LIVRE Iti, CSriAMTRE JC
CdibUi de là Ptaiivëllè-Atigletèrré, étaient dés cal- Vihisteâ i^uHtains , indépendants, et dès qua- Itèrij tié reconualssatit sllicune hiélarchie religieuse. Par un esprit bietl tiaturel de réaction fcohlré IfeUrs perséfculeurs, cohime aussi pà^ TltiflUfeilce dfe leur cobstilUtlon religieuse, les Uns et leà autres devaient donc adopter le réginie civil et polllîcjue lé plus favorable à la liberté dé totis.
Tfolis les voyons, il est vrai , conserver les ins- .titUtiohâ et les formes gouvel'nêïhentalés de ta métropole; iiids ces institutions, qiii ne font en Angleterre que déguiser l'absolutisme aristocratique, les Anglo-Américains les ont fait servir au triomplle complet de la démocratie; nouvelle preuve que les forhies politiques sont un vétetnent à Tusage et dii despotisme et dé la liberlé.
Les t'épubliquès âtîiéricaînes ont eti le bonheur de n'avoir pas été créées à priori et d'en haut par dès constituants qui auraient dit : Faisons des réplibliques, et par conséquent établissons avant tout un gouvernetriént républicain. Elles se sont élevées de bas en haut, et lentement, sous la protection des lettres patentes de Sa Majesté Britannique; et ce n*a été que lorsque l^édifice s'est trouvé assis sur ses fondations que le couvert monarchique a fait place au couronnement républicain.
On se trompe quand on dit que la liberté américaine ne remonte pas au-dessus de 1778. On
3^ti LA SCIENCE SOCIALE.
confond deux choses bien distinctes : la confédération et les États confédérés. La première date, en effet, de 1778, ou plutôt de 1774? époque du premier congrès réuni à Boston ; mais les États sont beaucoup plus anciens. Plusieurs jouissaient depuis le commencement du xvii^ siècle des plus amples franchises, et constituaient de véritables républiques, sous la suzeraineté de la couronne britannique. Ce fut pour sauver ces libertés de la rapacité du parlement anglais, que les treize États formèrent leur première confédération , en
La Hberté américaine est donc plus âgée qu'on
ne le pense communément. Mais ce qui, plus que l'âge, m'inspire quelque confiance dans son avenir, c'est qu'elle a été conçue, qu'elle est encore nourrie dans le sein de sa famille et élevée dans l'école de la commune.
Le citoyen de l'Amérique possède dans toute leur vigueur deux éléments de liberté que les soi-disant citoyens de l'Europe ne connaissent presque plus : l'esprit de famille, l'esprit municipal.
C'est la famille qui forme l'homme moral capable de se bien conduire, et par là même digne de liberté.
L'éducation publique était une condition essentielle dans les républiques païennes de l'anti-
LCVRE III, CHAPITRE X. 3îl9
quité, qui ne voyaient dans le citoyen qu'un instrument au service du despote appelé l'État ou la patrie. Elle convient encore à la monarchie féodale et despotique , qui , maîtresse du pays et de ses habitants, dispose souverainement de ceux-ci, applique le plus grand nombre à la culture des terres et à l'exercice des arts et métiers, place les autres dans les écoles de l'État, et leur fait donner une instruction appropriée au bon^ service de Sa Majesté impériale ou royale. Cette éducation est par là même extrêmement chère h tous nos démagogues, qui veulent reconstituer à leur profit l'omnipotence païenne de l'État sous l'esclavage universel de ses membres.
Quant aux peuples chrétiens, qui ne peuvent reconnaître au pouvoir politique d'autre mission que de protéger la famille et de favoriser la bonne éducation des hommes (unique but de la société humaine), l'éducation de famille doit tenir le premier rang, et l'éducation publique n'est admissible qu'autant qu'elle est un développement de l'éducation domestique, et qu'elle a pour résultat de donner à la nation des citoyens plus capables, plus dignes, par leurs lumières et leurs vertus, de seconder le souverain dans sa charge de ministre du bien public.
En somme, la liberté se mesure chez un peuple par ses vertus, ses vertus se mesurent par cel-
33o LA sclBirtÈ sotiitË.
les dé \A TàiUille, led Vërtu^ de là famille se méàU^ rent pât* le respect pour les liens du mariage.
Ce res^iect est profond chez lëâ Américains dii Nord. L'opinion s'y montre impitoyable pour lé crime destructeur de la fainille : radiiltèrè (i): Maîtresse par ses vertus chrétientlèâ du dcetir dé son mârl, de ses enfants^ objet dii réspefct publie, répouéé pièut donc procréer, dans le satlc-^ 'tuâtrè dô là famille, ce qu'elle selilë peut procréer: dès hommes capables dé Comprendre et d'aittlèr là trraiè liberté. Tant que lé culte des vertus domestiques régbfera, les Américâitié resteront libres, eh dépit des déftmtfe qUe fort peut trouver dans leurs constitutions politiques.
