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compagnie l’iniile; elle baisse ses prix davantage, jusqu’à ce que, le transport tombant au-dessous du prix de revient, la compagnie concurrente cesse l’exploitation ; l’autre l’achète au taux qui lui plaît, puis impose les [)rix qui lui conviennent aux voyageurs comme aux marchands.
Peu importe la valeur sur laquelle on spécule. Que le grand magasin donne les ballons pour rien et regagne le triple sur un autre objet, qu’il vende au prix coûtant les marchandises de tout un rayon pour profiter d’autant sur la vente des autres rayons, qu’au moment d’une exposition il offre les marchandises au prix de revient pour attirer acheteurs et acheteuses et doubler ses prix aussitôt l’affluence provoquée, ou que, exigeant le payement au comptant, il ne solde la livraison qu’après deux mois avec escompte de 3 pour 100, prélevant, sans déboursé aucun, un intérêt annuel de 12 pour 100 sur les producteurs aussi bien que sur les consommateurs, sous toutes les formes le phénomène est identique. Que le spéculateur de la Bourse, aux moments de baisse la plus complète ou de hausse la plus grande, achète du Rio-Tinto pour vendre du Panama, ou achète du Panama pour vendre du Rio-Tinto ; qu’il achète et vende des valeurs publiques, nationales ou étrangères, toujours il provoque des hausses ou des baisses artificielles dont les rentiers et les contribuables dans l’État,
IMTRODÜCTION a L’IiMDüSTRlE DU JOUET. 405
les producteurs et les consommateurs dans les entreprises industrielles et commerciales, payent les différences.
Par elle-même la spéculation ne produit pas la moindre valeur nouvelle et n’en facilite en rien l’échange. Elle ne diminue ni n’augmente la somme des l'essources, ni la totalité des besoins, mais elle absorbe à son profit le gain d’autrui et asservit le traiail de tout le monde. Ce n’est pas le vol sur les grands chemins; mais c’est le vol selon les règles d’un art tellement raffiné que le jurisconsulte le plus consommé ne saurait déterminer le point où le dol commence et où cesse Pacte licite. Conséquences l’atales de la loi qui régit tout travail : du moment qu’il est libre, l’homme va toujours au travail le moins pénible, le moins coûteux et le ])lus rémunérateur, qui est précisément celui de la spéculation.
Aussi la spéculation pure n’a-t-elle point d’autre objet. Du moment que le spéculateur, cessant d’être industriel ou commerçant, ne s’attache plus qu’aux gains et aux pertes résultant de la fluctuation des valeurs qu’il prévoit ou provoque, — depuis le jouet offert pour rien jusqu’à la panique suscitée à la Course, — tout ne représente plus que l’effort de jouir de l’avantage qu’offre le travail le moins coûteux sur celui qui l’est davantage.
C’est le seul but des jeux de Bourse et de toutes les spé-
APPENDICi:.
culations sur les valeurs privées et publiques. Quand les valeurs baissent, c’est que le travail qui les produit devient jdus coûteux; quand elles haussent, c’est qu’il le devient moins. Peu importe l’accroissement ou la diminution du besoin qu’on éprouve d’en jouir; ce besoin est compris clans l’offre comme dans la demande : le producteur offre parce cju’il a des besoins a satisfaire. Je consommateur demande pour la même raison, et le spéculateur ne parvient à prélever sur les deux son gain propre c|u’en prévoyant qu’une baisse sur tine valeur provoquei’a une hausse sur une autre, ou que, sur la même valeur, une hausse momentanée sera suivie d’une baisse correspondante. S’il se trompe dans ses j)rémisses, c’est sa ruine ; s’il voit juste, c’est sa fortune. En réalité il ne fait pas autre chose que l’ouvrier (|ui, spéculant sur l’état du marché, au lieu de fabriquer l’objet de son métier qui est en baisse, fabrique le jouet correspondant : il abandonne un travail devenu trop coûteux pour en faire un autre qui l’est moins.
Il n’est point d’industrie plus éphémère que celle du jouet. Des milliers d’hommes, de femmes en vivent : travailleurs indépendants ou asservis, petits patrons et petits bazardiers, grands fabricants, grands commerçants. Et si, par l’accroissement des grandes fabriques et des grands magasins, le nombre des asservis augmente et celui des indépendants diminue, l’ensemble n’en est