‹ La science sociale d'après les principes de Le Play et des ses continuateursChapitre 25 sur 52 · LA SC1ENGE SOCIALE · texte numérisé non relu

LA SC1ENGE SOCIALE

a failli devenir un royaume sous l'empire des nécessités de la résistance aux Perses. De même, la formation de l'unité territoriale et politique des divers États de l'Europe n'a-t-elle pas été réalisée à coup de guerres" sanglantes ^t multipliées ?

Ce ne sont pas seulement les origines du gouvernement, de la coopération sociale et de l'État, ce sont encore les origines de la nation qu'il faut, en grande partie, rattacher à la guerre. Car, qu'est-ce donc qu'une nationalité, sinon une communauté de souvenirs et de souffrances ? Sans parler des nations modernes, qu'est-ce donc qui a fait des Juifs, répandus à travers le «monde, un véritable peuple parfaitement individualisé, sinon les luttes engagées, les douleurs supportées en commun? La guerre révèle à elles-mêmes des nationalités qui s'ignorent, elle contraint un peuple à prendre conscience de ses forces, de son âme, de ses destinées.

La guerre agit encore sur le développement économique des sociétés. Le général, en effet, doit songer à donner à ses troupes des armes supérieures, il doit aussi veiller sur la nourriture de ses soldats, au moins quand ils ne s'équipent ou ne s'entretiennent pas eux-mêmes. Or, en absorbant, employant, combinant, dans ce but, les divers services, les divers instruments économiques,, la guerre en montre les points faibles et en facilite le progrès. Ainsi se perfectionnent les voies de communication, les procédés de transport, d'habillement, dénutrition, d'administration, de gouvernement des hommes. L'esprit d'audace, d'initiative dans les entreprises, de prudence dans la préparation, de persévérance dans l'exécution, c'est la guerre qui l'aiguise, l'exacerbe, l'affermit en nous. Les besoins de l'attaque et de la défense, les nécessités de l'armement, stimulent l'esprit d'invention. Au reste, toutes ces découvertes, soit d'engins nouveaux de destruction, soit de procédés de fabrication, de commerce, ne restent pas longtemps le monopole de l'armée, elles ne tardent pas à être

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utilisées en dehors d'elle, elles profitent à la société tout entière.

Il est vrai que la guerre a donné naissance à l'esclavage et à l'inégalité. Mais n'oublions pas que sans cette différenciation désolasses, origine des diverses hiérarchies sociales, les grands travaux d'art que laissèrent à notre admiration l'Egypte et l'Assyrie auraient été impossibles. "N'oublions pas que la culture de la terre aurait eu beaucoup de peine à s'introduire et à se généraliser. Non, une institution comme l'esclavage ne se serait pas maintenue pendant des milliers d'années, si elle n'avait .pas eu une raison d'être, une utilité profonde.

Ajoutons que la guerre, et par là, nous passons à l'examen rapide de ses effets sur le développement de l'intelligence humaine, sur le progrès des beaux-arts et des sciences, ajoutons que la guerre, en permettant à l'esclavage de naître, aux inégalités sociales de se fonder, en affranchissant des soucis de la vie matérielle, en créant des loisirs, a permis aux vainqueurs de s'abstraire dans la contemplation des idées, de se vouer à la recherche de la Vérité et de la Beauté, de créer les sciences et les beauxarts et de doter ainsi l'Humanité de ses plus nobles titres de gloire. Oui, il fallait que des hommes fussent opprimés et asservis pour que le sage pût penser, et l'artiste rêver. Plus tard, quand l'esclavage et le servage sont abolis, la guerre continue à exercer encore une action puissante sur l'activité scientifique ou esthétique. La guerre surexcite, en effet, le peuple tout entier, le fait vibrer, fait battre son cœur et courir son sang, et par cet accroissement de sensibilité à la fois ardente et sombre, contribue à hâter la naissance de chefs-d'œuvre plus largement pénétrés de passions et d'émotions, où flambe une vie plus intense et plus complexe, elle contribue aussi à préparer le public à l'intelligence de ces manifestations d'art. En outre, la menace continuelle de la mort élève la pensée de l'homme, la ramène au problème de sa destinée, source des désola-

tions, des mélancolies, des rêves, des espoirs chantés par la poésie et la musique. Il est de même impossible de nier l'influence salutaire de la guerre sur le développement des sciences. La guerre développe, chez les chefs militaires, avec l'esprit d'invention, le sentiment de l'expérimentation, l'idée de causalité et de lois(l), la connaissance de la nature humaine. Elle met, en évidence, les grandes intelligences, les pousse à révéler toutes leurs ressources par la crainte de l'asservissement ou de la mort, conséquences habituelles de l'insuccès. La guerre, en outre, est un instrument de pénétration, elle établit des rapports entre peuples qui s'ignoraient. C'est elle qui, nous l'avons vu, ouvre la voie aux relations commerciales, à la colonisation, propage les inventions ou les découvertes, permet de connaître les mœurs des sauvages actuels, de même qu'autrefois les conquêtes d'Alexandre ont permis, aux savants (notamment Aristote), qu'il menait à la suite de son armée, de faire les recherches les plus curieuses sur la géographie, l'histoire naturelle, l'état social des peuplades vaincues. La guerre universalise les conquêtes de l'esprit humain.

L'histoire des sciences et des arts confirme, je crois, ces proposi tions. Suivons d'abord l'évolution des sciences. Que voyons-nous ? Les germes d'où sortiront les mathématiques et l'astronomie apparaissent en Assyrie et en Egypte, peuples esclavagistes et guerriers. Ils se développent en Grèce, peuple guerrier, avec Thaïes, dès le vn e siècle avant J.-C. Puis, le flambeau scientifique passe entre les mains des Arabes, guerriers aussi, pour revenir

(i) Spencer (Sociologie, t. III, p. 798) a, il est vrai, soutenu le contraire, mais par une confusion entre les effets de la guerre sur les sujets et ses effets sur les chefs. Les soldats, plies à l'obéissance passive, ne tpouvent pas à exercer et ne peuvent, en conséquence, développer leur esprit d'initiative et d'observation, mais si cela est exact pour les commandés, cela devient faux pour ceux qui commandent.

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surtout, à partir du xvi e siècle, dans l'Europe continentale, pays pétri, façonné par la guerre. La science, par conséquent, fait le tour du bassin de la Méditerranée, naît ot se développe chez les peuples guerriers.

Une évolution analogue se présente dans l'histoire des beaux-arts. Le sentiment guerrier inspire, en grande partie, l'art oriental aux constructions démesurées et gigantesques, l'art grec, à l'idéal d'un noble et gracieux héroïsme. Ce dernier se dégage définitivement de la raideur antique peu après les guerres médiques qui venaient de faire passer, de Sparte à Athènes, la prépondérance politique sur les États voisins. C'est le trésor commun des alliés, constitué par crainte du péril commun, qui est utilisé par Périclès, pour payer, la reconstruction du Parthénon, la restauration de FErechtéion, la construction des Propylées. L'art du moyen âge, Fart chrétien, du moins, quoiqu'en partie l'image et le produit de milieux chevaleresques, n'est pas toujours la glorification de la guerre, mais alors il se résume en une protestation contre le militarisme du temps ; ainsi, précisément, en ces époques troublées, les horreurs de la guerre agissent aussi puissamment qu'à d'autres époques l'admiration et le goût de la guerre elle-même. Désireux de se reposer des scènes de carnage, le peuple, le seigneur féodal et, plus tard, le prince de la Renaissance voudront orner leurs églises, leurs châteaux de peintures, de statues qui les réconcilient avec l'existence ; ils demanderont aux poètes et aux musiciens des chants d'espoir ou de consolation. Et ainsi, la guerre ou bien inspire l'art qui en traduit les beautés aux esprits et aux races passionnées pour la lutte, ou bien, aux époques antimilitaristes pousse, par la haine qu'elle suscite, à l'amour des œuvres d'art destinées à faire oublier le milieu tragique dans lequel on est contraint de vivre. Il n'est donc pas étonnant de voir l'art n'atteindre ses plus grands développements que chez les peuples et aux époques où l'activité militaire prédomine.

