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connu chez les Hovas et Ion se marie très jeune : les femmes à douze, treize ou quatorze ans, et les hommes à quinze on seize ans, douze ans étant l'Age requis pour les' premières et quinze celui exigé pour les seconds. Car c'est Tamhition de tout Malgache de fonder au plus tôt une famille, et son désir le plus ardent est d'avoir un grand nombre denfants. >^ La fécondité dans le mariage est considérée par lui comme une bénédiction du ciel, et sa formule la plus cordiale pour remercier d'un bienfait consiste à dire : « Que Dieu vous soit propice et vous donne beaucoup d'enfants! (1) ». Beaucoup de tribulations peuvent frapper le Malgache. Doué d'un esprit de résignation à surpasser Job sur son fumier, il présente à toutes un front d'airain : une seule déconcerte son impassibilité, c'est celle de la stérilité... En revanche, plus les enfants sont nombreux, plus le bonheur est grand et pai'fait, car leur éducation ne coûte à peu près rien et la famille en est grandie d'autant (2) ». On sera sûr de laisser après soi des descendants pour recueillir la tradition de ses ancêtres et accomplir les rites funéraires sur le tombeau où Ion sera allé dormir auprès d'eux. D'autre part, on sera certain de conserver le patrimoine dans la famille, en évitant que, par suite de déshérence, il ne fasse retour au seigneur du domaine ou à l'État.
Le Malgache se marie dans sa caste, les unions entre personnes appartenante des castes différentes étant en effet prohibées, absolument comme nous avons vu interdites d'une caste à l'autre les ventes de biens immobiliers. Non seulement le Malgache se marie dans sa famille, mais les unions entre cousins germains sont extrêmement fréquentes, et on les considère comme les plus avantageuses de toutes en tant qu'elles maintiennent les biens dans la famille. On appelle ces mariages entre parents lova-tsimifindra, c'est-à-diro mariages qui conservent l'héritage.
Le mariage étant, comme nous venons de le dire, essentiellement contracté Itberorum rjuœrendorum causa, il est précédé non seulement de fiançailles, mais, très souvent, d'une sorte de stage d'essai.
(1) R. P. de La Vaissiere, ViiujtanS à Madagascar, p. 181.
(2) R. P. Piolet, Madagascar et les Hovas, p. 45.
« La plupart du temps, les parents décident, sans les consulter, les mariages de leurs enfants; ils les fiancent très jeunes, parfois même avant leur naissance, pour des motifs de convenance, dintérétou de parenté, par exemple, pour fonder, dès le moment des fiançailles, une famille fictive qui, dès lors, pourra acquérir, hériter, et, par là, sauver les biens des parents que menace peutêtre déjà la confiscation. Les fiançailles précèdent donc de beaucoup le mariage. Mais ce n'est pas tout. Les fiancés cohabitent deu\ ou trois ans ensemble, avant de s'unir par un mariage en forme. Cet essai fini, ils pourront se séparer sans formalité aucune, s'ils ne se conviennent pas (1). » Un pareil essai n'est possible que grâce à l'extrême relâchement moral qui règne dans le pays. Tous les observateurs ont en effet constaté que les Malgaches, à l'exemple des Polynésiens leurs ancêtres, ont une incroyable liberté de mœure i2j. Leur santé en est atteinte à raison de 80 % de la population, a-t-on assuré au R. P. Piolet. « Le peuple, ajoute-t-il, est un peu mieux conservé, mais la noblesse déjà bien frappée, et l'on pourrait noter des signes effrayants de caducité et de décrépitude, spécialement parmi les membres de la famille royale. »
Quand les époux n'ont pas d'enfants, ils divorcent de droit ou de fait et se remarient. Ils ont également, s'ils le préfèrent, la ressource de se créer une famille artificielle en recourant à l'adoption. Celle-ci est très fréquente et comme elle n'est soumise à aucune limite d'âge, ni de conditions, elle prend de jour en jour une extension plus considérable.
En somme, les Hovas n'ont en général qu'un petit nombre d'enfants, et ils les élèvent avec plus d'indulgence et même de mollesse que de sévérité. Ils cèdent, parait-il, trop aisément à leurs caprices. Il y a néanmoins entre parents et enfants des rapports très aflectueux et la vieille tradition communautaire a persisté avec assez de force pour maintenir, d'une façon très satisfaisante, chez les jeunes le respect des ascendants.
