‹ La science socialeChapitre 16 sur 28 · A P P E ND I G K · texte numérisé non relu

A P P E ND I G K

quel qu’il soit, implique ces trois élémeuts, quoique dans des proportions différentes, selon les personnes et les circonstances.

Bien qu’il y eût des enfants de tout temps, la fabrication du jouet ne formait pas autrefois un métier distinct. Ni Beaumanoir, ni Etienne Boileau ne font mention d’une corporation, d’une Jurande, d’une maîtrise du jouet. Le plus souvent, pourtant, le cliet-d’œuvre n’était qu’un jouet : une cathédrale minuscule pour le charpentier, un cheval d’enfant tout harnaclié pour le sellier, un haubert, une épée de petit prince pour l’armurier. Dans tous les métiers, on fabriquait le jouet; le patron le livrait à l’amateur — père, mère, enfant — en échange du prix convenu. Le jouet restait, sous l’ancien régime, l’image de laproduction de l’époque. Avec l’abolition des francliises et des privilèges des corporations, la fabrication du jouet devint, grâce à la liberté du travail, non seulement un métier, mais une industrie distincte. Des commerçants du jouet s’établirent, et, avec l’extension des relations et l’application de la vapeur aux transports et à la production, l’industrie et le commerce du jouet devinrent à leur tour une image de la production moderne. Personne ne pouvant concentrer dans ses mains tous les métiers occupés à la fabrication du monde des jouets, celui-ci suivit le développement pris par tous les métiers sans distinction.

IXTRODUGÏIOX A L’IXDUSTRIE DU JOUET. 451

Il en dérive une première et grave conséquence: chaque ouvrier peut, dans ses moments de loisir ou de chômage, produire le jouet correspondant à son métier et, parla, provoquer une dépréciation du travail cliezl’ouvrier qui s’y consacre exclusivement. Eu vain ce dernier lutte, redouble d’adresse, invente du uouveau ; l’abaissement de la valeur de ses produits est dans la force des choses.

Aussi, à partir de la mouleuse de tête de poupée, véritable artiste ayant reçu uue instruction supérieure, qui travaille jour et nuit avec les siens, jusqu’au petit patron qui n’a plus ni atelier ni meuble à lui et qui, avec un ou deux aides, travaille dans une chambre garnie dont il parvient avec peine à payer le loyer, quelle que soit ia monographie que nous consultions, la misère est partout la même. Ouvriers et ouvrières isolés, patrons et patronnes en garni, façonniers, façonnières, tous succombent, non sous le capital, — il est dérisoire dans la spécialité, — ni sous la concurrence, — les tètes de la mouleuse sont uniques par leur perfection- le petit patron ne fabrique qu’un jouet tout nouveau qu’il l'ait offrir au hasard de la rue, mais, tantôt sous la valeur minime du produit, qui ne répond cju’à un caprice, tantôt sous le poids des besoins, qui fait que le travailleur qui gagne un salaire insuffisant dans le métier ordinaire, y supplée par la fabrication d’un jouet correspondant; ce n’est plus

APPEXDICE.

là du capital ou de la concurrence, c’est le travail en lutte avec les besoins, la loi d’airain de l’humanité.

En nous élevant d’un degré dans l’échelle de la production du jouet, nous rencontrons les premières sources de fortune. Ici, une petite tailleuse en chambre fait des robes de poupées ; plus loin, une petite couturière dans les mêmes conditions ourle ou brode le linge ; plus loin, un mouleur, une mouleuse fait le corps, les membres, la tête ; un coiffeur leur applique les perruques ; une modiste façonne les petis chapeaux ; tous sont des ouvriers, des ouvrières indépendants, produisant à eux seuls, ou avec leur entourage, la partie qui les concerne. Et ce n’est en aucune façon un effet de la division du travail, à moins que l’on ne veuille appeler division du travail ce qui n’est qu’un résultat de la diversité des aptitudes et des métiers. Mais que l’un ou l’autre d’entre eux, plus avisé, doué d’un esprit plus spéculateur, prenne l’idée d’offrir la poupée entière au client, il centralisera le travail de tous. Les monograj)hies nous révèlent l’histoire d’un coiffeur qui centralise de fa sorte le travail de différents ateliers ; par cela, il donne plus d’importance à l’élément commercial, évalue, selon ses espérances de vente, le travail des autres et leur impose ses prix. Son atelier se transforme ea un atelier dominateur dont les autres deviennent tributaires.

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