Ces divers bienfaits de la guerre expliquent qu'elle se retrouve dans les civilisations même les plus avancées. Il est vrai que certains auteurs soutiennent, se fondant sur l'histoire, que le rôle de là guerre tend à diminuer avec le progrès des mœurs. Mais, en réalité, si la sphère de la guerre s'est déplacée, elle n'est pas amoindrie. La lutte entre individu est abolie, soit, réserve faite du duel, du meurtre, de l'assassinat, etc. La lutte entre groupes d'une même société ne se rencontre plus, soit ; ici encore, il faut faire une réserve pour les guerres civiles. Mais, oublions ces exceptions, admettons l'idée que la guerre entre membres d'un même État n'existe plus sous aucune l'urine. Est-ce à dire, pour cela, que la guerre soit sur le point de disparaître? Nullement. La guerre individuelle a seulement fait place à la guerre collective, à la guerre outre États. Tous les faits qu'on oppose prouvent que la «marre tend à se socialiser. Mais, pour établir que cette transformation constitue un amoindrissement, il faudrait prouver que là quantité d'efforts, de troupes, de richesses mise en mouvement est moins considérable que dans le passé. Or, l'augmentation des effectifs et du matériel, les perfectionnements des engins dé destruction protestent poutre cette idée. En somme, l'activité militaire parait être, aujourd'hui, aussi grande que dans l'antiquité. La prétendue opposition, inventée par lès Comte et les Spencer, entre les sociétés anciennes à type militaire et les sociétés modernes à type industriel, doit donc être résolument écartée. La guerre, en devenant un phénomène âoufcl, collectif, conserve en effet l'intensité et l'étendue qu'elle a toujours eues.

En résumé, la guerre constitue, en principe, un phénomène normal de la vie des sociétés. Elle est probablement un élément indipensable de la prospérité des peuples, < -t-à-dire une condition de leur unification, de leur Stabilité définitives, de leur vigueur morale. Elle est aussi la forme suprême de la.Justice, puisque, d'une part,

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elle supprime les races sans énergie, incapables de se sacrifier, donc, indignes de vivre, puisque, d'autre f>art, elle réveille et secoue les sociétés glissant au vice,, oublieuses du Devoir par les sanglantes défaites qu'elle leur inflige et par l'examen de conscience qu'elle provoque. Elle est comme le vase d'airain nécessaire pour conserver le sentiment moral dans l'humanité.

La guerre ne devient un fait pathologique que lorsqu'elle ne se justifié par aucun motif sérieux et lorsqu'elle se répète sans raison (guerres de conquêtes, guerres dynastiques, guerres de pillage et de brigandage). Mais ce cas v à l'époque moderne, sera toujours très rare.

"Tel est le fondement sociologique de la guerre. Nous avons à rechercher les formes diverses revêtues par elle, nous serons ainsi amenés à étudier successivement l'histoire sociale des armées et de la classe des guerriers, puis l'histoire des instruments de guerre, des armements.

§ 2. — Les armées.

L'armée, aujourd'hui, se compose d'un ensemble d'hommes remplissant certaines conditions physiques de sexe, d'âge, de vigueur, et certaines conditions juridiques et politiques, soumis à une autorité distincte de l'autorité civile, répartis en régiments à fonction spéciale, enfin armés, équipés et entretenus aux frais de l'État.

Retrouvons-nous ces caractères aux diverses époques de l'histoire ? Non. Cette spécialisation et cette nationalisation du métier des armes n'ont pas toujours existé. Elles sont le produit et F aboutissement d'une longue évolution.

À l'origine, la protection de la vie physique de l'individu est assurée par le père de famille. Plus tard, les familles s'organisent en clans, en tribus ou communes,

en confédérations ou provinces, en nations; alors la fonction militaire passe des ïamilles au groupe. Car, lorsque le clan, la gens, la horde étaient attaqués ou lorsque la faim les poussait au pillage, tous les membres prenaient part à la lutte, un peu à la façon de ce qui se passait encore au moyen âge dans les soulèvements de paysans, et de ce qui se passe encore aujourd'hui au moment des révolutions populaires. Chacun s'armait et s'équipait à sa convenance et à ses frais. Il n'y avait souvent pas de chef. L'armée était une foule, sans direction précise, sans organisation.

Les mauvais résultats obtenus dans ces conditions, la constance du danger, la multiplication des attaques extérieures amenèrent peu à peu la transformation de cet état de choses.

Pourquoi la foule en armes n'avait-elle pas, à l'origine, de commandant, du moins chez beaucoup de peuples ? C'est parce qu'il n'était pas nécessaire, à raison de la rareté des guerres qui tenait à l'isolement des hommes primitifs et au petit nombre des bêtes sauvages. C'est aussi parce que dans le cas où la guerre s'imposait, elle était trop imprévue pour qu'il fût possible de choisir un chef.

Mais, lorsque le péril extérieur s'accrut, lorsque la tribu fut menacée par les tribus voisines, qui voulaient voler ses bestiaux, ses marchandises, ses céréales, les fruits de ses arbres, ses femmes et asservir ses hommes, lorsqu'il fallut organiser des expéditions de chasse au gros gibier ou de défense contre les fauves, on chercha à tirer le meilleur parti des forces du groupe. Chaque famille dut alors, à peu près spontanément, se placer sous les ordres des individus les plus rusés, les plus vigoureux, les mieux armés, les mieux pourvus d'informations précises sur les forêts, les fleuves à traverser, les ennemis ou les animaux à combattre. Ces chefs étaient, du reste, naturellement indiqués : c'étaient les individus qui s'étaient signalés

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dans les guerres récentes de la horde. En même temps qu'indispensables pour assurer le succès de l'action commune, ils étaient donc faciles à trouver. Ainsi, nous avons constaté la formation d'un régime guerrier chez les chasseurs de gros gibier, chez les pasteurs adonnés au commerce par caravanes, chez les peuples vo.ués à la cueillette, chez les montagnards cultivateurs.

•La multiplicité des guerres, la fréquence du danger, fut la cause générale qui permit aux supériorités sociales de se dégager et contraignit la foule à leur obéir. Mais ce ne fut pas la seule origine de l'autorité militaire. On la voit naître aussi chez beaucoup de peuples pacifiques, exposés à peu de périls, que l'excès de population soumet à la nécessité d'émigrations périodiques. Ici, l'organisation du commandement militaire est une mesure de prévoyance, destinée, sans doute, à prévenir les attaques possibles des hommes ou des bêtes féroces, mais surtout à maintenir disciplinées, pendant l'expédition, les familles qui vont au loin chercher des pays où la nature offre des ressources suffisantes. C'est ainsi qu'en étudiant les migrations des pêcheurs à barques, qui ont fondé les États à formation particulariste, nous verrons une hiérarchie naturelle s'établir entre les divers chefs de barques, nous verrons aussi que, seuls, les jeunes hommes valides pouvaient participer à ces expéditions.