Dès la naissance de chaque enfant, le père lui assigne une
11) R. P. Piolet. Madagascar et les Hovas, p. 94. [tj Ibid.. p. 50,51.
portion distincte dans les biens qui composent le patrimoine. Ce n'est point là de sa part un acte qui tende à la dissolution de la communauté et à l'éparpillement de l'avoir de la famille : C'est simplement une précaution contre les conséquences d'une confiscation éventuelle toujours à redouter de la part de l'État, c'est aussi un encouragement pour l'enfant à bien soii^ner la part qui lui est attribuée et qui est destinée à lui appartenir un jour. La famille hova n'est nullement une famille instable. C'est une communauté dont les membres n'ont d'autre idée et d'autre désir cjue de la maintenir le mieux possible et de vivre ('•troitement .y^roupés. Conserver les biens dans la famille, se marier dans la famille, vivre au sein de la famille, tel est le rêve et l'idéal de chacun d'eux.
l^e R. P. de la Vaissière a tracé le tableau de cette vie de famille : « Sous le toit domestique, écrit-il, tout le monde participe de loin ou de près au genre de vie du maître de la maison. Le jeune Malsache, à peine au sortir de l'enfance, apprend bientôt à distinguer de celui de son père le bien qu'on lui donne en propre. Il compte déjà ses esclaves et ses bœufs. Il sait qu'il possède des rizières qu'on cultive en son nom, en attendant qu'il les cultive lui-même. Et cependant, jusqu'au jour de son mariage, il vit sous le toit paternel avec ses frères, ses sœurs, ses cousins, voire même ses neveux, sans autre souci que de faire prospérer son avoir particulier au sein de la communauté. Là, meubles, habits, nourriture, sont à peu près en commun. Et la troupe des esclaves, quoique déjà partagée en lots, travaille pour tous. Rien de plus excellent, dit l'auteur, que la vie en commun pour pénétrer un jeune cœur de l'esprit de famille. Chacun sait, d'ailleurs, que la loi du rejet le livrerait à la honte, peut-être à la misère, s'il refusait d'adopter les vues et l'esprit de la communauté.
« Cette forte tendance à la vie en commun n'exclut pas cependant une certaine inégalité, le plus souvent inévitable. Ainsi, laine a droit au respect de tous. Quant à l'héritage, comme nous l'avons déjà dit plus haut, il est soumis aux seules volontés paternelles. On trouve de ces enfants privilégiés sous le rapport
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de riiéritage dans toutes les familles : mais loia d'être en butte à la jalousie des autres frères, ils sont vus de bon œil, et regardés par tous comme leurs soutiens et protecteurs naturels (1) ». L'éducation des enfants se faisait autrefois tout entière dans la famille : c'est là qu'ils apprenaient pratiquement les arts utiles et que, se mêlant à la conversation, s'initiant au cbant et à la musique, très en honneur chez les Hovas, ils recevaient les premiers éléments de leur culture intellectuelle. Aujourd'hui, les missions européennes ont multiplié les écoles dans le i^ays, et les Hovas montrent beaucoup d'empressement à y envoyer leurs enfants, qui s'y distinguent, d'ailleurs, par la vivacité et la promptitude de leur esprit.
Durant l'enfance a lieu la circoncision, qui était autrefois une féfc publique, et qui n'est plus aujourd'hui qu'une fête de famille. Enfin, à dix-huit ans, le jeune Hova doit satisfaire à l'obligation du service militaire. C'est alors qu'il fait vraiment son entrée dans l'âge viril.
Dès que les enfants sont en âge d'être établis, ils se marient. Les filles rei^-oivent une petite dot en tètes de bétail, esclaves ou argent. Les garçons sont mis en possession de leur part dans les biens communs. On bâtit aux couples qui restent dans la communauté une case dans l'enceinte de l'habitation de famille^ Quant à ceux qui s'en vont, ils ne partent jamais sans esprit de retour. Les Hovas, en effet, aiment leur village.
Sans doute, dit le R. P. Piolet, « ils le quittent souvent; ils entreprennent sans hésiter les plus grands voyages et ils s'absentent de gaieté de cœur pour des années; mais ils conservent toujours l'espoir et la volonté bien arrêtée de revenir. Parfois même, ils emportent avec eux, comme le paysan irlandais allant en Amérique, une poignée de la terre natale » (2). Ils la contemplent souvent avec émotion pendant leur absence, en priant leur Dieu de leur permettre de retourner au pays, pour la replacer à l'endroit du champ paternel d'où elle a été enlevée. Dans l'enclos de la famille se dressent également les maison- Ci) R. P. (le La Vaissière, Vingt aiis à Madagascar, p. 184-185. (3i R. P. Piolet, lHatlagascar et les Hovas, p. 40.
nettes des esclaves. Ce nom d'esclaves pourrait induire en erreur. Quoique parfaitement exact, en ce qu'il désigne des personnes qui sont la chose du maître et peuvent être vendues par lui, ce qui est bien le trait caractéristique de l'institution, il ne doit point éveiller l'idée d'oppression, trop souvent inséparable de celle de l'esclavage. En fait, l'esclave à Madagascar est une sorte de serf. La douceur de sa condition tient à deux causes : à l'identité de race et de couleur entre son maître et lui, qui met entre eux une moindre diflérence, et à la facilité extrême qu'aurait l'esclave maltraité de s'enfuir en g-agnant la zone forestière toute voisine , où il serait impossible de le rattraper.
Les esclaves sont très nombreux dans l'Imérina, où ils forment certainement la majorité, peut-être les deux tiers de la population. Certaines familles riches en ont des centaines, parfois des milliers, et c'est au nombre de ses esclaves que s'apprécie la fortune réelle du Hova. Les meilleurs, et de beaucoup les plus nombreux, sont des Betsiléos.
