‹ La science sociale au point de vue des faitsChapitre 100 sur 151 · LIVRE în, CHAPITRE Vllf · texte numérisé non relu

LIVRE în, CHAPITRE Vllf

tion européenne des Frères-Pontifes. De là arrivez à la dictaturedeJeanne d'Arc, au commandement de Jeanne Hachette , enfin , aux incomparables œuvres et institutions du fils d'un pauvre paysan des Landes : Vincent de Paul!

Oui y me dira-t-on, il régnait bien alors une certaine liberté d'action dans toutes les classes; mats, pour en jouir, il fallait être ou prêtre, ou religieux , ou au moins assez en renom de sainteté pour parler au nom du ciel.

— Je pourrais d'abord vous demander ce que les Français ont fait de vraiment grand et de durable, quand ils n'ont pas agi sous l'inspiration religieuse et nationale. Mais non, je vous accorde que, à cette époque de bigotisme, on ne pouvait passionner les Français qu'en leur montrant les ennemis de la religion et de la patrie à combattre, qu'en leur proposant la construction de ponts, de fontaines, de magnifiques cathédrales, hôpitaux, hospices, etc. En retour, vous m'accorderez, j'espère, que cette liberté était bien quelque chose, en attendant ia liberté moderne de pousser les peuples à la destruction universelle, en leur disant : La religion n'est qu'une invention de vos oppresseurs; ceux qui la prêchent et la pratiquent ne sont que d'exécrables cafards; incendiez les villes, si vous ne pouvez vous en emparer par le carnage; armez -vous contre les infâmes acca-

par#ur$ d^ c«pit«il : Quf ft ^ ffSfF ^ du pmu* QuQ \m partisane du gpuT^roemeQtoli»f«e, né, coiiim# je Tai dit prëc^d^mnient, dè$ le règoe de Philippe le Bel , me permettent de leur adresser quelques questions.

Crqye^-vQHs que, avec uqe royauté qui t la prétention de tput voir, de tout savoir, de âuve tout par elle-mépe, l'œuvre miraeuleuse des Croisades fsiïi été possible , qu'elle eut du moips rer vêtu ce caractère national népessaîre aux incalculables résultats qu'elle devait produire (i)?

Croye^vpDs que, avec une administration royale jalpuse de tout contrôler i les croisés français, la plupart obscurs, eussent pu fonder ces ordres de chevalerie religieuse et militaire , du Temple , de Saint-Jean de Jérusalem (plus tard, de Rhodes et de Malte), qui ont tant cootribt^é à porter en tous

(i) « Un simple particulier, qui n'a légué à la postérité que son nom de baptême , qrné du modeste surnom^ à* Ermite, aide seulefpent de ^a fpi pt de son iavinci}>le volopté, souleva TEurope, épouvanta l'Asie, brisa la féodalité, anoblit les serfs, transporta le flambeau des sciences, et changea l'Europe. Bernard le suivit; Bernard, le prodige de sou siècle et Français comme Pierre , homnfe du monde e^ cénobite morti* fié, ori|te^r, bel esprit, homn^e d'Ét^f... Qn i^e cq^^e de f^oq^ répéter qu'aucune de ces fameuses entreprises ne réussit. Sans doute aucune croisade ne réussit^ les enfants même le savent ; n^ais toutçs ont réussi , et c'est ce que tes hommes même ne v«vïlent p^ff vojr. » (Duf^e, dmQ\kn préliminaire,)

LïV]|i |ii, ciï*pi7?|iE Vin. :»99

licmç 1» glpire fï^ nom français ? — Nqo : uu roi a pu dj^truirp 1^^ Jeppliers ; les fonder, imposr

Croye^vpiis que» ?iveG une adioini^tration cen* tralisée, les Fr^pçais eq^sept pii établir, sans lever un denipr ^W )a nation , outre une infinité d'écoles de mopa^tères fameiJses , viugt-quatre universités, où l^s géants de la science, les Pierre Lpmbard, les Albert le Girand, le$ Thomas d'Aqnin, etc., £|cponraient de tous les pays pour trouver des auditoires dignes d'eu^ (j)?

Croyez-vouç que, sons le cauchemar d'une administration centrale et avec le visa des ingénieurs royaux, les Français eussent pu couvrir leur sol d'une infinité de monuments publics, parmi lesquels il y en a vingt dont un seul eût accablé la volonté toute-puissante de Louis XIV et épuisé ses finances?

Vous me montrez les œuvres du grand roi , les provinces conquises, les alliances fondées, les

(i) « La classe où Albert le Grand enseignait ne spHisant plus à la multitude des auditeurs, il se vit obligé de professer en plein air, sur la place qui prit le nom de Maître-Albert... La foule des niaîtres et des écoliers de TUniversité ét^it telle, quand ils allaient en procession à Saint-Denis, que les premiers rangs du cortège entraient dans la basilique de l'abbaye, lorsque les derniers sortaient de l'église des Malhiirins de Paris. » (Chateaubriand, Études historiques, t.lV.)

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grandes batailles gagnées ^ le canal du Languedoc , rhôtel des Invalides , les prodiges de Versailles, etc.? Je vois là les œuvres d*un grand prince , je n'y vois pas les travaux d'une grande nation. Vous me permettrez de penser que si, au lieu d'imposer leurs allures personnelles à la nation , les monarques français se fussent inspirés de la pensée nationale , le xvii® siècle eut éclairé bien d'autres prodiges , et le xviii® n'eût pas été celui des grandes hontes, terminées par d'épouvantables catastrophes.

Où était la chevaleresque France, alors que les trois vautours du Nord se partageaient paisiblement la colombe polonaise ? La France était toute dans son roi ; je n'ai pas besoin de dire où était le roi ; le pays était gouverné par les philosophes et les couitisans de la favorite, qui venaient de signer le traité de 1 763 ; l'avocat La Chalotais débitait son réquisitoire contre ces Jésuites qui avaient tant contribué à soutenir et à étendre l'influence française en Orient, et dont les travaux admirables dans l'Amérique du INord y eussent assuré la domination française, sans les manies du pouvoir central.

En effet, ni Richelieu, ni Lduis XIV ne résistèrent à l'envie puérile d'administrer et de réglementer les colonies de l'Amérique, comme si elles eussent été â Meudon ou à Saint-Denis. Aussi les

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