LIVRE If, CHAPITRE X. ao
Mab, si à la bonne foi vous joignez un peu .d'ex» périence, vous m'accorderez deux choses: T que dans le très-grand nombre des familles, la Bible reste ensevelie dans la poussière; a® que, quand la jeunesse de l'un et de l'autre sexe s'avise de lire la Bible, autrement que sous l'œil de pères et mères chrétiens, elle s'attache de préférence à tels chapitres que je pourrais vous citer, et qu'elle en déduit des idées morales à faire peur. Si vous m'accusez d'exagération, j'invoquerai le témoignage d'un brave officier général français, qui ne rapporte que ce qu'il a vu(i).
Ayant suffisamment parlé ailleurs de l'immense part que l'Église catholique fait à tous ses en&nts
salul, si elle ne s'obstine pas à périr par une dernière lutte contre le maître de la vérité et de la vie.
(i) « Les chapitres à'OUa et d'Oliba, ceux..., se trouvent dans les Bibles destinées aux jeunes demoiselles ; et les pages de ces Bibles qui renferment de tels chapitres sont les plus sales, les plus usées : preuve incontestable qu'elles ont été les plus lues. Je parle pour avoir vu, on peut m'en croire. Aussi, il y a longtemps que cette sorte d'expérience m'a fait rendre justice à la sagesse du clergé éclairé, qui relègue ces livres que. nous devons respecter, mais qu'il ne convient pas à tous les âges de lire, dans les bibliothèques des théologiens. » L'Angleterre vue à Londres et dans ses provinces, par M. le maréchal de camp Pillet (Paris, i8i5), ch. xl, p. 33i.On peut voir aussi, dans le même ouvrage, des exemples de la morale que puisent certaines familles dans la lecture de la vie des patriarches. Voy., entre autres^ ch. v, p. 54*
dim^ la défense et Texploitàtioa l'éguliàre dé la science religieuse (i)i je ne dirai qu'un meta -^^ Ou-i TJtez la grande collection des défenseurs db thtlk)^ licisme, et comptez les œuvres du génie laïque qili y flgurentavec gloire parmi celles de Févéque et dit prêtre. Si f depuis les philosophes Athénâgbfë et Justin, auteurs des prenlières apol&gië^ dû chi*i$kianiâme, jusqu'à TeKcellent magistrat et père dé fomiUe à qui nous devons les Étudeâ phitMôpkî^ ques sur le christianisme^ vous tt*bUVeÉ Un âetkt écrivain séculier discutant convenablement les matières théologiques^ à qui les légltitneis organëj de l'Église aient dit : De quoi vous tnéle^-vbus? nommez-^le.
On me dira encore : Un pouvoir réputé infeib Uble, et qui a la vertu effrayante de lier et dé délier les âmes, n'offre -t-^ il pas de grahd:$ dàhgèrrf, et j)ôut* lès homthes personiiellement faillibles qui l'exercent , et pour ceux sur lesquels ils l'exercent ?
— Oui, l'exercice de ce pouvoir est plein de danget^ pour lé prêtre, et celiii-ci doit frémir en lisant ce qu^ont écrit sur ce sujet les plus grands docteurs de l'Église. Mais que conduire de 4si? Qu'il importe extrétHenient à tous, etàiii gouvernants encore plu^ qu'aux autres, de laisser à l'Église
(i) Voy. hildenèe dé îû Dfe> t. h
la plus grande liberté pour le choix, J)oUr Peducatioti dé $es tninistfëd, et polir lé ttiâidtièii dés lois de sa discipline.