Ces esclaves se divisent, d'après leurs occupations habituelles, en esclaves domestiques et en esclaves cultivateurs.
« Les premiers sont plus ou moins considérés comme membres de la famille, quoique à un degré inférieur. Quelques-uns, ordinairement des enfants, et surtout des petites filles non encore mariées, habitent la maison du maître; et alors ils sont nourris, soignés, habillés, comme les autres enfants de la famille. Mais le plus grand nombre est marié et Wt à part dans sa case. Tout leur service consiste alors dans quelques corvées qu'il se partagent entre eux : préparer le riz, puiser l'eau à la fontaine, balayer la maison, laverie Linge, voilà pour les femmes; porter leur maître, lui faire escorte, entretenir .sa maison, voilà pour les hommes. Cela leur prend, en moyenne, le douzième de leur temps, l'équivalent d'un mois par année. D'ailleurs, si cette corvée leur déplaît, ils peuvent s'en e.xempter, en donnant un peu d'argent. En dehors de ce service, il s'occupent de leurs propres affaires.
c< Il faut dire la même chose des esclaves cultivateurs, de ceux qui travaillent les rizières et gardent les troupeaux de leur maître. A côté du champ et du bœuf de ce dernier, il y a leur
propre champ et leur propre bœuf, qu'ils font prospérer en même temps, et quelquefois même plus vite.
" Enfin, c'est un esclave qui est l'intendant de la maison, qui distribue à chacun sa tâche, surveille toutes les dépenses et a toutes les clefs.
" Outre ces deux classes d'esclaves, il y a encore et l'absence dans l'ile de tout moyen normal de communication explique très bien l'existeuce de cette nouvelle catégoriel, il y a les esclaves porteurs dont on loue les services quand on a à se déplacer. Ceuxlà sont jeunes, vieoureux, pleins d'entrain. Us gagnent beaucoup d'argent et en donnent d'ordinaire une partie à leur maître. Mais ils sont heureux, parce qu'ils voyagent beaucoup, s'amusent beaucoup et ne manquent de rien.
I' "Les esclaves sont exempts du service miUtaire, exempts aussi de la corvée de l'État, souvent plus dure que celle du maître. Enfin, on ne les maltraite généralement pas, et jamais on ne doit faire couler leur sang. Le maître peut cependant les châtier, les frapper du fouet ou les mettre aux fers. Mais ainsi que nous le disions plus haut, il le fait rarement, car ils pourraient s'enfuir pour ne jamais revenir.
« Les esclaves ont le droit et parfois les moyens de se racheter. U leur suffit pour cela de payer le prix de leur rançon, c'est-àdire leur valeur vénale, et de faire une déclaration au gouverneur, à qui on offrira une piastre, comme tribut. Mais ils n'y tiennent pas énormément, surtout les jeunes gens; et, quand ils se rachètent, ils restent, pour éviter les corvées et le service militaire, les esclaves nominaux, par exemple, de leurs parents où d'un ami sûr (1). »
Ce ji'est que chez les plus riches Hovas. et quand les esclaves sont très nombreux, qu'il y a entre ceux-ci la division du travail dont nous venons de parler et qui rappelle le souvenir de ce qui existait dans les opulentes villas de l'époque romaine. Chez les propriétaires hovas d'une condition moins élevée et dune fortune moindre, il en est autrement.
(1) R. p. Piolet, Madagascar et les Hovas, p. 100-101.
Nous allons essayer, d'après Ellis, Sibree et quelques autres auteurs (1), de retracer l;i journée d'un de ces Hovas de condition moyenne dons nous avons déjà, plus haut, décrit l'habitation.
(^e petit propriétaire se lève en général de bonne heure. Comme réveille-matin, il a le coq, dont nous avons décrit le juchoir dansl'ang-le Sud-Est de la maison, au-dessus de l'étaJile du porc. Ce coq chante en général vers trois heures du matin, mais il est trop tôt, le jour n'étant pas encore levé. Il chante de nouveau vers cinq heures. C'est alors le moment d'aller voir si le soleil commence à poindre. Le maître ou un de ses esclaves va ouvrir la porte, regarde de côté de l'Est, et rentre en disant : '< Voilà le jour )'.
Après le lever, on procède à la toilette. Dès que tout le monde est debout, le père et les divers membres de la famille viennent, les uns après les autres, s'accroupir, soit près du foyer, soit devant la porte de la maison, étendent leurs bras nus et ordonnent à un esclave de leur apporter de l'eau. Celui-ci arrive, tenant dans la main gauche un plat qui servira de cuvette, et, dans la droite, une zinrjia, c'est-à-dire une corne de bœuf, munie d'un bAton en guise de manche, et pleine d'eau fraîche : cette corne est le potà-eau. L'esclave verse le liquide sur les mains du maître, qui les frotte l'une contre l'autre, et se débarbouille aussi le visage. L'esclave a soin, pendant ce temps, de tenir le plat qui sert de cuvette sous la tète du maître, de manière à recevoir l'eau qui en ruisselle. Les autres membres de la famille se lavent de la même manière. Puis c'est le tour des esclaves. Seulement ceux-ci, à la différence des précédents, au lieu de s'essuyer avec une serviette, se servent, pour cet usage, d'un des bouts de leur lambo.
