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LE REGIME DU CLAX

En présence de pareils traits, nous pouvons nous attendre h rencontrer ici le régime du clan, c'est-à-dire un g-roupement communautaire qui réunit dans une association toute familiale d'apparence des g-ens étrangers les uns aux autres par les liens du sang. Et, défait, nous n'avons pas à aller bien loin ni jjien haut pour en retrouver les traces.

1" V! onomastique présente des formes aiiahjijues dans la basse et dans la haute Ecosse. Il existe peu de variété dans les noms écossais et le même nom se trouve dispersé à tous les degrés de l'échelle sociale : il n'y a pas de nom noble en Ecosse^ dit Saussure (2). Comme dans le Nord où nous trouvons des Sutherland, des Macdonald, des Munro, des Matheson grands propriétaires et petits tenanciers, nous trouvons au Sud une infinité de Scolt, de Kerr. d'Armstrong, de Murrav. de Maxwell, de .lohoston. d'Elliot, de Douglas, dllamilton, de Fergusson. de Hope, de Home, de Duncan, de Robertson, et dans les conditions les plus diverses. Voilà bien l'indice qu'autrefois tous ces hommes ont été réunis dans un groupement nombreux qui offrait extérieurement les apparences dune famille, .l'ai montré qu'aux Highlands, et le fait est probablement le même, ces apparences familiales ne correspondaient pas à une réalité.

(1) WalterScotl, Histoire d'Ecosse, tome II, chap. 7 et 26; Saussure, t. I, p. 4i, W à 55, 57, 65, "1 à 73, 154; t. 111, p. 161 et 162; Johnson, p. 42 à 44, 55 à 57: de Lavergne, p. :<46.

(2) Saussure, t. III, p. 156.

•1° L'orf/anisation de la propriété est analoçjue, du moins anciennement. Au onzième siècle, les cartulaires du comté de Buchan nous montrent, lorsqu'une donation de terres appartenant à un clan est faite à une abbaye, qu'elle émane de deux personnes, le mormacr, ou grand chef, et le toisccli de ce clan. Or, ce toisrch ou ihanc, c'est le nom gaélique ou saxon du tacksman moderne des Highlands, ce parent du chef de clan ou ce chef d'un clan subordonné, qui, sans être propriétaire en titre, opère en fait la distribution de la terre entre les cultivateurs. Cette habitude des chefs, de charger un de leurs parents de diriger la mise en valeur des terres du clan, est tellement enracinée que lorsque prédomine notre système juridique sur l'amodiation de la propriété, les grands seigneurs ont en général pour fermiers leurs frères cadets. Aux douzième et ti-eizième siècles, les thcmages ou propriétés des thanes, sont encore en nombre considérable sur la côte Est et dans le district de Calatriaou Falkirk. Ces thanes sont alors encadrés dans le système féodal, leur ancien chef de clan, roi ou grand seigneur, est devenu leur suzerain, mais pour prix du bail de leur terre, qui prend le nom significatif de dyce (le déis irlandais est la propriété héréditaire des immeubles), ils paient à ce suzerain une redevance qui porte un nom tout différent de celle que paient les possesseurs de véritables liefs : c'est la finna, en gaélique cain. Ces thanes, ou toisechs, lui doivent le devoir de repas, le convcth. Comme le tacksman, le toisech fait cuHiver sa terre en partie par des journaliers, des cottars, qu'on appelle alors des nativi, des bondi, c'est-à-dire des indigènes liés à lui par une sorte de lien de servitude ; pour l'autre partie, il la sous-loue à des tenanciers libres, qui lui doivent eux aussi le cain et le conveth , tantôt jouissant d'un bail plus ou moins long (ce sont les tenandrias ou ortliigcni), tantôt sans bail et recevant de lui un cheptel (c'est la tenure en sted-boiv). Les seigneurs passent leur temps en déplacements, se faisant héberger par leurs vassaux et tenanciers, eux et leur suite. L'existence de cette nombreuse domesticité que tout chef de clan traîne après lui, en Ecosse comme en Caule, de cette nombreuse clientèle qu'il tient ainsi à sa solde nous est attestée par les statuts émanant du pouvoir

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central et qui. pour dissoudre ces bandes, édictent le bannissement contre tout individu qui ne Wt pas de ses redevances ou de l'exercice d'une profession reconnue. Souvent aussi, en vrai chef de clan, le thane ou toisech ne respecte pas les baux. Le pamphlet intitulé la PlainU' de FÉrosse, les récriminations du poète Henryson. les nombreux statuts royaux qui annulent les reprises illégales déterres IVOl, UVO, U5T. rt69, liOl. 150.3, 1.563), en sont la preuve. On a prétendu que, à l'exemple de l'Angleterre, les propriétaires écossais du quinzième siècle voyant hausser le prix de la laine avaient renvoyé leurs fermiei-s pour faire l'élevage du mouton, et que ces évictions étaient la preuve qu'un régime de propriété analogue existait des deux côtés de la Tweed. Mais on n'a pas remarqué combien le fait allégué s'accorde peu avec les données de l'histoire. Et d'aijord, les quinzième et seizième siècles ont été une des époques où la guerre a sévi en Ecosse avec le plus d'acharnement, et le moment aurait été bien mal venu pour remplacer des soldats par des moiitons ; on était si peu disposé à le faire, qu'il fallut, en 17'i.8, défendre de concéder les terres à charge de service militaire.

