‹ La science sociale au point de vue des faitsChapitre 118 sur 151 · LIVRE m, CHAPITRE Xî · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE Xî

de tradition essentiel à tout gouvernement qui veut éviter les enfantillages et les folies; conseil enfin placé , ainsi que le siège du gouvernement, dans un milieu favorable à l'indépendance et au calme nécessaires à toutes les têtes gouvernantes.

Le prince, n'étant assisté que d^un conseil qui lui porte des lumières et non des ordres, gouverne nécessairement sous sa responsabilité. Irresponsable devant les tribunaux ordinaires, il faut que, pour sa propre sûreté , il institue un corps politique préposé à la garde des lois fondamentales et de la monarchie.

L'irresponsabilité absolue du pouvoir suprême aura beau être mise en thèse par des légistes et des courtisans qui ont beau jeu sous les princes irresponsables, l'intérêt évident des monarques et des nations est que l'on renonce à cette fiction constitutionnelle, qui n'entrera jamais dans la conscience des peuples. Dire à un souverain : Quoi que vous fassiez, quoi que vous entrepreniez, nul ne vous pourra rien, quelle insulte au sens commun! quel appel aux révolutions!

Les esclaves eux-mêmes de l'Asie n'ont pas voulu admettre un dogme aussi servilement absurde.

Leur constitution politique, comme a dit M. de Maistre, consiste à dire à leurs despotes : Faites

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tout ce que vau voudrez , et lorsque nous serons laSf nous vous égorgerons {i).

Faudrait-il déférer le jugement de ces causes majeures à un tribunal présidé par le pape en personne ou par un légat, comme au moyen âge? — Outre que nous sommes bien loin des institu* tions et de Tesprit de ces siècles de foi , je crois qu'une telle attribution n'irait ni aux intérêts de l'Église 9 ni aux intérêts des nations catholiques 9 ni ^\x% intérêts même, bien compris, de la monar^ chie, et je n'en donnerai pas d'autre raison que celle-ci : Les souverains pontifes demandent peu aux princes j et les énormités seules attireraient leur animadversion {%). Quand les princes en sont venus à commettre des énormités, il est trop tard, les révolutions sont là.

Pour empêcher donc le remède terrible^ pire que les maux^ que les princes eux-mêmes, complétant l'oeuvre de la reconstitution monarchique, avisent aux meilleurs moyens d'organiser un corps politique, peu nombreux, indépendant, chargé d'enregistrer les lois, avec le droit de remontrance, de veiller à la garde des lois fondamentales , et aussi, en certains cas extrêmes, de poser au jury national, réuni dans chaque chef-lieu de province,

(i) Du Pape^ liv. Il , ch. 11.

(a) Ibid., ch, iv.

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