Les émigrations de pasteurs entraînèrent, elles aussi, la constitution d'une autorité directrice. Il serait même possible de reconstituer les détails de ces exodes si on adoptait la conjecture de lhering(l), suivant lequel, l'institution du ver sacrum ou envoi de la jeunesse à l'étranger, sous la protection de Jupiter, serait la cérémonie figurative, la pétrification historique de l'antique exode. La troupe émigrante comprendrait, dans cette doctrine, un nombre de jeunes gens des deux sexes, fixé par décret,

(1) Les Indo-Européens, p. 289.

et qui, du reste, avaient, au départ, le droit d'exiger, des riches, la quantité de bétail nécessaire à leur entretien pendant l'expédition. Dans ces deux ordres différents d'hypothèses, l'armée n'est plus une multitude, une foule; elle s'organise, elle comprend des soldats et des chefs. Les pouvoirs de ces chefs expirent d'abord à la fin de l'expédition. 11 en est encore ainsi chez les Celtes et les Germains. Mais plus tard et dans les pays où les hostilités sont toujours à craindre, l'autorité devient permanente. Elle subsiste même en temps de paix. Elle ne tarde pas, du reste, à se différencier de plus en plus. L'autorité militaire se confondait à l'origine avec l'autorité civile. Ainsi, dans le pays de l'antique Orient, les guerriers constituent une caste, commandée par le chef de l'État, quoiqu'en général inférieure à la caste des prêtres. Dans les pays comme la Grèce et Rome, où prédomine l'activité militaire, les chefs d'armée acquièrent une situation encore plus éminente. A l'époque de la féodalité, c'est aussi entre les mains des directeurs des forces militaires que passent les diverses fonctions d'État.

Les chefs d'armée cumulaient donc des attributions militaires, politiques, administratives ou religieuses. Ils choisissaient librement dans la caste ou la classe des guerriers les auxiliaires dont ils avaient besoin pour transmettre ou faire exécuter leurs ordres.

Le progrès a consisté, tout en laissant à l'État le droit de guerre et de paix, à spécialiser les fonctions du chef d'armée et h limiter ses pouvoirs à ce qui concerne les nominations des guerriers préposés au commandement. Ainsi s'établit de plus en plus nettement la distinction du chef militaire et du chef de l'État ou de la religion ; ainsi naît tout un ensemble de règles variables suivant les temps et les pays, sur le recrutement, l'avancement et la hiérarchie des officiers supérieurs et inférieurs.

L'autorité militaire, une fois constituée, a tendu à réglementer l'armée de plus en plus sévèrement et d'abord à

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l'alléger des individus sans vigueur. Les femmes encore admises dans certaines au moins des émigrations de pasteurs, employées chez certains peuples anciens sous le nom d'Amazones et que nos soldats ont eu à combattre naguère au Dahomey, sont progressivement exclues des armées. Bientôt, le personnel guerrier comprend exclusivement des hommes. Ainsi le soldat romain se suffît à lui-même, il porte avec lui ses ustensiles, ses tentes, ses vivres, pour dix-sept jours.

Les enfants, les infirmes et les vieillards qui jadis encombraient les foules armées doivent rester dans les foyers, ou, s'il s'agit d'une troupe d'émigrants, sont pour la plus grande partie massacrés ou abandonnés comme inutiles à la défense. Seuls restent soldats, les individus doués d'aptitudes et de capacités guerrières. Entre les hommes valides, du reste, on distingue encore d'assez honne heure — ainsi dans la Rome primitive — l'armée active, composée de jeunes gens, qui doit supporter le premier choc, et la réserve composée de seniores préposés au service de villes.

Puis, pour donner plus de solidité aux corps des troupes, on s'attache à les recruter parmi les membres de la nation. Ainsi à Sparte (1) et dans la plupart des cités grecques, ainsi en Macédoine, ainsi à Rome. Pour ne parler que de ce dernier pays, on sait qu'à l'origine, seuls les citoyens aisés et riches pouvaient être fantassins ou cavaliers dans les légions. Le service militaire devient — avec Marius, au II e siècle avant J.-C, — accessible aux prolétaires (vers 107), aux Italiens, à qui on venait de concéder en bloc le droit de cité (en 89), aux affranchis et aux citoyens délia province. Sont exclus les étrangers (barbari) et même «les peregrini. Les non citoyens servent dans les auxilia, ou dans les troupes des socii. Les alliés compris dans l'armée romaine sont, il est vrai, en général, plus nombreux que

( i ) Pascal, Étude sur V armée grecque:

les citoyens des légions, mais cela est sans inconvénient, car les auxilia, sont sous les ordres des officiers romains.

La règle ancienne ne se maintient sous l'Empire qu'en théorie, car, en pratique, dès la fin du 11 e siècle, les soldats sont presque tous des habitants de la Gaule ou de la vallée du Danube, et à qui les princes confèrent le droit de cité pour leur permettre de servir dans les légions. L'armée, en même temps qu'elle cesse d'être vraiment nationale, devient un corps à part, une armée de métier. Sous les premiers empereurs, les guerres étaient rares, la conquête avait beaucoup accru la population, le recrutement par voie d'autorité disparut donc peu à peu, on ne choisit plus les cavaliers parmi le peuple assemblé, les fantassins ne furent plus désignés au sort, les engagements volontaires ou les rengagements suffirent à assurer le recrutement des légions. Sous le Bas-Empire, les levées deviennent sans doute plus fréquentes, tout citoyen continue à être astreint au service militaire, mais il peut se dispenser du service, ou bien en fournissant un remplaçant, ou bien en payant un impôt destiné à acheter des conscrits (aurum tivonicum) (1). Au v c siècle, ce ne sont plus seulement des bandes de barbares (lètes, fédérés) qui combattent dans l'armée, ce sont des peuples entiers, comme les Burgondes, les Francs ou les Wisigoths. On en vient même bientôt à laisser le commandement au général barbare. Ainsi, en 451, Aétius, le chef de l'armée romaine, composée exclusivement de barbares , est Hun aussi bien que l'envahisseur Attila.

Par cette séparation du soldat et du vrai citoyen, Rome revint peu à peu au système inférieur pratiqué avant elle par la plupart des peuples anciens, notamment par les Carthaginois et les Thébains , et , après elle , par l'empire byzantin , les Vénitiens , les Florentins , et , jusqu'au

(i) Kraner, T Armez romaine. Marquardt, V Organisation de ïempire romain.

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xvn e siècle, par la plupart des seigneurs ou des rois qui, lorsqu'il fallait faire une guerre un peu longue, ne pouvant pas compter sur leurs vassaux, dont le service féodal était limité à quarante jours, devaient prendre à leur solde des hommes d'armes (1). Or les troupes mercenaires, composées d'aventuriers de tous pays (arbalétriers génois , piquiers suisses , lansquenets allemands), ont , si on les compare aux armées nationales , l'inconvénient de répugner au sacrifice, aux combats meurtriers, de piller et de tuer, même quand la guerre est finie, de se tourner contre leur chef dès qu'elles n'ont plus d'intérêt pécuniaire à lui rester attachées. Nul, mieux que Machiavel, dans le Prince, n'a mis en relief l'infériorité des peuples défendus par des mercenaires ou même par des troupes auxiliaires d'alliés et par des troupes mixtes mi-nationales, mi-étrangères (2). Peut-être, cependant, est-on allé un peu loin dans cette critique : les armées de mercenaires sont des armées de métier, et, à ce titre, elles représentent un très grand progrès sur les foules armées des temps primitifs. Comme tous les professionnels de la guerre, les mercenaires sont endurants, disciplinés, plies à l'obéissance passive. Que faut-il donc pour en faire des hommes d'arme énergiques et puissants ? un commandant expérimenté et à prestige éclatant. Ces capitaines sont rares, sans doute, mais l'exemple d'Annibal, de Duguesclin en tr 'au très, suffit à prouver qu'une armée de mercenaires de. métier peut constituer un instrument redoutable entre les mains d'un général entraînant et de grand renom.

