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I. LES LOWLANDS OFFRENT, AU POINT DE VUE DE LA NATDRE

DU PAï'S, Dl RÉ<;iME (»U TRAVAIL ET DU <;ARArTKRE DES HABI- TANTS UNE IMAGE AFFAIBLIE DES HIGHLANDS.

La basse Ecosse offre en effet avec la haute Ecosse beaucoup plus de ressemblances qu'on ne l'imaginerait au premier abord :

1° Le climat des deux régions est sensiblement le même : c'est un climat maritime, c'est-à-dire très humide. Aussi, à l'origine, la basse Ecosse était-elle essentiellement, comme la haute

(1) Voir les trois articles publiés dans la Science sociale, en janvier, avril et juin

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Ecosse, un pays forestier. Il suffit de lire le récit des campagnes de Septime Sévère, que nous donne Dion, pour a%'oir l'impression trt's nette d'un pays marécageux et boueux tout couvert d'un fouillis inextricable de chênes, de coudriers, de bouleaux (1).

2" La basse Ecosse n'est guère apte à subir d'autres transformations que celles qui font d'un sol forestier un terrain de pâture. Ceci est surtout vrai de la zone méridionale située sur la frontière anglaise. Cette zone qui renferme 500,000 hectares, près d'un huitième des Lovvlands, comprise dans les comtés de Selkirk et de Peebles et dans une partie de ceux de Dumfries et de Koxburgh, sillonnée en tous sens par les chaînons montagneux des Cheviots, ne se prête guère à la culture que sur la dixième partie de son étendue et impose aux propriétaires comme ressource fondameni aie l'élevage du mouton (2j. Et, de fait, l'homme n'a pas fait violence à la nature : les « rentiers " des abbayes du sud de l'Ecosse au xiii" siècle, Melrose, Keiso, accusent surtout de nombreux troupeaux de l'espèce ovine, moutons, agneaux, etc. En lôii, quand les Anglais font une razzia sur la frontière, ils trouvent à enlever 12,000 moutons et 10,000 bètes à cornes, et seulement 200 sacs de blé. .\u viii'' siècle, les voyageurs signalent encore l'absence presque complète de clôtures.

Dans la plus grande partie des Lowlands, trois millions d'hectares environ, échelonnés du Sud-Ouest, au Nord-Est à la base des Highlands, le sol, quoique plus fertile et se prêtant très bien à l'élevage du gros bétail ainsi qu'à la culture fourragère, demeure cependant une zone pastorale.

La différence entre les Lowlands et les Highlands ne s'accentue véritablement que dans les 500,000 hectares (1/8 des Lowlands, 1 5 do l'Ecosse), qui composent la zone de l'est et sont alignés le long du rivage oriental depuis Bervvick jusqu'à Dundee, avec deux ou trois échappées vers le centre du pays le long des grandes rivières, aux environs de Stirling et d'Edimbourg. C'est la seule zone où l'on pratique vraiment la culture des céréales.

(1) Skene, t. I, p. 83-8G.

(2) De Lavergnc, p. 352.

Et quelle culture! Un statut royal de 12H est obligé de commander le travail sous peine d'amende (1). Il fixe l'époque des semailles ; il ordonne à ceux qui ont peu de bétail de cultiver à la bcclie afin de ne pas rpuiser leurs animaux, qui sont la ressource capitale. C'est une culture potagère, Fordun au xiv'' siècle parle surtout des fèves et des pois. L'assolement est inconnu, on cultive toujoui's les mêmes pièces de terre, pendant que les trois quarts de la superficie agricole restent indéfiniment en jachère. C'est seulement en 17-27 que, dans la partie la plus fertile du pays, aux environs d'Edimbourg, on a commencé à cultiver le froment. Ce n'est qu'en 169.Ï que l'on abolit le runrig, c'est-à-dire les partages périodiques du sol entre propriétaires : mais le runrig entre fermiers subsiste, et, vers 1750, le sol du comté de Perth est ainsi presque exclusivement exploité par des communautés agricoles et non divisé en fermes distinctes. On ne récolte pas de fourrage, disent les rapports du bureau d'agriculture relatifs au comté d'Ayr (1750), aussi le bétail meurt de faim en hiver. Les charrettes sont inconnues dans le Sud^ et les transports s'y font encore à dos de cheval à la fin du xvm" siècle. Vers 17.50, on dépeint les fermes du comté d'Ayr comme de misérahles chaumières avec un fumier à la porte et un trou rond au plafond en guise de cheminée. L'argent y est rare, et toutes les fermes sont à moitié fruits. Bref, l'aspect est des plus attristants. On n'a, pour s'en convaincre qu'à rehre les notes de voyage de Knox en 1786 sur le trajet de Longton à Dumfries et de Dumfries à Molfat (2).

Rien ne donne mieux l'idée de ce caractère de demi-nomades, longtemps conservé par les Écossais, que le récit de leurs guerres contre les Anglais, du treizième au seizième siècle. Qu'on relise, par exemple, le récit fait par Froissart de l'invasion écossaise de 1.329 dans le Northumberland. L'armée de Douglas est toute k

(1) Dans la basse Écosseoù, de bonne heure, les chefs de clan se sont trouvés sournis au pouvoir royal, nous voyons celui-ci s'efforcer d'arriver par ses statuts, comme dans le reste de l'Europe, à résiementer la vie nationale.

