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LA SITUATION COMMERCIALE ACTUELLE EN FRAN'CE

de suivre une ixA'û'ique jjrotectio/m/.'ite . Seulement cette politique a varié dans son intensité. La Révolution et Je premier Empire ont fait de la protection intense, ou plutôt de la prohibition, dans un but de politique générale, les intérêts économiques étant alors, fort mal à propos cl' ailleurs, rélégués à l'arrière-plan. Ce procédé a donné, accidentellement, pour ainsi dire, quekjues résultats intéressants, comme la création de certaines industries nouvelles : celle du sucre de betterave, par exemple. Mais ces avantages extraordinaires ne sauraient être considérés comme une compensation suffisante pour les pertes causées par les excès du système. Son caractère exceptionnel nons dispense d'ailleurs de nous en occuper d'une manière développée.

La Restauration fut aussi très protectionniste, mais sa politique, exempte des ambitions qui animaient le premier Empire, était uniquement guidée par le désir de favoriser les intérêts des producteurs agricoles et industriels nationaux. Dans ce but, elle établit des droits si élevés, qu'ils étaient souvent prohibitifs. En tin de compte, le gouvernement des Bourbons adopta le système de la protection intense. Or, la situation générale de la France, comparée avec celle des autres pays, était alors sensiblement analogue, toutes proportions gardées, à ce qu'elle est aujourd'hui. C'est dire que le régime économique choisi était mal adapté aux besoins du pays. Il pouvait sans doute donner satisfaction aux intérêts égoïstes de quelques propriétaires fonciers, de cjuelques gros fabricants, mais il lésait gravement ceux de la majorité de la population. Les conséquences de cette grave erreur se sont manifestées sous trois formes différentes :

1" Pa?' le maintien artificiel de prix exagérés, inadmissibles en présence des progrès de l'industrie. Ainsi, en 1850 encore, les ressorts d'acier se vendaient en France 2i0 francs les 100 kilos, quand ils valaient au dehors moins de 100 francs. Ce fait est pris entre un grand nombre d'autres analogues.

■T Par l'infériorité de roulillaye. Le haut prix des machines, des outils, et la qualité médiocre des matières employées pour les construire faisaient c{ue les fabricants renouvelaient le moins

souvent possiljle leur matériel et n'avaient guère à donner à leurs ouvriers que des instruments non seulement surannés, mais mal établis et de mauvaise qualité (1).

3" Par la stagnation de linduslrie. L'infériorité de l'oulillage, avec la trompeuse sécurité qui résultait de la protection poussée jusqu'à la prohibition de fait, endormait les initiatives, enrayait Ja transformation constante et graduelle qui doit normalement se produire dans toutes les spécialités de la production : si bien que, plus tard, on dut y procéder brusquement, avec d'énormes frais et au prix de grandes souffrances.

Avec des droits modérés, un résultat diamétralement opposé eût été obtenu. Les prix auraient baissé à un taux raisonnable; l'effet de la concurrence extérieure eût obligé les producteurs à améliorer leur outillage, à se tenir au courant de tous les progrès et à modifier leurs produits au fur et à mesure des besoins. Une protection raisonnable leur était d'ailleurs indispensable, à cause des éléments de faiblesse dus à une longue période de guerre , de blocus et d'invasions, mais dus plus encore à la décadence sociale poussée si loin déjà par l'ancien régime, accentuée encore par la Révolution, et enfin consacrée par le despotisme impérial, au moyen de cette centralisation raffinée dont le système a été soigneusement conservé et renforcé par tous les gouvernements survenus depuis.

Le régime de Juillet, dominé comme le précédent par des intérêts restreints et trop peu clairvoyants , pratiqua la même politique douanière, en l'améliorant sur des points de détail. Grâce à une paix prolongée, au progrès général des communications, des relations internationales, une belle prospérité se manifesta pourtant dans le pays, à tel point que cette période a laissé des souvenirs très favorables à ceux qui l'ont connue, et qui survivent. Et pourtant, le vice radical du système économique entretenait une gène latente, une compression des initiatives^, qui s'est sûrement jointe aux causes politiques et sociales pour préparer le renversement de la monarchie de Juillet.

(1) Cela est démontré par les diverses enquête» faites de 1830 à 1860.

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