LIVRE PREMIER
doute le fils de Taia, en fut le principal auteur. Une statuette du Louvre, haute de o,T,,6o, reproduit son corps et son visage difformes avec un réalisme qui nous ramène presque aux beaux temps de la sculpture memphite. Tout roi qu'il est, malgré les attributs et les insignes du pouvoir suprême, Amênophis a gardé en effigie toute sa laideur native et toute celle que la mutilation a imprimée à sa personne.
Aucun détail n'a répugné au sculpteur, qui semble même attaché à rendre avec le plus d'exactitude les traits les plus repoussants de son modèle : la face, au front fuyant, aux grands yeux obtus', au nez épaté, aux lèvres inexpressives, est stupide et morne; les bras, les cuisses, les jambes sont ronds et mous; les pectoraux sans muscles qui retombent sur l'estomac, le ventre flasque et ballonné n'ont rien de viril ; mais ces détails mêmes, fidèlement observés sur la nature, révèlent chez le sculpteur un talent bien rare à son époque, et dont nous ne saurions trop le louer (fig. i5).
Car à côté de ces quelques morceaux de maîtrise que l'on se plaira toujours à décrire, que de statues
Amênophis IV.
28 LASCULPTUREANTIQUE.
froides et impersonnelles ! Les colosses, dans les muse'es ou dans les grandes ruines de la moyenne Egypte, Thèbes, Tanis, Abydos, Ibsamboulettant d'autres, succèdent aux colosses, les Pharaons aux Pharaons, les Sphinx aux Sphinx, dans une désolante monotonie. Les attitudes se répètent sans nulle recherche de variété, les mouvements sont copiés sur les mouvements, et si partout se révèle une habileté remarquable à tailler dans le roc des figures gigantesques, à façonner et polir les roches les plus dures de granit, à couler le bronze dans des moules finement ouvragés, mais toujours les mêmes, cette technique routinière et froide n'a que cet intérêt, toujours invariable; et toutes ces œuvres conservées en si grand nombre, qu'on juge l'imagination qui les a conçues ou la main qui les a tirées de la matière, n'ont que le mérite bien secondaire des reproductions, à peine des interprétations; elles semblent des épreuves tirées à foison d'une série fort restreinte de moules, et le plus souvent encore de moules bien vieux et hors d'usage, qu'il serait temps de briser.
Presque autant que les statues, les bas-reliefs qui décorent les pylônes et les temples sont monotones. Les thèmes en varient peu : « combats, victoires, rentrées triomphales des conquérants; scènes religieuses, tableaux d'hommage et d'adoration ». On comprend que par le détail ces quelques sujets semblables auraient pu se diversifier à l'infini. Les Grecs, qui eux aussi représentèrent maintes fois quelques scènes préférées de mythologie, comme la lutte des dieux et des géants, des Centaures et des Lapithes, ne se répétaient jamais' et trouvaient à chaque nouvelle épreuve des épisodes et