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LA SITUATION COMMEKCIALE ACTUELLE EN FRANCE

Quand le second Empire s'organisa, il ti-ouva les choses à peu près en l'état, etfutpoussépar les circonstances à les modifier. Appuyé sur des couches sociales différentes, il ne pouvait manquer d'entamer le privilège exagéré, ahusif, établi au profit de la classe riche par le tarif douanier. Il y procéda d'abord avec de louables précautions. Une série de décrets promulgués de 1853 à 1857 améliora le régime administratif des douanes, simplifia les formalités, abaissa certains droits, élargit le système des admissions temporaires, des primes, des encouragements officiels. A la même époque, les chemins de fer, la poste et le télégraphe venaient imprimer aux affaires un essor puissant. L'effet de tout cela fut très bon au point de vue du progrès de l'outillage et des méthodes. Mais la France, encombrée d'un appareil politique et militaire très lourd et très coûteux, lancée de nouveau dans les grandes entreprises extérieures, était bien loin encore de pouvoir supporter la libre concurrence du dehors, spécialement de l'Angleterre. Pourtant, sous l'influence de combinaisons politiques hasardeuses, jointe à celle de certains théoriciens français, et sous la poussée très intéressée des Anglais adeptes de l'école de Manchester, Napoléon 111 se lança tout à coup dans l'aventure des traités de commerce de 1860.

On a souvent présenté ces traités comme des stipulations purement libre-échangistes. C'est là une erreur assez lourde. Les tarifs conventionnels établis de 1860 à 1866 ont conservé à la plupart des produits principaux de notre industrie une protection brute allant de 20 à ïO % de la valeur, environ. Ils représentent donc plutôt la substitution assez brusque (li d'un régane modéré à un système trop absolu. >iais cela a suffi pour troubler profondément les habitudes prises et pour déterminer la chute d'un certain nombre d'ateliers arriérés ou mal situés (2). En d'autres termes, la transformation de l'outillage et des méthodes, qui aurait dû se fau-e par degrés, s'imposa tout à coup et ruina les

(Ij II faut teair compte pourtant des reformes partielles opérées par décret de 1853 à

(2) L'industrie du fer, par exemple, dut franchir les obstacles d'une véritable révolution, qui fit disparaître un grand nombre de petites forges.

plus faibles. D'autres, ceux qui étaient en état de résister et de marcher de l'avant, profitèrent au contraire, en règle générale, de cette évolution. Il faut dire aussi que, sous l'influence des économistes d'école, le gouvernement impérial procéda, dans la conclusion de ces traités, avec une hâte souvent imprévoyante, qui produisit bientôt des mécomptes. C'est ainsi que la clause de la nation la plus favorisée, insérée sans discernement dans tous ces actes, donna les plus mauvais résultats : nous reviendrons, du reste, sur ce point tout à l'heure.

Il ne faut donc pas sétonner de la diversité des appréciations émises sur la réforme de 1860 : elles sont variées et opposées comme ses effets eux-mêmes. Il semble pourtant que les choses auraient pu à la longue s'arranger, se tasser, se corriger et s'améliorer sur les points trop compromis, si les événements les plus redoutables pour les affaires n'étaient venus se jeter à la traverse. La guerre de 1870 d'abord, le développement de la concurrence internationale ensuite, enfin la crise monétaire, ont contribué à créer la situation actuelle. Nous allons voir comment et pourquoi.

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