En second lieu, le tenancier était si peu un tenancier et si bien un copropriétaire que, jusqu'en 1169, il était responsable du paiement des dettes de son seie-neur, et que la plupart des lois contre l'éviction ont eu pour but de maintenir, sur les terres qu'un propriétaire vient de vendre, les tenanciers qui l'occupaient et que l'acquéreur aurait j)u vouloir expulser. Letfort des légistes était de faire considérer le tenancier comme un fermier ayant un bail : l'acquéreur, avec ses idées d'homme de clan, pensait au contraire que ce n'était pas au chef, mais au clan qu'il avait acheté la terre; la terre une fois vendue, tous les hommes du clan lui semblaient devoir déguerpir.

Le régime du clan existe donc dans la basse Ecosse. Ce fait ne doit pas nous étonner. Nous sommes encore ici en présence de patriarcaux établis en pays pauvre, préférant vivre aux dépens de leurs voisins plutôt que d'entamer un sol qui se prête difficilement à la cuKure, ayant par conséquent tendance à s'orsaniser

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en groupements militaires, soit pour exploiter ces voisins, soit pour se défendre contre leurs tentatives d'exploitation. Chacun de ces groupements, isolé des autres par la nécessité de se dispeiser pour \ivre sur une assez grande surface (résultat do la pauvreté du sol) et par la difficulté des communications, ne reconnaît à aucune autorité extérieure le droit de trancher ses différends avec un groupement voisin. De là, un esprit batailleur qui, partout où se produit un contact, foire, marché, bal, etc., amène inévitablement une bonne rixe et des coups largement échangés de pari et d'autre. De là, ce caractère maraudeur et pillard que revêtent leurs guerres contre les Anglais. De là, lorsque la paix s'établit [)ar l'union des deux royaumes, la constitution de bandes admirablement organisées de voleurs, contrebandiers, fauv monnayeurs, faussaires, etc., comme celle qui existait encore à la fin du siècle dernier dans le comté de Selkirk (1). De là, cette ressemblance profonde de la région la plus pastorale de la basse Kcosse, la frontière ou border, avec les Highlands sur lesquels elle n'a iiuère qu'un siècle d'avance. .Mêmes rivalités entre certaines familles, mêmes usages de guerre privée cjui se cachent parfois sous les dehors dune guerre nationale, mais qui éclatent aussi lorsque les deux royaumes sont en pleine paix (1). En 1512, le lord Kerr, gardien des marches écossaises du centre, est assassiné par les Anglais Héron et Starhed ; Starhed est, en représailles, assassiné par les Kerrs; en 1552, Walter Scott est assassiné par les Kerrs dans les rues d'Edimbourg en représailles du meurtre des Kerrs commis en 15-2(); en 1585, .lohnston d'Annaiidalc est battu par Maxwell de Dumfries et meurt en prison; en 1598. .Maxwell et ses alliés, les barons du Xithisdale, Douglas, Grierson, Kirkpatrick, Crichton, sont battus par .lohn.ston fils et ses alliés, les Scott, les Murray, les Grahame, les Elliot. Ma.xwell, grièvement blessé est achevé sur le champ de bataille. En 1608, •lohnston fils est assassiné dans une conférence par Ma.xwell fils. Mais alors, pour In premièrr- fois, un nouveau pouvoir

(1) Waltei- Scolt, Histoire d'Ecosse, tome III, ch. 5 el 25; Dalriad, ])|). 10 à li; Skene, t. III, p. .je à 58, 22.3. 281 à 283.

(2) V. par exemple, Scott, t. I. p. 222, t. II, p. 302.

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apparciit. la justice royale intervient, et Maxwell est décapité, Itilô.

III. — L HISTOIRE DÉCOSSE XEST UUE LE RECIT DES LUTTES DE CES CL.\NS, yL'l SE TRANSFORMENT. M.\IS .NE DISPAR.\ISSEXT P.\S.

On doit rompreiidre désormais la physionomie générale de l'histoire d'Ecosse. C'est une histoire de clans. Les quelques colonies particularistes qui, dès la fin du cinquième siècle, s'étaient installées à Dumfries, le fort des Frisons, ou sur les rives du Forth, le rnarf Frisirum des chroniqueurs ' 1 , étaient en trop petit noinhre pour faire pré\aloir, dans des circonstances du reste essentiellement défavorahles, le type social (ju'elles représentent. J'aurai d'ailleurs, à propos des influences étrangères, à revenir sur ce fait : il me suffit pour aujourd'hui de le mentionner.

Première période : Des origines à l'an 1100. — bans la première période de l'histoire d'Ecosse, jusqu'aux dernières années du onzième siècle, nous sommes en présence dune série de groupes plus ou moins communautaires, classés par les historiens d'après les langues qu'ils parlent en Bretons du Fortrenn ou Verturiones, Pietés, Scots et Angles. Les chroniques de l'époque sont malheureusement très rares et très brèves, et il n'y est à peu près question que de guerres, mais on a pu voir quelle avait été l'intluence de la guerre sur le type gaélique, et on peut juger par là de quelle importance sont ces récits dans l'espèce. Or, tout ce que ces chroniques nous racontent à ce sujet semble permettre d'affirmer les quatre propositions suivantes :

r 11 existe en Ecosse un certain nombre de régions naturelles, de pays géographiquement distincts, qui forment comme autant de compartiments où se constituent les clans, les royaumes et les comtés.

•2" Des contrées étrangères ou voisines, de l'Irlande ou de la

(1) Rhys ujoute dans sa Celtie Britain ]a ville de Gaidi, qu'il rapproche du nom des •Iules, rapprochemenl fort douteux. Les Jutes d'ailleurs ne sont pas des Saxons.

