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Les troues furent culbutés; et si ou les releva, ce ne fut que pour servir d'appui à la tribane parlementaire, leur successeur. La tribune, après avoir longtemps fulminé des arrêts de destruction et de proscription pour faire monde neuf 9 a voulu enfin reconstruire, et a cru trouver ce juste milieu de la sagesse, tant recommandé par Montesquieu, et qui consiste à tirer parti de tout, même delà religion, ce II y a du bon dans le christianisme, a-t-on dit; mais il s'y trouve aussi des choses qui , utiles peutêtre au moyen âge, ne peuvent aller à des nations arrivées , comme nous , à l'âge viril. Nous voulons bien une ou plusieurs religions pour les individus , surtout pour le peuple ; mais nous entendons que la société civile reste séculière, laïque, et que son gouvernement, chargé de pourvoir à tous les grands intérêts sociaux, veille surtout à réprimer les ennemis de nos lumières et de nos glorieuses conquêtes: la liberté de conscience , d'opinion , de discussion, l'indépendance de la raison , l'égalité de tous devant la loi ! »
— Oui, vive l'égalité! mais qu'elle ne soit plus une parole vaine ^ s'écrient aujourd'hui tous les croyants du Contrat social qui se croient mal partagés.
— Mais nous avons réalisé le principe de l'égalité autant qu'il peut l'être, répondent les croyants
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conservateurs; n'est-il pas le fondement de nos constitutiopsi de nos lois ?
•*<- Oui I vous l'avez mis dans vos constitutions^ dans vos lois ; mais est-il dans les choses ? Quelle égalité voyez*vous donc entre le pauvre prolétaire qui s'excède de travail et de privations pour donner l'indispensable nécessaire à sa famille, souvent sans y réussir, et le gros propriétaire ou rentier qui, sans rien retrancher de son luxe 6t de ses plaisirs , peut donner à ses enfants une éducation brillante et leur léguer ses habitudes de mollesse?
— Voudriez-vous donc abolir le droit sacré de propriété?
— Nous voulons, au contraire, sacrer la pro^ priété en l'universalisant. Telle que vous l'avez faite, elle n'est qu'un odieux privilège, qui fait de la belle devise : Liberté, égalité, fraternité, une insultante ironie.
— Mais l'égalité de richesse est une chimère de spéculation qui ne peut exister dans la pratique, de l'aveu même de Rousseau (i).
— Soit; nous répondrons avec Rousseau : « Si l'abus est inévitable, s'ensuit-il qu'il ne faille pas au moins le régler?... Que nul citoyen ne soit assez opulent pour en pouvoir acheter un autre,
(i) Contrat social y liv. }l^ ch.tu
(i) Contrat social, liv. II, ch. ii.
(a) De l'Esprit des lois, liv. XXIII, ch. xxix.
[%) ïbid., liv. XXVI, ch. xv.
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et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre (i). » Telle est la règle indiquée parle bon sens, pour quiconque, comme vous et nous, voit ;
dans la société l'œuvre de la raison et de la justice humaine. Au reste, c'est aussi là un des grands principes de voire maître Montesquieu, qui, énutnërant les obligations de VÈtat^ dit expressément quW doit à tous les citoyens une subsistance as* suréej la nourriture^ un vêtement conifenahle, et un genre de vie qui ne soit point contraire à la •
santé (a).
-— Vous avez mal compris Montesquieu, grand y
défendeur du droit de propriété, dont il dit : a Le i
bien public est toujours que chacun conserve
invariablement la propriété que lui donnent les
lois civiles... Le bien public n'est jamais que Ton
prive un particulier de son bien, ou même
qu'on lui en retranche la moindre partie par une
loi ou un règlement politique (3). »
— Eh bien , nous respecterons la distinction
puérile que fait ici Montesquieu entre l'ordre
civil et l'ordre politique, et, au lieu d'une loi ou
d'un règlement politique sur la propriété, nous
ferons une loi ou un règlement civil; car si le
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droit de propriété est un don des lois ciifUeSj comme l'affirme avec raison votre grand homme, rien n'empêche que les lois civiles ne Fabolissent, et, à plus forte raison, ne le modifient.