(2) De Lavergne, pp. 352, 356, 363; Mackintosh, t. III, pp. 315 à 317; Dalriad. pp. 57 et 58; Knox, t. I, p. 232; Skene, 1. 111, p. 240 et 244. Fordun, Chronique, liv. Il, ch. 7, 8 et 9.

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cheval, les chevaliers et les écuyers sur de bons gros roncins. les communes i;ens sur de petites haquenées que l'on n'étrille jamais et que, sitôt le cavalier descendu, on envoie paître aux champs. Ils ne mènent avec eux aucun bagage, rien qu'une petite provision de farine d'avoine et une pierre plate sur laquelle ils la délaient pour en faire des galettes; ils se servent, en guise de chaudières, de marmites de peau dont on n a même pas enlevé le poil, et mangent à moitié cuite la viande des animaux qu'ils tuent. On dirait une bande de Cosaques ! 1).

La guerre a tout à fait des ;i Hures de maraude; leur tactique consiste à lancer sur l'Angleterre une razzia de cavalerie, à enlever du bétail, puisa décamper au plus vite; en cas d'invasion, à battre en retraite, à se réfugier dans les bois, jamais dans les châteaux où ils seraient bloqués (1329, l'-iôô, 1385). Leur arme favorite est l'épieu, une arme de corps à corps; malgré tous les efforts de la royauté, il est impossible de former des corps d'archers. Aussi, lorsqu'ils veulent lutter avec les Anglais en bataille rangée, ils sont presque toujours vaincus : à Falkirk. 1298; à Methuen, 130G; à Halidon Hill, 133i.; à Durham, 13iG; à Hoinildon , 1V02; à Verneuil , li2V; àFlodden, l.jl3; Banorock, Burn, en I31i, fait seule exception. Généralement ils se gardent mal et sont souvent surpris là Dup{)lin. 1332). En revanche, ils ne sont jamais soumis. Au quatorzième siècle, les Anglais semblent à plusieurs reprises les maîtres du pays, ils tiennent les villes et les cliAteaux, mais il y a toujours au fond des bois quelques particuliers, Douglas, Murray, Hamsay. Handolph pour continuer la lutte, lasser l'ennemi et définitivement reprendre le dessus.

Les dispositions d'esprit de lliabitant. on le devine aux traits qui précèdent, sont d'un communautaire intense : même tendance que dans les Highlands à se contenter du strict nécessaire à préférer la \ae étroite plutôt ((ue de faire efibrt pour se procurer davantage: même sobriété, même économie qui les fait détester des Anglais, parce qu'ils acceptent du travail à des prix

(\) Scott, lome II. th. 7; Fordun, t. II. p. 38 ; Scott. Aote de liedr/auntlet .Frohsart (éd. Luce . tome I. p. 51. et seq., 71, 328; Scott, l'Officier de fortune, ch. l.ï.

que ceux-ci déclarent dérisoires et qu'ils se contentent aussi de se tirer tout juste dafl'aire dans ces métiei-s simples et peu lucratifs. M. de Saussure est au bonheur de trouver chez eux la même simplicité de mœurs que chez les Suisses. Nulle recherche des commodités de la vie. Il a fallu <(ue les soldats de Cromwell vinssent tenir garnison à Aberdeen pour apprendre aux habitants à planter des choux et à faire des souliers. Gomme les Suisses encore, ils recherchent, quand ils émig-rent, les métiers sans attache au sol , pour peu lucratifs qu'ils soient , le service militaire surtout où ils goûtent les charmes de la communauté et de l'imprévoyance , le colportage , autre métier qui permet de voir du monde et de vivre au jour le jour. Jamais ils ne partent sans esprit de retour; on les voit abandonner souvent les plus grands avantages pour venir mourir suus leur ciel natal.

L'esprit de famille est très développé. Demandez à un Anglais s'il est parent d'une personne qui porte le même nom que lui, dit Walter Scott dans une note de LWbbé ; s'il y a quelque doute, il vous répondra : « C'est une simple homonymie ». Faites la même question à un Écossais, il s'empressera de répondre: « Nous dcNons être parents, mais j'ignore à quel degré ».

Les habitudes de vie sont toutes communautaires. Les maisons de la vieille ville d'Edimbourg servent de demeure ù plusieurs locataires ditférents, tandis que, dans la nouvelle ville (on saisit bien ici l'évolution moderne vers le particularisme), chaque maison, suivant la moilr anglaise, est occupée par une seule famille. Ils aiment passionnément la conversation, et ce qui les distingue des Anglais, c'est la sociabilité ; aussi ils raffolent de discussions et de controverses politiques, littéraires ou scientifiques; ils ne renoncent guère à la danse qu'à un àg^e avancé.

Ils se tiennent étroitement les uns les autres. Un Écossais en place ou en crédit profite de sa position pour s'entourer de ses compatriotes et cherche à procurer de l'avancement aux membres de sa famille ou de son clan. Si l'on a un procès, on se rend à l'audience accompagné de tous ses parents et amis. La ven-

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detta est très fréqucate. On voit que nous sommes clans un pays où il ne fait pas bon vivre isolé .1), D'ailleurs la société transforme cet homme : il n'est entreprenant que s'il est en compagnie, mais aloi"s rien ne lui semblera impossible et les entreprises les plus chimériques seront celles qui exerceront sur lui le plus d'attrait.

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