En résumé, la fonction de soldat exige de plus en plus, comme celle du chef, des aptitudes spéciales. Le soldat

(i) En France, après les guerres de religion et au commencement du règne d'Henri IV, il n'y avait d'autre infanterie que les mercenaires étrangers.

(2) Une des raisons de la défaite des Perses et des Mèdes par les Grecs, fut la lâcheté des sujets que Xerxès enrôla de force et contraignit à combattre. A Mycale, à Platée, ils prirent tous la fuite; seuls les Perses et les Mèdes firent preuve de courage.

doit être adulte, vigoureux, de sexe masculin ; chez les peuples en progrès, on exige qu'il soit citoyen.

Le mode de recrutement varie du reste selon les besoins de la défense extérieure et la population de l'État. Il a lieu, soit par réquisition, soit par conscription, soit par engagements volontaires. Dans les pays menacés et dont la population n'est pas très nombreuse (Rome aux époques des dangers pressants, France sous la Révolution), l'armée est formée par voie d'autorité, de réquisition, sans aucun triage ni tirage. Quand le péril s'atténue, tout en conservant le service militaire obligatoire, on recourt à des procédés moins brutaux. Ayant besoin d'un moins irrand nombre de soldats, on fait soit un choix entre les membres du peuple assemblé (c'est ce qui avait lieu pour les cavaliers dans la Rome républicaine), ou bien, on demande au sort de fixer ceux qui doivent partir. C'est ce procédé qui servait à désigner les fantassins sous la République romaine, et dans notre ancienne France à constituer la milice créée vers la fin du règne de Louis XIV. Un système analogue triomphe aussi pendant la féodalité et, plus tard, il est repris en Suède dès Gustave-Adolphe ; en Prusse, par Frédéric-Guillaume ; en Russie, par Pierre le Grand. L'Etat lève alors de force les soldats dont il a besoin, mais, en principe, il ne fait partir que les paysans ù\ surtout les ouvriers des villes ; les nobles et les bourgeois sont épargnés. Nous verrons avec l'âge de la houille, les gouvernements étendre à toutes les classes de la nation le service militaire obligatoire plus ou moins atténué dans certains pays et à certaines époques par la faculté de de remplacement. Une troisième forme de la conscription se conçoit. Elle consiste à imposer le service à certaines elasses de la population paraissant plus aptes à le bien remplir et qui, en retour, bénéficient de privilèges. C'est ee procédé que la France, depuis Colbert, applique sous le nom d'Inscription maritime pour la constitution des équil'rtges de la marine de l'Etat.

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A côté du recrutement par réquisition, à côté du recrutement par conscription, se place un régime plus doux et qui tend à s'établir spontanément lorsque la guerre est rare ou lorsque le nombre de soldats nécessaires à la défense nationale est facile à réunir, soit à cause de ta très grande population, soit parce que le métier militaire est recherché pour les privilèges qu'il confère ou la vie agréable qu'il permet. Alors, les citoyens ne sont plus en fait (Rome impériale) ou en droit (ancienne France et la plupart dois Etats européens, après la féodalité et avant le xvm r siècle, Angleterre et Etats-Unis encore aujourd'hui), obligea à porter les armes pour leur pays. Les troupes se composent de volontaires, elles se recrutent librement. Comme les engagements ont lieu d'ordinaire pour un temps très long, • le service militaire devient un métier, et ces armées, quoique moins nombreuses que sous le régime de la réquisition et de la conscription, présentent un caractère aussi redoutable. Elles offrent des garanties de solidité, d'endurance bien supérieures à celles des armées recrutées par des levées obligatoires, et dont les membres appelés pour une courte période n'ont pas le temps de se façonner aux exigences de l'obéissance passive et d'acquérir le* aptitudes professionnelles. C'est grâce aux cadres fournis par notre ancienne armée royale que les volontaires de lu Révolution ont pu réaliser leurs glorieuses conquêtes. Aujourd'hui encore, partout où le service militaire obligatoire est de courte durée, on a dû conserver le système des engagements et rengagements volontaires, pour faire des officiers et même des sous-officiers, des professionnels, et empêcher que l'armée ne dégénère en une cohue d'individus sans esprit militaire et sans discipline.

Peut-être même verrons-nous le soldat redevenir un homme de métier, peut-être un jour reconnaîtra-t-ou que de petits corps de troupe bien dirigés, bien dressé* par une patiente et forte éducation, sauvegardent mieux la

sécurité de l'État que nos anarchiques et dispendieuses armées actuelles.

Mais la constitution et la conservation d'armées de volontaires ne serait possible que si l'existence faite au soldat n'est pas misérable. Le soldat de l'ancien régime était si mal nourri et logé que nul ne voulait plus s'engager. Ce dégoût de la vie de caserne est une des causes de la disparition du système de recrutement libre. Des privilèges conférés aux militaires, telle serait la condition indispensable. A ce prix, le service militaire, tout en restant une fonction réservée aux nationaux, constituerait même pour le soldat, une véritable profession ; il cesserait d t être un impôt personnel. Ainsi, l'armée de métier reparaîtrait à nouveau dans l'histoire, non plus parce que les dangers extérieurs auraient diminué, ni pour les sottes misons philanthropiques répandues par les Ligues de la paix, mais, au contraire, parce qu'elle seule semblerait l'instrument le plus économique et le plus puissant de la défense nationale.

A mesure que l'armée devient plus nécessaire à l'extension ou à la défense des États, le soldat est mieux traité, sa subsistance plus pleinement assurée, sa vie mieux protégL-e.

A l'origine, le soldat vit de pillage quand il ne peut se sulfire à lui-même. Plus tard, il fait travailler à son service te peuple des esclaves ou des serfs qui composent l'État. 11 est nourri par la société qu'il défend. Ainsi, à Sparte, mnsi, à l'époque féodale. Puis la distinction entre les guerriers citoyens et les artisans ou cultivateurs, esclaves ou srrfa, s'atténue, les mœurs s'adoucissent, l'État se constitue, le trésor public des peuples militaires s'accroît. On donne une solde aux guerriers, soit pour éviter les déprédations commises au détriment des producteurs, quand les soldats sont des citoyens, soit parce que la solde est le seul moyen de trouver des troupes mercenaires. Le soldat devient un fonctionnaire public. Ce progrès date, à Rome,

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de l'époque de Camille, vers 406 avant J.-C, et, dans notre ancienne France, surtout de l'époque postérieure à la féodalité et aux guerres d'Italie (1). Puis vient un moment où il est, non seulement payé, mais nourri par PÉtat. En France, c'est Louvois qui crée l'intendance militaire ; il établit des magasins dans les provinces frontières, pour faciliter les approvisionnements ; il fixe les routes d'étape, par où les soldats doivent passer.

