LIVRE IV, CHAPITRt IV
Ires villes de manuraclures, elles cèdent bien moins à la séduction qu'aux détestables conseils des femmes avec lesquelles elles travaillent. Pressées, poursuivies sans cesse par leurs discours , leurs railleries, leur exemple, elles succombent; et telle est, m'assure-t-on, la force de ces attaques renouvelées chaque jour, qu'il n'est point rare que, pour les faire cesser, la victime s'empresse d'avouer sa chute. Dès lors, elle s'unit aux autres pour faire succomber, à son tour, toute nouvelle compagne dont la sagesse est un reproche pour elle (i). »
M. Villermé prouve ailleurs que cette influence corruptrice du travail en commun des ouvrières, influence constatée universellement par l'aveu même des victimes, étend ses ravages beaucoup plus loin qu'on ne pense communément, et que c'est dans ces foyers du libertinage provincial que se recrute la grande armée du vice qui infeste les capitales {a).
Flétrie ainsi dès sa première jeunesse, il n'en faudrait pas davantage à la femme pour la rendre inhabile à la bonne éducation de ses enfants. Mais le système ne s'arrête pas là : il détruit, ou du moins il annule dans ses effets la tendresse
(i) Tableau de tétat physique et moral , ctc,, 1. 1, p. a58. (a) Ibid., t. II, p. 5o-54.
4oa LA SCIENCE SOCIALE.
maternelle^ qui survit ordinairement à la vertu. 11 ne permet pas à la mère d'allaiter son nouveau«né^ obligée qu*elle est de gagner son pain du jour par un travail des plus durs et à distance. Si elle ne peut payer des frais de nourrissage^ elle devra laisser son nourrisson à la garde d'un autre en«* font, ou le livrer à des mercenaires qui, par l'allaitemenl artificiel I fût-il même accompagné des soins les plus délicats, n'en perdraient pas moins, dans la première année, soixante-^quatre nourrissons sur cent(i)«
Si la mère nourrit elle-même, le besoin qu'elle éprouve d'aller à l'atelier conquérir la moitié de son pain lui fera adopter l'usage, malheureusement commun en Angleterre, et déjà acclimaté ailleurs^ d'empoisonner les enfants avec de l'opium ou d'autres boissons narcotiques (i).
Une fois sevré, que devient cet enfant, privé ba* bituellement, durant quinze à seize heures, des soins de la mère? Faui^il être surpris que, sur mille enfants, la mort en emporte cinq cent soixante et dix avant la cinquième année^ et que les survivants goient la plupart maladifs, rachitiques, étiolés et difformes?
(i) L'expérience a été faite dans les hospices de Reims. M. Villerméy 1. 1, p. 243.
' (4) M» Faucher, Éttuies, 1. 1 , p. 37a ; t. Il , p. 1 7a ; M. Villerméy t. I, p. io6t