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et des hommes , la notion du bien et du mal , du juste et de l'injuste, le sentiment et l'amour de la liberté religieuse, civile, politique , et Ton n'en rapporterait, comme nos gouvernants modernes, que la manie de légiférer, de tout réglementer, c'est-à-dire la rage du despotisme.
IX. Quelle est donc , pour les peuples élevés et affrancliis par le Christ, la règle suprême du bien et du mal, du juste et de Tinjuste, la source pre*» mière de tout droit, du dwit des gens j du droit public j du droit privé ou civil? Ce sont les dix com^ mandements de Dieu,
Le Décalogue chrétien , telle est notre charte fondamentale, écrite, non plus sur la pierre du Sinai, mais gravée dans la conscience de tous les Européens. Par elle a été abolie l'antique domination d'un ou de quelques hommes sur tous, comme injurieuse à Dieu, dont nous sommes la propriété et l'image, comme injurieuse à la dignité d'enfants de Dieu dont nous a revêtus le Christ. Tous frères sous la souveraineté du Père céleste , il n'y a qu'un moyen d'être \e premier parmi nousj c'est le moyen que le Christ a établi par sa doctrine et son exemple : se présenter comme le ministre de Dieu employé au service de tous (i)- Le pouvoir politique n'est plus une jouissance au
(i) Saint Marc, ch. x, 4a-45.
profit des dieu& ou demi-dieux , c'est une charge publique^ une glorieuse servitude. Nous aurions oublié, encore plus que nous n'avons fait^ les neuf derniers articles du Dëcalogue , que nous nous souviendrions toujours du premier :
Un setil Dieu tu adoreras!
Il y a donc dans la conscience universelle une profonde, une invincible opposition à tout po\i- Toîr qui veut nous remettre sous le joug païen , en nous commandant en son propre nom, et en affectant la toute-puissance.
X. On ne saurait trop redire que l'histoire de nos révolutions est toute en ceci : Les princes ont voulu se faire Dieu , en disant : Nous pouvons tout ! — Us ont été livrés aux classes moyennes. — Les classes moyennes se sont déclarées à leur tour toutespuissantes, — Elles sont livrées aux classes populaires. — Ces classes populaires écoutent ceux qui leur disent : Vous êtes Dieu, ordonnez ce qui vous [daira ; elles seront condamnées à s'entre-dévorer»
« La révolution a commencé par la déclaration des droits de thomme^ a dit M. de Bonald, elle ne sera finie que par la déclaration des droits dé Dieu. » C'est une phrase qui vaut tout ce qu'on a écrit sur les révolutions.
La légitimité des légitimités, c'est la souveraineté de Dieu. Tant qu'elle ne sera pas haute-
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ment reconnue et professée par les pouvoirs potitiquesy il n'y aura de légilibie que le cbàlUnent réTolutionnaire«
XI. A quoi reconnait*oa la légitiâiité ^ je ne dis pas du pouvoir^ mais de son ex«roibe(l)?
-^ k deux choses : i"" à la minière dont on ob* tient cet exeroice ; ^'^ à l'emploi qu'on en fail«
L'Évangile affirmant que le pouvoir vient de . Dieu et qu'il n'existe que pour le bien des peu^ ples^ mais ne décidant rien touchant la manière dont il se communique et transmet, la iheblogie et la philosophie catholique en ont très^giti* mement conclu que la souveraineté politique n'arrive à ses dépositaires que par le moyen dé la nation ; qu'il appartient à celle-ci de régler la forme du gouvernement et de fixer les conditions qu'elle jugera les plus propres à prévenir les •bus da pouvoir, sans toutefois en «itravet* le légitime exercice (â).
(i) Le ^uvoir politique souverain étant le €kvit de gou^ 9imeruft8 nation, il est érident que ce droit, considéré en lui-même, ne cesse jamais d'être légitime. La questidti de té^ gitimité ne peut donc porter que sur le droit de tel individu ou de telle famille à l'exercice du pouvoir.
(i) Ceux qui Tondraient connaître avec qtfèlque détail la ddctrine commune des plus illustres et recomttiandablëii théologiens eatholiques sur ces importante^ questicms, sans avoir 'a feuilleter les élionbes coltectidnà de nos Mbliëthèqnes Ihéo*.
Le premier titre qui légitime Texercice du i>ouvoir, c'est donc l'acte d'investiture national. — Avez-vous été choisi ou du moins accepté par la nation ? Êtes-vous arrivé à sa tête, en conformité de ses lois fondamentales sur la transmission du pouvoir? Telles sont les questions auxquelles l'homme arrivé au pouvoir suprême par une voie suspecte doit répondre, à peine d'être considéré comme usurpateur.
