‹ La science sociale au point de vue des faitsChapitre 11 sur 151 · LIVRE I, CHAPITRE III. îà I f · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III. îà I f

naturel âu début et au terme de son existence* [«

Qu'on rie tant qu'on voudra de cette faiblesse de rhumanitë^ elle est incorrigible^ et les rieurs euxmêmes n'y échappent pas.

Abolissez la foi chrétienne "^aux béatitudes du paradis terrestre et du paradis céleste , vous introduisez fatalement la foi aux béatitudes de l'âge j v d'or des poètes et aux béatitudes de l'avenir merveilleux promis par toutes les révolutions.

Niez le dogme catholique de la chute originelle^ dogme si abrutissant au dire de nos libres penseurs (i), vous aurez indubitablement le dogme philosophique du crime social qui livra , dès l'origine, à quelques oppresseurs , la richesse et la souveraineté de tous/1 1

Chassez le prêtre qui baptise au nom du Père, et du Filsj et du Saint-Esprit, exigeant du réci*

(i) «Je prouverai d'abord que le catéchisme abêtit Tenfance;je prouverai ensuite qu'il la corrompt* Il l'abêtit en commaudant à la raison d'abdiquer, en imposant à l'esprit d'admettre, sans examen ni preuves, sous le titre de Mystères ^

de prétendues vérités qui choquent le plus grossier bon sens, .i

qui sont non -seulement, comme on le dit, au-dessus de la raison , mais en opposition manifeste avec la raison , dont ce livre proclame , d'ailleurs, à chaque pas l'impuissance. Il la corrompt et pervertit en elle le sens moral , en faussant les notions de la justice, du devoir, en défigurant Dieu misérablement. » M. Jacques , dans le recueil intitulé : La liberté de penser, n** de décembre i85o et de janvier i85ï ,

piendaire les engagements que vous savez; aussitôt arrive l'hiérophante de la franc-ipaçonuerie, de rilluminisme, du carbonarisme , du mazzinisme, etc., qui, après de Ipngues éprpuvçs et d'îjffreux serments, dira à l'initié : La souillure antique de l'esclavage universel ne peut être effacée que par le poison, le fer et le feu ; enfant de la lumière et de la liberté, arme-toi de ce poignard, obéis aveuglément à tes chefs, et crois n'avoir rien fait pour l'humanité, tant que l'homme n'aura pas reconquis sa sublime dignité, en ne reconnaissant d'autre dieu que la nature, d'autre pontife et roi que lui-même.

Qui ne le voit? le rêve poétique de Tétat de nature, que caressa l'antiquité païenne, que le christianisme fit rentrer dans les mystérieux symboles de quelques sectes obscures, telles que le manichéisme, et plus tard la franc-maçonnerie, rêve rajeuni par le merveilleux talent de Rousseau , transformé en dogme irréfragable, et armé de tous les moyens d'application par le génie le plus capable d'organiser la désorganisation universelle (i); ce rêve, dis-je, est aujourd'hui la religion plus ou moins nettement formulée , mais

({) Weishaupt, fondateur de rilliinfiinisinç allemand. Voy. ses Écrits originaux.

LIVUE î, C^^FITRB III. %i

enfin la religion u pique de quiconque n'e^t plu$ chrétien •

Que lisons-nous dans les programmes , manifestesy publications quelconques du socialisme» qu'ils soient signés : Owen , Saint-Simon, Fourier, Cabet, Blanqui, Barbes, Louis Bl^nc^ Propdhon , Guillaume Marr, Stfuve, Becker»

Heinzen» Mazzini, Ledru-Rollin , Darasz, etc.? Nous y lisons : La société actuelfp est bonne à brider.

Dans les forces révolutionnaires qui s'organisent au grand soleil, avec un ensemble incroy^l^,, et sur upe surface qui, comprj^napt tqute l'Europe du bord de la Méditerranée jusqu'à la Norwége (i), s'étend des rives de la Neva jusqu'aux Étals-Unis, que voyons-nous? Nous voyons les apprêts d'un incendie tel que l'humanité n'en vit jamais.

Mais ce sont là des plans irréalisables, dir;^^vous. — Distinguons deux choses : les mille planai d'avenir imaginés par les théoristes révolutionnaires, et le plan de destruction du passé ^t du présent, sur lequel tous s'accordent. Que les premiers ne se réalisent jamais, taqt ils sont absurdes

(i) Les journaux aUemands et français, de mars i85i, omt ep^etepy |^ pu})lip d^ prc^rè$ du cpmnmpism^ norvégien et de ses efsai$ de jacc[uefiç à Levanger et dans les environs.

!l4 ^^ SCIENCE SOCIALE.

et contradictoires, c'est évident, même pour les neuf dixièmes de ceux qui les prêchent. Mais que nos institutions politiques, les unes sorties hier du volcan révolutionnaire, les autres prodigieusement ébranlées et ne se soutenant plus qu'à la pointe du sabre, soient à l'épreuve de la tourmente qui se prépare, pouvez-vous bien l'affirmer?

Les révolutionnaires de toute espèce ont dit : Les principes ne peu\^ent ni reculer ni s'arrêter : périssent les hommes plutôt que les principes !Ws ont dit vrai.

Le grand principe de la construction de la so^ ciété par des hommes supposés primitis^ement libres y a marché, et il va nous donner ce qu'il porte dans le ventre : la destruction de la société par des hommes qui se croient esclaves^ et qui sont en effet les jouets de leur ignorance et de leurs mauvais instincts. Résumons en deux mots l'histoire du socialisme.

Les niveleurs éclectiques et modérés, soumettant la religion à la politique, ont cru pouvoir succéder à Dieu dans le gouvernement des hommes, et ils ont dit : La société humaine ne peut être régie que par des lois humaines; la confection des lois appartient aux plus éclairés.

Les niveleurs radicaux ont dit : Il n'y a de lois humaines que celles qui sont l'œuvre de tous les

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