LIVRE fir^ CHAPITRE
parle à tous, souverains et sujets, et qu'// a voulu, comme dit Bossuet, tout décider ^ c'est-à-dire donner des décisions à tous les états y à plus forte raison à celui d^oà dépendent tous les autres ( i ).
Nulle puissance ne peut donc , sans crime de lèse-divinité et de lèse-humauitë, reviser l'œuvre divine. Quand de grands coupables entreprirent celte œuvre de l'enfer, au xvi* siècle, quels maux terribles on eût évites , si les états généraux des pays menacés^ assemblés extraordinairement, eussent dit à ces princes : Pour toucher à la religion de Jésus-Christ, il est indispensable, sires, que préalablement vous soyez crucifiés, enterrés, que vous ressuscitiez ensuite, et encore serait-on en droit de se moquer de vous , la foi au Dieu ressuscité nous ayant guéris de la foi aux revenants! Renoncez donc à ces sacrilèges folies, sinon on vous donnera des successeurs.
II. La religion chrétienne n'est qu'un drapeau qui, des mains de mille sectaires religieux, passera à celles de Mazzini et des autres saccageurs de la société^ si on la sépare du sacerdoce auquel Jésus-Christ Ta confiée, en lui disant : Toutepuissance m'a été donnée au ciel et sur la terre : allez donc^ enseignez toutes les nations^ les bapti-
(1) Politique tirée de r Écriture sainte, discours préliminaire au Dauphin.
9^(» h^ ftCifiircF «pcuM*
sani au nom du Pèr^^ et du fil^^ et 4u SfUnt^Mêprit ; Imt craignant à ohe/ver toutes hs ohuses ^P$mJ^ vous ai commandées. Et voilà que Jt suis ai^ec vous tous les JQurs^ jusqu^à h consommation des temps (i).
III. Le sacerdoM catholique ne peut remplir sa divine mission dans chaque État et dans Tu- Biyersalité des États , qu'aqtant qu'il jouit d'une grande liberté dans son gouYernement intérieur, et surtout dans le choix de ses premiers ministres.
Les gouvernants doivent être bien convaincus de ceci : tout avantage qu'ils croient obtenir con* Ire les libertés ecclésiastiques et l'indépendance du sacerdoce 9 tourne tôt ou tard à leur ruine^ parce que cela affaiblit singulièrement dans les peuples la vénération pour le sacerdoce^ et parée que cela blesse au cœur le Pontife éternel, de qui relèvent tous les gouvernements.
Quand les chefs d'États catholiques ont fatigué le ciel par leurs efforts pour nationaliser leur clergé^ et qu'ils ont dit longtemps i Nos évéques, notre épiscopat , notre Église , etc. , le eiel dit : Eh bien, protégez vos évéques, vos églises, contre le chef que je leur ai donné, et qu'ils soutiennent vos trônes ! Et alors les trônes protecteurs volent en poussière aveo les sièges épiseopaus.
(i) Saint Matthieu ; ch. xxviji, i8-ao.
UVIE m, CifàFITliE II. ft3l
On me dira : UânaeriM^voua deoso le droil de pafrenage potroyé par les coBcer^ats?
^— Non, je n'aurai jamais la témérité de blàmtf ce que fait rÉglise^ ni de dire avec certains esprits inflexibles : Mieux vaudrait la guerre qu^une paix aqssi fâcheuse* L'Église est la plus palieut^^ la plus tolérante des mères ; elle n'éteindra jamais la mèche qui fume encore ; et alors même qu'oa lui ote le moyen de sauver une nfition , elle ae^ cepte celui qu'on lui laisse de sauver beaucoup d'àiqes*
Mais oe que je trouve très-*déplorable , c'est que, après 1^ leçons que nous avons reçues et celles qui sont imminentes, les gouvernements qui traitent aujourd'hui avec le chef de l'Églisa perttstent à lui faire les conditions les pli|s ctni^ reuses et à lui dire : Vos prédécesseurs ont ae* cordé eela à tel gouvernement; nous exigeons la même chose, sinon ! — On ne m'ôtera pas de Vm^ prit que ees gouvernements se préparent un brà« lant avenir.
On me dira encore : Voudrlez-vous donc réserver au pape et à sa cour le choix de nos é^é* ques, ou reporter le feu de la division dans 1« sanctuaire par le rétablissement des élections eo« clésiasliques?
•*- En faisant des vœux pour la cessation des abtta modernes , je suis loin de désirer la restau-
a3a LA SCI£NGE SOCIALE.
ration d'aucun des anciens abus. Ne pouvant exprimer ici des vues de détail sur ce grave sujet, je nie borne à une considération générale.