QuanI aux datogél^ que fferàlt courir aux fidèles le pouvoir du prêt^é catholique, ils n'existent que pour ceux tjui né veulent pas les éviter, et recourir aut remèdes si prompts et si efficaces qu'offre la constitution catholique. £ti effet, celle-ci, même à oe la consldérel' que du point de tue humain^ eàt bien, de toutes les constitutions imaginables, cfelle qui laisse le tnolns dé place à ^arbitraire. Tout-pu lisants pôtlr le bien dans les linlites tracées par la charte catholique , l'évêque et le prêtre sont frappés d'impuissance du moment qu'lh osetit fratichir ou déplacer ces limites fixées, par line haairl divine, conservées intactes durant dix*-huit siècles, et (\\iè tout catholique est obligé de confaaîtrë. Comtnent voulez-vous qu'ils entrainetit dans de graves erreurs , en matière de mœurs et de croyances, des populations chez lesquelles les enfants de dix ans doivent porter gravée dans leur esprit et leur cœur la règle immuable des taiDeurs et de la croyance universelle? Aux murmures et aux réclamations populaires^ qui accueillent toujours l'apparition de la nouveauté dâfaâ le càtnp catholique, succède le cri d'alarme, poussé par les sentinelles et porté rapidement de la circonférence au centre ♦ Des lors l'autorité est
Uo8 LA. SGI£NC£ SOGIAU. .
saisie de la cause, chacun est averti de se tenir en garde , et il n'y a de trompés que ceux qui veulent Télre.
Je ne nierai pas certes les maux immenses que nous ont faits les mauvais prêtres. Je crois même avoir dit ailleurs (et l'histoire le dit aussi) que, dans le monde chrétien, nul mal ne peut grandir ni s'étendre s'il n'est patroné par le transfuge du sacerdoce (i). Mais à qui appartiennent les mau« vais prêtres? est-ce à l'Église, qui ne néglige rien pour n'en avoir que de bons, pour redresser ceux qui penchent, relever ceux qui tombent, annuler ceux qui s'obstinent dans le mal?
Hélas, oui , soyez de bonne foi , honnêtes gens du monde! c'est vous qui, sans trop le savoir, faites les mauvais prêtres; et voici comment. Vous estimez, vous vénérez les hommes de Dieu qui aspirent à vivre selon la perfection de leur état; mais vous ne les aimez pas, parce qu'ils dérangent vos petits calculs de paresse et d'ambition. Vous ne dites pas , comme l'école de Voilante : a Ruinons les mœurs pour ruiner l'influence des prêtres! » Mais vous dites avec l'école de Montesquieu : « Faisons en sorte que le sacerdoce, au lieu de se séparer y de se distinguer, ne fasse avec nous qu'^/i même corps j comme en • * ' ■»^— ^■— — — ^— — — — 1^1^.— i^— — ■^— — — —— «^— — »—
(i) Solution de grands problèmes f t. III, ch. xxx.
LÏ\RE H, CIlAPlTRlj; X. 209
Angleterre; car là où le clergé aura peu de crédit , les autres citoyens en auront davantage (i ). »
Vous prêchez donc incessamment au prêtre la modération dans le bien ; vous faites d'incroyables efforts pour lui imposer votre médiocrité en lumières religieuses et en vertus. SUl vous écoute et qu'il se fasse votre semblable y il tombe inévitablement au-dessous de vous; car dès qu'il a reçu l'onction céleste , il ne lui est plus permis de mener une vie purement humaine; ou il vise à devenir un ange, ou, de chute en chute, il devient un démon (2); une fois qu'il est au-dessous de vous, vous avez beau le mépriser, le prêtre vous enlace et vous entraine dans l'abîme, en vertu d'une loi que nulle main humaine n'a écrite ni n'effacera : Tel sacerdoce ^ tel peuple Ç5)l
Qu'attendent donc tous les partisans honnêtes de la liberté sans licence et de Tordre sans despotisme, pour ouvrir les yeux et reconnaître ces vérités fondamentales?
Nulle liberté, nul ordre, nulle société n'est possible, avec des âmes désordonnées, qui ne veulent d'autre loi que leur raison, c'est-à-dire leurs passions.
(i) De t Esprit des lois, liv. XIX, ch. xxvii. (a) Saint Jean, ch. vi, 71.
(3) Osée , ch. iv, 9.
aïO LA. SCIENCE SOCIALE.
Pour les peuples élevés par le christianismi^ j il n'y a de loi capable de discipliner les àoiea que la loi de Jésus-Christ.