— Pour cela , il faudra du moins que vous soyez en majorité. En attendant, vous ne pouvez attaquer un droit consacré par la volonté générale et regardé jusqu'ici comme le fondement de tout ordre civil.
— En attendant, nous userons du droit de libre discussion^ de libre jugement inhérent à chaque homme, droit antérieur à tous les droits, que nous n'avons puisé ni dans les déclarations des assemblées, ni dans la souveraineté du peuple, et que fU)us défendrons contre les déclarations des assemblées et contre la souveraineté du peuple^ s* il le faut. Nous défendrons, à rencontre de toutes vos lois, les anciennes conquêtes de la liberté de pensée et de conscience^ de F indépendance de la raison; conquêtes que vous avez tant acclamées dans Luther, se levant seul contre le monde catholique pour réclamer l'affranchissement de l'esprit humain; conquêtes que vous avez défendues vous«mêmes jusqu'ici comme Je palladium de la civilisation moderne, contre le parti prêtre et les regrettants de la théocratie du moyen âge; conquêtes que vous reniez ou plutôt que vous confisquez, aujourd'hui qu'il s'agit
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d'abaltre, au profit du peuple, les institutions du despotisme politique et civil. Fous aurez beau faire y vos lois seront discutées et mesurées à ce critérium de la raison et de la conscience indivis duelle... Contre vous, vos successeurs , contre le peuple lui-même^ nous défendrons nos libertés, nos droits individuels, et nous ne permettrons pas qiCune prétendue souveraineté du peuple se révolte contre la liberté, sa mère , se détruise en niant son origine, et reconstitue sous une forme nouvelle une infaillible papauté (i).
(i) Yoy. y dans le Moniteur^ le discours de M. le représentant de Flotte, dans la séance du 12 juin i85i. Citons encore ce passage bien remarquable : « Il faut nous entendre. Que si vous voulez défendre les anciennes formes sociales ; que si vous voulez défendre l'ancienne société, vous n'aves qu'une ressource : c'est de vous appuyer sur la force et la puissance qui les a créées ; c'est de vous appuyer sur les prescriptions religieuses, sur un droit supérieur à la discussion humaine , sur la révélation, sur la foi : vous serez logiques alors. Bfais ne nous parlez pas de souveraineté du peuple, de conscience humaine , de droit de discussion, d'assemblée, pour défendre ce qui n'a pas été fondé par cette discussion et par ces droits. (Mouvement.) Soyez catholiques , soyez ultramontains , ou soyez ayec nous qui ne reconnaissons pas cette autorité ; mais ne nous parlez pas d'une prétendue autorité que vous puisez dans notre principe, et à laquelle vous voulez donner le caractère de l'ancienne autorité de la révélation et de la foi. Nous ne l'admettrons jamais. (Rires à droite.) Ce que je dis est plus sérieux que vous i^e le pensez. »
l38 Lk SGIEVfiB SOCULE.
— Mais c'est là proclamer Tanarchie absolue, c est pous mener à Fëtat sauvage !
Eh, oui, messieurs les partisans de la sociëtë sécularisée et des gouvernements libres de tout frein» c'est là de la sauvagerie ; mais convenez que c'est le seul moyen, dans votre système, d'échapper à c^ que nous haïssons par-dessus tout : l'esclavage, le r^ne de l'homme sur l'homme. Pouf d^s peuples élevés par le christianisme, plus de milieu possible entre une société fondée sur la souveraineté de Dieu et une société fondée sur la souveraineté de l'individu. Dès que Dieu n'est plus là avec sa raison supérieure, ses promesses et ses menaces, pour expliquer et maintenir l'ordre social, chaque raison devient souversiine, chaque volonté devient inviolable; et si ces raif sons et ces volontés individuelles consentent encore à s'unir, ce n'est que pour broyer tout pouvoir humain qui voudra s'élever au-dessus de la souveraineté individuelle. On ne cessera donc de démolir et de broyer que quand on aura atteint le but sublime marqué par Weisshaupt et Proudtion : la réintégration de l'individu dans; son droit primitif à l'adoration et au gouvernement de soi.
Les intérêts matériels s'y opposeront, ditçSf vous? — Tout au contraire, ce sont les intérêts ou plutôt les instincts matériels qui nous y