Le gouvernement de l'Église, à né Tétudier même que du point de vue historique , inérite quelque confiance. Voilà dix-huit siècles qu'il résiste aux plus furieux orages , et maintient dans l'unité religieuse un domaine sur lequel le soleil ne se couche pas. C'est incontestablement le plus difficile , le plus étendu et le plus ancien des gouvernements. Croire à sa sagesse n'est donc point faiblesse d'esprit ; et je vous avouerai que , pour ma part, j'y crois un peu plus qu'à la sagesse de nos gouvernements modernes les plus éclairés, attendu que j'en ai vu trépasser un bon nombre,, et que j'entends très-distinctement le glas de plusieurs autres. D'où je conclus que, si on avait enfin le bon sens de laisser à l'Église une de ses plus précieuses libertés, elle saurait la réglementer à la satisfaction commune des amis de la religion et de la tranquillité des États.
Vous craignez les abus des élections ecclésiastiques ordonnancées par l'Église ? Et vous ne craigtiez pas ceci : Le patronage royal appelle le patronage bourgeois; le patronage bourgeois appelle le patronage démocratique social. Les patrons royaux choisiront de bons sujets ; les patrons bourgeois, de borts citoyens; les patrons démocrates
LIYIS III, CH4PITRE If. ^33
soGÎalistes^y des hommes de leur couleur. Qu'y a-
t-il au bout de tout cela ? Le coup de grâce pour ^ :
votre Église et votre État. ^
— Vous êtes donc pour la séparation de l'É- j ^ise et de l'État ?
— Non, certes; car l'État n'étant qu'un mot ' vide de sens, s'il n'exprime pas le corps même de
la nation, séparer l'Église de l'État chez une nation encore catholique , c'est dire à cette nation : Renonce à ta foi religieuse, ou sors de l'État!
Si, faute de connaître la langue politique, vous confondez le gouvernement avec VÉtat (ce qui est une erreur assez commune et des plus pernicieu- '
ses), et que vous désiriez savoir si j'opine pour la séparation complète du gouvernement civil et du gouvernement ecclésiastique, je répondrai : Non, parce que c'est une impossibilité pratique. Figurez-vous donc un gouvernement civil, qui dit à une nation encore chrétienne : Moi , je suis pur de tout préjugé religieux, je vais donc vous gouverner comme si vous étiez des corps sans âme !
Ce que je demande, et ce que la plupart demandent, tout en s'exprimant mal, par ces mots de séparation de F Église et de VEtat , c'est ce que je Fondateur de l'Église et de nos États chrétiens a établi dès l'origine; c'est la distinction complète et l'indépendance réciproque, dans les limites par Lui fixées , du gouvernement ecclésiasti-
%% hk $«1I1I€B MCIàtE.
quf uBiv0r«el ti d«É él^%vê g0u¥enMai«nlt eîvik de la cbretitnté.
Messieurs les défenstur* dès prëragativcs du ppuvoir politique y mettez la main sur la eenscience, et daignez peser les questions suivantes :
L'£glise catholique, même à l'ëpoque où, selon vonsi elle abusait de son influence, n'a jamais ambitionné le droit de choisir vos ministpéà d'i" tat; s'il en est sorti de ses rangs, ce n'est pas elle qui les a envoyés, c'est vous qui êtes allés les prendre* Pourquoi vos ministi*es d'Éttft s'obstineraient-ils donc à lui choisir ses premiers ministres? Le droit de réciprocité entre le royaume de Jésus-Christ et quelques centaines d'États, les uns grands comme la main, ne vous parait*il pas raisonnable? Est-ce que, par hasard, le choit d'tin évéque, afisocië pour la vie au gouvernement des ànies et à la gestion des intérêts les plus chers de l'humapité , importerait moins au monde et même k votre État, que le choix d'un chef de ministère ^ que vous congédierez dans la huitaine?
Que faites«vous donô, Messieurs, quand vous criez aux envahissements du sacerdoce, alors qu'il ne fait que protester contre des empiétements ci* vils encore plus désastreux pour les gouverne* ments que pour le sacerdoce (i)? Vous outragez
(t) Oitî, pluâ désdstr«Qx, ear le sacerdoce est toujouff
du 0i4a)# cau^ le bçp sepf , r^istpire et la çong« oièDce du mopde catholique,
rr-* 11 y a du vrai dsins ce que vpu^ dif^, r^pondrez-vous; mm h bonne harmonie entre les deuj^ puissancdi n'eiiige*t-ei|e pas quelques &i|cnBe00y et ceux que supporte TÉglise ne sont-jls pas bien payés par la protection que les gouvernements accordent à la Religion ?
f — Oui y certes y bien payés , nous en savons quelque chose! Aussi le Christ ^ qui récompense avec une munificence divine les défenseurs de son Église, charge-t-il les enfants de la me d'aoquitler la dette de sa reconnaissance envers nos magnifiques protecteurs.