Germanie, arrivent des populations en quête d'un établissement, soit pour s'y installer eu masse, soit pour y caser leur excédent. C'est un premier sujet de guerre dont l'exemple se voit dans la lutte des Scots et des Angles contre les Bretons et les Pietés, détenteurs préalables du sol, guerre cjui a présenté des résultats différents suivant que les populations soumises à l'invasion étaient déjà plus ou moins fixées au sol. On peut s'en faire une idée on consultant la carte des anciens diocèses de l'Ecosse. Là où les enclaves sont rares, comme dans l'Ouest, on peut présumer que les nouveaux venus ont fait place nette, soit en refoulant, soit en absorbant leurs adversaires, qui menaient probablement une vie purement pastorale. Dans la partie orientale au contraire l'encbevètrement des paroisses de divers diocèses semble bien montrer que la population conquérante s'est installée on milieu de clans déjà fixés au sol par la culture : c'a été une juxtaposition pure et simple.

3° Un chef de clan fait encore la guerre pour installer un cadet en pays voisin. Dans ce cas, la plupart des sujets du chef de clan vaincu changent tout simplement de maître. Il n'y a là (ju'un déplacement d'aristocratie, une superposition.

k" On se fait encore la guerre pour la possession du pouvoir suprême, soit au sein du clan, soit au sein de la région. Chacun de ces petits chefs de clan veut être le roi suprême. Une fois ce titre fixé dans un clan et la vassalité imposée aux autres, on pourrait croire l'unité établie, mais il n'en est rien à cause des habitudes successorales des Gaêls. Le gouvernement de la communauté chez les patriarcaux est, on le sait, déféré non pas au fils du patriarche défunt, mais au plus âgé de ses parents, généralement à son frère. Dans ces petits royaumes, la succession a lieu généralement du frère au frère. Je relève ainsi se succédant chez les Pietés, au septième siècle Cartnaidh, Brude et Talore, tous trois fils de Wid, Gartnaidh et Drost fils de Donald; au huitième, Brude et Nectan fils de Derilé; au neuvième, Constantin et Augus, fils de Fergus. Chez les Scots, au sixième siècle, Comgall et Gabran, fils de Domangart; au septième, Conad, Donald et Comgall, fils d'Eochaidh; au neuvième.

LES LOWLANDERS ET l'HISTOIRE d'ÉCOSSE. 2G!

Kennetli et Donald, fils d'Alpin. Cela va donc assez bien à la première génération. Mais passons à la seconde. Le fils de Tainé des frères succède également sans difûculté à son oncle ; mais. à sa mort, il y a souvent querelle entre son frère cadet et le fils aine de son oncle. Ce fils aine, de l'oncle voudrait, en effet, établir au profit de sa famille une sorte d'alternance. Cela lui est assez facile, car il a été pourvu d'un apanage sur lequel il peut s'appuyer; il y est poussé par les gens du pays qu'on lui a ainsi donné et qui , ayant peut-être été autrefois la résidence du roi suprême, aspire à le redevenir; il craint de plus qu'en acceptant une situation subordonnée sa famille ne soit un jour dépouillée de cet apanage, théoriquement aussi temporaire qu'une ferme; souvent enfin, par suite de la persistance de l'hérédité matriarcale au sein de certains clans pietés, ceuvci considèrent comme l'héritier légitime une personne toute différente de celle que veulent leur imposer comme suzerain les usages successoraux des Bretons, des Angles ou des Scots. Ainsi le titre de roi suprême oscille enti-e diverses familles, et l'unité ne s'établit pas. Coaime en Irlande, on a bien essayé de créer, avec des morceaux de terre pris sur les clans voisins, un État central, Gowrie, avec une capitale, Scone, qui jouent le rùle du Mealths et du Tara d'Irlande; mais ce domaine est absolument insuffisant à assurer à lui seul l'existence du roi suprême, ce n'est qu'une pomme de discorde, une poire convoitée et nullement un centre d'appui.

Il faudrait maintenant délimiter les /?«/< qui se disputent ainsi la souveraineté (et je laisse de côté les guerres déchaînées par les seules passions humaines au sein dos familles), mais ce n'est pas facile, car c'est à peine si un ou deux historiens écossais ont su eu reco:inaitre l'existence, et je ne puis dans ce travail indiquer les raisons d'érudition pure qui me feraient modifier sur certains points les délimitations qu'ils en donnent ' li. Je désire

I) On peut admettre, je crois, l'existence comme pays V du Lothiaa et de la Tallée du Teviot qui, avec une partie du Galloway. appartiennent aux Angles (diocèse de Wliitern et partie écossaise du diocèse de Lindisfarne). 2 ' Du Stratliclyde ou diocèse de Glasgow, aux Bretons, i" De l'.Vrgyle, point d appui des Scots au sixième-neuvième sifcli- l'i des lords des îles au quinzième. 4" Du diocèse d'Aliernelthy et du Brecliin. Là T. XV. ly

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seulement indiquer les grandes lignes du type social de cette première époque. Quelques faits me suffiront pour cela.

Kenneth vient de s'installer sur le trône d'Ecosse, il a pour successeur, en 860, son frère Donald, puis, en 863, son fils Constantin et, en 877, Aedh, frère de celui-ci. En opposition à ce dernier, une partie de la population proclame le droit du lils de la sœur ainée, Eochaid , pctit-tils de Kenneth par sa mère. Le droit de la ligne masculine triomphe , mais alors la compétition se reporte entre les fils de Constantin et les fils d'Aedh, les premiers appuyés par Abernethy, les seconds par Dunkeld et saint André. On voit ainsi se succéder (je marque d'un C les descendants de Constantin et d'un A ceux d'Aedh) Donald, C. 889; Constantin, A, 900; Malcolm, C, 942; Indulph, A, 95V. Dubh, C. 962; Cuilean, A, 967; Kenneth, C, 971 ; (Constantin, A, 995; Kenneth, C, 997. La branche cadette est désormais évincée, mais entre les deux rameaux de la branche ainée la lutte recommence, et Kenneth, fils de Dubh, est battu et tué en lOOi par son cousin germain Malcolm, fils de Kenneth. Alors éclate une autre lutte; les fondateurs du royaume scot de Dalriada, dont est sorti le royaume scot d'Ecosse, étaient deux frères, Fergus et Lorn ; pendant deux siècles, la tribu de l'aîné réussit à garder la suprématie; au huitième siècle, l'alternance est étabhe; au neuvième, chacun fait des conquêtes de son coté, et l'on ne se dispute pas; mais, vers lOVO, quand les descendants de Lorn se sont étajjlis dans le nord et régnent à Moray, ils attaquent de nouveau les descendants de Fergus et prétendent leur disputer le titre royal d'Ecosse, monopolisé sans droit par ceux-ci. Le système successoral de ces rois de Moray est d'ailleurs absolument le même :

