‹ La science sociale au point de vue des faitsChapitre 64 sur 151 · LIVRE II, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE IX

sourire de pitié qir'on donne aux discours d'un insensé (i). »

On ne peut faire avec succès de la mauvaise théologie ou philosophie que dans les régions où la bonne a longtemps régné et conquis le respect général par de grands travaux; car le mal ne se répand que sous le masque du bien. Ce fut des monastères savants, des universités, des corps lettrés, de tous les foyers de lumière qui avaient dissipé les ténèbres du moyen âge, que sortirent, au xvi® siècle, les brandons qui ont presque réduit en cendres notre Occident.

Or, le protestantisme américain est loin de toucher au degré de maturité scientifique où commence la corruption. Si, depuis sa première apparition sur les rivages du nouveau monde en 1620^ il a fait d'admirables progrès en tolérance, il n'en est pas moins vrai qu'il se ressent toujours de la vigoureuse théocratie qui présida à son éducation, sous la main de fer des disciples de Calvin.

La liberté religieuse que les premiers émigrants

(1) M. G. de Beaumont, Marie ou l'Esclavage, 1. 1 , p. 247. — « Il y a telle ville de troisième ordre en Europe, dit M. do Tocqueville, qui publie chaque année plus d'œuvres littéraires que les vingt-quatre États de l'Union pris ensemble. »> De la Démocratie^ t. II, p. aa3.

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anglais allaient oherolier en Amérique ne ressenti* blait aucunement à celle qui y règne aujourd'hui ^ réglementée qu'elle était par le code draconien du réformateur genevois. Rien de moins tendre que la législation puritaine des États de la Nou*velle- Angleterre, condamnant au bannissement perpétuel les anabaptistes, les quakers, et à là mort le prêtre catholique qui, chassé une première fois, eût osé reparaître (i). Le major Poussin observe que les catholiques du Maryland levèrent les premiers, en 1634^ Tétendard de la tolérance religieuse dans le nouveau monde, en déclarant dans leur constitution qu aucun individu ne pour^ rail être recherché^ inquiété ou molesté pour cause d'opinion religieuse (a).

En même temps qu'on sévissait avec tant de ri* gueur contre les contempteurs des dogmes de Cal* vin, on appliquait énergiquement ses lois et règlements de police religieuse sur l'observation du dimanche, sur l'éducation de la jeunesse; on se

(i) Voy. M. cleTocqueville, De la Démocratie, t. 1, ch. ii.

(a) De la Puissance américaine, 1. 1 , ch. ix. — Il est à remarquer que les nombreux réfugiés protestants qui se retirèrent à Baltimore payèrent bien mal l'hospitalité reçue. Ils s'insurgèrent contre les catholiques en 1686, et en 16921e Maryland passa sous la suprématie de Téglise anglicane , qui perséeuta rudement les catholiques et les quakers. Ibid., p. lai.

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moqtfiit impitoyable contre le luxe^ les théâtres^ les jeux, les divertissements, et surtout contre radultère(i).

On ne peut nier qu'un tel système n^ait beaucoup contribué à former ce fonds d'esprit religieux qui distingue les citoyens de FUnion des habitants de notre vieille Europe, hébétés par l'esprit philosophique, qui n'est qu'un grossier mépris d'une religion que l'on ignore, a Là^ l'homme sans religion est un lépreux , nous dit M. de Tocque*

ville; chacun le fuit, et il reste seul Les Ame*

ricains confondent si complètement dans leur es* prit le christianisme et la liberté, qu'il est presque impossible de leur faire concevoir l'un sans l'au* tre (a). »

Grâce encore à la sévérité des consistoires, le protestantisme n'a point produit en Amérique ce triste mépris des liens du mariage et de la foi conjugale, qui, des pays réformés par Luther et Henri VIII, s'est répandu comme une lèpre sur les sommités de la société européenne, et en dévore maintenant les couches inférieures.

(i) De la Démocratie f voir les notes du 1. 1, p. a85-8« (a) Ibid.j 1. 1, ch. xi, p. aog.— • « On ne croit pas, aux Etats -* Unis, qu'un homme sans religion puisse être un honnête homme.» M. de Beaumont, Marie ^ etc., t. II , p. 2a4.

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(c La religion y est (en Amérique) souvent impuis* sanle à retenir rhomme au milieu des tentations sans nombre que la fortune lui présente; elle ne saurait modérer en lui Tardeur de s'enrichir, que tout vient aiguillonner; mais elle règne souverainement sur l'àme de la femme, et c'est la femme qui fait les mœurs. L'Amérique est assurément le pays du monde où le lien du mariage est le plus respecté, et où Ton a conçu l'idée la plus haute

et la plus juste du bonheur conjugal Tandis

que l'Européen cherche à échapper à ses chagrins domestiques en troublant la société, l'Américain puise dans sa demeure l'amour de l'ordre, qu'il porte ensuite dans les affaires de l'Élat (i). »

A ces populations éminemment laborieuses, qui puisent dans la religion et la vie de famille un grand amour de l'ordre, donnez un régime municipal des plus populaires, une constitution de chaque Etat , et une constitution fédérale , qui fassent concourir tous les citoyens à i'administi*ation de la commune et de la justice, au gou-

(i) De la Démocratie, 1. 1, ch. ix. — C'est aussi rhommage que M. de Beaumont rend aux Américains, en disant que « la société, indulgente pour le libertinage du célibataire avec les prostituées, condamne sans pitié Fadultère. Elle y est également inflexible pour l*homme qui provoque et pour la femme qui le commet. Tous deux sont bannis de son sein. » Mttriey t. I,p. ^7,

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