LIVRE IV, CHAPITRE 1. SÔQ
les faire pénétrer dans l'esprit et le cœur, sinon de tous, du moins du grand nombre, ne vous semble-t-il pas qu'ils résoudraient de la manière la plus heureuse les problèmes sociaux, qui ne peuvent s'agiter dans les assemblées législatives et dans les parlements du club et du cabaret, sans aboutir à des scènes de carnage? Les déviations de notre société sont effravantes, surtout chez les deux nations qui mènent les autres; mais, avec de ia sagesse et du courage, les conducteurs de ces nations ne pourraient-ils pas encore se sauver et nous sauver, si, en même temps qu'on appliquerait le grand remède aux âmes, ils adoptaient, de leur côté, les mesures législatives les plus propres à seconder le mouvement de retour aux lois normales de la société ?
Oui, me répondra-t-on, il est évident que nous ne périssons que faute de vertu , et que nous ne manquons de vertu que parce que nous manquons de foi ; mais comment rendre aux masses ce premier capital de toute vie sociale ?
— Comment? C'est bien simple: reconduisez les masses au lieu où se distribue ce capital.
Puisque vous avez lu l'histoire, et que vous êtes hommes de réflexion , je peux vous dire en deux mots ce que je pourrais à peine faire comprendre à d'autres en deux volumes.
Notre société a été conçue, nourrie, élevée dans
l'Église. Elle ne pouvait se déployer régulièrement dans le siècle sans que ses membres fussent fidèles au rendez-vous que Dieu et TÉglife leur assignaient pour le Jour du Seigneur. On a manqué, on manque depuis longtemps au rendez -vous de la religion. Comme il faut que les hommes s'assemblent y et que les passions les associent quand la religion ne les réunit pas, il s'est formé autant de sociétés qu'il y avait de classes, et dans chaque classe autant de sociétés qu'il y avait de partis.
Dans ces mille et une églises, fondées par la cour, parla haute noblesse, par la magistrature, par la basoche, par les gens d'épée et de robe, par toutes les classes de la bourgeoisie, et aussi par les gens de peine, ouvriers et manants, à qui on a fait déserter l'Église divine en voulant qu'ils y allassent seuls; dans ces mille et une églises, dis-je, de beaux diseurs gangrenés de vices et saupoudrés d'esprit ont créé cent religions diverses, mais toutes d'accord pour conspuer la religion de Jésus-Christ, comme une vieillerie barbare. Depuis même que les religions des beaux esprits ont enfanté la religion des buveurs de sang hnmain, on n'a cessé de travailler à la ruine du catholicisme.
Aujourd'hui il est visible qu'il n'y a plus en Europe que trois religions : la religion catholique, la religion des conservateurs non catholi-
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