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Pays en voie de développement industriel intense

k. Pays à développement mixte de la culture et de l'industrie.

La première catégorie (représentée par l'Angleterre seule) comprend les pays occupés par une race anciennement établie, vi- (joureusement constituée, et possédant une organisation industrielle très avancée avec des moyens d'action puissants. La seconde catégorie est formée par des pays où une race faible se trouve répandue sur un sol souvent très fécond (Espagne, Turquie). La troisième caractérise une nation forte poursuivant avec une grande énergie le développement de sa fabrication (États-Unis). La quatrième enfin , qui renferme la plupart des vieux pays d'Europe, groupe des peuples moyennement organisés et outillés, dont la vigueur sociale et la force économique sont également limités par les circonstances. La France se classe dans cette dernière catégorie.

La politique douanière de chacune de ces variétés se déduit naturellement de sa situation gé^iérale. La première sera libreéchangiste, parce qu'elle ne craint personne sur le terrain industriel et peut trouver partout des débouchés si on ne l'arrête pas par des obstacles artificiels ; en outre, elle a besoin d'une énorme quantité de denrées agricoles, pour nourrir ses populations ouvrières. La seconde est aussi libre-échangiste, ou devrait l'être, car elle a besoin de recevoir à bon compte les produits fabriqués du dehors et découler librement ses produits naturels. La troisième, au contraire, n'hésitera pas à se protéger avec énergie, afin

de mettre son industrie grandissante à Tabri de la concurrence insoutenable de la première. La dernière se couvrira aussi , mais plus modérément, car elle doit soutenir et ménager en même temps sa falirication et son agriculture, d'où la nécessité de combiner et de compenser, pour ainsi dire, les mesures de protection, sans sacrifier aucun grand intérêt et sans fermer les débouchés extérieurs.

iJonc, pas de libre-échange absolu, ni de protection universelle. La France, notamment, trouve à l'époque présente un intérêt certain à se protéger modérément , telles sont les indications données par l'étude méthodique des faits. Voyons maintenant comment nous devons apprécier, à l'aide de ces données générales, la situation commerciale actuelle de notre pays.

Mais auparavant, je dois insister sur un point que j'ai déjà traité ici même (1), mais dont l'importance est assez grande pour justifier de nouvelles observations. Je veux parler des statistiques douanières et de l'usage abusif, absurde, qu'on en fait généralement. Les écrivains économistes, les hommes politiques, les représentants du commerce eux-mêmes, basent sur les chiffres de ces statistiques leurs études, leurs discours, leurs raisonnements et leurs conclusions. Or ces chiffres, je le répète avec toute la force d'une conviction fondée sur l'expérience, sont radicalement, irrémédiablement faux. Il en est ainsi : 1° parce que ces statistiques fourmillent d'erreurs inévitables et énormes; 2° parce que la plupart des calculs sont établis sur des moyennes sujettes à des variations considérables; 3° parce qu'en se basant sur Xq'h valeurs, on ne tient aucun compte des quantités, cpii peuvent être moindres, égales ou supérieures avec une même valeur totale, si les prix se sont modifiés ; ainsi, pendant les années 1857-66, il a été importé, d'après la douane, en tissus de coton, pour 43 millions de francs, et en 1889 pour 47 millions. La différence parait minime; en réalité, elle est énorme, car si les entrées de 1857-66 pesaient 7 milHons de kilos, celles de 1889 pesaient U millions et plus, c'est-à-dire le double. En 1868, il a

(1) La Science sociale, octobre 1896.

LA SITUATION COMMERCIALE ACTUELLE EN FRANCE. d((

été importé, toujours selon la statistique, pour -271 millions de francs de coton brut, et en 1882 pour 215 millions seulement. Est-ce donc c[ue nos filatures ont décliné? Pas du tout, car en 18G8 les entrées de coton pesaient 121 millions de kilos, et 141 millions en 1882 ; c'est le prix seul qui avait baissé, et de beaucoup. Je pourrais citer bien des exemples analogues, mais je me borne à renvoyer à mes travaux antérieurs, pour abréger.

D'autre part, les statistiques annuelles, pour un nv'nie pays, ne sont pas comparables entre elles. Il se produit une quantité de faits qui modifient totalement les méthodes de calcul, soit pour l'ensemble, soit pour une portion des articles enregistrés. Ainsi, jusqu'en 182G. la valeur des produits était comptée d'après les déclarations du commerce plus ou moins vérifiées au moyen des prix courants connus. En 1826, on établit un tableau lî.xe qui a servi jusqu'en 18i7, sans aucune variation. Depuis 18i7, une commission composée d'un certain nombre d'hommes compétents fixe cbacfue année le tableau des prix approximatifs moyens applicables à chaque catégorie de produits ; à l'entrée, on calcule la valeur des objets en ajoutant au prix de revient supposé les frais, droits et comptes, etc. ; à la sortie, on ne tient compte qne de la valeur moyenne acquise à la frontière, et. par suite, la mesure se trouve inégale, si bien que la comparaison entre les importations et les exportations d'une même anne^ devient illusoire. Autre chose encore : avant 1860, la douane chitTrait l'exportation des rubans de soie sans déduire la tare, qui est considérable; elle était amenée parla à accuser une sortie supérieure à Xdi production. Depuis, elle a, avec raison, modifié son procédé; mais, alors, que valent les comparaisons? Et l'on pourrait citer une foule de faits analogues. Pour les tissus de laine, par exemple, jusqu'en 186.5, l'exportation, qui donnait lieu au paiement d'une prime de sortie, était comptée au poids net ; en 1860, la prime étant supprimée, on inscriA-it les pjoids bruts ; depuis quelques années la douane déduit une tare moyenne, ce qui donne un poids net approximatif. Après cela, l'on compare avec assurance les chiffres fournis pour le mouvement des lainages; je demande ce que valent les comparaisons?

Qu'on ne s'y trompe pas. Je n'ai point l'intention de critiquer ici l'administration des douanes, qui fait ce qu'elle peut et ne saurait donner plus. Je m'en prends uniquement à ceux qui prétendent étudier .scientifiquement les questions économiques, et qui établissent leurs théories sur un sol aussi mouvant, aussi incertain. En réalité, chacun cherche à appuyer sur les mêmes chiffres des idées préconçues, divergentes, et réussit en effet à échafauder son système en face du système adverse. Quelle pauvre comédie !

Mais, dira le lecteur, on ne peut ignorer communément de tels faits; comment persiste-t-on dans une méthode de travail aussi peu sûre? On ne les ignore guère, en effet, mais le procédé est si commode, il épargne tant de recherches, d'observations et de réflexions, que l'on s'en tient là malgré tout. La chose est invraisemblable et pourtant elle est vraie. Dupont de Nemours le remarquait déjà il y a plus d'un siècle, précisément à propos des tableaux de la douane : << Il faut savoir les lire, disait-il, c'est un talent médiocre et qui ne demande que de la réflexion, mais peu d'administrateurs et d'écrivains politiques s'y sont encore attachés ; les hommes sont paresseux, ils aiment à croire et à citer sur le premier aperçu. » Depuis 1787 les hommes n'ont guère changé, je n'en veux pour preuve que les polémiques soulevées récemment dans la presse à propos de la situation commerciale de la France à l'heure actuelle. Tout le monde invoque les statistiques douanières, mais on ne s'entend point, et pour cause. Voyons ce que nous en pourrons dire en nous servant d'une autre méthode, et en laissant de côté les statistiques, ou du moins en ne leur demandant que ce qu'elles peuvent donner, c'est-à-dire des renseignements très secondaires, très généraux et peu certains.

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