Chacun achève de s'habiller. Le costume est très simple. Pour les hommes, il se compose de trois parties : le salaka ou longue ceinture de toile passée entre les jambes et serrée autour des reins, Vakanjo ou tunique de toile de coton blanche, enfin le lamba blanc, sorte de manteau assez semblable à la toge des Romains et dans lequel les Hovas excellent à se draper avec autant
(l) Ellis (Rev. William), Eislory of Madagascar, ch. \ii; Sibree (Rev. James), Madagascar et ses habitants, p. 203-'20ô.
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de dignité que d'élégance. Comme coitt'ure, les hommes portent un chapeau de paille de riz. Les femmes ont, comme les hommes, une tunique et un lamba, mais elles portent ce dernier d'une manière un peu différente. Elles ont de longs cheveux noirs qu'elles pommadent de graisse et savent tresser de mille manières. Elles s'ornent volontiers de bijoux, mais ne portent pas de chapeau. Comme les hommes, elles vont nu-pieds.
Au printemps, au lieu de porter des vêtements de toile blanche ou de coton écru, on porte des cotonnades barioléesetfort légères.
Nous venons de décrire le costume des habitants de la campagne. A Tananarive, le sa/a/ca est quelquefois remplacé par un petit pantalon; et les gens de la cour, hommes et femmes, comme aussi quelques personnes riches en contact avec les étrangers, aiment à s'habiller à l'européenne. Cependant il est rare que l'on sacrifle le lamba qui, par une ressemblance de plus avec la toge romaine, est vraiment un costume national.
Quant aux enfants, le plus mauvais chiffon suffit à leur vêtement, et encore arrive-t-il bien souvent qu'ils s'en passent.
La toilette faite, le maitre envoie ses esclaves à leurs divers travaux, et parfois les y accompagne lui-même.
La femme reste ordinairement à la maison, et passe son temps, soit à la mettre en ordi'c. soit à tisser. Comme on a d'ordinaire beaucoup plus d'esclaves qu'on n'en peut employer d'une manière régulière dans ce pays où il y a si peu de besoins, l'un va garder les porcs, l'autre détache le veau du poteau où il est attaché dans la maison, et le conduit au pûturage; un autre traira la vache.
Ces petits travaux, et d'autres tout aussi simples, coupés par de longs intervalles de repos pendant lesquels les esclaves se couchent nonchalamment à terre, occupent ceux-ci jusqu'au moment où ils ont à faire les préparatifs du premier repas. Ce repas n'a point lieu d'ordinaire avant onze heures ou midi.
Les Malgaches ont généralement des habitudes de tempérance, et ils varient peu leur régime; le riz est leur aliment principal et forme la base de tous les repas. Ils ne mangent guère que deux fois par jour, dans la matinée, ainsi que nous venons de
le dire, et après le coucher du soleil. Les pauvres mang-ent souvent leur riz sans viande; mais il le font bouillir avec certaines herbes qui servent de légumes. Quelquefois ils sont réduits à se contenter de racines de manioc, aliment nourrissant mais insipide. Toutefois, dans la plupart des ménages, on fait cuire avec le riz, ou rôtir à part, un petit morceau de viande, lis aiment les soupes, les compotes et les plats au jus; aussi arrosent-ils leur riz copieusement. Hs ont du bœuf à bon compte et de bonne qualité, ainsi que toute l'spèce de volailles. Les moutons sont maigi'cs et chétifs, couverts de poils plutôt que de laine, et ressemblent beaucoup à des chèvres. Ces moutons ont des queues volumineuses et pesantes, très estimées par les indigènes, mais beaucoup moins par les Européens, car elles ne sont presque qu'une masse de graisse. Aux funérailles et dans toutes les fêtes, labattage des bœufs et le repas dont leur chair fait le plat de résistance, constituent une partie essentielle de la solennité. On fait une grande consommation de crevettes d'eau douce et d'écrevisses; mais les poissons ne sont pas très abondants. Le meilleur est le tondra qui ressemble, jjour le goût, à la morue. On pêche des anguilles dans les rivières, des cyprins dorés et des argentines dans les canaux des champs de riz, mais ces poissons n'ont rien de délicat à cause de leur goût de vase. Les légumes et les fruits sont à profusion. Le peuple mange aussi de petites sauterelles qu'on fait griller après leur avoir enlevé les ailes et les pattes.
