‹ La sculpture antiqueChapitre 12 sur 163 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

statue colossale que M. Perrot croit être le portrait de Ménéphtah, M. Maspero celui d'Harmabi (Musée de Boulaq). « C'est une tête de roi, dit M. Charmes, recouverte d'une énorme coiffure qui la charge sans l'orner. Le jeune roi était debout; il tenait de la main gauche un bâton d'enseigne terminé par une tête de bélier.

Rien ne saurait donner idée de la grâce juvénile, presque enfantine, du charme doux et mélancolique de cette délicieuse figure, sur laquelle semble planer le pressentiment d'une destinée douloureuse. Comment

a-t-on pu tailler dans une matière aussi dure que le granit des yeux si francs, un nez si fin, des lèvres si vivantes et si molles qu'on les croirait modelées dans

Fig. i?. — Tête de Ménéphtah.

la cire? A coup sûr, nous sommes là en présence d'un des plus beaux spécimens de ce qui nous reste de la statuaire égyptienne. Aucun art n'a produit une œuvre plus exquise (fig. i3). »

Que dire alors du portrait de la reine Taia, sans doute Tune des femmes d'Harmabi ? C'est bien vraiment

le chef-d'œuvre de l'école thébaine, et nous reproduirons encore la description de M. Charmes, aussi piquante qu'exacte : « Lorsqu'on regarde l'admirable tête de Taia au musée de Boulaq, ses traits élégants qui n'ont rien de la raideur égyptienne (elle était de race étrangère, peutêtre asiatique) , sa bouche relevée aux deux extrémités comme les lèvres d'un sphinx, son expression de dédaigneuse coquetterie, sa beauté troublante et mystérieuse, pleine des plus étranges et des plus irrésistibles séductions rétrospectives, il est impossible de ne pas se forger à soi-même une histoire, peut-être un roman, dans lequel cette femme énigmatique aurait été l'inspiration, la cause première, l'auteur principal des tragédies religieuses qui ont agité son époque, et dont la trace brûlante est venue jusqu'à nous (fig. 14). »

Ces tragédies, le roi eunuque Amênophis IV, sans

La reine Taia.

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