‹ La science sociale au point de vue des faitsChapitre 134 sur 151 · LIVRE iVy GHAPiTBiç III. Sgr · texte numérisé non relu

LIVRE iVy GHAPiTBiç III. Sgr

qMe fiu service domestique a trop à faire auprès des maîtres pour pratiquer une autre religion que oelle du salaire. Les énormes consommations du luxe exigent un travail incessant de production dans les cinq cents métiers voués à son eptrçtien^ Lu demande, par ses instances et par les bénéfice! qo'^Ue ofîrira y fera donc que ks ouvriers lui sa*crifieront le repos du jour consacré par U rer ligion à réduçation de leur âme. Si lu loi s'y oppose, comme dans les pays protestants, oq travaillera jour et nuit durant six jours , et les excès du travail hebdomadaire appelleront fatalement les excès de la crapule au jour du repos» Il e#t d'expérience universelle qu'un peuple de forçats ne connaît d'autre temple que le cabaret (i).

Voilà pour les populations urbaines. Quant aux populations campagnardes , privée» des lumières et des capitaux qui, en adoucissant les rigueurs du travail, en augmentent la fécondité, elles ne peu** vent plus obtenir du sol les produits nécessaires k leur chétive existence et au payement de l'impôt qu'en l'inondant de leurs sueurs. Dans Iç petit

(i) « Plus les mœurs sont rigoureuses sur robsepTation du dimanche, et plus s*accroît dans les cabarets le nombre d^ habitués. L'Ecosse est inûniment plus puritaine que rAngleterre j mais c'est aussi la terre classique de l'ivrognerie. » M. Faucher, Études, etc., t. I, p. 35o.

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pix>priëtaire, la bêche remplace la charrue, la culture des racines et des légumes se substitue k celle des grains, sur une terre qui s'appauvrit rapidement, privée qu'elle est de Toutil irremplaçable en agriculture : le bœuf, entouré desa famille beuglante et bêlante. « Le fermier, qui trouvait autrefois tous les bras dont il avait besoin , en manque généralement aujourd'hui, parce que, ne réalisant pas les mêmes bénéfices que le fabricant, il ne peut payer aussi cher ses travailleurs (i). )»

Les ouvriers de la campagne adopteront donc le r^me des ouvriers citadins : ils ne connaîtront d'autre repos que celui du cabaret aux jours de foire et de marché.

Vos écoles primaires, confiées à un sacerdoce laïque créé par l'État, pourront-elles remplacer l'enseignement moral que donne l'Église?

Vous en avez fait l'essai, et les résultats obtenus, quoique vous n'en connaissiez encore qu'une faible partie, sont propres à vous désabuser.

(i) Tableau de l'état physique et moral des ouvriers; ouvrage entrepris par ordre et sous les auspices de l'Académie des sciences morales et politiques^ par M. YiUermé (Paris, 1840), t II y p. 24. — « Nous avons dit que beaucoup d'ouvriers agricoles abandonnent leur travail habituel pour celui des manufactures, et que jamais, au contraire, on ne voit les ouvriers industriels quitter le leur pour celui des champs. » Ibid., p. a88.

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Fussent-elles aussi nombreuses et fréquentées qu'elles le sont peu (i), vos écoles, complétemenl sécularisées, ne produiront que la diffusion de Tos lumières séculières; or vos lumières séculières ne feront qu'allumer dans le petit peuple le feu des plus violentes passions. C'est maintenant chose démontrée par vos plus savants statisticiens : MM. Guerry {Essai sur la statistique morale de la France), Quételet (Sur F homme et le développement de ses facultés)^ d'Angeville et Dupin.

c< N'est-ce pas,ditM. Dupin, un fait très^ tonnant et qui parait renverser toutes les idées reçues jusqu'à ce jour, que la complète ignorance s'allie à la moindre proportion des crimes contre les personnes, et que l'instruction supérieure l'emporte sur toutes les autres par la multiplicité des crimes (2)?»

Cest aussi un des faits constatés en Angleterre

(i) D'après M. Villermé, le nombre en France des communes ou réunions de communes ayant des moyens d'instruction était y en iBap, de 213,919; en 1887, 4b 29,613. Le chiffre des élèves des deux sexes était, en 1829, de 969,340 ; en i83a, de i,200,7i5; en 1837, de 1,949,830. Tableau de l'état ^ etc., t. Il, p. i5o.

(a) Voy. M. Villermé, Tableau de l'état, etc., t. II, p. i53i56. — Qu'y a-t-il donc là d'étonnant ? Étendez par l'instructien les idées et les désirs de la jeunesse, sans les élever vers le ciel, ils se po itèrent nécessairement vers la terre, et il faudra bien que la main les suive. Si vous aviez des idées contraires, elles étaient folles.