Tf'^ne en 581 Garlnaidh, roi des Picles après Brude, dont la résidence est ailleurs; là s'installent les Scots, notamment leur branche ainée qui fait du siège épiscopald'Abernolhy un siège primatial. tandis que la branche cadette installée à Dunkeld y rétablit la primalie à chaque avènement de ses membres. Les tours rondes de Brechinet d'AberneUjy, les seules d'Ecosse, me semblent encore confirmer la scotisation plus grande de ce diocèse, malgré l'avis contraire de Skene. 5" et 6" une bande médiane qui doit s'étendre de Dunkeld au lirth de Moray, el qui est fort liée avec une zone cotière ou évèché de Saint-André, formant peut-être une unité à l'origine. C'est là que s'installe la branche cadelledes Scots, et j inclinerais à y voir l'ancien domaine des Bretonsdu l'orl rcnn, coupe en quatre ou cinq diocèses par les conquêtes successivesdes clans ri vauï.

LES L0\\L.\.M>1-,HS ET î.'niSTOIKE o'ÉCOSSE. 2<i-'{

au onzième siècle, Fundlacc a pour successeurs les deux iils de son frère aine, puis son fils Macbeth, auquel succède son cousingermain Lulacli. La même altern;ince seni])le bien exister chez les Pietés; elle est certaine pour Brude, mort en 581 et pour Gartnaidh, mort en 599, dont les doux branches royales scotiques n'ont fait que chausser les bottes et ('-pouser la rivalité géographique. Postérieurement, l'alternance est moins claire, mais la prétention de l'étaijlir explique seule certaines guerres civiles, certains retours de fortune, et je crois qu'on peut en gros tenir pour certain que le principe en est toujoui-s vivacc.

Seioiidr prriode : De l'an 1 100 à l'an i'-28S. — La seconde période de l'histoire d'Ecosse, qui comprend les douzième, treizième et «juatorzièmc siècles, nous fait assister à la ruine de ce système et à la constitution d'un État, le royaume d'Ecosse.

Le premier indice de ce changement, c'est la disparition successive des titres royaux portés par les petits chefs de clan. La dernière mention d'un roi d'AthoU dans les chroniques est de 739; on ne parle plus du rois des Dalriada et de Fortrenn au dixième siècle, ni du roi de Moray après 1130. Le titre qu'ils portent désormais est celui beaucoup plus modeste et subalterne de mormaer ou grand officier, iarl ou comte, magnus judex. satrapa, c'est le titre que portent les anciens rois d'Angus et d'Atholl en 9I«, 9G5, 970, 97(5; et un texte de 1020 appelle déjà mormaer celui que d'autres continuent pendant un siècle encore à appeler roi de Moray. A la fin du onzième siècle, la situation est encore plus profondément modifiée. C'est le moment où la conception gaëlique de l'État, suivant laquelle la succession va (lu frère au frère, puis de celui-ci à son neveu, semble souverainement injuste aux princesses de sang saxon ou normand, que les bons rapports de voisinage placent sur le trône d'Ecosse et (|ui s'efforcent d'introduire leur conception nationale du royaume assimilé à un domaine et partagé entre les fils. C'est ce qui se fait par exemple au douzième siècle entre Ale.xandre et David, fils de Malcolm ( 1 i. Plus tard, par un mé-

(li On sera i>cul-OUc étonné de voir tell*' idée de partage aUribuécàdes Saxons,

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lange des deux idées celtique et normande, mélange qui tinit par prévaloir, on considère le titre royal comme une chose irapar tageable (c'est l'idée celtique) (1), mais dévolue au fds à la mort du père (c'estl'idée normande). Pour faire triompher leurs vues, les reines de sang étranger ou les princes leurs lils sont obhgés de s'appuyer sur la partie méridionale de leur royaume, dont ils ont reculé la frontière aux dépens des rois anglo-saxons ou danois. Cette frontière s'étend, en 9V6, jusqu'à la Derwent, à l'ouest; en 1018, jusqu'à la Tweed, à l'est. Pendant tout le douzième siècle, quoiqu'elle ne dépasse pas généralement le Sohvay, à l'ouest, et la Tweed, à l'est, elle oscille de manière à laisser les Écossais maîtres un certain temps du Northumberland, du Curaberland, du Huntington. Ces pays anglais, en défendant chez les Écossais le droit du fils contre le droit du frère, défendent ce qu'ils considèrent comme la légitimité. Ce sont ainsi des Saxons et des Normands qui deviennent les plus fidèles alliés du prince écossais, qui l'entourent, qui profitent de ses victoires. Au douzième siècle, Alexandre l" a déjà autour de lui des comtes de race anglo-normande, qui, sous David I", commencent à faire suivre leur titre féodal d'un nom de terre et à s'appeler comtes d'Angus ou comtes de Fife. Par suite des confiscations et des alliances, on voit alors passer les anciens petits pays, Buchan, Atholl, Angus, Moray, Menteilh, etc., aux mains des Normands, ou aux mains des princes de la famille royale qui subissent leur influence ; et, si l'on y ajoute les érections par le roi des comtés nouveaux, lÉcosse prend de plus en plus

qui passent pour avoir créé le type de la succession intégrale, mais, dans if cas auquel je fais allusion (partage de ll(i7), l'hérilage jiarlcrncl comprend deux régions (pii forment deux uni(és distinctes, et les deux aînés en jirennent chacun une, comme ils feraient si c'étaient des [larticuliers qui recueillaient dans une succession deux domaines parfaitement indépendants. Les autres enfants ne reçoivent d'ailleurs pas de royaume, car là il faudrait partager des biens qui souffriraient de ce partage.