Le riz se conserve dans la balle jusqu'au moment où on l'emploie; il est bat lu et préparé pour la cuisson par les femmes esclaves, et ce travail est une partie importante de leur ouvrage journalier. Elles se servent à cet effet d'un grand mortier en bois, haut de cinquante centimètres environ, terminé par un rebord plat et carré. On détache la balle en battant le riz avec un pilon de bois : deux et souvent trois esclaves pilent ensemble au même mortier, frappant alternativement leurs coups en mesure. Quand le riz est bien battu, on le vanne dans un grand plat en bois, on le lave à plusieurs reprises à l'eau fraîche, on le fait cuire dans un pot de terre sphérique, et on le sert enfin sur des plats de terre grossièrement vernissés. On enfonce une
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cuiller dîins chaque portion de riz, qu'on arrose largement de jus de viande. Les pauvres se servent peu de couteaux ou de fourchettes; ils dépècent la viande avec les doigts. Le temps nécessaire à la cuisson du riz est d'environ une demi-heure. Ce laps de temps sert d'unité pour la mesure de la durée .• on dit qu'un endroit est à une, deux, trois masa-banj (cuissons de riz). L'eau est la boisson usuelle; mais on prépare une sorte de café léger en faisant bouillir de l'eau dans le pot au riz, aux parois duquel les grains rôtis ou brûlés sont restés attachés après la cuisson. Le goût du thé, du vrai café, et malheureusement aussi des spiritueux, se répand parmi les Hovas. Après chaque repas, ils se rincent la bouche avec de l'eau fraîche, habitude à laquelle ils doivent peut-être la blancheur et l'excellent état de leurs dents. Ils regardent les Européens qui négligent cette pratique comme laissant beaucoup à désirer pour la propreté.
Les principaux travaux agricoles consistent dans la culture du riz et l'élevage du bétail.
La culture du riz est assez pénible. « On défonce profondément le sol, on le fume, on brise et écrase les mottes avec un très grand soin, ce qu'on effectuait autrefois en les faisant piétiner par des bœufs; puis ou y plante, brin par brin, on y repique le riz que l'on a fait lever ailleurs en pépinières, et on le maintient dans l'eau jusqu'à la moisson. Quand il est mûr. on le coupe, on le fait sécher, et on le bat, en le frappant contre une pierre (1). » La culture du riz nécessite souvent, soit pour les diverses opérations qu'elle comporte, soit pour l'entretien des canaux d'irrigation des rizières, le travail simultané d'un grand nombre de bras. De là l'inlluence très marquée de cette culture sur le maintien de la communauté de famille. La Science sociale ayant déjà, il y a près de dix ans (2), mis en lumière cet efTet spécial de la culture du riz, il est inutile de recommencer ici une démonstration déjà très bien faite, et nous nous bornons à signaler en passant le nouvel exemple, cjui, chez les Hovas, la confirme une fois de plus.
,1)R. P. V\o\<i\.. Madarjascar et les Hovu'i. p. 15.
(2) Voir les articles déjà cilés de M. Robert Pinot (Science sociale, année 1886).
Les cultivateurs et les esclaves ne quittent les champs où ils sont allés travailler que vers le coucher du soleil. C'est alors, entre cinq et six heures du soir, qu'on les voit revenir, par milliers, des rizières, des marchés, des champs éloignés, portant leur bêche sur l'épaule ou des fagots sur le dos, et se plaisant parfois à écouter, le long du chemin, la chanson de quelque berger, qui. en petits couplets courts, mais d'une allure vive, célèbre lo plaisir de retourner à la maison, après une journée bien remplie.
Arrivés au logis, ils trouvent un repas identique à celui du matin. Tandis qu'on le prépare et après qu'on l'a pris, la famille s'égaie en conversations et en plaisanteries. La journée se termine souvent par des danses et par des chants. On va enfin se coucher, on s'étend sur une ou deux nattes et on dort jusqu'au chant du coq.
Telle est la journée du Hova. Nous venons d'en décrire une : toutes se ressemblent. D'année en année, elles se succèdent les unes aux autres, et peu à peu la vie s'écoule, la vieillesse vient et il est temps de songer au terme. Le Hova n'a ni religion proprement dite, ni temple, ni prêtres. Ses croyances ne dépassent pas le niveau d'un fétichisme grossier et d'une sorcellerie vulgaire. Mais il est loin d'être insensible au sort de l'âme après la mort. Il a le culte des ancêtres. Il tient à conserver leur dépouille près de sa demeure, dans la cour de l'habitation, s'il le peut, tout au moins à proximité du village. Le tombeau de famille est luxueusement édifié au moyen de larges dalles de pierre. A l'intérieur, les morts sont placés dans un ordre qui reproduit la hiérarchie de la communauté de famille. La porte, orientée comme celle de la maison des vivants, et située à l'ouest : en face, le long de la paroi orientale, se trouve la place d'honneur où il n'y a ordinairement qu'un seul lit, réservé au chef de la famille, au patriarche de la communauté. Les autres membres sont rangés au nord et au sud, sur deux ou trois rangs de gradins superposés. Extérieurement , et exactement au-dessus de la place d'honneur ou lit des ancêtres, est placée une stèle qui émerge du sol : c'est sur cette stèle qu'on vient répandre de la graisse
et célébrer des sacrifices, le joui' du Fandroana ou fête nationale. I/édification, l'enibellissement, l'entretien du tombeau de l'amillo sont pour le Hova une préoccupation constante, et une source de dépense considérable.