Que voulez- vous? nos politiques se glorifient d'avoir leurs principes et d'y rester fidèles; If Christ a aussi les siens, et il ne veut pas qu'on prenne ta patience pour de la faiblesse. Il sait (et qui de nous peut ignorer?) que nous devons à sa religion nos triomphes sur la barbarie paiesne^ sur la barbarie sauvage, sur la barbarie musuU mane^ et nos chances de salut contre la barbarie présente : et quand il entend les conducteurs de nations qui ne vivent que des bienfaits de son li^lise, dire à celle-ci : Partage avec nous le peu
I il t k^m^-^tm'^-^l*^''*''^*
appelé à chanter des Te Deum ou des De profundts sur la tétnbe des plut fbi^» goliveroAmeiits..
que nous l'avons laissé, faute de quoi les prêtres mourront de faim, et nous donnerons main levée à tes ennemis! n'esl-il pas juste qu'il donne main levée à qui il lui platt, en disant : Jetez-les dans la boue, et que ceux qui ne voudront pas rire gardent un respectueux silence!
Comprenons, enfin, que, souverains, nobles, bourgeois, peuple, nous resterons tous éternellement insolvables envers la religion de Jésus-Christ; que la servir et la défendre, ce n'est pas servir les intérêts du sacerdoce, c'est servir et défendre nos plus précieux intérêts et ceux de chaque Etat; que tous, clergé et laïques, nous sommes trop petits, trop faibles, trop misérables, pour protéger la religion, et n'avoir pas besoin d'être protégés par elle contre notre bassesse, notre impuissance et nos misères. Nous entasserions nos grands hommes les uns sur les autres, nous mettrions nos héros bout à bout, que nous ne serions pas de taille à couvrir de notre manteau la rédemptrice du genre humain.
Laissons donc l'Église universelle sous le couifert de Celui qui a étendu le pavillon des d'eux, et allons tous côte à côte nous abriter aux lieux où elle distribue les lumières et les cordiaux qui font vivre en paix les individus, les familles, les Etats. Le privilège des peuples catholiques est que tous sont en même temps peuple et rois en religion^ ne
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reconnaissant que des fonctionnaires cliargës pai* le Souverain commun de nous intimer à tous les mêmes préceptes, les mêmes promesses, les mêmes menaces.
Quelques puritains de l'étiquette (il y en a partout, et partout ils sont les mêmes) me diront peut-être : Ces mots, protéger la religion, protéger t Église, ont un sens très-chrétien , et vous devez savoir qu'ils sont entrés depuis des siècles dans le langage ecclésiastique et dans ce qu'on appelle le style de chancellerie.
— Je sais cela; mais aujourd'hui que, par la perversion générale du langage et le triomphe des idées les plus biscornues, tout chancelle en Europe, parce que la religion y est chancelante, serait-il nécessaire que la chancellerie se montrât immuable et dit: Avant tout, sauvons nos formules? Ne pourrait-on pas modifier des expressions dont Fignorance commune abuse pour accréditer deux erreurs des plus pernicieuses, l'une dans l'esprit des classes gouvernantes, l'autre dans l'esprit des gouvernés ?
Les gouvernants ont dit : Nous protégeons la religion, nous sommes donc au-dessus d'elle; et ils en ont conclu qu'il serait au-dessous d'eux de pratiquer la religion.
Les gouvernés ont dit et disent plus que ja-
a38 LA SCIENCE SOClÂLt.
mais : Une religion protëgëe par des gou^emants sans religion a tout Tair d*uné ttiuselièfe inventé» pdut* bâillonIie^ le peuplé.
On raisonne très-mal de part et d'autre) tfiàh^ éri attendant qu'on ait corrigé de leurs péehés de logique les gouvernants et les gouvernés, Il serait peul-êire sage d'éviter ce qui peut y donner ôO casioh. C'est du moins une idée qUe je me permets de soumettre à qui de droit.
Quant à ceux à qui il appartiendrait de réorga^ niser politiquement un peuple catholique, je suis sur de leur donner un bon conseil en leur disant: Assurez avant tout l'indépendance du ministère religieux l
— Ouï; mais si on laisse aux prêtres toute liberté, ils en abuseront au préjudice même de leur auguste ministère ; car ils sont bommes.
— Oui, ils sont hommes, et même de pauvres hommes, quand ils ne restent pas sous le frein de Irlglise; mais qu'avez-vous à craindre? S'ils usent de leur liberté au détriment de vos lois , que je suppose non antichrétiennes, vous avez vos tribunaux^ et il n'y aura qu'une voix dans l'Église pQur trouver bon que vous défendiez Vos lois contre ceux qui en doivent prêcher le respect de toute manière. S'ils violent la charte chrétienne éi les lois ecclésiastiques qui la protègent^ vous
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savez avec quelle promptitude ils seront réprimés. Ces dangers écartés, que resle-t-il? Hélas! parcî, par-là, bien des faiblesses, des prétentions déplacées, des vanités ridieuleft^ etc. ; mais, outre que la discipline ecclésiastique diminuera beaucoup le nombre èl là portée de ces abus, souvenez-vous de ceci : Le pire des abus est de n'en vouloir tolérer aucun. Cherchez donc une classe d^hommes qui rende autant de services a Thumanité •» général, et à chaque État en particulier, et qui les fasse payer meias cher !
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