‹ La science sociale au point de vue des faitsChapitre 14 sur 151 · LIVRE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IV

se dilater sans que leur industrie reçoive le moindre accroissement. Nos plus grands efforts pour étendre leur sphère d'activité et les entraîner avec nous sur la route du progrès, n'ont produit dans quelques individus que de vaines singeries qui , en fusant honneur à l'habileté des maîtres, n'en démontrent que mieux l'impuissance des espèces animales à sortir de leur éternelle ornière.

Au contraire, à quoi voyons-nous travailler ce milliard d'individus humains, divers de costumes et de langages, mais identiques dans leur constitution physique et morale? Nous les voyons dépenser des forces infinies pour briser, anéantir tout ce qui entrave le développement illimité de leurs facultés, dont le cri éternel est : En avant ! Un individu a-t-il réussi, par la puissance de sa réflexion ou de son épée, à ouvrir aux multitudes une route inconnue et à faire crier : Découverte! il y a ivresse générale; on divinise l'inventeur, et l'invention est exploitée avec enthousiasme. Est-elle ce que sont toutes les inventions humaines, un pas de plus dans la science de notre ignorance et de notre faiblesse? On ne se rebute pas, et le monde finira avant que les hommes renoncent à la conquête de l'inconnu.

C'est là une folie, dites-vous. — Reconnaissez du moins, à la lumière des faits, que cette folie

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est universelle, incurable, et que les résultats ti'ea sont pas tl*op humiliants.

Que les hommes ne puiisent faire usage de leurs facultés de penser, de juger^ de raisonder^ de sentir, sans qu'aussitôt leui*s pensées et léur^ sentiments ne les emportent au-dessus et au delà de la sphère des sens, c'est un fait aussi vieux et aussi étendu que le monde.

Que ceux d'entre les hommes qui ne raisonnent pas encore, tels que les enfants^ ou qui ne parviennent jamais à raisonner, tels que les idiots, restent très-inférieurs à l'animal dans l'art de pourvoir à leur existence, c'est un fait connu dans tous les temps, dans tous les lieux.

Que les individus dépourvus de l'usage de leurs facultés supérieures n'aient ni liberté ni indépendance, et que tout leur bonheur consiste à sentir moins que nous les avantages et les inconvénients de l'existence, c'est encore un fait visible.

Vous devez donc voir que l'homme surnaturel ne diffère pas au fond de l'homme raisonnable, et qu'on ne peut extirper l'un sans l'autre. S'il se trouve des théologiens qui, par leurs définitions de Tordre naturel et de l'ordre surnaturel, creusent un abîme entre les deux ordres^ c'est que, en théologie, comme en philosophie et en politique, il y a des hommes qui excellent dans l'art de

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séparer ce que Dieu a uni et de confondre ce que Dieu a séparé.

Enfin, vous fût-il donné, messieurs les naturalistes, d'amputer radicalement la inculte déprasfée qui pense en nous, ou du moins d'en empêcher Fexerciee, vous n'obtiendriez pas votre but. Au lieu de nous maintenir du hiVéàu de Tanimal, et même un peu au-dessus, vous nous précipiteriez au-dessous. Au lieu de ddUs mener à la liberté, à l'indépendance^ au bonheur, vous nous en feriez perdre jusqu'au ^eptim^nte

Il est vrai qu'à l'aide de cette amputation ou de cette ligature de nos facultés les plus hautes, vous nous guéririez de la crainte de Dieu. Mais nous allons voir que si le Père de tous les êtres est une gène, un épouvantail, un mal pour votre homme des bois, il est le premier besoin de l'homme des champs et des cités.

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