La vie du soldat est mieux garantie. Il reçoit des armes défensives ou les sommes nécessaires pour les acheter. C'est à Sparte que l'État, pour la première fois, fournit aux soldats ou hoplites, les mêmes armes.

A un autre point de vue, un grand progrès est réalisé. Les blessés, les malades, d'abord soignés sous les tentes et dans les quartiers, sont plus tard traités dans des maisons spéciales et par un personnel spécial. C'est en France qu'apparaissent, dès le xvi e siècle, les ambulances ; dès le xvn e siècle, les hôpitaux militaires sédentaires, et enfin, les hôtels pour les soldats blessés (Invalides). Les Autrichiens, les Prussiens, les Danois, les Suédois, attendirent jusqu'au milieu du xvm e siècle pour suivre notre bel exemple (2).

Enfin, on utilise plus complètement les forces du soldat, soit par la création d'un système salutaire de peines et de récompenses, soit par la séparation des troupes de la marine et des troupes de terre réparties, elles-mêmes, en infanterie, cavalerie et, à partir du xv e siècle, artillerie, soit surtout par la constitution d'unités de combat (phalange lacédémonienne, légion romaine, etc.) mieux adaptées aux exigences de la guerre.

C'est à Sparte qu'est dû ce dernier progrès. Sparte, qui avait appris aux Grecs à donner à tous les soldats une armure complète et l'éducation physique nécessaire au

(i) Cependant Philippe-Auguste avait déjà des troupes à sa solde. (2) Xavier Audouin, Histoire de l'Administration de la guerre.

développement de leur force et de leur sobriété, Sparte, qui avait' été aussi la première à mener ses troupes en ordre au combat, en les répartissant en régiments, bataillons, compagnies, escouades, commandés par des officiers, transmettant aux hommes les ordres du général et assurant ainsi l'exécution d'un même mouvement par toute l'armée, Sparte invente encore la tactique par la création de la phalange ou masse compacte de sept ou huit rangs de profondeur, dont l'élan et la force de résistance, au point de vue défensifou offensif, étaient bien supérieurs à l'action des mêmes troupes isolées ou en désordre. La phalange, adoptée par les Macédoniens, puis par les Romains, au temps de Servius Tullius, fut, elle-même, perfectionnée au v c .siècle avant notre ère : au lieu de grouper, en une seule masse, les soldats arrivés devant l'ennemi, les Romains partagèrent la légion en manipules de 120 hommes rangés en quinconce sur trois lignes. L'avantage, c'est que les manipules pouvaient manœuvrer séparément et, par conséquent, attaquer et se défendre avec facilité dans des* endroits comme les montagnes, par exemple, où les 16,000 hoplites de la phalange macédonienne auraient dû, pour se mouvoir, ouvrir leurs rangs.

La création d'armes, sans cesse perfectionnées, accrut aussi singulièrement les forces du soldat. C'est ce qu'établira l'étude des armements.

§ 3. — Les armements.

Les engins d'attaque et de défense présentent, pour l'art militaire, l'importance que nous avons reconnue aux outils et aux machines en ce qui concerne les arts usuels. L'art militaire a été, comme les arts usuels, progressivement constitué par une série d'inventions, dont l'effet général semble avoir été d'accroître la puissance des armes offensives et la distance entre les combattants.

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L'histoire des armes, avant l'âge de la houille, comprend deux périodes profondément distinctes : la période antérieure et la période postérieure à la découverte de la poudre.

Dans la première période, les armes offensives sont à courte portée ; les combats ont lieu, en général, corps à corps, la supériorité appartient à l'homme le plus vigoureux, à celui qui s'abrite derrière la forteresse la plus haute ou la cuirasse la plus épaisse.

Certains de ces engins d'attaque sont des armes à niaiu et supposent que les ennemis ont pris contact. Ain^iattachée au baudrier, l'épée à double tranchant (Give>, Carthaginois, Romains après Cannes) ou sans double tranchant, à laquelle le moyen âge ajoute la dague pendue à la ceinture ; ainsi, la pique (hasta) qui, avec la hache remonte aux premiers âges de l'humanité, à l'âge de la pierre éclatée et de la pierre polie. Elle consiste d'abord en un simple bâton aiguisé et durci au feu, que plus tard on munît de pointes de silex. Puis ces pointes sont remplacées par des pointes métalliques et c'est, sans doute, ce perfectionnement réalisé probablement en Grèce, qui fait que Pline l'Ancien (1) attribue l'invention de la pique aux Laeédémoniens.

La hache de bronze ou de fer se substitue à la hache de pierre. Exceptionnellement signalée dans Homère, elle est très répandue chez les Barbares et chez les guerriers qui utilisent les Amazones. Au moyen âge, et surtout aux xiv e et xv e siècles, les armes offensives reçoivent un développement extraordinaire et l'on voit se multiplier les fléaux d'armes, les marteaux d'armes, les masses d'armes hérissées de pointes, les faux de guerre.

A côté des armes à main, prennent place, dès la plus haute antiquité, les armes de jet : la fronde adoptée par les Romains après les guerres puniques, le javelot (pilnm)

( i ) Histoire naturelle, VII, 57 .

ou pique courte qui sert, soit dans les luttes corps à corps, soit dans les luttes à distance et qui peut alors être lancé à main libre ou au moyen d'une courroie. L'arc aussi est employé dans l'antiquité, en Crète, par exemple, et l'on sait que Charles VII, après avoir établi, en 1445, la première armée permanente (1) compléta cette réforme par la création de francs-archers, à l'imitation des archers anglais. L'arbalète, déjà connue des Phéniciens, des Gallo-Romains et des Francs, se: opage à l'époque des croisades et, par sa longue portée, facilite encore les luttes à distance. Signalons enfin comme engins servant à la destruction des tours et forteresses, le bélier, déjà connu de Moïse (Deutéronome, XX, 19), la catapulte, la batiste, le scorpion qui, d'après Pline (VII, 57), se retrouveraient chez les Phéniciens, les Syriens, les Cretois.

Les guerres sur mer supposent aussi les deux navires rapprochés. Et alors, ou les matelots montent à l'abordage et s'efforcent de s'emparer du vaisseau ennemi retenu par des crampons de fer, ou les deux vaisseaux cherchent à se percer en fondant l'un contre l'autre, éperon en avant (2) ; ou bien enfin, on jette, dans les flancs du bateau, des matières inflammables (torches ardentes, pots de feu, etc.) destinées à l'incendier. A cet effet, nous voyons les croisés au moyen âge employer des brûlots.

A mesure que progressent les armes offensives, on constate un perfectionnement parallèle dans les engins de défense : armes proprement dites, mesures protectrices des navires, fortifications.

Les armes défensives ont commencé par protéger les parties les plus précieuses et les plus fragiles du corps, puis

(i) Jusqu'à Louvois, cette réforme ne fut que partiellement réalisée. En temps de paix, quelques régiments restaient seuls sous les armes ; les officiers ne faisaient pas régulièrement leur service .

(2) L'éperon fut, d'après Pline (eod. loco), inventé par le Tyrhénien Piseus, et c'est à Périclès (v siècle av. J.-C.) qu'on devrait les crampons de fer introduits par Duilius dans la marine romaine au m siècle.

elles se sont multipliées au point de l'envelopper tout entier d'une véritable carapace de fer. A l'origine, elles se bornèrent au casque, consistant d'abord dans un mufle de fauve, comme le prouve l'image légendaire d'Hercule ; plus tard, en un bonnet de peau de bête, pareil à celui d'Ulysse ou de Diomède dansl'/Ziade, enfin en un casque de bronze, déjà décrit dans les bas-reliefs assyriens et dans Homère. Le casque se transforma en heaume au moyen âge et il subsiste encore aujourd'hui, par exemple, dans le corps des dragons et des cuirassiers français.