QUânt aux pétij^les qui ont accileilll kvec transport le^ prêches de LUllièl- et de Voltaire sur les libeHés du mariage et la destinée sociale du i^xe) quant aux peUple^ doilt les législateurs ont à cœdr de séculariser, c'èst-à-dire d'anîmalisfer Tunlon de Thomme et de la femme ; donnez* ledr la cohstitutidh la plus libérale, ils n'y trouveront que la faculté de se vautrer dans la boue et le sang.
Il faut être idiot pour ne pas voir que là liberté est Bile de l'éducation cent fois plus que de la
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(i) Vdy. llv. îî,cK.ix.
LiVllÊ itt, CHAPITRÉ X, îâî
i^glisldtiOta. Si vous më itaontrei Une ànië lioble, pénétrée de respect pour sa pe^sônne et pour celle de àes Coiiôitoyens, et qiii ne âoît pas î'enftitlt d'une mère vertueuse et d'Un père irréprochable, je de vous dirai pas : Vous vous trompez ; mais je Suîfe sûr de ne pas me tromper en vous disant ï Cest une exception !
Si la faiiiille est le J)remier tertiple élevé, par la main même de Dieu, à la vraie liberté, la com* hlune est le âedotid. Ici je n*ai qu'à copier, en l'abrégeant, Vhono^able |)ubliciste qui a le plus consdëncieusement étudié les institutions et Vesj5Ht des républiques de l'Amérique du Nord.
 La commune est là seule association, dit M. deTocquèville, qui soit si bien dans la nature, que, partout où il y a des hommes réunis, il se forttie de soi-même line commune... La commune paraît sortir de la Inain de Dieu (i). »
Après quelques observations sur là répUgiiance de nos législateurs pour cette corporation, qu'ils appellent un État dans l'État, parce qu'elle est le plus fort obstacleà leur gouvernement siiltanesque, M. de Tocqueville continue ainsi : h C'est pourtant dans la commune que réside la force des peuples libres. Les institutions communales sont à
(i) ï)e la Oemdcratie, 1. 1, cli. v.
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la liberté ce que les écoles primaires sont à la science; elles la mettent à la portée du peuple; elles lui en font goûter l'usage paisible, et Thabituent à s'en servir. Sans institutions communales, une nation peut se donner un gouvernement libre, mais elle n'a pas l'esprit de liberté... Otez la force et Tindépendance de la commune, vous n'y trouverez jamais que des administrés, et point (le citoyens. »
Rien n'est plus évident. Un gouvernement libre dans toute la force du terme, c'est-à-dire que rien n'arrête, est le comble du despotisme. C'est ce que n'ont point encore compris nos orateurs politiques et nos publicistes, qui disent à nos populations tripotées si librement par la bureaucratie : De quoi vous plaignez-vous? N'avez- vous pas rhonneur de vivre sous un gouvernement libre?
a Les communes ne sont, en général, soumises à l'Etat que quand il s'agit d'un intérêt que j'appellerai social, c'est-à-dire qu'elles partagent avec d'autres... Le percepteur de la commune lève la taxe de l'Etat... Chez nous, le gouvernement central prête ses agents à la commune; en Amérique, ]a commune prête ses fonctionnaires au gouvernement. »
Entre la commune américaine et l'État (i) se
(i) Pour me conformer à un usage que je réprouve, j*aver-
LIVKE III, GHAFITKl:; X. 333
trouve radmiaistration du comté, où se rencontrent quelques délëguës de TÉtat, mais dont Tautorité est très-restreinte.
« L'Etat lui-même n'a qu'une importance se* condaire; son existence est obscure et tranquille. Il y a peu d'hommes qui, pour obtenir le droit de l'administrer, consentent à s'éloigner du centre de leurs intérêts et à troubler leur existence. Le gouvernement fédéral confère de la puissance et de la gloire à ceux qui le dirigent; mais les hommes auxquels il est donné d'influer sur ses destinées sont en très-petit nombre. La présidence est une haute magistrature à laquelle on ne parvient guère que dans un âge avancé; et quand on arrive aux autres fonctions fédérales d'un ordre élevé, c'est en quelque sorte par hasard, et après qu'on s'est déjà rendu célèbre en suivant une autre carrière. L'ambition ne peut pas les prendre pour but permanent de ses efforts. C'est dans la commune, au centre des relations ordinaires de la vie, que viennent se concentrer les désirs de l'estime, le besoin d'intérêts réels, le goût du pouvoir et du bruit. Ces passions, qui troublent si souvent la société, changent de caractère lorsqu'elles peuvent s'exercer ainsi près
tis le lecteur que je prends ici le mot État dans son acception, très- vicieuse et très-impolitique, de gouvernement.