(1) Selon l'idée celtique, il ne doit y avoir qu'îof roi, parce qu'il ne saurait y avoir qa'un chef pour une communauté. Mais, de fait, en Ecosse. <|uand plusieurs communautés, plusieurs clans, ont réussi à se former, il y a tendance, chez chacun deux à la complète indépendance, à l'autonomie manifestée aux yeux de tous par un signe extérieur. Ainsi, s'il y a parfois plusieurs rois rn Ecosse, il n'y en a jamais i|u'un qui soit le roi d'Ecosse, bien que plusieurs compétiteurs jiuissent porter ce titre en même temps

LE.s LO\v[..\\ritns F/r l'iiistoihi; Il kui^^k. :26o

l'aspect d'un pays féodal avec un roi et ses grands feiidataires.

Les çiierres de cette époque — j'excepte toujours les querelles personnelles et les expéditions de pillage — se rapportent donc toutes à deux types : tantôt le roi lutte pour faire reconnaître son droit successoral (1 1; tantôt le roi lutte pour faire respecter les coups d'autorité qu il a tentés, c'est-à-dire les confiscations qu'il a prononcées, les nouvelles lois qu'il prétend introduire, les déplacements de population qu'il a opérés (2). On a voulu voir dans ces conflits la protestation de la nationalité celtique contre l'envahisseur étranger. En réalité, il y a des Celtes dans les deux camps. En 1185, c'est l'aine des descendants du celte Fergiis, de Galloway, qui lutte pour le roi contre une branche cadette. En 1215 et 1235, cest un chef celte, l'abbé laïque d"Apercrossau,c[ui réprime l'insurrection de Moray et deGalloway. La défense des principes celtiques dicte beaucoup moins la conduite des personnages celtes que l'avantage ou le tort fait à la situation de leur famille par lavènement des usages nouveaux. C'est un trait qui se retrouve fréquemment dans les sociétés de ce type.

Troisiènif- période : Jj/' l'an hJtiS à l'an 1707. — ,Mais à peine la première période est-elle terminée et l'unité écossaise est-elle constituée qu'elle risque d'être absorbée par sa puissante voisine, 1 Angleterre. A la faveur des difticultés successorales, les Edouard vont entreprendre la conquête de l'Ecosse. C'est la dernière période de l'histoire de ce pays, et c'est encore, sous une forme un peu modifiée, le régime du clan. Vaincu par la ro\auté, le clan va l'exploiter à son profit. Il ne s'agit plus de déplacer lo pouvoir : il y a une capitale, un État : mais le pouvoir est toujours aussi envié : on va donc essayer de mettre la main dessus, on ne se remuera plus pour faire un roi d'Ecosse, mais pour s'emparer de sa personne et pour dicter aux autres, au

(11 Donald Ban contre ses neveux Duncan el Edgar, 101i3, Malfolm contre Mai helli 1040 et ses successeurs contre les successeurs. 1 1:^0. 1 134, 1153. 121 1. 1222. Guillaiiniel"^ conlie soa cousin isssu de germain et ses descendants les Mac William. lUiO, li7i. 1187, 1211.

{■f.) En Moray. 1116, 1130, 1160, 1215; en Cailhness, 1196. Il'jT ; en Ross, 1179, 1211 ; en .^rgyle, 1164. 1222; en Galloway, 1152, 116", 117i. 1235.

nom fin prince, sa propre volonté à soi (1). Le fait est particulièrement sensible sous les régences (2).

L'insurrection du comte dOrkney. en 1615. dot la liste de ces nombreuses rivalités féodales. Même lorsque le roi semble agir seul et vouloir punir un vassal rebelle, il nest en réalité que l'instrument d'un clan, tout au plus est-il son cliet". (Contre Douglas, devenu trop jouissant et soutenu par Scott de Bucclcugb, Hamilton et Crawford, Jacques II réunit, en H60, Douglas d'Angus, Gordon et Orkney; contre ses frères, .lacques 111 a pour lui

(1) Entre priuces, on se supprime non plus par la guenv, mais par l'assassinat: 1402, assassinat de l'héritier présomptif par son oncle Albany ; 1425, Jacques l'' l'ail exécuter ses cousins germains, Ruclian et Alban>, et les deux fils de celui-ci; 1437, il est assassiné par son oncle Atholl, Jacques III t'ait assassiner son frère le comte de Mar et euiprisonner son autre frère, le comte d'Albany.