La loi de Jésus-Christ n'est qu'un texte AU& dis^ p«tés, aux divisions; bien plus, elle n'est qu'uiM divinisation de toutes les erreurs^ de tous les cri<* mes , si elle n'est pas préchée et expliquée par le sacerdoce catholique, qui seul est en possession du droit de dire 2 II a paru à F Esprit saint et à nous (i)*
Ce pouvoir divin et infaillible du sacerdoce!^ loin d'être une source de despotisme ^ cotnme l'ont prétendu, le prétendent encore tant d'igno** rdnts, esty au contraire, notre unique palladium contre toutes les formes du despotisme. C'est notre palladium contre le despotisme de Tévéque ou du prêtre qui oserait ajouter ou, retrancher un iota aux prescriptions de l'unique souverain de nos âmes* — C'est notre palladium contre le des^^ potisme du génie orgueilleux qui voudrait nous conquérir à sa pensée. * — C'est notre palladium contre le despotisme monarchique^ aristocrëti** que^ démocratique, qui tenterait de dous sou-^ mettre comme un vil bétail au bon plaisir d'un seul 9 ou d'une minorité oligarchique, ou d'une
{i) Actes des Apôtres, ch. xv, a8.
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majorité réelle ou faoticei — C'est aussi l'unique sauvegarde des pouvoirs politiques^ tous condamnés à périr dès qu'ils né bonhai6sent plus de bornes.
Ce sacerdoce surhumain et infaillible est la première nécessité sociale 4 Si vous refusez le sa* éerdoce que Jésus^dhrist a établi ^ il est impossi* ble que votis édhappiez à celui que le génie du mal a organisé et qui, après avoir travaillé dans les ténèbres^ dpère maintenant à la face du soleil.
Voyez donc! la sagesse philosophique a dit :
Le prêtre ^ par son ministère Occulte , porte le trouble j la diVision dans les fkmilles ^ sépare Té* pousè de répoux ^ les ehfâtita des pères. On a fermé la porte au prêtre de Jésus-Christ^ <jui di« sait à la femtne : Soid aussi inséparable de ton mari que l'Église Test du Christ (2)) au prêtre qui disait à l'enfont : tionore père et mère comme les Umiehants dé Dieu ! À.ussit6t il est entré un ap6^ tre dit mal qui a dit à la femme : Tu n'es pas une esclave, sois à quiconque a le don de te plairai et <)Ui déjà lui dit : Sois à tous! 11 a dit aux etifants : Vous étés libres , suivez-^moi aux lieux où vous apprendrez à jouir de vos droits.
La politique moderne a dit : Le prêtre, le religieuse n'entendent rien à l'éducation de la jeu-^
(i) Épure aux Éphésiens^ ch. v^ 24.
nesse. On les a exclus des universités, des écoles, ou Ton y a extrêmement limité leur influence. Ils n'ont plus eu la faculté de faire croire, à ces jeunes poursuivants de Tinfini, que Finfini ne se trouve qu'au ciel. La jeunesse a cru aux millions de prêtres et de religieux qui lui ont dit et lui disent sans cesse : L'infini est ici-bas; mais il faut l'arracher des entrailles de l'aristocratie et du sacerdoce, qui l'ont confisqué !
La politique moderne a dit : Veillons avec une inexorable sévérité sur les actes et décisions de ce pouvoir spirituel, siégeant à Rome, entouré de ses généraux d'ordres religieux, danger permanent pour la tranquillité de nos États! Les hommes d'État se sont montrés, en effet, inexorables; ils ont surveillé , embastillé de toute manière le pouvoir pontifical et l'action des sociétés religieuses. Et voilà que les pontifes du socialisme européen publient dans tous les journaux leurs bulles doctrinales et ordonnances souveraines, Urbi et orbiy signées : J. Mazzini, Ledru-Rollin , A. Darasz, A. Ruge. Là ils disent hautement^ ce que d'ailleurs tout le monde voit, que du bassin inférieur du Danube^ jusqu'à la Péninsule ibé" rienne j Vidée marche^ les forces actives de la ré- {solution s'accroissent^ se groupent^ s'organisent {i)*
(i) Voy., dans la Voixdii Proscrit, le manifeste du Comité