‹ La science sociale au point de vue des faitsChapitre 144 sur 151 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

D0 IBMâOB ET hU MOTINS DE l'àPFUQUEE,

Le mal une fois connu , il y aurait trop de simpUoité à demander où est le remède*

Le mal est invétéré , il a jeté de profondes racines; il a enlacé à peu près tous les États de TEurope ; il a établi entre eux une solidarité de misères morales^ matérielles^ et de périls. Il faut donc beau-* coup de prudence et de sagesse dans la médicamentation.

Le mal est d'une activité effrayante; il dévore la vie sociale dans ses premières sources; sans même différer la catastrophe ^ les palliatifs ne feraient probablement que la rendre plus terrible. Vouloir jouer avec le mal, quelle folie! Il faut donc recourir sur-le-champ au remède, et l'appliquer avec l'énergie et la constance que commandent la grande difficulté et l'extrême lenteur de la cure.

Vous avez deux moyens d'une grande puis-

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sance, si vous savez les employer : les réformes administratives y les réformes législatives.

I. Réformes administratwes. -— Je les ai déjà signalées dans le troisième livre; elles se résument toutes dans le mot : Décentralisez!

Indépendamment d'une multitude de raisons que suggère le bon sens politique , la rage que le seul mot de décentralisation excite dans les partisans de la réi^olution en permanence ne suffiraitelle pas pour vous faire comprendre que là se trouve un des meilleurs spécifiques antirévolutionnaires?

Vous connaissez les efforts et les succès des radicaux suisses pour broyer sous la masse de la centralisation les vingt-deux cantons helvétiques» Vous connaissez les projets des démagogues français pour augmenter encore, s*il est possible, faction du pouvoir central , dès qu'ils en pourront disposer, et comprimer énergiquement les velléités d'émancipation départementale et communale. Écoutez un article des longues instructions que le comité révolutionnaire de TAllemagne , séant à Londres, adressait (en mars i85o) aux travaiU leurs germaniques , pour les prémunir contre IWprit provincial et de clocher des démocrates bourgeois et des paysans :

« Il faut que les ouvriers s'associent avec le prolétariat de la campagne, comme les démocra-

4l6 hk bClKXfCU SOC1A.LË.

les avec les paysans. Les démocrates travailleront directement pour établir la république fédérative, et y s'ils ne peuvent éviter la république une et indivisible , ils chercheront à paralyser autant qu'ils pourront le gouvernement central par l'indépendance des provinces et des communes. Les travailleurs devront^ au contraire, non-seulement agir dans le sens de la république une et indivisible, mais demander que le pouvoir soit centralisé dans les mains du gouvernement; qu'ils ne se laissent pas égarer par les mots de liberté des communes, etc. , etc., qu'emploieront les démo* crates. Dans un pays comme l'Allemagne, où il y a encore tant de restes du moyen âge, tant de préjugés locaux et provinciaux, on ne peut tolérer que chaque village, chaque ville , chaque province, oppose un nouvel obstacle à l'action révolutionnaire, qui ne doit partir que du centre- Il ne faut pas que, comme aujourd'hui, les Allemands soient obligés de se battre pour le moindre progrès, dans chaque ville et dans chaque province. La propriété communale, cette forme qui est encore abritée derrière la propriété moderne privée et les difficultés qui en résultent entre les communes riches et les communes pauvres, ne saurait plus être tolérée. Il ne faut pas non plus permettre que le droit de bourgeoisie communale puisse être opposé aux travailleurs

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comme obstacle à leurs droits politiques; il faut, comme en France, en 1793, centraliser rigoureusement le pouvoir. C'est la mission du parti révolutionnaire. »

Oui j ennemis et amis , tous vous le disent : Décentralisez! Reportez la vie administrative là où elle doit siéger, pour ne pas devenir un mortel embarras. Vous y trouverez, entre autres, trois précieux avantages.