Nous aurions achevé de décrire la vie sociale des Hovas, si le peuple que nous désignons sous ce nom impropre n'était composé que de Hovas proprement dits ; mais nous savons qu'audessus de ces derniers, qui forment la couche profonde de la population, il y a aussi les vainqueurs d'oriirine malaise représentés par les Andrianas. Théoriquement, avec le système d'interdiction des mariasres de caste à caste, chacun de ces deux éléments aurait dû demeurer distinct de l'autre, et évoluer à part. Mais il n'en a pas été ainsi : par suite d'unions illégitimes, par suite de ces influences de voisinage que notre classification sociale relève avec tant de raison, ces deux éléments ont fini par se fondre l'un dans l'autre en une masse presque homogène. Il nous reste à déterminer ce que cette masse doit d'une manière plus spéciale à l'action de l'élément andriana. Les remarques que nous avons déjà faites, en parlant des origines malaises de cette partie de la population, nous permettront d'être très bref.
Les Hovas doivent aux Andrianas de n'être pas restés de purs cultivateurs et de s'être élevés jusqu'à la fabrication et au commerce.
La fabrication n'a jamais lieu qu'en petite industrie familiale , soit accessoire soit principale. Bien que la division du travail soit loin d'être poussée aussi loin qu'en Europe, il ne laisse pas que d'y avoir, à Madagascar, des métiers et professions distincts, et on compte nombre de Hovas qui tirent leur principal moyen d'existence d'un art spécial. De ce nombre sont les charpentiers, les forgerons, les maçons, les ferblantiers, les ébénistes, les orfèvres, les couvreurs et bien d'autres.
Ils sont très habiles dans tous les travaux manuels, ils sont doués dune grande sûreté demain et d'une vue excellente. Leurs longs doigts effilés semblent faits pour exécuter tous les ouvrages qui exigent de la délicatesse et de la dextérité. « Avec ses veux
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le Hova, dit le R. P. Piolet (1), voit plus loin que l'Européen avec une jumelle, et il distingue de plus petits objets, avec leurs reliefs les plus fins ■>, et les plus ténus. Si l'on joint à ces qualités physiques une très grande patience, on ne sera pas surpris que les Ilovas se distinguent dans le travail à la main.
Leurs lambas et leurs dentelles de soie, tissés et fabriqués on ne sait trop par quels procédés tout rudimentaires, sont d'un travail achevé, et se font remarquer par l'élégance de leur dessin et la vivacité de leurs couleurs. Dans la confection de leurs chaînettes et de leurs bijoux, d'une finesse extrême, et des objets en filigrane d'or ou d'argent, les joailliers indigènes atteignent un haut degré de perfection. L'adresse desHovas n'est pas moins frappante dans la fabrication des paniers de paille, de toute forme et de toute destination. Il font notamment de petites boites, en paille très fine, qui sont des échantillons admirables de ce que peut l'habileté manuelle : certaines d'entre elles, qui n'ont guère que deux centimètres cubes, sont tissées presque aussi délicatement que la soie et le coton le plus lin, et présentent un fini merveilleux à, l'intérieur comme à l'extérieur. Ils travaillent très adroitement le bois et la corne. Ils fabriquent en particulier des cuillers de corne fondue qu'on croirait de provenance européenne. Mais c'est dans l'industrie du métal qu'ils montrent la supériorité la plus grande. On Jie s'en étonnera pas si l'on se rappelle ce que nous avons dit plus haut relativement au développement de cette industrie chez les populations malaises. Ils savent produire des fers d'excellente qualité, tant pour la force que pour l'élasticité. On voit, dans les églises, des serrures, des grilles, œuvre de la forge locale, qui sont exécutées, dit Sibree. avec le même fini que l'on aurait pu obtenir d'ouvriers anglais. << J'ai rapporté eu Angleterre, dit le même observateur, quelques limes de fabrique indigène et je les ai soumises à un ami versé dans les articles qui sortent des manufactures de Sheflield; il les a trouvées parfaites (2). »
Les Hovas, il est vrai, n'inventent guère et sont surtout imitateurs. .Mais ils savent s'approprier tous les procédés qu'ils voient
(1) R.P. Piolet, Madagascar et les Hovas, p. .39.
(2) Sibree, Madagascar et ses habitants, p. 220.
employer, et reproduire exactement tous les oLjets qu'on leur présente. A cet égard, ils rivalisent avec les Chinois. C'est ainsi, par exemple , qu' on voit , dans le palais de la reine , plusieurs grands vases d'argent, copiés sur des exemplaires envoyés de France ; il serait difficile de les distinguer des originaux. D'autre part, c'est presque exclusivement à l'aide d'ouvriers indigènes que le très distingué architecte du gouvernement français à Tananarive . M. Jully, a construit et décoré le palais de la Résidence générale, un des plus beaux édifices européens de la capitale hova. On sait enfin que c'est en employant la main-d'œuvre malgache, qu'un des principaux initiateurs de l'Imérina à la civilisation française, notre compatriote Laborde, le grand Laborde comme on l'appelle si justement là-bas, avait organisé ses prodigieuses usines de Manlasoa, où l'on fondait le fer, le cuivre, où l'on fabriquait des canons, des fusils, de la poudre, du papier, de la poterie, de la chaux; du verre, de la bougie, du savon et quantité d'autres produits utiles.