Il ne suffît bientôt plus d'abriter la tête, il fallutaussi protéger la poitrine contre les coups de l'ennemi. C'est à ce besoin que répondit le bouclier. D'abord en tissu d'osier ou en planches minces (1), il est bientôt renforcé par le cuir et le fer. On arrive ainsi au clipeus rond, au scuturn quadrangulaire des Romains, tous deux déjà en usage, semble-t-il, en Assyrie et dans la Grèce homérique. Signa* Ions aussi la cuirasse ou bouclier fixe, composée de deux pièces d'airain appliquées Tune sur la poitrine, l'autre, sur le dos. parfois indépendantes, parfois reliées, et toutes ces sortes de chemises de fer, de cottes de mailles si répandues au moyen âge et qui sont le perfectionnement des armures.

Puis, ce sont les jambes (Grèce, moyen âge)x>u la jambe d'attaque, la jambe droite (Rome), qui sont recouvertes, en Judée, par des jambières d'airain (2), en Grèce, par des cnémides, à Rome, par l'ocréa, au moyen âge par des cuissards et des genouillères.

Enfin, le brassard, le gantelet, le gorgerin, défendent le bras, les mains, la gorge et le cou. Seuls, les arbalétriers et les archers combattent sans armure de fer.

Comme les hommes, les chevaux furent aussi protégés ,

(i) Pline, VI, 4o, Rist. naturelle; Tacite, Annales, II, i4 ; Hérodote VII, 61.

(2) Goliath portait des jambières, d'après Samuel (1, 17, 5, 6).

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et les historiens de l'antiquité nous montrent les Thessa-* liens, les Parthes, les Perses, garnissant les bêtes de guerre, de lames de fer cousues sur toile ou sur cuir.

Dans les combats sur mer, même progrès des moyens de défense. Aussitôt que les navires sont munis d'un éperon d'attaque, il y a une tendance à envelopper leurs lianes de plaques d'airain ou de fer assez épaisses pour résister à son action. C'est ainsi que le blindage des bateaux est déjà pratiqué par les Normands dès le xil c siècle.

Un dernier procédé de défense consiste dans les fortifications naturelles ou artificielles. Les premières, constituées par les forêts, par les montagnes, par la mer, par les fleuves, par les marais, empêchent les invasions ou du moins les rendent beaucoup plus difficiles. La fortification artificielle, construite ou adaptée par la main de l'homme, a le même but. Elle peut, du reste, être passagère ou permanente. La fortification passagère c'est tout l'ensemble des travaux (fossés, casemates, bourrelets de terre, etc.), par lesquels une armée en campagne cherche à protéger ses mouvements. La fortification permanente ce sont les tours, les doubles enceintes, les murailles qui entourent le château, ou la cité, les galeries souterraines qui permettent à la ville assiégée de communiquer avec le dehors et de cacher ses troupes ou ses trésors. Alors, la puissance des fortifications dépend surtout de leur hauteur. Les murs ou les forteresses sont, en effet, difficiles à escalader, d'autre part, il est presque impossible de les abattre à coups de bélier, car il faudrait pour cela s'approcher jusqu'au pied de la ville assiégée et résister aux projectiles, au plomb fondu, que les assiégés faisaient pleuvoir depuis les remparts. Le château féodal, qui représente une des principales fortifications artificielles, n'est pas, du reste, né en un jour. Au x e siècle, les seigneurs, pour fortifier leurs maisons de bois, se bornent à leur donner la forme d'une tour (donjon, dominium), recouverte de

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peaux de bêtes, et à les placer sur un monticule de terre -entouré d'un fossé et d'une palissade. Plus tard, au xi e siècle, dans le midi, on remplace le donjon de bois et la palissade par une tour de pierre et un mur comme -en élevaient les Romains autour de leurs places fortes. Le château féodal était créé.

Voilà la brève histoire des engins d'attaque et de défense avant l'invention de la poudre. Mais pour les utiliser pleinement, on fut, d'assez bonne heure, obligé de spécialiser chaque homme dans une fonction militaire déterminée. Ainsi, le soldat acquerra plus d'habileté dans le maniement de ses armes, une connaissance plus approfondie de la technique de son métier. Et voilà comment l'armée de terre se divise en groupes équipés de façon diverse. Les fantassins sont distingués des cavaliers. Chacune de ces armes est elle-même répartie en corps distincts, à destination variable. Dans chaque unité, la division du travail s'introduit bientôt. Ainsi, pour l'armée de mer, do très bonne heure, la direction et la défense des navires impliquent un certain nombre d'opérations qui sont chacune accomplies par un personnel spécial : le pénible travail des rameurs est confié à des esclaves ou à des condamnés, des matelots sont particulièrement chargés de la manœuvre des voiles, enfin des soldais veillent à la . défense ou à l'attaque.

Sur terre, les uns assurent le service des approvisionnements, d'autres préparent la nourriture, construisent des fortifications, portent l'étendard, transmettent les ordres ; d'autres encore excitent l'armée au combat par leurs musiques guerrières. Et, parmi les combattants, ceux-ci, munis d'armes de jet, luttent à distance, ceux-là, munis d'armes à la main, luttent corps à corps. Les uqs ouvrent la bataille, les autres ne sont utilisés qu'au milieu ou à la fin de l'engagement. La même spécialisation existe entre les officiers de même grade ou de grade différent. Les corps de combattants ne remplissent pas, du reste ,

le même rôle et n'ont pas, par là même, la même importance. La cavalerie constitue alors le plus puissant instrument d'attaque et de défense: ¥ homme à cheval forme un vrai projectile doué d'une grande vitesse et qui, infailliblement, porte le trouble dans les lignes ennemies. Les coups d'épée, les flèches, glissent sur les armures. La cavalerie est donc la reine des batailles ; elles s'engagent et se terminent par des combats corps à corps, car alors la seule tactique possible était celle de l'ordre profond et du choc.

Toutes ces conditions de la guerre ancienne allaient, sur bien des points être changées par l'invention de la poudre et son utilisation dans le canon et les armes à feu portatives.

C'est aux Arabes, auxm e siècle, qu'est due la grande découverte. Sans doute, ce mélange de salpêtre, de soufre et de charbon était connu des Chinois depuis le 11 e siècle, et les Romains dans leurs feux d'artifice, les Grecs de Constantinople, dans leur feu grégeois, employaient des corps de composition analogue. Mais alors, la poudre était un simple produit détonant ou incendiaire. Un premier progrès, dû au moine alchimiste Roger Bacon, a consisté à retrouver la formule de la combinaison.

Les Arabes, en purifiant le salpêtre mêlé au soufre et au charbon, ont permis de se servir de la poudre comme force motrice pour lancer des projectiles.

Appliqué à l'armement, ce moteur nouveau a communiqué aux projectiles une puissance et une rapidité inconnues jusqu'alors, et donna naissance aux pièces d'artillerie et aux armes à feu portatives.

