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veraement de l'État et de FUnion entière; enfin , ouvrez devant elles un théâtre immense à leur activitë, un aliment inépuisable à leur amour de la richesse et du bien-être ; vous devez comprendre que, avec ces habitudes et tant d'occupations absorbantes, les masses n'auront ni le loisir ni la volonté d'aller guerroyer sur le terrain des questions religieuses.
Le bon sens populaire , qui domine tout aux Etats-Unis, n'a jamais aimé à mfïiner sur la religion. Il regarde celle-ci comme l'œuvre de Dieu, et ne s'imagine pas que les hommes puissent jamais jouir du droit absurde de la refaire. Aussi a-t-il toujours répugné aux innovations religieuses, et il est historiquen/bnt démontré, notamment par ce qui se fit au xvi^ siècle, qu'il n'a jamais changé de religion que sous la pression des classes aristocratiques. Celles-ci n'existant pas dans la république américaine, « le christianisme a conservé un grand empire sur l'esprit des Américains; il ne règne point seulement comme une
philosophie qu'on adopte après examen , mais comme une religion qu'on croit sans la discuter (i). »
La variété infinie des sectes fait qu'on attache
(i) De la Démocratie f t. UI, ch. i.
igO LA SCIBUGE SOGIALC*
peu d'importance aux divergences dans la forme du culte; mais l'opinion publique exige que Ton tienne aux principaux dogmes et préceptes de YÈ* vangile, et le ministère religieux protestant est trop faiblement organisé pour lutter contre celte tendance générale des esprits.
En effet, nous dit M. de Beaumont, il n'y a pas de pays au monde où les fonctions religieuses s'obtiennent aussi facilement et se déposent de même. « Le ministère devient une carrière dani laquelle on entre à tout âge, dans toute position, et selon les circonstances. Tel que vous voyez à la tète d'une congrégation respectable a commencé par être marchand; son commerce étant tombé, il s'est fait ministre. Cet a\Ure a débuté par le sa* cerdoce ; mais dès qu'il a eu quelque somme d'argent à sa disposition, il a laissé la chaire pour le négoce. Aux yeux d'un grand nombre, le mi* nistère religieux est une véritable carrière indus* trielle. Le ministre protestant n'offre aucun tmt de ressemblance avec le curé catholique. En général, celui*ci se marie à sa paroisse; sa vie tout entière se passe au milieu des mêmes personnes, sur lesquelles il exerce non-seulement l'influence de son caractère sacré , mais encore l'ascendant de ses vertus; il ne fait pas un métier, il accomplit un devoir. L'existence du ministre protestant est, au contraire, essentiellement mobile) rieu ne
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l'enchaine daûs une congrégation, dès que son intérêt l'appelle dans une autre; il ap[Mirlittit éê droit à la communauté qui le paye le mieux... Rien n'est plus rare que de voir un ministre pro-> testant à cheveux blancs. Le but principal que poursuit TAméricain dans le sacerdoce, c'est son bien-être, celui de sa femme, de ses enfants; quand il a matériellement amélioré sa condition, le but est atteint, il se retire des affaires. L'àgo arrivant, il se repose (i). »
On conçoit que des ministres aussi vire^voltis ne s'avisent pas de changer les croyauces de la congrégation qui les paye.
Cependant, en dépit de toutes les résistances que le fond du caractère national et des circons^* tances locales tout à fait exceptionnelles opposent aux excès de l'individualisme religieux, il n'en est pas moins vrai que TUnion américaine n'échap** pera pas aux ferments de dissolution qu'elle porte dans ses entrailles, si les progrès rapides du catholicisme ne donnent pas à ce corps immense la première des conditions d'une longue vie : Tunité reli-* gieuse. Les Américains, dont Fesprit naturellement grave et porté à la réflexion n'est pas absorbé par les affaires, ne peuvent plus se dissimuler l'ave*^
(i) Mamou i'£$elamg0, t« U,p. i85«6.
iga Li' sciEUCE sociale.
nir sinistre dont les menacent et les progrès du socialisme, parallèles à ceux de la civilisation, et Tincroyable empire qu'exercent les plus absurdes' prophètes sur des populations qui accueillent favorablement tout ce qu'on leur prêche sous le manteau de la Bible.
Quant au travail des sociétés secrètes et du socialisme, il suffit de citer ce qu'en écrivait en i83o le colonel Hamilton.
<c Les franc-maçons, qui comptent dans leurs rangs une moitié de la population de New-York.., s'étendent tous les jours dans les Élats voisins... A New-York, la société s'est divisée en deux classes : les ouvriers , en opposition à ceux qui jouissent de la vie sans avoir besoin de leurs bras. liCs idées de cette société se montrent partout dans les journaux et dans les affiches. Leur première exigence c'est l'égalité et tunwersalité de V instruction. Ils soutiennent qu'il y a une aristocratie privilégiée partout où cette égalité n'existe pas... Ils font prévoir que bientôt il y aura, pour l'instruction, un degré qu'il ne sera pas permis de franchir sans encourir le blâme de ses concitoyens. » Ce sont les socialistes modérés ; l'extrême gauche veut une loi agraire. « N'est-il pas honteux, disent-ils dans les termes les plus violents, qu'un homme aille en voiture tandis qu'un autre marche à pied; qu'en rentrant, l'un trouve une bou-