Si habile que soit le Hova dans les travaux de fabrication, il excelle encore bien davantage dans le commerce. " Le Hova, dit le R. P. Piolet, est essentiellement marchand, autant que le .luif et plus que le Chinois (1). » Cette supériorité, les habitants de l'Imérina la doivent incontestablement à l'élément malais qui est entré dans leur formation sociale. Nous n'en voulons d'autre preuve que la constatation suivante du R. P. de la Vaissière. ■■ Le commerce entre les diverses peuplades de >Madagascar se réduit, ditil, à fort peu de chose. Chaque tribu vit en eiîet séparée de la tribu voisine et tâche de se suffire à elle-même, ce qui n'est pas bien difficile, vu les besoins des barbares qui en font partie. Lfs Hovas, cependant, font exception à cette règle. Ils s'adonnent de bonne heure au commerce et ils l'exercent selon leurs movens, au milieu de leurs compatriotes ou avec les tribus voisines. avec autant d'ardeur que les Européens qui fréquentent le pays (2). » Il est certain que si les Hovas sont seuls à faire exception, parmi toutes les populations de Madagascar, au point de
(1) R. P. Piolet, Madagascar et les Hovas, p. 37.
(2) R. P. de La Vaissière, Vùigt ans à Madagascar, p. itt.
vue des aptitudes commei'cialcs, il en faut chercher la cause dans l'élément particulier qui, du dehors, est venu modifier si profondément leur formation sociale originaire.
Le R. P. Piolet donne de cette supériorité commerciale des Hovas quelques exemples qui, dit-il avec raison, le dispenseront de toute autre preuve.
a En 1891, deux Chinois montèrent à Tananarive, espérant y faire fortune, comme ils le font partout ailleurs, comme ils le font notamment sur la cùte. Eh bien, ils ne purent rien y faire, et durent rapidement repartir. Je rencontrai le dernier quand je redescendais vers Tamatave.
« Quelques jours plus tard, je voyageais à Bourbon, de la Pointe des Galets à Saint-Denis, avec M. Rebut, le directeur d'une des grandes maisons de commerce de Madagascar, et voici ce qu'il me raconta. 11 a des comptoirs un peu partout sur les côtes Est et Sud, et une succursale à Tananarive. Or, c'est chez lui, à Tamatave, que les marchands de toile d'Ambohimalaza s'approvisionnent, leurs frais de transport sont sensiblement les mêmes que les siens, et ils arrivent néanmoins à lui faire avec cela une telle concurrence quil ne pouvait plus lutter et était décidé à fermer sa maison de Tananarive. Ce seul fait en dit long !
(' Le troisième trait est plutôt amusant ; un revendeur hova achetait pour dix-sept piastres de toile chez un marchand européen, à Tananarive. Le marché était conclu, et il allait emporter son Jjallot, quand un autre Hova entre, et là, séance tenante, le premier lui revend sa toile vingt et une piastres, gagnant ainsi quatre piastres sous les yeux de l'Européen ébahi et sur son propre comptoir (1). «
On comprend qu'avec de telles aptitudes professionnelles les Hovas aient le goût le plus vif pour la fréquentation des bazars et des marchés publics. Tous les auteurs sont unanimes à reconnaître que c'est leur occupation favorite.
- Ils sont très longs en affaires, demandent toujours des rabais, marchandent, discutent, n'en finissent pas. Miadij varolra,
(1) R. V. riolet, Madagascar et les Houa.s, p. 38.
c'est-à-dire le marchanda^'^e, semble, dit EUis, être l'acconipagnement nécessaire de tout achat, absolument comme le fait d'ouvrir les yeux est inséparable du phénomène de la vision, (tn perd un temps considérable (et la chose doit évidemment choquer, Ellis d'autant plus qu'il est Anglais, c'est-à-dire d'un pays où les transactions se concluent sans beaucoup de phrases i, on perd un temps considérable, ajoute-t-il. à contester pour un penny.
Mais ce n'est pas tout; quand on s'est mis d'accord sur les prix, tout n'est pas fini, car il faut encore procéder au paiement, et c'est là une seconde opération aussi compliquée que la première. Les Hovas n'ont pas, en effet, de monnaie divisionnaire, et, pour y suppléer, il faut couper les piatres d'argent en fragments de toute forme et de toute dimension . qu'on est ensuite oljligé de peser au moyen de petites balances que chaque individu porte toujours sur lui avec une séi'ie de poids. Ces pesées donnent lieu à des difficultés interminables.
Pendant toute la durée des discussions entre l'acheteur et le vendeur, il se forme autour deux un cercle de curieux. Les Malgaches, en effet, comme les autres Orientaux, n'aiment rien tant que de suivre la conclusion d'un marché, pour se mêler au débat et donner leur avis personnel.
