LIVRE II, CHAPITRE V. l3l
Disons*le à rhohneur de la nature humaine , nul peuple^ si dégradé qu'il sôit, n'a pu encore se résoudre à descendre jusque-là. Le sàiivagé de rOcéanie se soumet à se^ cheFs^ aloi^s même qu'ils le fbnt mettre au fbilt^, parce que telle est la vohnté des diieux. Le paria de l'Inde honore les quatre castes qui Taccablent de mépris et de mauvais traitements ^ parce qu'il voit en elles Tœuvre de Brahmà. Le Chitiois souffre leà avanies du tnandarin, àttetldu que celui-d réprésenté le fils du ciel. L'eunuque du sérail et le troupeau confié à sa garde se consolent de leur triste condition par la foi au dieu de Mahomet.
Oui, redisons-le, nul peuple n'a été assez vil pour répudier le droit divin et dire : Je ne veux d'autre gouvernement que celui des hommes.
L'Europe seule était capable de donner un tel scandale, en vertu du principe : Optimi pessima
même une religion civile, dont voici le plan : L existence de la IHpinUé puissante, intelligente^ bienfaisante, prépayante et pour^ fiante; la vie à venir , le bonheur des justes, le châtiment des méchants^ la sainteté du contrat social et des lois : voilà les dog^ mes positifs. Quant aux dogmes négatifs, Je les borne à un seUÎ: c'est V intolérance, *, Que si quelqu'un, après avoir reconnu P^itqtBement ces Hnémles dogme s y se conduit comme ne les croyant pos, qu'il soit puni de mort} il a commis le plus grand det cri» nés, il a menti devant le s lois! — Il est juste d'observer que si les disciples de Rousseau ont fait généralement bon înarché àesdogmes positifs, ils ont en revanche été ftdèles au dogme négatif,
IJ'Jt LA SClbfilGË SOClALl!;.
corruptio. Comment en est-elle venue, non à professer expressément cette dégradante doctrine , mais à en permettre renseignement public et des essais qu'elle expie si cruellement?
La raison en est assez connue : ce sont les religions ciifiles construites au xvi® siècle sur les ruines de la religion fondée par Jésus-Christ, qui donnèrent l'idée d'une société civile à édifier sur les débris d'une société bâtie par les prêtres. Les religions civiles furent surtout l'œuvre brutale des princes et de leurs gens d'épée; le succès des sociétés civiles fut Tœuvre adroite des gens de plume et de robe. Les princes avaient dit : a Nous serions tout-puissants sans le pape, lesévéques, les prêtres , les religieux et les principes d'insubordination qu'ils entretiennent dans le peuple. Voilà Luther qui travaille à nous en délivrer; aidons-le, et, joignant la crosse à l'épée, nous tiendrons les peuples par l'âme et par le corps. » Les gens de plume et de robe, qui avaient beaucoup aidé à cette révolution , voulurent naturellement en partager les fruits ; et, secondés par cette conscience chrétienne qui ne peut plus supporter les souverains qui se font dieux, ils mirent en crédit ce principe : « VÉtat civil j né de la libre réunion des volontés humaines^ ne doit être régi que par la volonté générale de ses membres. Le véritable souverainy c^est la nation.