CHAPITRE IV
Grossesse. — Accouchement — Diagnostic.
Pronostic. — Intervention.
8, {. — DE LA GROSSESSE CHEZ LES SGOLIOTIQUES ET CYPHO-SCOLIOTIQUES
Comment évolue la grossesse chez les scoliotiques et les cypho-scoliotiques, telle est la question dont nous allons maintenant-parler : et pour la traiter, nous ne pouvons cette fois que nous appuyer sur des observations cliniques. Le reproche qu'on ne manquera pas de nous adresser: c’est que nous n’aurons envisagé que des exceptions : des grossesses pathologiques, des accouchements ayant nécessité une intervention et, par suite, une observation ; il est de tradition de dire que les scoliotiques et les cypho-scoliotiques accouchent bien et cela comprend implicitement qu’elles supportent bien leur grossesse.
Evidemment nous n'avons point assez d'expérience pour prouver le contraire : mais, nous nous efforcerons de montrer que le pronostic ordinairement porté est trop bénin, heureux si nous pouvons pousser à des recherches approfondies ‘ de ce côté, qui permettront de ne point laisser passer sous silence les observations de scoliotiques. Nous n'avons pu en réunir que 64 et, sur ce nombre, 9 nous sont personnelles depuis à peine une année que nous les recherchons, combien donc ont été perdues pour la science !
Eto L Ù
Il est naturel que la grossesse soit mal supportée chez des femmes dont le tronc est très rapetissé et dont les organes viscéraux sont déjà gênés dans leurs fonctions en temps ordinaire.
La hauteur du tronc des scoliotiques, mesurée de la partie supérieure du sternum au sus-pubis est, en effet (nous l'avons relevée sur tous les squelettes) de 30 à 35 cent., rarement plus, tandis que sur 40 femmes récemment accouchées, prises au hasard un de nos jours de garde à la Clinique, elle nous a toujours paru osciller entre 45 et 50.
15 centimètres de différence ne paraît pas énorme, mais quand il se développe dans ce tronc un utérus qui atteindra 37 centimètres à terme, que restera-t-il pour les viscères ? et alors si le thorax était transparent, on pourrait assister à la compression du foie, des intestins, de l'estomac, du refoulement du diaphragme et à la compression plus grave du cœur et des poumons.
Mais comme la paroi abdominale et le thorax nous cachent ce qui se passe derrière eux, nous aurons recours, pour le décrire, à la description très détaillée d'une nécropsie que nous avons pratiquée le 30 décembre 1894 avec M. le D' Letienne, celle de la malade dont l'observation porte le n° 4 (Cliniques) et qui est représentée sur les phototypies 1 et 2.
Cette femme était morte accouchée, et cependant que lit-on : « le diaphragme était encore repoussé en haut, Les poumons occupaient une hauteur de 8 cent. 5 à gauche, et de 4f cent. à droite, le cœur ctait fixé sur lui-même et c'est sans doute par le cœur qu'est morte cette malheureuse.
(Nous renvoyons pour plus de détails à cette si intéressante observation).
Dans l’observation 2 (femme représentée sur la photo-
typie 3). M. le professeur Tarnier, notre maître, a dû pratiquer l'accouchement au 6° mois à cause de troubles pulmonaires (40 à 60 inspirations par minute, une plus profonde toutes les 12, puis toutes les 6 inspirations) troubles qui menaçaient d'enlever brusquement la malade.
Dans l’observation 31, une femme scoliotique sur laquelle M. Gueniot, chirurgien enchef de la Maternité, avait pratiqué l'opération césarienne mourut 4 jours après, d’asphyxie, par suite de la compression produite par le diaphragme relevé par les anses intestinales météorisées.
Une ressource, et c'est habituellement celle-là qui sauve une grande partie de ces femmes gibbeuses, c’est le renversement de l'utérus en avant (ventre en besace, en obusier), elles ont ordinairement et heureusement pour elles la paroi abdominale mince et peu résistante et l'utérus ne trouve point d’obstacle de ce côté.
Mais si l’utérus ne se renverse point en avant, quel phénomène heureux peut-il encore se produire ? |
L'accouchement prématuré spontané : en effet, nous voyons que le poids des enfants des scoliotiques n’est jamais aussi élevé que celui des autres, il varie entre 2.000et 3.000 qu'il atteint rarement ; et sur presque toutes les observations où la date des dernières règles est indiquée, on voit que la différence de poids est expliquée par l'accouchement avant terme. Notre observation 3 (de la femme représentée sur la phototypie n° 4) en est un exemple manifeste.
La femme P..., primipare, âgée de 39 ans, reçue à la chnique pour douleur de la symphyse pubienne qui empéchait la marche et tout travail, fut prisé, à 8 mois 1 semaine (exactement}, des douleurs de l’enfantement et mit au monde spontanément une fille de 2.190 grammes.
On ne remarque pas chez les femmes scoliotiques des