Les transactions ont lieu, d'abord, dans les bazars, ou marchés quotidiens, établis dans les principales villes en vue de procurer les objets les plus indispensables aux besoins ordinaires de la vie. Elles ont lieu sur une plus grande échelle dans les marchés hebdomadaires, ou sorte de foires, beaucoup plus considérables que les précédents, et qui portent invariablement le nom des jours de la semaine auxquels ils sont tenus. On a ainsi le marché du lundi [alalsinoij), du mardi [talata), du mercredi [(tlarobia\ etc. Celui de Tananarivc "a lieu le vendredi : de là son nom de zonia.
Ces marchés sont très fréquentés et l'on y vient de fort loin. La capitale présente, chaque vendredi, une scène des plus animées. De grand matin^ toutes les routes conduisant à la ville sont remplies de personnes qui apportent leurs produits pour les vendre ou qui viennent faire des emplettes; les voies princi-
18 i LA SCIENCE SOCIALE.
pales de Tananarive sont également occupées tout lejourpar une foule compacte. On n'a qu'à se rendre sur la vaste place où se tient le marché, pour observer à loisir les types variés des diverses tribus de la province, et se familiariser avec les produits du pays et les articles de manufacture indigène. Chaque marchandise a son emplacement spécial : il y a celui du bois, de la vaisselle, des fruits, du riz, des tissus, des esclaves, des volailles, des Jjœufs, des outils et ustensiles. Chaque petit propriétaire y apporte ce qu'il a à vendre, une charge de riz, une peau de bœuf, quelques livres de cire, des boules de caoutchouc.
Bien de plus animé que ces grandes foires. A voir l'entrain qu'y apportent tous les Hovas grands et petits, on a l'impression très nette que c'est là, et non ailleurs, qu'ils sont bien dans leur véritable élément. Le Hova pratique aussi beaucoup le trafic par colportage. Tantôt il descend à la côte chercher des marchandises pour les revendre, tantôt il circule dans le pays comme marchand ainJjulant avec une pacotille d'objets de fabrication indigène.
La psychologie du Hova ressort, croyons-nous, assez nettement du tableau que nous venons de tracer de sa vie sociale. 11 nous suffira, pour la compléter, d'ajouter qu'il est très indolent, toutes les fois qu'il ne s'agit pas de quelque bonne spéculation à essayer, très avide d'argent, très enclin à l'usure et au vol, extrêmement débauché, passablement ivrogne, très orgueilleux, très hypocrite, très menteur, et par-dessus tout d'une extrême fourberie. Il est inconstant, léger, infidèle, ne se considère jamais comme lié par sa parole, et est entièrement dépourvu de générosité, de grandeur d'âme et de dignité morale. En l'evanche, il est doux, pacifique, hospitalier, d'un commerce facile, beau parleur, orateur même, amateur passionné de poésie et de musique, intelligent, adroit, débrouillard, très sobre, en général, très actif, quand il veut, très endurant, très obéissant, très résigné, et par -dessus tout profondément respectueux de l'autorité publique et des traditions domestiques.
tl. — L ÉVOLLTIOX IIK LA ROYAt'TE HOVA.
Le fiiit le plus caractéristique de l'évolution sociale du peuple hova, c'est la superposition d'une puissante coinmunaulé d'État aux communaut<'s de famille dont il l'tait, il y a quelques siècles, presque exclusivement composé.
Cette communauté d'État est d'orig-ine toute récente. Son développement se confond avec celui de la monarchie hova, qui en est la toute-puissante incarnation.
Au dLx-septième siècle, il n'en était encore aucunement question. Toutes les provinces du plateau central, écrivait Flacourt, « sont gouvernées par plusieurs tyranneaux qui ont empiété l'authorité, par adresse et par force, dont les enfants succèdent aux pères, et tiennent ainsi les habitants sujets sous le joug de la servitude (1). »
Il est assez aisé de se représenter l'état de choses existant dans rimérina à l'époque où écrivait le vieil historien. Les descendants des Vazimhas, ou Hovas proprement dits, sont, depuis la conquête malaise, tombés sous la domination des envahisseurs. Ceux-ci, les Andrianas, se sont partaiié le pays, s'y sont taillé de petites principautés. Leurs descendants rèii'nent, chacun dans les limites de son territoire, et exploitent les cultivateurs hovas qui habitent celui-ci. Ce sont leurs sujets, et, quant à eux. ils sont les tyranneaux dont parle Flacourt. Mais bientôt ils se lassent de ne régner que sur leur propre domaine, et essaient de s'emparer des troupeaux ou d'emmener en esclavage les sujets du tyranneau voisin. Celuici résiste et se défend. Le régime des guerres privées commence. Il était à son apo,i;ée au dLx-septième siècle.
La tradition d'un chef suprême, imposant à tous le bon ordre et le respect de la justice, n'était cependant pas entièrement effacée. Rappelons-nous, en effet, que les émigrants malais, pères des Andrianas. constituaient une troupe organisée et hié-
(I) Flacourt, Histoire de la grande ile de Madagascar, p. 4.