LES TYPES SOCIAUX DU BASSIN DE LA MÉDITERRANÉE
La Montagne ne produit pas toujours cette sélection supérieure. — Kll»,' a quelquefois, il est vrai, opéré ce même effet ailleurs (juen Grèce. Mais, le plus souvent, la montagne a été le refuge de la communauté. Ce phénomène tient aux trois circonstances suivantes :
1" Les montagnes en général, ou du moins le plus souvent, ont reçu une émii.'ration de demi-nomades, lâchant le sol de la plaine auquel ils s'étaient imparfaitement fixés : ils fuyaient devant de nouveaux arrivants avant d être parvenus à la ^'ie agricole et urbaine développée. Le type de la montagne avait ainsi pour point de départ le type demi-nomade. C'est ce que nous avons vu chez les Slaves du Sud, quand ils ont occupé le versant \ord des Balkans, d'où ils sont finalement descendus vers le midi.
Au contraire, les montagnes helléniques et italiennes ont été peuplées par des gens d'origine agricole et urbaine : les Pélasges que nous connaissons. Le point de départ du type n'est donc pas le même. La conséquence de ce fait est que les montagnes helléniques et italiemies ont été peuplées par des gens d'une formation sociale plus avancée que celle des autres populations montagnardes.
2° De plus, les montagnes, en général, ont été occupées par une émigration en masse, par un flot de peuple montant en même temps, par une population arrivant avec ses cadres antérieurs. Cela n'a pas seulement eu lieu quand les émigrants étaient demi-nomades. Même dans les cas, plus rares, où les émigrants sortaient de la vie agricole et urbaine (ou, du moins, d'une vie plus sédentaire que celle des demi-nomades), le peuplement de la montagne s'est souvent fait en masse, tous fuyant ensemble.
Dans les montagnes helléniques et italiennes, il en a été autrement : ce sont des émigrants épars, peu nombreux chaque fois, qui sont sortis du milieu des Pélasges et ont gagné la montas^ne. (^est famille par famille, même individu par individu, qu'on a émigré vers la montagne, accidentellement, successivement. Les cadres antérieurs ont été rompus; l'indépendance a été la cause. ou tout au moins l'effet de ce mode démigration vers une terre
neuve, inoccupée. C'étaient des bannis volontaires ou forcés, partant pour une bonne ou pour une mauvaise raison. L'histoire de la Grèce et de Tltalie est pleine de faits de cette nature , ainsi que nous le constaterons lorsque nous parlerons du type ancien des Plateaux.
Ce genre d'émigration a eu pour conséquence de développer, chez ces montagnards, l'initiative et la pei-sonnalité ; elle a donné une sélection d'indépendants, se rejoignant, débarrassés des gens habitués à la dépendance, et se constituant socialement en dehors du vieux cadre.
3° De quelque façon cju'aient été peuplées les montagnes en général, par demi-nomades ou par sédentaires, en masse ou même par petits groupes, les montagnards se sont trouvés généralement entourés, au pied des monts, par une ceinture de grands pays, habités au large par une population nombreuse.
En Crèce et en Italie, il n'en a pas été ainsi. Le pays au pied de la montagne était fait de ces courtes et étroites vallées dalluvion, que terminaient de près la montagne et la mer. Ajoutez à cela que les montagnes grecques et italiennes ne sont pas, comme les massifs des Alpes ou des Balkans, une accumulation épaisse, profonde, de séries de montagnes : ce sont des chaînes allongées et ordinairement simples.
La double conséquence de ce fait était que les montagnards helléniques ou italiens restaient de très près en rapport avec les gens de la Vallée; et que la Vallée était assez limitée pour qu'un parti d'indépendants, redescendant sur elle, n'y fût pas écrasé par le grand nombre, ou noyé dans la population d'en bas.
Cependant, à ces derniers points de vue, l'Albanie s'écarte moins que les autres chaînes helléniques, ou itaUennes, du type des grands massifs montagneux : c'est un pays montueux d'une notable épaisseur. Mais aussi c'est précisément ce qui a contribué à sa conservation : l'épaisseur relative de ses montagnes l'a préservé mieux du débordement des invasions en masse, quand sont survenus les peuples non méditerranéens.
C'est encore ce qui a nui, de tous temps, à son développement social ultérieur, à l'évolution du type vers des formes nouvelles