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LES FORMES DE LA VIE PRIVÉE

La maison d'hal/itation du petit propriétaire hova était autrefois, à cause de l'insécurité du pays, le plus souvent située dans un village entouré de murs et de fossés et juché au sommet de quelque piton escarpé. Il subsiste encore aujourd'hui nombre de ces villages, qui donnent au paysage un aspect plein de variété et de pittoresque, mais les fossés qui les enserraient ne

(l)Voir les précédents arlicles dans les livraisons des deux derniers mois, juin et juillet {Science sociale, t. XIX, p. 453et t. XX, p. 59).

servent plus qu'à cultiver des fruits ou des légumes, et les habitations tendent de plus en plus à se mettre au larçe hors de lenceinte, de manière à ce que chaque propriétaire puisse résider au milieu des champs et de la rizière quil cultive. L'habitation se présente alors sous l'aspect d'un petit hameau, formé de plusieurs cases en bois ou en briques séchées au soleil, et clos de palissades. En efi'et, à part les gens tout à fait pauvres, une famille, à Madagascar, possède généralement deux ou trois maisons dans son enclos, ou tohotanij, et souvent six ou plus encore; les fils mariés habitent d'ordinaire près de leurs parents; certains b;Uiments sont affectés aux esclaves, d'autres servent de cuisine, d'étable, de grange, ou sont employées à d'autres usages.

Autrefois, ces maisons étaient en bois. Mais, depuis que le pays a été complètement déboisé, elles sont le plus souvent construites en briques rouges fabriquées avec la terre argileuse du pays et présentent de grandes qualités de solidité et de résistance.

Les maisons sont toutes orientées vers l'Ouest, et ne présentent absolument aucune ouverture du côté de l'Est. Otte disposition est commandée par des raisons météorologiques.

Franchissons la palissade et dirigeons-nous vers le bâtiment principal de l'habitation de famille.

Les Hovas étant très polis et très hospitaliers, il sera facile d'y pénétrer.

Avant d'entrer, nous en demanderons la permission par la formule : haorh/, liaody i peut-on entrer?) La maîtresse de la maison nous répondra aussitôt : ManrJrosoa, tornpo/cor entrez, •Monsieur). Nous n'aurons qu'à monter les deux ou trois marches qui conduisent au seuil, la maison étant élevée de quelques pieds au-dessus du sol pour éviter l'humidité. Nous franchirons la porte, et nous nous trouverons au milieu de l'unique pièce qui constitue tout l'appartement. Trois poteaux, rangés en ligne droite (1, 1, 1, figure ci-jointe) dans le sens de la longueur de l'édifice, supportent le toit de celui-ci.

L'intérieur est éclairé par la porte '7 ibid.) ainsi que par une fenêtre (8 ibid.) percées toutes deux dans la paroi Ouest.

Si nous faisons le tour de la pièce, nous trouvons {ï ibid.), tout

près do la porte d'entrée , les ustensiles à piler le riz , céréale qui fait le fond de lalimcntation des Hovas : c'est d'abord un large mortier de bois [laona) , puis, à côté, le pilon [fanoto), et enfin le disque de bois [sahafa), large et peu profond, qui sert à séparer le riz de la balle qui s'en est détachée par la décortication.

Nous passons devant le poteau Je plus voisin de la paroi Sud : c'est là qu'est attaché le veau engraissé par le propriétaire de la maison. A l'angle Sud-Est, faisant face à la porte, s'élève (3 ibid.) une petite construction en terré glaise, assez semblable à un four : c'est l'étable où, le soir, on enferme le cochon. Audessus de cette construction se trouve le juchoir des poules.

Le long de la paroi Est, se trouvent placées trois ou quatre cruches sphériques {slnys) couvertes d'une sorte de calotte en vannerie qui en protège le contenu contre la poussière ; ces cruches renferment la provision d'eau.

L'angle Nord-Est est le lieu sacré de la maison : on l'appelle zoro fiarazitnn. C'est dans cet angle (10 ibid.) qu'est placé le lit, assez élevé au-dessus du niveau de la pièce, et auquel on monte par un poteau entaillé qui tient lieu d'échelle. C'est là qu'est conservé le fétiche domestique^ dans un panier accroché au mur.

Entre le poteau Nord et la fenêtre, ou, ce qui revient au même, entre la paroi iSord et le foyer, se trouve (6 ibid.) la place d'honneur {avant patnna) pour les étrangers. C'est là que notre hôtesse, après avoir étendu à terre une natte propre, nous inviterait à nous asseoir.

Au Sud de cette place d'honneur est le foyer [fatana) (9 ibid.),

petite constructioa d'environ trois à quatre pieds carres, où se trouvent fixées cinq pierres, destinées à supporter au-dessus du feu les marmites dans lesquelles on fera cuire le riz. A côté du foyer est quelquefois placée une sorte de charpente sur laquelle on dépose les marmites lorsqu'elles ne servent pas. Il n'y a pas de cheminée : la fumée sort, soit par la porte et par la fenêtre, soit tout simplement à travers les joncs qui composent la toiture. Aussi la maison est-elle généralement noire de suie et pend-il du toit de nombreuses stalactites fuligineuses. Cette suie est considérée par les .Malgaches comme domiant à la demeure un cachet d'ancienneté tout à fait respectable.

L'ameublement, en dehors des objets que nous venons de décrire, est très peu considérable. Il consiste en quelques rouleaux de nattes, une demi-douzaine de cuillers dans unpaniersuspendu au mur, un coffre contenant des vêtements [lambasj pour les jours de fête et les circonstances exceptionnelles, un certain nombre de plats de poterie indigène et parfois européenne, une corne à boire ou un vase de fer-blanc en tenant lieu, et, très fréquemment, une lance ou deu.v. Pour compléter cet inventaire, n'oublions pas de mentionner le matériel nécessaire pour fi^ler et pour tisser les étoffes.

Le pavé de la case est en terre battue couverte de nattes grossières. Parfois les murs sont recouverts de nattes plus fines.

Les maisons plus riches que celle que nous venons de décrire ont souvent un étage supé-rieur, auquel on accède par une échelle. La chamljre située à cet étage supérieur a fréquemment un sol de terre battue; on l'utilise comme cuisine, et cela avec beaucoup d'avantage pour la pièce du rez-de-chaussée qui se trouve ainsi mise à l'abri de la fumée et garantie contre la malpropreté.

Telle est la demeure où réside le chef de famille avec sa femme et ses enfants.

La famille est en si grand honneur à Madagascar, que les jeunes gens n'y ont pas de préoccupation plus vive que de s'en créer une, ou, pour parler plus exactement, de continuer la leur, en prenant femme aussitôt qu'ils le peuvent. « Le célibat est in-

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