LIVRE PREMIER
par l'éclat de sa gloire politique et de sa civilisation ? Son art, du moins, n'est qu'un pâle reflet de Fart memphite ; la décadence a vraiment commencé. Si quelques portraits, comme celui de Râhotpou ou de sa femme
Fig. ii. — Râhotpou et Nofrit.
Nofrit (fig. it), ont encore de la beauté, si l'on devine la ressemblance frappante de la copie au modèle, si le sculpteur montre une verve originale et franche, c'est à la persistance des traditions memphites qu'il faut attribuer ces mérites. Mais, par malheur, avec le temps, qui modifie d'ailleurs les idées religieuses et tourne l'activité des sculpteurs vers d'autres œuvres, ces traditions s'affaiblissent et disparaissent, ou plutôt ce qu'il y a de meilleur en elles, l'observation de la nature et l'effort pour reproduire dans toute leur vérité native les détails des choses et des êtres observés. Pour rencontrer, sauf exception, des œuvres ayant quelque valeur, il faut rechercher les statues, rares ou bien mu-
tilées, qui datent de l'invasion des Hyksos, de cette époque qui coupe en deux le premier empire thébain, et où des dynasties étrangères s'étaient substituées aux dynasties nationales. Les sculpteurs ont très bien reproduit les traits caractéristiques de cette race nouvelle, de ces Asiatiques surtout, « aux petits yeux, au nez aquilin écrasé par le bout, aux pommettes saillantes, à la lèvre inférieure avancée légèrement ». Mais la foule des Pharaons indigènes, des seigneurs ou des bourgeois déterrés à Thèbes, les bas-reliefs de même provenance, ne sont que des clichés mal venus des statues et des bas-reliefs memphites; l'imagination, l'invention ont fui; les artistes ne savent que répéter des attitudes et des gestes empruntés non plus aux hommes vivants et agissants, mais aux antiques statues, modèles immobiles de pierre ou de bois; quant à la facture, si parfois elle reste habile, si quelques ciseaux ont encore de la hardiesse et savent avec souplesse conduire un contour ou modeler une forme, le plus souvent ils sont secs et froids, et se contentent d'un à peu près; la main, comme la pensée des sculpteurs, en est descendue à la paresse énervante de la routine.
Ces défauts graves persistent durant le second empire thébain, de la XVIe à la XXIe dynastie. Mais sous quelques-uns des rois de cette période, les plus célèbres de l'immense série, sous le règne des Amenhotep et des Thoutmès (XVIIIe dynastie), des Séti et des Ramsès (XIXe dynastie), les grands conquérants et les grands civilisateurs, l'Egypte jette au loin l'éclat de sa grandeur incomparable. Un champ, non pas nouveau, mais plus vaste et plus grandiose, s'ouvre à l'activité des