Elles furent, assez longtemps, peu redoutables; elles ne devinrent vraiment meurtrières, les premières, qu'au xvi e siècle, les secondes, qu'au xvn e siècle. Les pièces d'artillerie, grosses et courtes (bombardes), ou longues et minces (coulevrines) , se répandent vers le commencement du xiv c siècle. Florence avait déjà, en 1325, des canons et des

boulets de fer. En France, c'est au xv e siècle seulement, après la guerre de Cent ans, et sous l'influence de Charles VII, aidé des conseils des frères Bureau, que l'artillerie, en même temps que l'armée permanente, commence à se constituer à l'état d'institution régulière.

D'abord, on employa comme projectiles des flèches de fer ; plus tard, des balles de plomb, des boulets sphériques de pierre ; puis, des boulets de fonte. Renaudville invente les boulets creux, qui semblent avoir été employés, pour la première fois, à Ostende, en 1602. A la fin du xvn fl siècle, paraissent les obusiers et les mortiers portatifs pour lancer des bombes. En même temps, le calibre des canons devient régulier, et progressivement les canons de siège et les canons de campagne, l'artillerie de marine et l'artillerie de terre se différencient.

Un peu plus tard les armes à feu portatives entrent en usage. Sous le nom de coulevrine, d'arquebuse à croc, elles exigent d'abord le service de deux hommes, l'un d'eux la porte, la pointe en plaçant le tube sur une fourchette, l'autre met le feu.

Pendant les xvi e et xvn e siècles, on emploie de l'arquebuse à mèche, caractérisée par une détente qui permet d'approcher la mèche du bassinet de poudre, on se sert aussi du mousquet qui est de charge et de calibre doubles.

Puis, dans les pistolets et les arquebuses de l'artillerie, on substitua à la mèche une pierre à feu ou platine à rouet dont l'étincelle enflammait l'amorce.

Enfin, on perfectionna ce système d'amorce par étincelle de la pierre, en remplaçant la platine à rouet par la platine à silex. Dans le fusil (du mot italien focile, pierre à feu), qui paraît vers 1670 et qui se répand vers 1G90, la flamme est produite mécaniquement par le choc d'une pierre à feu tenue par un chien et qui, sous l'effort du doigt, s'abat sur la pièce d'acier mobile ou batterie.

Employé d'abord, en 1671, comme arme de grenadiers, ce n'est qu'en 1703 qu'il devient l'arme de l'infanterie

française. Il consistait alors en un tube unique. Les premiers fusils doubles, tels que ceux dont nous nous servons aujourd'hui, paraissent vers 1750.

Avant Yauban, les compagnies d'infanterie comprenaient deux classes de soldats, les uns armés du mousquet, les autres de la pique. Ces derniers avaient pour mission de défendre les premiers pendant que ceux-ci rechargeaient leurs armes. C'était là une cause de complications. Outre cet emmêlement de piquiers et de mousquetaires, incompatible avec la facilité du mouvement et la simplicité des opérations, la division de fantassins en deux corps empêchait de multiplier, autant que cela eût été nécessaire, le nombre des soldats munis du fusil. Pour obvier à ces inconvénients, Vauban réunit en une seule arme la pique et le mousquet; en inventant la baïonnette, on peut dire qu'il a vraiment créé l'infanterie moderne.

Quelle a été l'influence de la découverte du canon et des armes à feu portatives sur les effets de la guerre, sur la constitution soit des armées, soit de la tactique, soit des anciens engins d'attaque ou de défense ?

D'une façon générale, la guerre devient désormais plus meurtrière, et les combats peuvent être commencés à d'assez longue distance; ils ne débutent plus que rarement par des luttes corps à corps.

Pour préciser, voici les principaux résultats produits par les progrès dans la puissance et la rapidité du tir. D'abord ils ont rendu inutiles la plupart dos engins d'attaque et de défense usités anciennement, et ont nécessité la transformation de ceux qui conservaient encore de l'utilité. Les armes de jet, Tare et l'arbalète cessent les premiers d'être employés. La hallebarde, la pique, disparaissent vers la fin du xvm e siècle, quand la baïonnette est adaptée aux fusils. La lance subsiste dans quelques États contemporains. Quant à Tépée, elle durera aussi longtemps que l'éventualité des luttes corps à corps et des

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chocs d'armées. L'épée est le seul vestige des armes offensives antérieures à la découverte de la poudre.

Les armes défensives considérées comme distinctes des armes offensives ont également disparu ou se sont transformées. Pour résister à l'effet des armes à feu, on donna plus d'épaisseur aux cuirasses et aux boucliers; avec le progrès du pouvoir destructeur, cette épaisseur dut sans cesse être augmentée, ce qui rendait les armures très lourdes et très gerçantes. Plus tard, devenues impuissantes à empêcher la balle de pénétrer, on dut les abandonner. Seuls, le casque et la cuirasse sont conservés dans certains corps de cavalerie; ils protègent, sinon des coups de feu, du moins des coups de sabre.

Abandon ou transformation de la plupart des armes anciennes, tel est le premier effet de la découverte de la poudre. Ainsi s'explique la disparition presque complète de l'opposition qui existait autrefois entre les deux catégories d'armes. Toute arme à feu est à la fois offensive et défensive.

Les procédés artificiels de la défense se maintiennent au contraire en se transformant, du reste, notamment dans deux importantes applications : le blindage des navires et les fortifications permanentes.

Le navire, à la différence de l'homme, peut porter les armures protectrices les plus lourdes. Aussi, qu'il Vagisse de bateaux à rames, comme les galères de la Méditerranée» ou de bateaux à voiles, comme les vaisseaux de haut bord mis en usage par les Hollandais sur l'Océan, ne se fait-on pas faute d'entourer la quille et la carcasse de plaques do fer assez épaisses pour résister à l'action des obus lancés par des canons ennemis.

Les fortifications permanentes conservent aussi leur utilité, mais à condition que devant les murs, qui sans cela seraient aisément démantelés par l'artillerie , on dresse de larges parapets de terre où s'enfonceront et s'arrêteront les boulets; il fallut en un mot dérober les

ouvrages à la vue et au tir de l'ennemi. C'est pourquoi, dès le xvn e siècle, les fortifications dominantes font place aux fortifications rasantes dans lesquelles le rempart est protégé par un double tertre : l'escarpe, puis la contrescarpe, talus de même hauteur que l'escarpe, mais qui est séparé par un fossé et qui s'abaisse en pente douce vers la campagne, de façon à cacher toute la place. Ensuite, pour se protéger du feu ennemi, on construit, sous les remparts, des casemates où la garnison pourra se réfugier. On s'attache, en même temps, à empêcher l'ennemi d'approcher de la place et d'y pénétrer. Dans ce but, les murailles, au lieu de former, comme autrefois, un carré ou un rectangle dont chaque partie devait se soutenir elle-même sans pouvoir compter sur l'appui des parties voisines, furent flanquées de remparts saillants et triangulaires, de bastions également cachés et recouverts de terre , du haut desquels les batteries pouvaient entrecroiser leurs feux et arrêter la marche en avant des assiégeants.

Ce genre de fortification dû, en France, à Erard, ingénieur du temps d'Henri IV, perfectionné sous Louis XIII par Deville et Pagan, et surtout sous Louis XIV, par Vauban, complété enfin par Cormontaigne, présentait un grave inconvénient : la multiplicité des obstacles à franchir rendait difficilement praticables aux assiégés les sorties parfois nécessaires pour obliger l'ennemi à se retirer. Aussi, voyons-nous, dès 1776, René de Montalembert demander l'adoption d'un système moins compliqué et dans lequel la muraille, percée d'embrasures et de meurtrières, n'est protégée, à sa base, que par un simple glacis.