S'il répond avec les avocats du despotisme féodal : Je ne tiens que de Dieu et de mon épéel les organes d'une nation chrétienne seront en droit de lui dire : Montrez-nous les lettres patentes par lesquelles Dieu vous a nommé d'office notre souverain, et nous a dépouillés du droit immémorial de n'être gouvernés que par des hommes de notre choix (i). Quant à votre épée, si elle vous inspire tant d'insolence, nous vous l'oterons. Le souverain qui oublie que son épée
logiques , pourront lire le court mais très-substantiel et solide travail de M. Melchior Dulac, intitulé: L'Église et VÉtat, 2 vol. in-i8 (Paris, i85o).
(i) Il est bon d'observer que chez la nation élue, dont Dieu s'était réservé le gouvernement immédiat , les deux premiers rois, quoique choisis par le Dominateur suprême et consacrés par son ordre, furent cependant soumis, le premier à une élection par le sort, Tautre à l'acceptation du peuple. Voy. liv. I dt's Rois, ch. x; liv. II, ch, w, v.
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est répée nationale et qu'il ne la tient que pour la défense de la nation, mérite de la perdre.
L'autre titre de légitimité, dans les dépositaires du pouvoir, c'est l'emploi qu'ils en font.
Dieu ne communiquant à une nation le droit de souveraineté qu'à la condition d'en user pour le bien de tous, cette condition pèse de plein droit sur les dépositaires de la souveraineté, ne fût-elle pas expressément stipulée dans leur acte d'investiture, comme elle l'était autrefois, alors que les princes chrétiens, avant de recevoir les serments de la nation, juraient, en face des autels et de la nation représentée par les corps ci- ^'ils et politiques, de maintenir intactes les franchises et institutions nationales.
XII. L'exercice du pouvoir n'est donc pas absolument inadmissible. Il y a des cas où, l'abus extrême qu'on eu fait le rendant oppressif,. tyrannique, destructeur, le devoir de lui obéir plus longtemps devient pour le moins douteux, et où les corps constitués de la nation doivent pourvoir au salut et de la nation et du pouvoir luimême en confiant celui-ci à des mains moins indignes.
Sans doute, la révolte est toujours un crime : mais la révolte consiste dans la résistance active à l'exercice légitime ou du moins supposé tel du pouvoir. Il ne faut donc pas la confondre avec
la résistance active à l'eKercice tyrannique du pouvoir. Celle-ci, il est vrai, offre de giands dart* gers^ et voilà pourquoi, eomitie nous le dirons plus tard) elle doit être soumise à certaine fbrtties consacrées par les lois fondamentale^;
Quant aux théologiens et publicistes eathô* liques des xvfi® et xviii® siècles, qui, par Texagé* ration du principe de rinviolabilîlé soiiVéraind, ont soutenu qu'une nation ne doit avoir recours qu'à Dieu dans les plus grands excès du pouvoir suprême, et qu'elle reste sans moyens légitimes de défense contre le souverain qui la conduit à l'abîme, ni l'autorité de ces docteurs, ni leurs raisonnements ne peuvent prévaloir contre le torrent des docteurs catholiques et contre les données du bon sens chrétien et de l'histoire.
Xni. Tous les lieux communs qu'on nous débite sur le danger qu'il y a pour une nation à changer le grand ressort de son gouvernement, n'ébranleront pas ces trois axiomes fondés sur les principes de la théologie et sur l'évidence historique.
î? Pour que le pouvoir suprême reste inviolable, la première condition est qu'il ne resté pas en des mains qui l'avilissent sans inesut^é ou qui le rendent odieux.
a® Le premier droit d'une nation qui jouît dé s6h existence nationale est dé là conserver^ et
par conséquent, de la défendre contre tout ennemi du dedans ou du dehors qui la compromet gravement. S'il est conforme à la raison et à la charité chrétienne qu'un Oi)É|uê plusieurs meurent pour le salut de tous, il ne l'est jamais que tous s'exposent à périr pour le bea plaisir d'un ou de plusieurs.
3^ La nation qui ne pourvoit pas de quelque manière à ce qu'on n'abuse pas trop de sa souverainetéy la perdra infailliblement au feu des révolutions. Après tktie lâérie plus du îndins longue de folies gouvernementales, le Monarque éternel fera ce que fait le chef d'un État quand une commune, au lieu de s'administre^ en paik , se déchire de ses propres mains. Pour sauver leâ familles, t)ieu interdira la nation.
XIV. La juste délimitation du pouvoir politique est donc ce qui intéresse souverainement une nation chrétienne ; car il y va de sa vie religieuse et politique. La question de la formé du gouvernement a bien son importance relative, mais elle ne vient qu'après. Avant de parler des formes diverses que revêt le pouvoir politique dans son exercice, disons quelque chose de ce qu'il doit faire, quel que soit l'habit qu*il porte.
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