LIVKE III, CHAPITRE XI
le plus grand problème européen: a Comment on peut restreindre le pouvoir souverain sans le détruire?
a On a bientôt dit : Il faut des lois fondarnenixt" lesj il faut une constitution. Mais qui les établira, ces lois fondamentales^ et qui les fera exécuter ? Le corps ou l'individu qui en aurait la force serait souverain ; de sorte que, par l'acte même de l'établissement, il le détrônerait. Si la loi constitutionnelle est une concession du souverain, la question recommence. Qui empêchera un de ses successeurs de la violer? Il faut que le droit de résistance soit attribué à un corps ou à un individu ; autrement il ne peut être exercé que par la révolte, remède terrible, pire que tous les maux (i). »
Oui, le problème est des plus grands^ des plus difficiles; mais depuis qu'il a été posé avec tant de netteté par l'illustre penseur, le problème a reçu la solution qu'il recevra toujours, tant qu'on n'en aura pas trouvé une solution meilleure; il a reçu la solution révolutionnaire, qui est en effet le pire des mauxj hors toutefois la restauration du despotisme païen en Europe.
Or quelle est cette solution meilleure? Mes
(i) Du Pape, liv. II, ch. ii.
TA
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lecteurs attentifs la voient déjà se déduire des faits €t des principes exposés dans Cet ouvrage^ notamment dans ce livre.
Il faut que les représentante du pouvoir tnonarchique^ là où il parait nécessaire^ reniant des pré^ tentions surannées, acceptent franchement le rôle du monarque chrétien tel que le définissait déjà, au commencement du vii^ siècle , saint Grégoire le Grande dans une lettre à l'empereur Phocas : Entre les rois des gentils et les chefs de la répu^ blique chrétienne^ il jr a^ disait^il^ une grande dif* firence : les rois des gentils sont maîtres descla* ifeSp les chefs de la république chrétienne sont seigneurs et hommes libres ( i )*
Il faut que les princes^ au lieu de se laisser im« poser des chartes écrites par des hommes de partie prennent les devants et fassent ce que personne ne peut faire aussi bien qu'eux^ s'ils veulent médi" ter leur œuvre en face de l'histoire et au pied de la croix. Nous n'avons nul besoin qu'ils nous oc* troient des droits et des libertés que nous ne tenons que de Dieu et du progrès de la civilisa* tion chrétienne» Toute concession de ce genre se* rait un anachronisme. Us doivent se présenter
(i) Reges gentiutn domini servorum sunij imperat&res vero reipublieœ christianœ domini liberorum. Epist. 3Z| ad imper. Phoc.
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comme les défenseurs et non les di&pensaleurs des libertés publiques.
Le monarque gowerne et n' administra pas i telle, ùe me semble, devrait être leur devise.
Le monarque n'administre pas, attendu qu'il n'y a que les peuple^ enfanta , et que l'on veut etnpé^ cher de grandir, que l'on administre. Le monarque renoncera dond à nommer ces armées de fonctionnaires universels qui administrent si bien, qu'il faut de nombreux bataillons toujours È\it le pied de guerre pour contenir et les administrateurs et les administrés»
Il n'administre pas i"* la religion, qui devient odieuse dès qu'elle n'est pas exclusivement administrée par ceux que la conscience considère comme les ministres de Dieu» N'en commandant la pratique aux autres que par ses exemples, il se borne à réprimer ceux qui, peu contents dé n'en pratiquer aucune, veulent détruire dattâ lés autres le fondement de toute société et provoquent par là même les boucheries sociales. Aux inventeurs de religions nouvelles, il dira : Pour établir une religion nouvelle chez des peuples chrétiens, il faut avant tout se faire crucifier ou pendre : allez faire cela ailleurs, car ici op n'a que des prisons à offrir aux fous«
Il n'administre pas a** la bienfaisance publiqilê, afin de né pas éteindre la charité dans le cœur de
la classe aisée, et Famour du travail dans les classes pauvres.
Il n'administre pas 3*^ renseignement, l'éducation. Un monarque professeur, pédagogue, quel contre-sens! C'est là l'œuvre du dévouement et de la charité, bien plus que de la science : liberté et protection à quiconque y consacrera ses biens ou sa personne. Le gouvernement ne punit que les corrupteurs de la jeunesse.
Il n'administre pas 4^ la justice, attendu qu'on peut avoir besoin de la justice contre les prétentions injustes de ses ministres et autres fonctionnaires de nomination royale, etc., etc., etc.
Le monarque gouiferne di\ec l'assistance d'un conseil national; conseil formé d'un petit nombre d'hommes choisis par des électeurs compétents, c'est-à-dire, triés eux-mêmes par une élection à plusieurs degrés (i); conseil renouvelé partiellement et avec lenteur, pour y maintenir l'esprit
(i) Que Ton adopte un système électoral qui ne désorganise pas la famille, ne fatigue pas le peuple et ne lui impose pas une tâche supérieure à ses forces et contraire à ses heureuses habitudes casanières. Par exemple, faites élire les administrateurs de la commune à tous les chefs de famille ou fils émancipés, inscrits pour quoi que ce soit au rôle des contributions ; faites élire aux élus de la commune les conseillers ou d'arrondissement ou de province; et chargez les conseils provinciaux d'élire les membres du conseil national.