LIVRE 111, GHAPITKE IX
Un mot seulement sur les colonies et les possessions anglaises. Qu'ont-elles été, que sont-elles encore pour Taristocratie anglaise? Des pays que Ton exploite de toute manière pour en faire sortir de Tor anglais. On y encourage ou on y écrase l'industrie agricole et le commerce , selon les intérêts de la métropole, jusqu'au jour où les colons sont assez fortunés pour trouver un Washington qui leur dise : C'est le cas, à ce qu'il me paraît, de payer notre tribut à coups de canon et de baïonnette.
La noblesse ayant englouti l'Angleterre , l'Irlande et l'Ecosse , il est bien juste qu'elle abandonne à la plèbe les colonies et l'immense Eldorado des Indes orientales, a Le plus mince employé anglais, celui auquel on permet d'établir un débit ou regrat de sel, revient après peu d'années couvert d'or, et reçoit du peuple anglais, par allusion à ses richesses , la dénomination de nabab (i). »
tboliques irlandais les quelques libertés religieuses que la crainte seule avait arrachées à Taristocratie anglaise en 1829. 11 est évident que la justice ne se lèvera pour Tlrlande que sur les ruines de Tautocratie anglaise. Plaise au ciel que le clergé irlandais, si populaire et si digne de l'être, aidé de quelques disciples d*0*Connell, puisse arrêter alors la main du peuple martyr et lui dire : Use généreusement de la victoire, et contente-toi de donner des passe-ports à tes bourreaux ! (1) M. Pillet, t Angleterre vue à Londres, etc., p. 438.
'6'À'JL hX SCIENCE SOCUL£.
Quelle ei^çell^n^a industrie plébéienne aussi que Iç colportage des Bibles dans toqt Tunivers, qui occupe cinq à six mille industriels, ep tenani cQinpte des femmes et enfants I Âpdtres i)dmirair ble^i qui, peq cpntents de leurs énormes salai-» rc^, se souviennent de leurs anciens métiers, hr briquent, négocient, exercent la médecine, la pharmacie, l'art d'accoucher, se font tout à tûus pour gagner.*» des écus à l'Angleterre!
Que deviennent le^ alliés de l'aristQcratîe aa-^* glaise? Regardez le Portugal et quelques autres petits fltats. assez malheureux ou mal inspirés pour se placer sous le protectorat des plus insignes exploiteurs et de la te^re et de la race humaine.
Quelles sont les guerres de l'aristocratie anglaise? — Toqtes sont des guerres commandées par son industrie et sqn commerce. Ne lui reproche» pas l'iniquité révolt£|pte de ses expéditions , par exemple, de l'expédition chinoise , manifestement exécutée par ordre des empoisonneurs du céleste empire, Que YQulez-vous qu'elle fasse? Les quatre-vingt-dix-huit centièmes des Anglais, à qui elle n'a laissé d'autre moyen de s'enrichir que l'industrie, se sont rués dans cette carrière j et pnt dit: Qu^on nous ouifre une autre plan^t^^ çp açJHf
nou,s çhçirgeons d'en vêtir les habitarUs (i)!
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(i) Émtks sur V Angleterre, 1. 1, p. 297.
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Les magasins sont; eneomloirës , des forêts de navires sont à l'étroit dans des docl^s immenses : il faql donc créer à touf; prix, des débouché^. Croyea*vous donc qu'une aristocratie aussi éclai** rée ne voie pas ce que noqs voyons tous, que le jour oq le géant de Findustrialisine anglais s'arrêtera, l'heure fatale sonnera pour FAngle^ terre?
Par sa dette effrayante , et par Tessor encore plus effrayant de son industrie, l'Angleterre est foroément en hostilité occulte ou manifeste contre l'Europe continentale et les États des quatre autres parties du monde qu^elle ne tient pas sous sa main de fer. Il existe sur ce sujet un chapitre curieux, écrit par un officier français, en i8i5, sous ce titre : Projets de V Angleterre sur l'Europe. Qu'on le lise, qu'on jette ensuite les yeux sur une carte de TEurope, et qu'on y suive la marche progressive, depuis 181 5, du pavillon, ou au moins des factoreries anglaises, des compagnies industrielles, des sociétés pour chemins de fer, etc.; peut-être trouvera-t-on que Fhonorable auteur avait quelque raison de commencer ainsi son chapitre : Ce chapitre est court , dans dix ans il sera dei^enu un li\^rç (i).
(i) V Angleterre vue à Londres^ etc., ch. lui.
3!i4 ^^ SCI£NC£ SOGIA^LK.
Je crois avoir prouvé que l'aristocratie anglaise, en dépit de ses lumières et de ses nobles qualités, n'a pu échapper à cette loi fatale, qui fait que toute classe sociale, chargée seule de gouverner, ne verra jamais dans le pays qu'une ferm^ à exploiter, et dans la nation qu'un troupeau à tondre et à contenir.
Je ne connais qu'un gouvernement qui soit plus à redouter que celui d'une vieille et riche aristocratie : c'est celui d'une aristocratie nais* santé qui a besoin de s'enrichir, et qu'on a si heureusement appelée du nom de médiocratie (i).
« Que voulez-vous? Les hommes sont toujours ce que. les a faits leur éducation , dit un honorable publiciste. Travailler pour gagner et s'élever, c'est la nature de la classe moyenne, du patenté, du licencié. Devenu riche et grand, croyezvous qu'il emploie sa richesse, son influence à procurer le bien-être de ces bonnes gens d'électeurs, qu'il a tant flattés et dont il n'a plus besoin ? Il n'a jamais pensé ni pu penser qu'à lui. Le public est trop ridicule quand il se scandalise de ce que les hauts fonctionnaires se rendent
(i) Cette belle expression appartient au savant publiciste à qui nous devons^ entre autres excellentes publications : Lorraine et France , etc. , par M. Gustave de la Tour. (Paris, i85i.)
LIVRF TU, CHAPITRE IX. 3a5
coupables d'escroqueries. De qui sont-ils nés? Comment sont-ils élevés? A quoi se sont-ils destinés? L'homme né riche est le seul qui ne saéhe pas gagner ( i ). »
(i) De V Action de la noblesse et des classes supérieures dans les sociétés modernes y par M. L. Mounier, avec des remarques par M. Rubichon. (Paris, 1848.)
3a6 LA !icti!M6i vdtikttt.