(2) Sous Jacques II, le chancelier Chrichton et le tuteur du roi Livingston font assassiner juridiquement les deux fils d'Archibald Doublas il VHS) et le lord Fleming; sous Jacques III, Alexandre Ho>d enlevé la tutelle aux Kennedy et finit par être décapité; sous Jacques V, Albany enlève la régence à Angus et fait exécuter lord Home , les Ilorae assassinent le favori du régent, la Bastie ; Angus reprend le pouvoir avec l'aide des Homes et des Kens; Hamilton d'Arran et Beaton se déclarent contre lui : bataille dans les rues d'RiJiriilponrg. lô:'0; reloue d'Albany l.".2'i: relotir d'Angus, 1.526: ScoK de Buccleuch échoue dans une tentai ive pour lui enlever la personne du roi; ligue de Stuarl de Lennox, Beaton et Glccairn contre Angus et Arran ; Lennox battu à Newiiston tst assassiné après la bataille; Jacques s'échappe des mains d'Angus 1528 : exil decelni-ci; insurrection des bordersen >a fa\eur, ré|iiiinée par C'amiibell d'Argile. Sous Marie Sluart : lutte entre la reine douairière, Marie de Lorraine. Beaton. Ar;;yle, C-ordon de Huntly, Bolliwell, il'unc part, Arran et Lennox, de l'autre, en 1513; Arran passe du coté de Bealon, fuite de Lennox, en 1544, assassinat de Beaton, en 1546, par les proli'Stants; guerre religieuse d'Arran et ^lailland de I.etlbinglon contre la douairière, en 154S; ligue de Murray, Arian, Glencairn, Argyle. Rollies, centre la reine Marie Sluart e( son mari .Stuarl de Darniey, en 156<i; assassinai de Rizzio, favori de la reine, avec la complicité de Uarnley. par Douglas de Morlon et Rulhven, en 1566; ligue de Morton, Hepburn de Botlnvell et Maitland contre Darniey, en 15G7; assassinat de Darniey, en 1567; ligne de Murray, Morlon, conire la reine et son nouveau juari Itolbwell; eaplivilé de la reine, prise d'armes d'Argyle et d'Hamillon en sa faveur; leur défaite à Langside, en 1518; assassinat de Murray par un Hamilton en 157n; assassinai de l'archevêque Ilamillon par le parti du roi; asi-assinat de Lennox par Hamilton. Buccleuch et Kerr. en 1571 ; exécution de la Grange cl emprisonnement de Lethinglon paiMorton. en 157:î; exécution de Morlon à l'instigation de Sluartd'Ocliillree el d Arran et de Sluart de Lennox, en 1580; Kuthwcn de Gourie, Angus cl Lindsay s'em[iarenl de la personne du roi, en 1582; retour d'Arran, exécution de Gourie; chute d'Arran, en iJS-î; il est assassiné, en 1596, par un Douglas; tentative infructueuse de Sluait de Kotbwell pour s'emparer de la jiersonne du roi, en 1502; le comte de Murray est battu el lue par les Cordon, en 1592; Argyle et Forbes sont battus à Clenlivat, en 1594, par Hay d'Errol, Angus cl Hunlly ; enlèvement de la personne du roi par Rulhwen en 1i;imi, il est massacré par les gardes du prince.

LEri LU\VLAi\DEIiS ET l'hISTuIHK H ECOSSE. 267

Home et Hepburn; contre Angus, Home. Hcpbuin, Argyle, en H87, il a Huntly, .\lholl, Erskine, Giahain , Monteitb, Crawford, Lindsay. Ruthven. La guerre que Marie Stuart fait aux Gordon, en 1562, serties intérêts de .Murray, etc., etc. Sans un clan, le roi est impuissant et désarmé.

Lorsque le roi d'Ecosse, devenu par héritage roi d'Angleterre, a quitté Edimbourg pour Londres, la lutte des partis et l'exploitation du pouvoir, comme source de profit, continue. Au dixseptième siècle, la justice est adminislrce par le clan vainqueur dans son Lnlérêt exclu.sif, avec un tel dédain de l'équité qu'on ne cite, en fait déjuges impartiaux, que les juges anglais imposés pendant dix ans par Cromwcll. Aussi, lorsqu'on a un procès, compte-t-on plutôt sur ses amis que sur son bon droit." Il est impossible, dit un juge cité par Walter Scott (1), de condamner un homme qui se présente bien accompagné. » A la fin du seizième siècle, (jordon et Caithness plaident l'un contre l'autre: ils sont si bien escortés, qu'une bataille s'engage dans la rue entre leurs amis; Caithness vaincu est assiégé dans sa maison, et le roi, sans oser punir qui que ce soit, ne peut que consigner chez lui chacun des plaideurs et sa suite. Aussi n'est-il pas rare de voir un particulier, comme .lobn Chiesley de Dalry, tuer en pleine rue d'Edimbourg d'un coup de pistolet (1089) le président de la Gourde session, Georges Lockhart, qui avait prononcé contre lui.

A cette époque encore, les partis sont nombreux et aussi hostiles les uns aux autres. Sous Charles I", il y a les anglicans que commande Montrose; ils sont battus par les presbytériens, en 16'i-5. Mais parmi les presbytériens il y en a de modérés, comme Hamillon, Campbell de Lanerick : en 16'i.8, ils envahissent l'Angleterre pour rétablir le roi. Les presbytériens rigides, ayant Argyll à leur tète, refusent de se joindre à eux tant que le roi n'aura pas signé le covenant, et ils les laissent battre, sans leur prêter appui, par les indépendants anglais. Eu I6Ô0, Charles H jure le covenant. et l'Ecosse s'arme pour lui; mais les Kers et les Strachan n'ont pas confiance en lui

1 llïstiiire (l'Ecosse , lorue 11, cli. \iv.

