France! Libertés à Tégard du pape, servitudes à Tégard du roi (i). »

Expropriés, pour ainsi dire , et de leur religion et de toutes leurs libertés nationales, iaut-il s'étonner que les Français, se passionnant pour des reli* gions et des libertés nouvelles, aient tourné leui*s mains contre les accapareurs de tout ce qui constitue la vie normale d'un grand peuple? La monarchie avait fini par décapiter la France; la France , à son tour, décapita la monarchie.

Inutile de dire que les monarchies du continent ont toutes, plus ou moins, suivi les aberrations de leur aînée. Partout une politique extérieure personnelle, égoïste, inspirée par une étroite ambition, partout des procédés pleins de défiance, et souvent de violence, envers le Père commun des chrétiens. Pas dé prince ou principicule qui n'ait vouler singer, et parfois surpasser Louis XIV dans les humiliations à infliger au saint-siége, dans les précautions à prendre conlre l'influence si dangereuse du sacerdoce. Aujourd'hui encore que les flammes surgissent de toutes parts autour des trônes qui restent, à quoi voyonsnous occupés la moitié des champions des trônes? A sauver de l'incendie leurs traditions de jalousie et

(i) Voy. Mémoire de Féneloii , dans son Histoire par M. de Bausset, liv. VIII.

Page 1