Quoi qu'il en soit de ce dernier point, l'invention des armes à feu a, comme on le voit, transformé l'art des fortifications.

Par là même, elle a changé les conditions du siège. L'ennemi, pour s'approcher de la place, dut creuser des fossés profonds ou tranchées.

Elle a modifié aussi la constitution des armées. Au moyen

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âge, la cavalerie était l'arme principale. Il est clair, en effet, que dans les combats corps à corps, la puissance du cavalier était bien plus grande que celle du fantassin pourvu d'armes peu dangereuses et peu maniables. Cette prépondérance, la cavalerie tendit à la perdre, il est vrai, deux siècles environ avant que l'artillerie et les armes à feu soient devenues redoutables. Très souvent, dès le xiv c siècle, les chevaliers sont battus par des fantassins régulièrement organisés. Ainsi les janissaires, armés du yatagan, battent des chevaliers à Nicopolis et à Varna. Même succès pour les piquiers suisses à Morgarten, Sempach, Granson, Morat; pour les archers anglais à Crécy, Poitiers, Azincourt. C'est que les chevaliers, une fois renversés, ne pouvaient guère se défendre, embarrassés parleurs armures. Et puis, ils manquaient de discipline, ne savaient pas exécuter des manœuvres d'ensemble. Malgré ces imperfections, la cavalerie jouait encore un rôle important dans les combats. Mais, du jour où il fut facile de tuer à distance hommes et chevaux, du jour où les cuirasses et les caparaçons les plus épais devinrent impuissants à protéger contre les projectiles lancés par les canons ou les mousquets, la cavalerie passa, peu à peu, au dernier rang. Elle cessa même bientôt d'être, en principe, considérée comme une arme de combat. Son rôle, en diminuant, se spécialisa. Il consistera désormais à éclairer la marche des troupes, à procéder à l'investissement rapide des places fortes, à poursuivre l'ennemi en déroute, à faciliter les retraites par des charges destinées à arrêter l'adversaire victorieux. Aussi le corps de cavaliers recouverts de fer et armés de la lance et pour cela appelés gendarmes disparaît-il définitivement après la guerre de Trente ans. Il est remplacé par des corps nouveaux (cuirassiers, carabiniers, dragons, hussards). A partir du xvin e siècle, c'est l'infanterie et l'artillerie qui décident du sort des batailles, l'infanterie, corps mobile, facile à équiper et auquel les armes à feu portatives communi-

'id4 LA science sociale

quent une force extraordinaire dans l'attaque et la résistance, l'artillerie, dont le pouvoir destructeur est immense, plus lourde à manier, plus coûteuse à entretenir, aussi longtemps du moins que les voitures et les pièces ne seront pas automobiles et devront être traînées par des chevaux.

L'invention de la poudre n'a pas seulement influé sur l'usage des autres armes, sur l'art des fortifications, sur la constitution des armées, elle a eu aussi pour résultat de transformer les règles de la tactique ou du moins de donner naissance à une école nouvelle de tactique.

Anciennement, les armes, comme on sait, étaient, en général, des armes à main ; les combats avaient lieu corps à corps, la victoire appartenait aux plus vigoureux, aux mieux cuirassés. La seule tactique possible alors c'est celle de l'ordre profond qui consiste à accumuler les soldats en masses compactes et à les jeter dans un brusque choc contre les troupes ennemies ; le succès dépend donc de la poussée, de l'ébranlement produit, et, par conséquent, il y a intérêt à multiplier les rangs en profondeur.

Quand apparurent les armes à feu, les conditions de la lutte furent changées, elle avait lieu à distance et devenait singulièrement meurtrière, l'esprit d'offensive était altéré. Un point certain, dès lors, c'est qu'il ne pouvait plus être question d'ouvrir le combat par le corps à corps, par l'attaque directe, par le choc. Mais si le feu commence les batailles, est-ce lui qui doit aussi les terminer, ou ne vautil pas mieux, après avoir ébranlé l'ennemi par les décharges de l'infanterie ou de l'artillerie, lancer contre lui des colonnes d'attaque tenues en réserve pour le moment décisif, de telle sorte que la lutte commencée par le feu s'achève dans un corps à corps, dans un choc suprême ?

Si on adopte la première théorie, si on croit que le succès est lié exclusivement à la puissance, à la régularité, à là justesse du tir, on est naturellement amené à préconiser l'ordre mince ou linéaire, corollaire de la prédominance

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exclusive du feu ; grâce à Tordre mince, la défense est facilitée, les effets meurtriers des projectiles ennemis sont atténués.

Si, au contraire, on se rallie à l'école du choc, on doit préférer Tordre profond, seul favorable à l'offensive et à la formation des colonnes d'attaque. Telles sont les considérations fondamentales oui expliquent la naissance des deux systèmes modernes de tactique (1). Le débat entre eux dure encore. Quoi qu'il en soit, la faveur qui s'est attachée successivement à Técole du feu ou de Tordre mince et à Técole du choc ou de Tordre profond semble avoir dépendu principalement du succès remporté par les partisans de Tune ou l'autre école.

Ainsi, la vieille théorie du choc règne en maîtresse jusqu au xvin e siècle. Mais Tordre mince et les larges déploiements commencent à être appréciés après la guerre de Sept ans, pendant laquelle ils avaient valu à Frédéric de Prusse d'éclatantes victoires.

En France, la lutte entre les deux systèmes s'engage de 1749 à 1778. Au printemps de cette dernière année, la comparaison et l'essai en sont farits, sur les bords de la Saule, en Normandie, dans des conditions de sincérité absolue. Le triomphe de Técole du feu, soutenue par Guibert et Saint-Germain, fut complet. Déjà, du reste, les ordonnances du 1 er juin 1776 et du 1 er mai 1777 avaient admis, en principe, Tordre mince sur quatre rangs de profondeur, mais en réservant une place honorable à la colonne d'attaque, si conforme au génie français, fait pour l'offensive.

Napoléon, général à vingt-cinq ans, n'avait pas eu le temps d'étudier en détail les règlements élaborés par les admirateurs de Frédéric ; il revint donc naturellement à

ii) Cfr. Article sur la tactique moderno de l'infanterie, Revue des Deux-Mondes, avril 1895 ; Albert Duruy, l'Armét royale en 4189; du môme, Revue des Deux-Mondes, août 1887.

la vieille tactique du choc et de l'ordre profond pour laquelle l'Europe entière recommença à s'engouer après les victoires d'Austerlitz et d'Iéna.

Enfin, en rendant inutiles les armures et en nécessitant de grandes dépenses pour l'armement, la poudre ruine la noblesse, qui n'était pas assez riche pour se plier à cette transformation, et accroît la puissance du roi. Tels sont les changements produits dans l'art militaire par l'invention de la poudre et son emploi comme force motrice des projectiles. Pour être complet, peut-être faut-il ajouter que les progrès de la puissance et de la rapidité du tir ont contribué à pousser l'État, soit à réclamer de plus en plus énergiquement le droit de guerre, en vue de restreindre le fléau des luttes à main armée, soit à interdire le port des armes, à en réglementer la vente et la fabrication afin d'assurer la sécurité publique, de prévenir les assassinats et les meurtres (ordonnances de 1546, 1603, 1660, 1716 ; décret de 1792 sur l'organisation des manufactures d'armes de guerre).

L'examen du développement de la profession de guerrier étant ainsi terminé, il reste à étudier les professions de gouvernant, de savant et de lettré.

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Préface 1

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