334 L^ ftClEMCE SOOIALE.
du foyer domestique , et en quelque sorte au sein de la famille (i).»
(c Aux États-Unisy on pense avec raison que Pamour de la patrie est une espèce de culte auquel les hommes s'attachent par des pratiques... La vie communale se fait en quelque sorte sentir à chaque instant (et à tous)... Les Américains s'attachent à la cité par une raison analogue k celle qui fait aimer leur pays aux habitants des pionta^ gnes. Chez eux^ la patrie a des traits marqués et caractéristiques; elle a plus de physionomie qu'ailleurs. »
(c En vertu de la maxime , que chacun est le meilleur juge de ses intérêts^ la commune et le comté sont chargés de veiller à leurs intérêts spéciaux. L'État gouverne et n'administre pas (2).» Après cela, je crois sans peine à ce qu'on nous dit de l'ardent amour qu'ont pour leur pays et leurs institutions tous les Américains, notamment les catholiques avec leur clergé (3). Je ne suis plus surpris d'apprendre que ces communes, bien qu'elles soient privées des lumières et des engins de notre système administratif, sont les plus riches du monde en établissements utiles, en écoles
(i) De la Démocratie f t. I, ch. v*
(a) Ibid.
(3) Ibid., t. il, ch« ix.
bieu tequesi eq édifices religieux, en ohesains vicip9i|x, etc., et je trouve eicellente la raison qu'en en donne : a (^a force collective des citoyens sera toujours plus puissante pour produire le bien* être fiociAl que l'autorité du gouvernement (i). »
(i) De la Démocratie y t, I, ch. v,p. i44*— I^î^n àe plusîudicieux que le parallèle que fait M. de Tocqueville de nos administra* dons Savantes avec les libertés administratives de l^Amériquea alors qM*il trouve sur sa route mi écrivain français qui s'^rie : «Quel gâchis que ces administrations communales ! Çhe? npps, grâce à la centralisation, création admirable d'un grand homme, les budgets municipaux, d*un bout du royaume à Tautre , oeuiL des grandes villes comme des plus humbles communes , ne présentent pas moins 4'ordri: et de méthode, v ^-r Oui , ^^ pond-il , nous avons mis de Vordre dans la misère.
« La centralisation Réussît sans peine... à maintenir la société dans uii statu quo qui n'est proprement ni une déoa* dence ni un progrés, à entretenir daus le corps social une sorte 4e somnolence adipinistrative que les administrateurs oqt coutuipe d'appeler le boa ordre et la tranquillité publique. £Ue es^celle, en un mot , à empêcher, non à faire. »
](^époq4«iut à ceux qui font valoir les sollicitudes pater* celles du gouvernement, a Que m'importent, dit«il , ces soins i^inutieux, si cette autorité, en même temps qu'elle 6te ainsi les moindres épines sur mon passage, est maîtresse absolue de ma liberté et de ma vie; si elle monopolise le mouvement et l'existence à tel point qu'il faille que tout languisse iiutour d'elle quand elle languit , que tout dorme quand elle dort, que tout périsse quand elle périt?
« )l y ^ telles nations en Europe (dites à peu près toutes) oii t*b9bi^9( se copsidère comme une espèce de colon indiffêrent ^ te ^^n d« («a qu'a habite... Im pluf gMai4s cbisge^
Mais en rendant un juste hommage à la noble passion des Américains pour l'indépendance communale , il faut bien reconnaître qu'ils ont dépassé le but, et que cette indépendance est trop grande pour être durable. Soit par une imitation trop servile des institutions anglaises, soit par un amour excessif des franchises communales , ils n'ont pas voulu d'une corporation intermédiaire qui, en exerçant un salutaire contrôle sur les communes, leur servît de rempart contre les envahissements de la législature. L'administration du comté n'ayant aucune influence politique, les communes restent en face du parlement comme les brebis sous la garde du loup (i).
ments ne l'affectent pas... La fortune de son village, la police de sa rue, le sort de son église et de son presbytère ne le touchent point ; il pense que toutes ces choses ne le regardent en aucune façon, et qu'elles appartiennent à un étranger puissant qu'on appelle le gouvernement... Avec cela, point d'obéissance... Il se soumet , il est vrai, au bon plaisir d'un commis; mais il se plaît à braver la loi comme un ennemi vaincu , dès que la force se retire. Aussi le voit-on sans cesse osciller entre la servitude et la licence... Quand les nations sont arrivées à ce point, il faut qu'elles modifient leurs lois et leurs mœurs ou qu'elles périssent, car la source des vertus publiques y est tarie ; on y trouve encore des sujets, mais on n'y voit plus de citoyens. » T. I, ch. v, p. 145-9.
(1) « La législature de chaque État n'a devant elle aucun pouvoir capable de lui résister. Rien ne saurait l'arrêter dans sa voie, ni privilèges, ni immunité locale, ni influence person-