‹ La science sociale au point de vue des faitsChapitre 137 sur 151 · LIVRE IV, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE IV

Dieu s'est plu à enrichir le cœur de la femme des qualités les plus précieuses; âiais ces qualités se transforment en vices, quand vous faites de la femme un être sans religion, et par conséquent sans moralité; quand vous Tarrachez au sanctuaire domestique, par le refus de tout ce qui eritretient la vertu dans son âme, le lait dans son sein, et les forces morales et physiques dont elle a besoin pour suffire à la bonne éducation de ses enfants.

Tel est le désordre immense qui se révèle partout. £n s'accumulant dans nos villes, la popula* tion y étouffe la famille, et raffaiblit par contrecoup dans le fond de nos campagnes. INe craignons pas de soulever quelque peu le voile qui couvre la plus mortelle de nos plaies.

Que la nation industrielle par excellence ait flétri la famille dans sa fleur, en entassant dans les ateliers les trois quarts au moins de la population générale; que, par l'application au sol du travail des machines et de tous les procédés de la grande culture, elle ait arraché les habitants de la campagne à leurs paisibles habitudes; qu'elle les ait convertis en populations nomades, et offrant, même dans le sexe, une dégradation de mœurs qui est à peine surpassée par la population urbaine, c'est un fait que les enquêtes officielles de 1840 à 1845 ont environné d'une lumière bien

4oo LA SCI£MG£ SOCULii:.

propre à guérir les auglomanes non désespérés; c'est un fait dont les Études sur V Angleterre de M. Faucher ont administré des preuves si éclatantes, si irrécusables et si connues de la plupart de ceux qui nie liront, que je crois inutile d'insis- 1er sur ce point : Le système économique anglais a frappé la société dans son premier germe : la vertu de la femme.

Montrons que ce mal incalculable ne tient pas au génie national, mais qu'il est inhérent au système, et qu'il infecte le continent dans la juste proportion de l'invasion du système.

Nous avons, sur la population industrielle de la France et de quelques pays voisins, entre autres études consciencieuses, celles de M. Yillermé.

Ma plume se refuse à retracer les tableaux hideux qu'ont fournis à son pinceau, d'ailleurs si modéré et si honnête, la démoralisation lilloise, rémoise, etc. (i). Je choisis Sedan, ville modèle, peuplée de douze mille ouvriers, la plupart habitant la campagne, et dignes de ce bel éloge : « Ces ouvriers forment une population excellente, laborieuse, soumise, tranquille, facile à conduire, peu ou point ivrogne. » Voici maintenant ce qu'on dit des ouvrières : « Là, comme dans beaucoup d'au-

(i) Voy. Tableau de l'état physique et moraly etc., 1. 1, de la p. 74 à la p. 227.

Page 1