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par le fameux rapport de M. Chadwick, présenté au parlement en i845) et ofTrant le résumé de l'enquête officielle sur l'état des classes ouvrières. Entre autres dépositions, on y lit ces paroles d'un haut magistrat de Glascow : « Je suis fermement convaincu que, si la dépravation morale qui s'est répandue dans les classes industrieuses n'est pas arrêtée^ l'état social de ce pays sera ruiné et l'em*pire britannique détruit. Je ne trouve pas de langage assez fort pour exprimer la dépravation qui s'étend tous les jours sous mes yeux, » Et après un tableau effrayant de la corruption de tous les âges, notamment de l'enfance, et de la multiplia cation des crimes, dont le chiffre s'est élevé, en i5 éi/i^, de gS à 392, il ajoute : « L'éducation, telle qu'elle existe, mène plutôt au vice qu'à la vertu. C'est une des plus grandes calamités de la société que l'instruction soit répandue sans la religion... On calcule qu'il existe dans cette ville 80,000 individus qui n'ont jamais mis le pied dans une églisAt qui sont aussi barbares que les Hottentots... Il y a 10,000 hommes à Glascow qui s'enivrent le samedi soir, et qui, après être restés le dimanclie et le lundi dans un état de stupeur, retournent le mardi au travail (1).»

(1) D€ l'action 4e la, noblesse et des classes supérieures dam les sociétés modernes, par MM. Mounier et Ai^bichon, p. 364-5,

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Mais avec des populations citadines et campagnardes vouées à l'enfer du travail et de Ja crapule^ comment voulez-vous que l'enfance fréquente plus les écoles que l'église? Ignorez-vous que, dans une ville industrielle, dès qu'un enfant a six ou sept ans, son travail de la semaine peut rapporter aux parents une ou deux bouteilles d'eau-de-vie? On le vend donc pour la semaine ou pour le mois, à un maître qui n'a qu'une pensée : tirer de ce petit corps tout le travail imaginable (i).

Vous ferez des lois pour réprimer, modérer du moins ces horribles spéculations ; qu'obtiendrezvous?Rien, sinon une nouvelle preuve de Timpuissance des lois contre les mauvaises mœurs et les mauvaises institutions. Vous pourrez même aggraver le sort des enfants, comme en Angleterre, où la loi de i833 n'a eu d'autre effet, quand elle en a eu , que de faire sortir les enfants de quelques grands ateliers, où leur tâche n'était que de quatorze à seize heures, pour les précipiter dans les petits ateliers et au fond des mines, où on les fait travailler jusqu'à extinction (a).

(i) « Cest une vente dam les règles; le père livre sa chair et son sang y comme cela se pratique dans la traite des nègres, pour quelques bouteilles d*eau*de*vie ou pour quelques livres de tabac. » M. Faucher, Études^ etc., t. Il, p. m.

(a) Voy. M. Faucher, ibid., de la p. 77 à la p. 1 3 1.

Depuis que Tillustre Pitt a doté l'Angleterre (et, par TAngleterre, l'univers industriel) de l'esclavage et du massacre des enfants (i), tous les législateurs de TEurope ont fait des \o\^ pour empêcher le travail excessif des enfants dans les manufactures et pourvoir à leur instruction ; et partout ces lois, ont ëté inobservées, parce qu'elles étaient inobsen^ables y incompatibles avec les nécessités de l'industrie. Sauf quelques rares exceptions y il est bien constaté que l'unique école de l'enfance manufacturière est celle du blasphème, de l'obscénité et de l'ivrognerie (12). Là où l'humanité des maîtres a établi des écoles, sTu moins le dimanche, et exige que les enfants y assistent , quels progrès

(i) « Vers la fin du dernier siècle, les chefs de rindustrie se plaignant de Taugmentation des taxes, M. Pitt leur signalait le travail des enfants comme la grande ressource qui devait leur permettre d'en supporter le fardeau. Les manufacturiers prirent le ministre au mot , et alors fut inaugurée cette effroyable conscription, qui, enrôlant les enfants dès Tâge le plus tendre, s'étendit bientôt aux femmes elles-mêmes, et traîna les familles entières sur le champ de bataille de l'industrie... Les Anglais éprouvent aujourd'hui , sur leur propre sol, qu'il est plus difficile d'abolir l'esclavage que de l'instituer. » M. Faucher, ibid., p. 77-81. Malheureusement , l'esclavage a franchi le détroit et envahi le royaume des Francs , comme aussi le midi et le nord de TEurope. Voy. M. Villermé, Tableau^ etc., t. Il, de la p. 83 à la p. ia6.

(2) Voy. MM. Faucher et Villermé, ibid. '

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