et font cause conmiune avec Cromwell coutre leurs compatriotes. 1/unité de vues n'existe pas. Pour que tous ces clans s'unissent, il faut que leurs intérêts communs soient menacés : et c'est ce qui se produit, par exemple, quand le roi cherche à se créer un point d'appui en dehors d'eux. On conçoit assez que le roi soit porté à le faire. Le roi, en etfet, ne peut rien de lui-même au milieu du conflit des chefs de clan; il a heau se mettre en devoir de créer des fonctionnaires qui soient à lui, il n'a pas de troupes pour les faire respecter : car il n'a pas d'argent. La plupart du temps, si le roi veut punir un crime, il lui faut faire appel à nu chef de clan, à un baron, qui est en mauvais termes avec le coupable. Cette situation lui semble intolérable, surtout lorsqu'il la compare à celle des rois ses voisins, et alors il essaie l'^de se créer un trésor : de là viennent les confiscations et lesta.xes nmltipliées de Jacques I'^"'; de là vient que Jacques III, au lieu de faire des cadeaux, vend ses faveurs aux barons ; — 2" de sappuyer sur des gens qui lui devront toute leur fortune : Jacques III s'entoure de favoris de bas état, charpentiers, maçons, etc.; la noblesse nudiiime se coalise contre eux et les met à mort ; — 3° de s'appuyer sur l'église : les évoques en effet sont instruits, ils peuvent donc fournir de bons fonctionnaires, ils ont le sentiment de la hiérarchie et comprennent la nécessité à'obéir à un chef, ils sont indépendants des seigneurs et dépendants du roi qui d'une manière plus ou moins directe s'ingère dans leur nomination. Aussi, la noblesse accueille-t-elle avec enthousiasme la Réforme qui lui parait un excellent moyen de détruire l'influence du clergé et vise-t-elle surtout à lui donner un caractère anti-épiscopal, par conséquent presbytérien, tandis que la réforme anglaise ne touche pas à Tinsfifution des évêques. Il y a lellement bien là un fait politique que Morton, le presbytérien fanatique, rctabht l'épiscopat d<"s qu'il tient en mains le pouvoir. C'est vers ce rétablissement que tendent tous les efforts de Jacques VI (1598, l(iO(), 1610); c'est une mainmise de la royauté sur le clergé, par l'interdiction aux assemblées ecclésiastiques de se réunir sans convocation royale, [)ar le droit de désigner aux électeurs les candidats au poste de député du clorgé dans ces

LES LOWLANOEKS ET LllISTOlKE bÉi.OïsE. 269

assemblées. La noblesse seat le danger de ce rétablissement de répiscopat, danger qui se formule pour elle ainsi : l" Jacques donne aux évèques des charges publiques : il y aura donc dans l'État une autre influence que celle de la noblesse. 2" La noblesse perd par là sur les assemblées ecclésiastiques, qni constituent, — étant donné le rôle que s'arrogent les ministres presbytériens, — un véritable corps judiciaire et par conséquent politique, l'influence que lui donnent le droit de patronage et l'adjonction des laïques aux ecclésiastiques dans les assemblées électorales pour la désignation des membres des assemblées ecclésiastiques. En IG38, il y a autant de députés laïques que d'ecclésiasti(|ues, et, en plus, il y a des assesseurs laïques. Avec l'épiscopat ce sera lui, c'est-à-dire le roi, qui sera maître des élections et des assemblées. 3" Un épiscopat suppose un clergé jouant le rôle de corps de l'état et donne à ce clergé une unité. Il pourrait bien s'aviser de réclamer pour le clergé protestant les biens du clergé catholique que la noblesse s'est adjugés intégralement. Les dispositions législatives de Jacques VI sur les dîmes semljlent une menace très significative en ce sens.

Aussi, vers 1637. la noblesse écossaise est-elle exaspérée ; on parle de complots contre la personne de GLarles I". Lorsque l'insurrection populaire éclate, elle prend unanimement la tète du mouvement. A l'exception de Huntly, qui reste fidèle au roi, tous les gentilshommes, de 1638 à 1639, sont covenantaires, Grahame de .Montrose comme Campbell d'Argyll, Scott, xMackenzie de Seaforth, Hamilton de Lanark, Gordon de Sutherland, Cassilis, Eglington, Crawford, Lindsay, Hothes, Balmerino, Loudon, Yesler, Lothian, etc.

Remarquons en passant la différence qui existe à ce moment entre l'Angleterre et l'Ecosse. La première, très nettement particulariste, est complètement indil'férente à ce que nous avons coutume d'appeler la liberté politique, chose qui ne consiste en somme que dans la lutte des partis pour la conquête du pouvoir. Au seizième siècle, l'Anglais ne s'y intéresse pas; l'agriculture, l'industrie, le commerce commencent à lui donner de beaux bénéfices, il s'inquiète fort peu du despotisme des Tudors qui ne

270 LA SCIENCE SOCULE.

le gène pas dans son effort vers le gain et la fortune. iTautre part, les clans communautaires qui, par suite des conquêtes angle, danoise, normande, ont existé en Angleterre, non pas comme organisation du travail, de la propriété, de la famille, mais seulement comme mode d'exploitation des pouvoirs publics, ces clans se sont tcllemont dévorés les uns les autres de liôô à fi-Sô, qu'il leur est impossible de tenir tête au souverain. L'Anglais ne commence à s'agiter que lorsqu'au dix-septième siècle des impôts illégalement établis menacent de lui enlever, sans son consentement, une partie du fruit de son travail. Alors môme, son premier mouvement n'est pas de s'insurger, mais d'aller chercher ailleurs un endroit où on le laisse tranquille : on sait que c'est le premier mouvement de Cromwell, auquel Charles I", en faisant arrêter son navire en partance, ne lui permet pas de donner suite. A vrai dire, il ne s'insurge pas, il plaide (procès d'IIampden) et ne se décide à la guerre que lorsqu'elle lui est déchirée par le roi. En Ecosse, au contraire, la nation s'insurge pour des vétilles liturgiques : c'est que le pays est pauvre, que les travailleurs n'y exercent par conséquent qu'une très faible influence, et que le peuple s'enrégimente facilement dans les coteries dont les chefs visent à vivre sans travailler. La noblesse écossaise ne connaît pour ses aines que deux professions, qui sont toutes deux des instruments de main mise sur le pouvoir, le barreau et l'armée (1). Malgré les apparences, le mouvement de 1638 est si peu, dans la pensée de ses chefs, une guerre religieuse et si bien une guerre d'intérêts, que lorsque le roi demande des subsides pourvenger le massacre des protestants par les catholiques en Irlande, le parlement d'Ecosse refuse tout net, aussi aveugle en cela que le parlement d'Irlande qui, en désorganisant le pouvoir central et l'armée, a rendu la répression des troubles impossible. Ce que le parlement d'Ecosse impose à Charles T"' en même temps que l'abolition de l'épiscopat, c'est l'abdication de tout pouvoir législatif : suppression du droit de faire des ordonnances ; suppression des » lords articles, » sorte de conseil royal avec veto préalable; interdiction