i"" (^es passions intrigantes, ambitieuses, qui se portent au centre et y attisent le feu, resteront sur place quand vous leur direz : Nous n'avons rien à vous donner; nous ne disposons plus de ces emplois. Les lumières et les capitaux, chassés de vos provinces, y rentreront rapidement avec ^les moyens d'y exercer leur part légitime d'influence.

a® En ne faisant que ce que peut bien faire un gouvernement, vous vous déchargerez de l'odieuse responsabilité que fait peser sur vous le panthéisme gouvernemental. Sachez que le gouvernement s'attache les peuples, bien moins par ce qu'il fait, que par la liberté qu'il leur donne de faire ce qui est en leur pouvoir.

Ne vous effrayez pas des abus et des désordres que vous peignent sous des couleurs si sombres I les esprits sans réflexion ou intéressés au statu quo. Vous serez toujours assez forts contre les

cralie, ainsi que je l'ai observé (i), s'est montrée plus humaine^ plus populaire, elle n'en a pas moins substitué les machines et les animaux aux hommes , ici par esprit de spéculation , là dans des vues de luxe. Elle a rendu la plupart des ou* vriers agricoles aussi nomades et étrangers au sol que le peuple des manufactures. Le système des* tracteur envahit maintenant le pays de Galles et y sème d'affreuses misères. En Irlande , il a créé depuis longtemps ce qu'on n'avait jamais vu : une nation entière de pauvres, de faméliques, annuellement tourmentés, fréquemment décimés par la famine.

La législation et les mœurs anglaises en sont toujours à l'axiome féodal : Les hommes sont pour la terre. — Tant vaut la terre, tant vaut t homme. La politique chrétienne a consacré celui-ci ; Dieu a donné la terre aux fils des hommes (2) : elle ne peut être possédée de tous, mais elle doit profiter à tous.

Par contre, le morcellement excessif de la terre et sa mobilisation, telle que la demande le génie révolutionnaire, produisent son appauvrissement, la misère de ceux qui la cultivent , et la démoralisation générale.

(1) Liv. III j ch. IX. (t») Ps. xciii^ 16.

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Par l'égalité du partage, « la mort de chaque propriétaire, amené une révolution dans la propriété (i). » Or vous devez savoir que les révolutions n'enrichissent pas. — La propriété foncière ne rend qu'en proportion des soins qu'on lui donne; on ne la soigne qu'autant qu'on Tapprécie; nul ne l'apprécie mieux que celui qui l'a

créée.

La stabilité du sol consolide la famille, y maintient cet esprit traditionnel, ces vues d'avenir, cette affection au foyer domestique, qu'il est si important de raviver Les révolutions introduites par l'égalité du partage détruisent tout cela.

« Du moment où vous enlevez aux propriétaires fonciers un grand intérêt de sentiment , de souvenirs, d'orgueil, d'ambition à conserver la terre, on peut être assuré que tôt ou tard ils la vendront; car ils ont un grand intérêt pécuniaire à la vendre, les capitaux mobiliers produisant plus d'intérêts que les autres. » Et alors, « comme la famille ne se présente plus à l'esprit que comme une chose vague, indéterminée, incertaine, chacun se concentre dans la commodité du présent ; on songe à l'établissement de la génération qui va suivre, et rien de plus (2). »

(i) M. de Tocqueville , rie la Démocratie, 1. 1, p. 76. (a) Ibid., p. 77, 78.

^'à% LA SGffi!fCB SOClALfi.

Comme le despotisme oligarchique H Feâdlavage delà grande majorité sont la DonséqUetice de ritnmobilisation du sol par la tenili^e féodale^ de même le paupérisme, et son fils, le cbiuttiunisiiiéy se montrent au beul d'une mobilisatioti et d'ube division exagérées.

Multiplication du travail et des travailleurs^ et diminution des produits; détérioration du soi par la destruction des bois^ par la destt^uetion des ^ères et mères de l'agriculture^ les bœufs et les Vë^ ches; pénurie des substances alimentaire^ irretn-* plaçablesy blé et viande; plaie incurable de rusii^ë et des procès : telles sont les infaillibles cdn^quences du morcellement indéfini.

