‹ La science socialeChapitre 17 sur 28 · INTUODLCTION A L’INDUSTRIE DU JOUET · texte numérisé non relu

INTUODLCTION A L’INDUSTRIE DU JOUET

Les ateliers tributaires sont asservis ; niais l’ouvrier, l’ouvrière en chambre, le petit patron, la petite patronne demeurent indépendants. Ils travaillent à leurs heures et à leur choix, emploient leur savoir-faire à la même production ou à une autre, cessent ou pressent leur labeur. C’est à leur volonté : ^ils sont libres pour autant qu’ils peuvent être libres, forcés qu’ils sont au travail par les nécessités de l’existence ; liberté, si minime soitelle, qui a sa valeur et, comme telle, son prix. 11 y a des hommes, des femmes qui l’estiment si haut, qu’ils ne la sacrifieraient à aucun autre avantage. La nécessité néanmoins les y pousse, et la spéculation industrielle, non le capital, force leur résistance. Le patron de l’atelier dominateur trouve que le travail exigé poui’ la confection du produit serait mieux et plus rapidement fait, si tous ceux qui y concourent l’accomplissaient sous sa surveillance immédiate ; moins de besogne serait gâchée, moins de temps perdu. En raison des avantages qu’il est certain d’en retirer, il leur offre donc de venir travailler chez lui, à heure fixe, sous sa direction, leur promettant eu retour un gain plus élevé. C’est le prix de leur indépendance.

Dès ce moment l’atelier dominateur se transforme en fabrique. Ce n’est plus le produit du travailleur qui est asservi, c’est le travailleur lui-même. Il devient ouvrier salarié, et la fortune du chef, qui cesse d’être un patron.

s’accroît, non pas en raison de son capital, mais en raison de son intelligence du marché et de son adresse à commander le travail de ses ouvriers.

La labrique produit plus et envahit davantage le marché, abaissant à mesure le gain des travailleurs indépendants, gain déjà réduit par la force des choses à une modicité voisine de la misère. C’est le point où les doctrines économiques, orthodoxes et hétérodoxes, se divisent, les ])remières pour monlrer la toute-puissance du capital, les secondes pour l’accabler de tous les anathèmes.

On a démontré que le travail esclave était plus cher que le travail libre. On peut démontrer que le travail asservi est plus cher que le travail indépendant, parce qu’il faut payer l’indépendance que l’on prend à l’ouvrier libre, comme on paye la personne elle-même quand on achète un esclave. Alais dans les deux cas le fait n’est vrai qu’à la condition que l’on néglige les produits du travail. L’exemple de la manufacture d’épingles d’Adam Smith est connu. Six ouvriers travaillant ensemble, chacun à une partie différente de l’épingle, produisent 48,000 épingles par jour, alors qu’un travailleur indépendant n’en fabriquerait peut-être qu’une centaine. 100 ouvriers payés 10 francs à la journée et disposant de machines ayant une force de 100 chevauxvapeur , sont moins coûteux que 900 ouvriers qui

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représentent la même somme de force et ne reçoivent qu’un salaire de 3 francs.

C’est une loi fatale, qui est l’expression de l’éternelle tendance, inhérente à tout être humain, de parvenir à la plus gi'ande somme de satisfaction avec le moins de dépense possible. Peu importe le taux des salaires, la production est d’autant plus considérable que le travail est mieux ordonné et que l’homme se sert davantage des forces naturelles.

Il en résulte que toujours la spéculation industrielle s’en va au travail le moins coûteux, fùl-ce aux dépens du travailleur indépendant, fût-ce aux dépens de la prospérité nationale- Il n’est de limites que celles qui sont imposées, d’une part, à l’intelligence humaine et, d’autre part, au degré de misère que la masse est capable de supporter.

Revenons au monde du jouet. La fabrique est établie dans un grand centre d’industrie et de commerce; elle déprime le gain des travailleurs indépendants, soit j)ar une division et une direction meilleures du travail, soit par l’emploi des machines. Le travailleur qui tientà son indépendance ]3roduira, tant qu’il pourra supporter des privations plus grandes, à meilleur compte que la fabiâque. Lutte dans laquelle cette dernière succombe fatalement, si la division du travail et l’emploi des machines n’atteignent pas un degré de production proportionné

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APPENDICE

aux privations que le travailleur indépendant est capable d’endurer. C’est le cas surtout dans l’industrie du jouet, dont chaque rien forme un ensemble et où la division du travail, comme l’emploi des machines, est fort limitée. La fabrique, pour subsister, se transportera en province, où les besoins sont moindres el, par suite, les salaires moins élevés. Le travail y est asservi au point que la besogne est déterminée pour chaque minute et pour chaque espèce de labeur. Fabriques de jouets en métal, fabriques de jouets en caoutchouc, ftibriques de jouets en bois, elles ont deux, trois cents ouvriers et produisent à la fois pour la capitale et le monde entier.

C’est ..^en vain. Au delà de la frontière, il y a des hommes, des femmes qui, éprouvant des besoins moindres encore, se consacrent à la fabrication des jouets pour des gains dérisoires. Leurs produits arrivent en France défiant toute concurrence, et un spéculateur hardi s’en servira pour achever d’accabler le travail national. Il payera des salaires superbes à ses ouvriers français, les entourera de la plus grande sollicitude ; mais ils ne feront que le travail le plus difficile, le plus délicat ; tout le reste, il le fera venir du Tyrol, où, pendant les longues journées inoccupées de l’hiver, le travail des ouvriers n’est qu’un supplément léger à leur gain de l’été. On y fabriquera en suasse les bras, les

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jambes, les torses, qui seront expédiés par ballots à Paris et ne payeront que des droits d’entrée minimes. C’est la grande fabrique internationale, qui livrera pour deux francs cinquante centimes une poupée qui en coûterait huit à produire en France.

Dans toutes les formes de l’industrie, ce qu’on est convenu d’appeler la liberté du travail, et ce que nous en nommons l’anarchie, entraîne les mêmes conséquences ; à un moindre degré dans celle du jouet, dans une proportion plus importante dans les industries telles que les filatures, où l’application des machines et la division du travail sont plus praticables : disparition du travailleur indépendant, asservissement de l’ouvrier libre et domination de la spéculation industrielle allant toujours vers des productions de moins en moins coûteuses.

Fondez des syndicats de toute espèce; créez des sociétés coopératiires de production de tout genre; les directeurs diviseront le travail, emploieront des machines et exerceront la même domination, sinon syndicats et sociétés disparaîtront devant la marche ascendante du premier fabricant venu qui réalisera par une initiative meilleure une production moins coûteuse.

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