(1) Scolt, Histoire ifÉcosxe, t. II, di. 3.

LES LOWLANDERS ET L HISTOIRE D ECOSSE. 2 i l

de nommer pair d'Ecosse tout autre qu'un propriétaire écossais. Bien plus, au fur et à mesure que l'on avance dans le dix-septième siècle, que la noblesse perd ses inquiétudes à l'égard du despotisme royal et voit grandir par le travail une classe bourgeoise indépendante d'elle, une partie devient épiscopalienne et tory, par opposition aux villes qui demeurent presbytériennes et se font whigs, car il s'agit alors d'utiliser dans l'intérêt d'un parti en décadence la force du pouvoir royal dont on ne redoute plus de voir passer le niveau sur toutes les tètes, jusqu'au jour où, veis le milieu du siècle, avec la révolution industrielle qui donne définitivement la prépondérance aux hommes de travail, le parti jacobite disparait peu à peu.

Ce qui est encore bien caractéristique du régime du clan pendant toute cette période, c'est la facilité avec laquelle on fait appel à l'étranger pour trancher des querelles intérieures. Aux treizième et quatorzième siècles, alors qu'il s'agit pour l'Ecosse d'être ou de ne pas être, il y a des Écossais qui servent dans l'armée anglaise, il y en a d'autres qui, par jalousie, laissent battre leur généralissime Wallacc , ou qui, en pleine guerre, ne font pas trêve à leui's haines personnelles et n'hésitent pas à priver leur cause des services d'un homme , parce qu'il est leur ennemi personnel (1).

En 1332, Edouard Baliol entre en Ecosse à la tète dune armée anglaise; en ii62 Douglas et le lord des lies font appel aux Anglais; de même Albany contre son frère Jacques III; de même , en lJi'^-15'^6, Stuai't deLennox, son frère l'évêque de Caithness , le lord des lies, le comte de Caitiiuess contre Marie de Lorraine. Les Mac Neill guident les Anglais au pillage de Bute et d'Arran (15iG).

Seulement, ce n'est plus tout à fait alors le régime du clan tel qu'il a fonctionné précédemment. Il y a bien encore, à cause du voisinage des Highlands, des haines territoriales, de voisin à voisin, de Campbell à Macdonald, de Ross et de Grant à Gordon, qui expliquent la persistance des uns dans le parti \vhig. des

(1) Assassinat d'Alexandre Rarnsay de Dahvolsay au (luatorzième siècle, par Guillaume Douglas de Liddesdale.

autres dans le parti tory. Mais les changements de parti sont fréquents. Bruce a soutenu Wallace et le parti national , puis il s'est rangé au parti anglais. Les lils de Stuart de Bonkle et de Comyn, qui étaient en 1-297 dans le parti national, sont en 130G avec r.Vngleterre. Bruce a contre lui son propie neveu, Randolpli. Le plus fidèle de ses alliés, à lui baron normand, est un Celte, Macdonald, et il n'a pas d'ennemis plus acharnés que le normand Comyn et le Celte Macdougal. Kirkaldy de la Grange est du parti du roi en l.")68, du parti de la reine en 1573. Campbell de Breadalbane^ whig en 1688 est tory en 1715; Simon Fraser de Lovât, tory en 1707, whig en 1715, redevient tory en 17'i.5. On peut être très proche parent et rival : Douglas d'Angus lutte, en l'»60, contre le chef de sa famille ; en 1G39, Gordon de Huntly et Gordon de Sutherland sont dans des partis opposés, comme le sont en ItJiS Campbell d'Argyle et son frère Campbell de Lanerick. La lidélité des vassaux commence elle-même à s'ébranler. Lorsque Douglas essaie de grouper ses voisins dans une ligue contre le roi .lacques H, Colville, Herries, Maclellan refusent de s'y associer et paient ce refus de leur vie. Eu IVtiO, Collasse abandonne Crawford sur le champ de bataille de Brechin, parce qu'il lui a refusé des terres, et Crawford et Hamilton finissent par abandonner leur allié Douglas pour avoir leur part des coutiscations promises. Le clan dans lequel on nait, on vit et on meurt, tend de plus en plus à disparaître au profit du parti politique dans lequel on entre et d'où l'on sort au gré de l'intérêt ou du caprice du moment. La valeur personnelle d'un chef, à la suite duquel on peut se mettre, prime les liens antérieurs de famille ou les idées que le voisinage a pu développer. Ce ne sont plus les Campbells contre les Donalds, les gens du sud-ouest contre ceux de l'est qui entrent en lutte , c'est le parti de Paul qui dispute le gâteau au parti

de François.

Ch. DE Calan.

Le Directeur-Gérant : Edmond Demolins.

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