La France doit en savoir quelque choôé; Où peut citer aussi la Suède , où l'excès de la division du sol ^ surtout en Dalécarlie , a enfanté lëâ exeès de la misère et de la chicane (t).

Je Ile dis pas : Rétablisses^ les primogénitUreâ et les substitutions! INon^ ee serait un retoui* à ce qui ne doit plus être. Je ne dirai pas même \ Augmentez pour le testateur la quotité disponible!

(i) « 11 arrive souVeat qil'uti paysâh datébarîiôtl ¥èiid Hii lot de terre pour deux ou trois rixdales (4 ou 6 fn)) et que renregistrement de l'acte de mutation coûte une somme égale.» £d France, en iSBo, t prdcès pbiif i85 individus ^ en Suéde, I pour 3o. » Voyage en Saêde, par M. Alexandre Daamont , t, ly p. 336; t. II, p. ai3.

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Ce qùî certes serait très-prôpré à fortifier la puissance paternelle, dans laquelle le pôtlvôir politique doit chercher un appui, aii liéli de Tahsorber'.

Mais je dis : Veillez à la conservation et à la prospérité du sol, à l'intérêt capital de l'État, et aussi à l'intérêt bien compris des héritiers, eii fixant une limite inviolable à la division des terres.

Il est évident que cette limite doit varier avec la nature du terrain et l'espèce de culture dont il est susceptible. Si toute loi, digne de Ce tiotii, exige de profondes études, celle qui règle les successions est la pliis difficile à faire. Je crois même qu'une loi uniforme est inlpossible pour liti graiid pays. Elle serait oii trop géhérale, trop vâgiiè, pour empêcher les grands abiis, ou trop détaillée pour ne pSLS les produire. C'est un point sur léquel il est à propos de faire une pài^t à là cou^ fume en lui donnant force de loi. Quoi qu'il en soit, il faut bien se garder de confier les travaux législatifs à l'esprit systématique des theoristes de la basoche, gens qui peuvent savoir d'où leur vient l'argent, mais qui ignorent d'où sort le pain d'une nation.

Pour favoriser, dans de sages limites^ la multiplication des propriétés foncières, satis trop s'exposer au terrible inconvénient de la dépréciation du BoI par la diminution et la dégénération du bétail, par le déboisem^ilt, ^t par rilltdrâbll* ttni-

4ti4 ^^ SCIENCF SOCIALE.

Une des petits cultivateurs et fermiers, quand ils n'oDt pas daus leur voisinage des maîtres et modèles ; il importe beaucoup d'avoir partout quelques grands propriétaires capables d'essayer et d'accréditer les procédés utiles, et surtout de conserver et propager les belles espèces animales.

Cest un axiome , que les petites propriétés ne peuvent se soutenir et prospérer que sous la protection des grandes, pourvu toutefois que celles-ci soient habitées par l'amour du travail et de Ja vertu. Ce précieux avantage se trouve dans les instituts religieux propriétaires, surtout quand ils sont agricoles. 11 y a là, en même temps, immobilisation de la propriété et mobilisation des personnes qui en jouissent. 11 y a école publique de vertu et de travail intelligent; de plus, grenier de réserve pour les cas de détresse. C'est la meilleure des banques agricoles (i).

Or, malgré un vieux reste de préventions contre les communautés propriétaires, le gouvernement français a reconnu la nécessité des ordres reli-

(i) « Mettre la banque dans^les campagnes, c'est mettre le rasoir dans la main des enfants. Vous voulez relever les cultivateurs, et vous prenez le chemin de les ruiner.

« Dites-vous, Nous ne prêterons que pour couvrir le tiers de la propriété ? Vous venez trop tard , c'est déjà fait. Si votre intention est de n'endetter la propriété qu'au tiers, votre banque peut prendre son sac et ses feuilles. » M. Saint- Bonnet, la Restauration, p. i68.

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